vendredi 3 novembre 2017

2 CORINTHIENS 13

V 1 à 4 : je ne ménagerai personne

En vue de sa troisième visite chez les Corinthiens, Paul annonce clairement la couleur : il ne ménagera personne. Si les Corinthiens veulent avoir la preuve que Paul n’est pas faible et que Christ vit en lui par Sa puissance, ils l’auront. Lors de sa précédente lettre, l’apôtre avait déjà posé la question à ses frères : « Que voulez-vous ? Que je vienne chez vous avec un bâton, ou avec amour et dans un esprit de douceur ? (1 Corinthiens 4,21). » Paul a fait dans le passé la démonstration qu’il peut faire preuve, à l’image de son Maître, de douceur (Matthieu 11,29). Mail il peut aussi, comme Lui dans le temple (Jean 2,14 à 17), faire preuve de fermeté et de sévérité si nécessaire. La sévérité du Seigneur est d’habitude réservée aux hypocrites, à ceux qui se jouent de Son nom en vue d’intérêts personnels. Elle n’est pas destinée aux enfants de Dieu qui, s’ils méritent d’être repris, doivent l’être en douceur (Galates 6,1). Ainsi, c’est toujours un signe d’endurcissement des cœurs quand ce qui convient aux pécheurs doit être appliqué aux saints.

Paul cependant aime trop l’Eglise de Corinthe pour se satisfaire de l’état dans lequel elle se trouve. Il n’a pas pour habitude de se faire violence pour exercer le ministère d’édification que Dieu lui a confié pour son bien. Mais s’il faut en passer par là, il le fera. Puisque c’est là la preuve que les Corinthiens veulent pour reconnaître l’origine de son apostolat au milieu d’eux, Paul va la leur donner. Le Christ, dans Sa faiblesse, n’a pas été cru. Il a été rejeté par Sa génération et mis en croix. Mais Il est revenu à la vie par la puissance de Dieu. Or, nous partageons avec Lui les deux réalités. Il se peut que, comme il en a été à Corinthe pour Paul, nous n’impressionnions personne par notre apparence (2 Corinthiens 5,12 ; 10,10). Mais, en Christ, l’apparence ne reflète pas la vérité de ce que nous sommes. C’est ce que le Saint-Esprit fait en nous et par nous qui dit qui nous sommes en Lui. La vérité de notre être est celle qui découle de notre communion avec Christ. C’est ce que nous sommes, connectés à la puissance de Dieu, qui dit ce que Dieu a voulu que nous soyons pour Lui dans le service.

Toute la bataille dont Paul fut l’enjeu à Corinthe tourne autour d’une question d’identité. Alors que Paul sait qu’il est apôtre par la volonté de Dieu, comme il le dit au début de chacune de ses lettres, ses opposants, pour des raisons fausses qui relèvent de la jalousie, le contestent. Un véritable apôtre doit, selon eux, fournir des preuves plus puissantes que celles données par Paul, pour se prétendre tel. D’une certaine façon, Paul va leur donner raison. Il n’est pas de coutume chez Paul de se mettre en avant pour légitimer son autorité. C’est pourquoi ses opposants ont fait erreur sur lui. Mais Paul a vraiment les moyens de se défendre. La puissance de Dieu a été à l’œuvre dans sa vie comme dans nulle autre. Elle s’est manifestée dans les situations extrêmes de faiblesse par lesquelles il est passé (2 Corinthiens 12,9). Mais elle peut le faire aussi par la fermeté dont il est capable en Christ. C’est ce que les Corinthiens vont découvrir lors de sa troisième venue chez eux.

V 5 à 10 : examinez-vous !

Il fallait de la part des opposants à Paul à Corinthe un certain culot pour le mettre à l’épreuve comme ils l’on fait ! Il y a dans le peuple de Dieu des gens dont l’arrogance est telle qu’elle dépasse toute limite et toute mesure. Est-il bienséant cependant de remettre en question les autres sans le faire pour soi ? Les Corinthiens ont exigé de Paul qu’il s’examine pour reconnaître le bien-fondé ou non de ses prétentions à l’apostolat. N’est-il pas l’heure pour eux de faire de même, de s’examiner pour voir si Jésus-Christ vit en eux ? La question de Paul à leur sujet n’est pas seulement rhétorique, ou une façon de leur rendre la balle que ceux-ci leur a envoyé. Elle est légitime au vu de tout le désordre, des péchés et des querelles qui ont secoué l’assemblée. Certes, dit Paul ailleurs, le Seigneur seul connaît ceux qui Lui appartiennent. Mais il ajoute aussi : quiconque prononce le nom du Seigneur, qu’il s’éloigne de l’iniquité (2 Timothée 2,19).

Que va donner l’auto-examen des Corinthiens sur eux-mêmes ? Même s’il ironise sur le sujet, le désir profond de Paul est qu’il soit un véritable succès en ce qui les concerne. Ici aussi, comme il n’a cessé de le démontrer tout au long de sa défense, le souci de Paul n’est pas lui-même, mais les autres. S’il s’avérait qu’en comparaison de la leur, la consécration de Paul paraisse comme un échec, il s’en réjouirait. Ce pourquoi Paul aurait travaillé parmi eux, à savoir leur perfectionnement (cf Colossiens 1,28-29), aurait alors atteint son but. Paul fera ce qu’il faut lorsqu’il viendra pour travailler à la restauration de l’Eglise dans la vérité, mais sa préférence, de loin, est de ne pas devoir user de sévérité pour se faire. Aussi, si l’autoexamen des Corinthiens peut les remettre sur la voie de la pratique du bien, ce sera pour lui comme pour eux autant de temps gagné !
Arrivé au bout de la lettre de Paul, gardons pour nous le double enseignement que sa façon de se défendre nous a appris. La force de l’homme de Dieu se trouve dans deux vertus : l’humilité et la vérité. Il se peut que, contraints par des opposants, nous soyons obligés d’assurer notre propre défense. Ne cherchons pas à nous faire valoir. Mettons plutôt en évidence les marques de l’œuvre de Jésus-Christ en nous et à travers nous. Il se peut que nous soyons l’objet de toutes sortes de calomnies, de médisances ou de fausses interprétations qui courent sur notre compte. Travaillons à rester dans la vérité ! Paul le rappelle ici : il n’y a pas de puissance qui tienne contre la vérité ; notre puissance vient d’elle (v 8). La ligne de défense suivie par Paul n’est pas la sienne. Elle est celle qui a été adoptée par Jésus lors de son procès ! Paul n’a été que son imitateur dans cette voie ! Que nous le soyons nous aussi, de lui et du Maître !

V 11 à 13 : salutations finales


Paul conclut sa lettre aux Corinthiens en leur adressant ses ultimes recommandations. Au lieu de cultiver un esprit de revendication, il les exhorte à travailler à la paix, l’unité et la concorde entre eux. Il les appelle à privilégier entre frères les rapports joyeux, marque d’une vie d’église en bonne santé spirituelle. Le Dieu de paix, de grâce et d’amour veut être avec eux ! Mais Il ne le peut au milieu d’une ambiance délétère, faite de parti-pris et de rivalités. Après avoir invité ses frères à se saluer et transmis la salutation des saints qui sont avec lui, l’apôtre termine en les bénissant au nom de chacune des personnes de la Divinité. C’est d’elles seules que procèdent les richesses qui sont celles de l’Eglise : la grâce de Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit-Saint !

mardi 31 octobre 2017

2 CORINTHIENS 12

V 1 à 6 : les visions dont Paul a été l’objet

« Corinthiens ! Puisque vous l’avez voulu, poursuivons dans la voie de la compétition ! » semble dire ici Paul. Pareil à Elie face aux prophètes de Baal (1 Rois 18,22), entre lui et ses opposants, il ne peut y avoir, à l’issue du concours de l’apôtre le plus fier, qu’un vainqueur. Les Corinthiens ont déjà eu plusieurs éléments de comparaison pour désigner qui est le meilleur. Si, du point de vue de l’éloquence, les super-apôtres semblent lui être supérieurs, ils ne le sont pas du point de vue de la connaissance (11,6). Parlons argent ! Paul, venant chez les Corinthiens, s’est toujours montré désintéressé. Jamais une seule fois il n’a servi chez eux pour un gain. Toujours, c’est gratuitement qu’il a servi, préférant dépouiller les autres Eglises pour ne pas créer d’obstacle à l’Evangile à Corinthe (11,7 à 10). Sur le sujet, ses opposants, non seulement n’ont rien à dire, mais ont fait preuve de l’attitude inverse. Marchant sur les plates-bandes d’autrui (car ils n’ont contribué à rien à la naissance de l’Eglise), ils ont exploité et asservi sans vergogne les frères sans que, comble de l’étonnement de Paul, ceux-ci ne bronchent. Consultons enfin le chapitre des souffrances et de l’engagement des uns et des autres ! Puisqu’il faut faire le fier, qui parmi eux est capable de rivaliser avec Paul sur le sujet ? Qui a connu, au service de Christ, autant de tribulations, de périls et de persécutions que lui ? Qui s’est donné aux autres autant que lui ? Que les Corinthiens soient juges !

Mais peut-être, se dit Paul, ce sont là des critères qui ne comptent pas pour ses opposants ! Ceux-ci préfèrent mettre en avant des choses plus glorieuses : miracles, signes, expériences qui relèvent du surnaturel et de la puissance de Dieu… Soit ! Paul se serait bien tu sur le sujet ! Mais puisqu’il faut en parler, alors faisons-le ! Paul, contrairement aux autres apôtres du Christ, n’a pas connu Jésus ressuscité ! Mais il connaît, dit-il, un homme dans le Christ qui, quatorze ans avant la date où il écrit, a été ravi dans le paradis. Dire exactement comment les choses se sont passées serait difficile ! Cet homme était-il dans son corps ou non, impossible de l’affirmer. Mais, transporté dans ce lieu, cet homme a entendu des choses indescriptibles, des paroles d’une merveille telle qu’elles ne sont pas transcriptibles. Cet homme, bien sûr, n’est autre que Paul lui-même. Mais, même s’il cite cette expérience dans le cadre d’un concours où le but pour chacun est d’étaler ce qui fait sa gloire, l’apôtre se retiendra de s’identifier à lui.

Oui, l’apôtre, sous la contrainte, a consenti à utiliser pour se défendre le langage de la folie, celui de la vantardise. Il refuse cependant d’aller plus loin. Il estime que, face à Dieu, il y a des domaines de la vie qui relèvent du sacré, de l’intimité avec le Maître. Si Celui-ci a fait vivre une telle expérience à Paul, Il avait Ses raisons, certainement liées à la somme de souffrances que l’apôtre allait vivre à Son service (Actes 9,16). Mais ce que l’apôtre ne veut pas, de manière évidente, c’est qu’il soit connu par autrui et à l’extérieur pour cela. Dans ce sens, il est ici aussi, d’une certaine manière, un imitateur du Christ. Lui aussi, du temps de Son humanité, aurait eu bien plus de choses à faire valoir. Mais Il n’a pas choisi de le faire. Car, dit l’évangéliste, Il connaissait le cœur de l’homme (Jean 2,24). Il savait que la foi qui repose sur l’impressionnant n’est pas solide, mais versatile. A Ses proches seulement, Il consentira, à cause de leur vocation future, de déchirer pour un instant le voile de l’apparence pour se révéler dans Sa gloire sur la montagne de la transfiguration (Luc 9,28 à 36). Ils ne l’oublieront jamais (2 Pierre 1,16à 18) et, comme Paul, garderont longtemps le silence sur le sujet (Luc 9,36).

Il y a, au sujet de tout serviteur de Dieu, deux réalités en ce qui le concerne. La première touche à la façon avec laquelle il connaît Dieu et est connu de Dieu. Comme il en est pour l’iceberg, il s’agit ici de la partie secrète, immergée de sa vie. La seconde concerne la façon avec laquelle il est connu des autres. Au sujet de Paul, elle paraissait faible, méprisable (2 Corinthiens 10,10). Qui que nous soyons, notre souci ne devrait jamais être que l’estime que les autres nous portent soit à la hauteur de l’homme caché que nous sommes. Il se peut, comme ce fut le cas pour Jésus, que notre entourage ne perçoive pas ou ne reconnaisse pas le trésor que nous sommes. Ce ne doit pas être là notre affaire ! Contentons d’être ce que Dieu veut que nous soyons ! Et laissons-Lui le soin de s’occuper de notre gloire ! Mieux vaut que nos frères soient surpris en découvrant, au-delà de l’apparence, ce que nous sommes en Christ que déçus en réalisant que nos prétentions ne cachent que du vide !

V 7 et 8 : l’infirmité de Paul

Si donc Paul devait faire le fier, il en aurait les moyens. Il pourrait partout où il va faire valoir le caractère unique des visions qu’il a reçues de Dieu et revendiquer par cela une autorité apostolique incontestable. Mais tels ne sont pas le dessein et la volonté de Dieu pour lui. Aussi, afin de garder Paul dans les limites de l’humilité, Dieu l’a-t-Il affligé d’un mal qui l’oblige à la dépendance de Sa grâce. Ce mal devait être connu de ses auditeurs. Mais c’est ici la première fois que l’apôtre en donne la raison.

Quelle en était la nature ? Paul ne le précise pas. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il s’agit d’une infirmité qui touche à sa chair. Etait-ce une maladie des yeux (cf Galates 4,15), au vu des grosses lettres qui caractérisaient son écriture (Galates 6,11) et au fait que Paul avait souvent besoin d’un secrétaire ? Ce qui est certain, c’est que la source du mal qui l’affligeait n’était pas que d’origine physique. L’apôtre y discernait clairement une œuvre de source diabolique. A trois reprises, Paul rapporte qu’il a supplié Dieu d’éloigner de lui son bourreau. Il n’a pas voulu insister auprès du Seigneur plus que Jésus dans le jardin de Gethsémané (Matthieu 26,44). Mais à chaque fois, la réponse de Dieu fut la même ! Paul devait se contenter de ce que la grâce de Dieu lui donnait. Sa faiblesse était la meilleure condition pour magnifier la puissance de Dieu à travers lui.

Il se peut, qu’à l’image de celle de Paul, notre vie soit contenue de force dans des limites qui nous sont désagréables. Peut-être souffrons dans notre corps ou dans notre âme d’un mal récurrent qui nous rend faible ! Nous supplions Dieu de nous en affranchir, mais Celui-ci reste sourd à nos cris. Le témoignage que rend Paul ici sur la cause du mal qui l’afflige est une piste qu’il nous faut prendre en compte. Plus que notre bien-être physique, ce qui préoccupe Dieu est la qualité de notre vie spirituelle. « Tout comme les roues d’une montre qui, en tournant dans des directions contraires l’une de l’autre font marcher la montre, de même, dit Thomas Watson, des choses qui semblent être contre les enfants de Dieu deviennent, par la providence merveilleuse de Dieu, des choses qui concourent à leur bien… Pour ceux qui aiment Dieu, les afflictions sont comme des médicaments. Avec les médicaments les plus vénéneux, Dieu prépare une potion salvatrice.[1] » Constamment, Dieu veut nous rappeler que nous ne sommes pas le trésor qu’il veut promouvoir, mais seulement le vase de terre qui le contient (2 Corinthiens 4,7). Le désir de Dieu n’est pas que nous soyons brillants au point d’aveugler les autres, mais que ce soit Lui qui brille à travers nous !

Peut-être nous arrive-t-il d’envier le succès ou le rayonnement qu’a un homme de Dieu ! Sachons qu’avec la gloire vient aussi l’affliction ! « 50% de la formation d’un homme de Dieu, disait Ralph Shallis, passe par la souffrance ! » Oui ! Dieu veut se manifester avec puissance au travers de Ses serviteurs ! Mais cette puissance nécessite obligatoirement leur dépendance de Sa force. « Christ, rappelle Paul un peu plus loin, a été crucifié dans la faiblesse, mais il vit en vertu de la puissance de Dieu ; nous aussi, nous sommes faibles, mais nous vivrons avec Lui pour vous, en vertu de la puissance de Dieu (2 Corinthiens 13,4). Nous devons tous d’une manière ou d’une autre, chacun pour sa part, apprendre à nous suffire de ce que la grâce de Dieu nous donne ! L’acceptation des limites que Dieu nous impose en ce sens ne nous est pas nuisible, mais bénéfique pour Sa gloire ! Que ce soit elle, et non la nôtre, qui soit notre sujet premier de préoccupation !

V 9 et 10 : la fierté de Paul

Les opposants de Paul mettent leur fierté dans ce qui a le pouvoir d’impressionner le peuple de Dieu. Bien qu’il pourrait faire de même, ce n’est pas, nous l’avons vu, le choix de l’apôtre. Mais en quoi l’apôtre a-t-il sa gloire ? De quoi peut-il s’enorgueillir ? Il le dit ici ! Il y a un élément dans lequel Paul trouve des raisons particulières de satisfaction. C’est ce qu’il vit avec Dieu lorsqu’il se trouve dans la faiblesse. La faiblesse est un état qui recouvre des aspects multiples. Elle peut être intérieure, comme celle que l’apôtre a ressenti lorsqu’il est venu la première fois à Corinthe (1 Corinthiens 2,3). La faiblesse est alors synonyme de crainte, d’angoisse. La faiblesse intérieure peut aller encore plus loin. Elle s’exprime alors par un désarroi complet du type de celui dont Paul rend témoignage au début de sa lettre (2 Corinthiens 1,8-9). Mais elle peut aussi être extérieure, due à l’adversité et aux circonstances mauvaises, telles que les outrages, les coups, l’emprisonnement ou la persécution. La recension que Paul a faite des périls et des souffrances qu’il a endurés témoigne qu’il n’y a aucun aspect de la faiblesse qu’il n’aurait pas vécu.

Ce dont Paul est fier dans la faiblesse n’est pas de se trouver dans un tel état. L’apôtre était un homme comme les autres. Il ne trouvait pas de joie à être malmené, désorienté, confus. Ce qui fait son bonheur dans la faiblesse est qu’elle est le cadre parfait dans lequel il fait l’expérience de la puissance de Christ. C’est quand l’apôtre n’est rien et ne peux rien que, dans sa vie, Christ se révèle le mieux comme Celui qui peut tout. « Je puis tout, dira Paul ailleurs, par Celui qui me fortifie (Philippiens 4,13) ». L’apôtre rend compte dès lors de ce fait paradoxal : c’est lorsqu’il se trouve dans l’état le plus faible qu’il est le plus fort. Car, dans la faiblesse, il ne vit pas de ses propres forces, mais de celles du Christ !

Où se trouve, en conclusion, la fierté de Paul ? Elle est dans le fait de laisser Christ paraître dans sa vie ! Plus Celui-ci a le pourvoir de se montrer, plus Paul est satisfait. Le principal obstacle à la révélation du Christ dans nos vies ne se situe pas autour de nous, mais trop souvent en nous ! Plus nous nous croyons forts, capables par nous-mêmes de quelque chose, moins nous donnons à Christ la possibilité de mettre en œuvre Sa puissance dans nos vies. Aussi, le principal travail de Dieu avec nous n’est pas de nous rendre forts, confiants en nous-mêmes, mais faibles afin que nous nous reposions sur Lui ! Que le sujet de fierté de Paul devienne de plus en plus le nôtre !

V 11 à 13 : Paul justifie sa façon de parler

Il est temps maintenant pour Paul de conclure. A cause de la polémique et des attaques dont il est l’objet à Corinthe, Paul a dû utiliser un langage qu’il abhorre, celui de la vantardise. Il ne l’a fait que contraint. Si les Corinthiens, ses enfants spirituels, s’étaient faits ses avocats, il n’aurait pas eu besoin de le faire lui-même. Car s’il y a des personnes qualifiées pour être les témoins et les défenseurs du ministère d’un apôtre, ce sont celles qu’il a lui-même conduites à la foi. Paul le redit : quoi que les super-apôtres venus à Corinthe pour voler le fruit de son travail prétendent, il n’a rien à leur envier. Les signes de son apostolat, démontrant la confirmation de son ministère par le Seigneur (Hébreux 2,4) ont éclatés avec force au milieu d’eux. La seule différence réelle qui existe entre lui et ses adversaires réside dans la qualité de leur service. Tandis qu’eux travaillent à charge des Corinthiens, Paul a mis un point d’honneur particulier à servir gratuitement au milieu d’eux. Que les Corinthiens, conclut Paul de manière ironique, leur pardonne cette injustice !

Nous ne pouvons que bénir Dieu pour le tour de force qui a fait que cette partie de l’épître de Paul soit reconnue inspirée. Car c’est bien ici le seul écrit dans lequel on trouve une défense de l’apôtre, écrite de sa propre main, quant à son ministère. Comme Paul l’a dit, ce fait, ce comportement qui consiste à se faire l’avocat de sa propre personne, lui est totalement étranger. Tout ce qui, habituellement, préoccupe Paul est que Christ soit glorifié ! Le Saint-Esprit, à travers lui, a voulu nous donner plusieurs leçons. La première est que, dans des circonstances extrêmes, nous pouvons être conduits à faire des choses que nous ne ferions jamais autrement. La seconde est que, même ici, nous devons nous laisser inspirer par Dieu pour agir. Suivant le cas, le livre des proverbes nous conseille de répondre ou de ne pas répondre à l’insensé selon sa folie (Proverbes 26,4-5). Le langage qu’utilise l’insensé est parfois le seul qu’il soit en mesure de comprendre… pour qu’il ouvre les yeux sur sa propre folie. Aussi, même si cela n’est pas dans notre habitude, en vue de son bien et pour la gloire de Dieu, usons-en ! Nous ferons œuvre utile et sage !

Quelle tristesse cependant de constater combien facilement le diable peut séduire les enfants de Dieu ! Il suffit du premier venu, dit Paul, qui vient avec un évangile soi-disant meilleur pour que tout ce qui a été enseigné, construit par d’éminents hommes de Dieu soit balayé (2 Corinthiens 11,4). Combien cela se vérifie malheureusement encore aujourd’hui ! Le diable sait à quel point l’homme est attiré par ce qui brille ! Que les enfants de Dieu le sachent : tout ce qui brille n’est pas or ! Eprouvons donc les esprits et ne donnons pas systématiquement notre Amen à tout ce qui nous est dit, quand même cela le serait au nom de Jésus. Soyons particulièrement vigilants lorsque, pour accréditer leur message, certains ne peuvent faire autrement que de ternir l’image de ceux qui les ont précédés. Car, dit Jean, plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde (cf 1 Jean 4,1) avec un seul but : être des loups ravisseurs (Matthieu 7,15 ; Actes 20,29).

V 14 et 15 : projet de Paul

Mis en question à Corinthe, Paul se devait d’écrire la lettre que nous venons d’étudier. L’apôtre ne voudra pas cependant que celle-ci soit le point final du traitement des affaires qui troublent sa relation avec l’Eglise corinthienne. A de trop nombreuses reprises, Paul a été accusé d’utiliser le moyen facile de l’écriture pour affirmer son autorité (2 Corinthiens 10,9 à 11). C’est en personne que, pour la troisième fois, il se rendra à Corinthe pour, d’une part, fortifier l’Eglise et, d’autre part, confronter face à face ceux qui s’en sont pris à lui (2 Corinthiens 13,2).

En vue de sa prochaine visite, Paul prévient ses frères qu’il ne changera rien au comportement qui fut le sien au milieu d’eux. Comme il l’a fait jusque-là, il continuera à mettre un point d’honneur à ne pas leur être à charge. Paul ne garde pas cette ligne de conduite envers ses frères par entêtement, mais en vertu de deux principes qui lui tiennent à cœur. Le premier est que ce qui est au cœur de l’apôtre n’est pas les biens des Corinthiens, mais leurs personnes. La vision qu’il a de sa mission au milieu d’eux n’a rien d’intéressé, ni d’égoïste. Paul n’est pas motivé par le matériel, mais par le relationnel. C’est le cœur des Corinthiens qu’il veut gagner à Christ, non leur argent pour lui. Le second principe qui guide Paul s’appuie sur le devoir inhérent à la paternité. Dans une famille normale, dit Paul, ce ne sont pas aux enfants de mettre de côté pour faire vivre leurs parents, mais à l’inverse. En tant que père de l’Eglise de Corinthe, Paul estime de même que, s’il y a quelqu’un qui doit se dépenser pour l’autre, c’est à lui pour eux et non à eux pour lui. L’amour du père pour ses enfants est obligatoirement inconditionnel et altruiste. Il est possible qu’en agissant de la sorte les Corinthiens ne mesurent pas le don qui leur est fait. Le cœur humain est ainsi fait qu’il s’habitue à tout, y compris aux choses les plus nobles. Pour autant, Paul ne va rien changer ! Tant pis si, en échange de son amour, il est moins aimé d’eux et ne récolte qu’ingratitude.

Il est nul doute que Paul se serait bien passé du conflit qui l’a opposé à ses enfants dans la foi. Mais celui-ci n’a pas été inutile. Il nous a révélé le cœur de l’apôtre comme rien d’autre n’aurait pu le faire. Au travers des tensions, des accusations infondées dont il est l’objet, Paul s’est montré un véritable imitateur de Dieu et de Christ, ce qu’il ne cesse d’inviter ses enfants à devenir (1 Corinthiens 4,16 ; 11,1 ; Ephésiens 5,1 ; Philippiens 3,17). L’épreuve n’a pas détruit Paul. Elle a mis en lumière sa maturité, la stature spirituelle qui était la sienne. Paul, nous nous en souvenons, ne voulait pas mettre en avant les expériences surnaturelles dont il a été l’objet, de peur, dit-il, que quelqu’un ne l’estime au-dessus de ce qu’il voyait ou entendait de lui (12,6). Qu’il se rassure ! Il n’a nul besoin d’utiliser ce canal pour se faire. Toute son attitude, son comportement témoignent de la noblesse de son cœur et de ses motivations, et rend visible l’œuvre profonde de Christ dans sa vie ! Et pour nous : que révèlent l’épreuve, les tensions, les conflits de nos vies en Christ ?

V 16 à 18 : soupçons

Tant que l’on en reste aux faits, il y a dans le conflit qui oppose deux parties un espoir de réconciliation. Mais que se passe-t-il lorsque les faits ne suffisent pas et que, derrière eux, on soupçonne l’autre de perversité dans les motivations qui l’animent ? Ce qui est certain, c’est que nous ne sommes plus ici dans l’amour, car, dit Paul, l’amour croit ce qu’on lui dit et ne soupçonne pas le mal (1 Corinthiens 13,5.7). Quels que soient les arguments que Paul ait présenté pour sa défense, celui-ci doit faire le constat in fine que, pour ses opposants, ils ne sont pas recevables. « C’est vrai, disent-ils aux Corinthiens, Paul vous a servi gratuitement ! Mais sa générosité est un leurre ! Elle est une ruse de sa part qui a pour but de vous tromper. C’est pour mieux vous séduire qu’il a agi de la sorte ! » Que dire face à une telle mauvaise foi ? Paul ne va pas chercher à se justifier ! Il va juste faire appel au souvenir des Corinthiens et les interroger. Quelle a été l’attitude de Tite et des autres frères qui collaborent avec lui lorsqu’ils sont venus chez eux ? Les ont-ils exploités ? Se sont-ils servis de leur autorité apostolique pour profiter d’eux ? Ne voient-ils pas que la ligne de conduite de Paul à Corinthe est la même que celle suivie par toute son équipe ?

Au-delà de tout ce qui a déjà été dit contre Paul, nous atteignons clairement ici un sommet. Paul est accusé par les loups ravisseurs qui sévissent à Corinthe d’en être un ! Son équipe est juste à leurs yeux une meute adverse. Il n’y a là quelque part rien d’étonnant ! « Tout est pur pour ceux qui sont purs ; mais rien n’est pur pour ceux qui sont souillés et incrédules, leur intelligence et leur conscience sont souillées (Tite 1,15). » Nous regardons toujours les autres au travers des lunettes de notre propre attitude. Si nous sommes fourbes, nous ne pourrons nous empêcher de penser que les autres le sont aussi. Même si les faits semblent dire le contraire, nous ne les croirons pas. Nous interpréterons juste leurs attitudes comme une ruse supérieure à la nôtre. Si nous sommes dans le cas de Paul, laissons Dieu agir ! « Avec celui qui est bon tu te montres bon, dit le psalmiste. Avec l’homme droit tu agis selon la droiture. Avec celui qui est pur tu te montres pur, et avec le pervers tu agis selon sa perversité (Psaumes 18,25-26). » Les simples peuvent être séduits et trompés un temps. Mais s’ils ont le cœur droit, ils feront vite la part des choses entre ce qui relève de la vérité, et ce qui n’est qu’accusations infondées.

V 19 : les motivations de Paul dans sa défense

Arrivé au terme de sa défense, Paul tient à faire le point avec les Corinthiens sur les motivations qui l’ont animé. Non, Paul n’a pas cherché à être son propre avocat. Il a juste voulu rétablir la vérité des choses qui le concernent. Ce n’est pas devant les Corinthiens que Paul se tenait lorsqu’il parlait, mais devant Dieu. Dans son discours, il a veillé à ce qu’il formulait ne soit pas exprimé dans la chair, mais dans la communion avec Christ. Son objectif n’était pas de mettre à mal ses opposants, mais de chercher l’édification de ses frères. Le modèle que nous donne Paul ici est celui que, toujours, nous devrions suivre dans les polémiques ou les conflits nés de la critique à notre égard. Si notre seul but dans notre défense est d’avoir gain de cause contre nos adversaires, nous sommes en-deça de ce que l’on est en droit d’attendre d’un imitateur du Christ. Les situations de tension entre frères sont souvent celles dans lesquelles nous perdons le plus facilement et le plus rapidement les objectifs spirituels que Dieu vise avec nous. Toujours, et particulièrement ici, nous devons être recommandables par notre souci de la vérité et du bien d’autrui. En tout temps, il nous faut veiller à ce que ce ne soit pas nous-mêmes avec les moyens de la chair qui nous défendions. Notre plaidoyer se doit d’être à la gloire de Christ, au service de l’intérêt de Son œuvre dans l’Eglise, et présenté sous la conduite de l’Esprit.

V 20 et 21 : les craintes de Paul

En vue de sa prochaine venue à Corinthe, Paul ne peut taire les appréhensions qu’il a dans son cœur. A trois reprises dans ces deux versets, il partage les craintes qui l’habitent. La première crainte qu’il exprime est d’ordre relationnel. Paul craint que lors de sa venue chez les Corinthiens, lui comme eux soient déçus par le climat dans lequel va se passer la rencontre. Si les désordres subsistent, Paul devra se montrer ferme (cf 13,1 à 3), ce qui risque de l’attrister et de ne pas plaire à ses interlocuteurs. La seconde crainte se situe plutôt au niveau de l’état d’esprit dans lequel se trouvent certains. Toute la lettre de Paul avait pour cause les critiques des super-apôtres à son égard, critiques résultant de leur jalousie et de leurs ambitions personnelles. Paul sait que, même traités, les effets d’un tel poison ne se dissipent pas facilement. La troisième crainte de Paul se porte enfin sur les fautes de comportement dénoncés déjà par l’apôtre dans sa première lettre : inconduite sexuelle, immoralité, débauche… L’apôtre soupçonne que, malgré tout ce qui a été dit et fait, les coupables n’aient pas fait preuve d’une vraie repentance. Que de tristesse quand, dans l’Eglise de Jésus-Christ, le temps, les exhortations, les prières, les mesures de discipline n’arrangent pas les choses. Retenons toujours que, dans la communauté chrétienne, ce qui va mal, s’il ne s’améliore, ne reste pas en l’état, mais finit par empirer !



[1] Thomas Watson : Consolations divines : Editions Grâce et Vérité

lundi 23 octobre 2017

2 CORINTHIENS 11

V 1 : la folie de Paul

Puisque les Corinthiens supportent sans réagir la vantardise des opposants de Paul, pourquoi celui-ci n’agirait-il pas de même pour sa défense ? Ce n’est certes pas là sa manière habituelle d’agir. Qui cherche à se mettre lui-même en avant dans le service de Christ ne fait preuve que de folie. Mais puisque ce langage ne semble pas gêner les Corinthiens, alors utilisons-le, se dit Paul. Entrons dans le concours qui permet de désigner qui, entre lui et ses opposants, mérite le titre de meilleur apôtre ! Laissons parler les faits, puis jugeons !

Y-a-t-il tristesse plus grande pour un serviteur de Dieu d’en arriver là ? Peut-être nous advient-il, lisant certaines pages de la Bible, d’être choqués par les propos ou le comportement de tel ou tel prophète ? Fallait-il qu’il en arrive à de tels extrêmes pour s’adresser au peuple de Dieu ? Osée devait-il vraiment se marier à une prostituée qui le ferait souffrir toute sa vie (Osée 1,2). Ezéchiel devait-il perdre sa femme, celle qui faisait les délices de ses yeux, sans verser une seule larme (Ezéchiel 24,16) ? Fallait-il qu’il soit couché 430 jours à terre, correspondant aux années de faute d’Israël et de Juda, et qu’il fasse cuire des gâteaux d’orge sur des excréments humains pour que le peuple de Dieu comprenne le message de Dieu pour lui (Ezéchiel 4) ? L’extrémisme auquel recourt le serviteur de Dieu, dans la façon avec laquelle il s’adresse à lui, n’est jamais bon signe. Elle est la preuve, non de la folie de celui qui parle, mais de celle de ceux à qui il s’adresse. Quand Dieu n’a plus comme moyen, pour faire comprendre à Son peuple ce qu’Il veut lui dire, que l’ironie ou le choquant, c’est que celui-ci a atteint un degré d’égarement élevé. Le plus grand danger que court le peuple de Dieu, dans le risque de dérive, est celui de la tolérance envers le faux et le mensonger. La tolérance endort, elle finit par ôter toute capacité de discernement, si bien qu’il ne reste plus que l’énormité pour réveiller les consciences. Paul n’a pas l’habitude de celle-ci, ni de l’extravagance qui le conduit à utiliser le langage de la déraison. Mais puisque celui-ci passe auprès des Corinthiens…

V 2 à 4 : la jalousie de Paul

Outre le fait que Paul fasse le choix d’agir comme ses opposants pour communiquer avec ses frères de Corinthe, sa folie a pour raison un sentiment plus profond. L’apôtre Paul est un passionné du Christ. Tel un père qui voudrait pour sa fille le meilleur parti, il a travaillé à ce que les Corinthiens, ses enfants spirituels, se réservent à Christ seul. Mais, manifestement, tel n’est plus le cas. Sous l’influence de faux docteurs, leur cœur s’est détaché de Lui. Au lieu de rester dans la simplicité de la foi, les Corinthiens ont compliqué les choses. L’Evangile auquel les Corinthiens adhèrent a perdu de sa pureté originelle. Il n’est plus le fruit de la grâce de Dieu seule. Des additifs étrangers y ont été mêlés si bien que le Jésus auquel ils croient n’est plus Celui que Paul leur a fait connaître. La liberté de l’Esprit, présente dès le début, a disparu pour faire place à une religiosité charnelle. Paul y voit la marque, non seulement d’hommes malfaisants, mais de Satan lui-même qui, depuis le jardin d’Eden, travaille toujours au même but : séduire les élus de Dieu pour détourner leur cœur de Son amour. Tel que le serait l’ami d’un époux éconduit, Paul, dans la situation, est saisi d’une sainte jalousie, la jalousie de Dieu (Exode 20,5). Car l’amour, il le sait, ne peut avoir deux objets, mais un seul. Ce qui fait l’objet de la passion de chaque chrétien ne peut être divisé. Si nous aimons le Christ, c’est parce qu’Il nous a aimés le premier. Et c’est cet amour seul qui, du début à la fin, doit constituer le moteur et le fondement de notre relation avec Lui.

Toute l’histoire d’Israël et de l’Eglise en témoigne. Le plus grand drame qui puisse se produire pour le peuple de Dieu est la perte de la simplicité et de la pureté de son amour à l’égard de son Dieu. Jérémie l’atteste : c’est cet élément qui fut la cause de tous les péchés d’Israël (Jérémie 2,2). L’éloignement du peuple de Dieu vers des dieux et des doctrines étrangers ne se produit pas par hasard. Il résulte d’un éloignement du cœur, de la perte de la passion du peuple de Dieu pour Lui. La même fêlure se retrouve dans l’Eglise. Tout commence, dit le Seigneur, au même endroit, dans le cœur, par la perte du premier amour (Apocalypse 2,4). Quel que soit le danger qui nous menace, laxisme ou légalisme, il trouve toujours sa raison dans ce même mal. Ni le péché, ni les faux docteurs n’auraient de pouvoir sur nous si nous aimions Christ pour ce qu’Il est pour nous. C’est pourquoi, constamment, il nous faut revenir à Lui, renouer par Sa grâce avec Son amour. Car rien dans notre vie, ni dans l’Eglise, ne s’arrange si l’amour ne retrouve sa place centrale dans notre relation avec Lui. « Pierre, M’aimes-tu ? demande Jésus à Son disciple ?... Alors, tu peux paître Mes brebis et en prendre soin ! (cf Jean 21,15 à 17). »

V 5 à 12 : la gloire de Paul

Sans le consulter, les opposants de Paul à Corinthe ont décidé de le faire entrer dans leur jeu. Avec les Corinthiens pour arbitre, ce jeu consiste à établir qui, de l’apôtre ou d’eux, est porteur de la gloire la plus grande attachée à ce titre. Qui connaît Paul sait que ce type de considération n’entre absolument pas dans son état d’esprit. Mais, puisqu’on l’y force, alors qu’on y aille ! « Entrons dans le jeu, se dit Paul ! Enumérons les sujets de gloire à charge des uns et des autres ! Et voyons qui ressort de l’examen avec le sceau de l’approbation divine sur son apostolat ! »

Paul le dit d’entrée : comparé à ceux qui se présentent à Corinthe comme des super-apôtres, il ne se sent en rien inférieur. Certes, Paul ne fait pas preuve dans ses discours de la même éloquence qu’eux. Mais il s’en est déjà expliqué dans sa première lettre. Sa façon de transmettre l’enseignement de la Parole de Dieu résulte d’un choix volontaire, conscient. Bien qu’il aurait été en capacité de le faire, Paul ne cherche pas à éblouir son auditoire par les artifices du langage. Ce qu’il souhaite est que ce soit le contenu de son message que l’on retienne et non la rhétorique dont il s’est servi pour le présenter (1 Corinthiens 2,1-2). Que les Corinthiens le reconnaissent : si la pompe manquait dans son discours, la connaissance du sujet dont il traitait y était. Qui mieux que Paul expliqua aux Corinthiens l’Evangile dans ses tenants et ses aboutissants ? La lecture de ses lettres, qui ont nourri le peuple de Dieu pendant des siècles, suffit pour attester la justesse de la prétention de l’apôtre. Si l’histoire devait servir d’arbitre au débat qui oppose Paul à ses détracteurs, il n’y a plus de discussion. Alors que leur nom a été perdu, le sien a traversé les siècles et sa parole d’âge en âge.

Ou a été la faiblesse de Paul face à ses contradicteurs ? Paul s’interroge et en demande explication à ses frères. Est-ce dans le fait que, contrairement à ses opposants, il a toujours refusé de recevoir de leur part de l’argent ou un soutien quelconque pour son service parmi eux ? Si tel est le cas, L’apôtre ne regrette rien. Là aussi, il aurait pu faire autrement. Mais ce fut là son choix, un choix que Dieu honora en lui faisant parvenir par les Eglise de Macédoine ce dont il avait besoin (cf Philippiens 4,14 à 17). Paul ne va pas s’étendre davantage sur le sujet. Si les Corinthiens veulent en savoir plus sur les motivations qui l’on animé dans ce domaine, ils peuvent ici aussi se reporter à sa première lettre. Ils y liront que l’un de ses sujets de fierté le plus grand parmi eux, que personne ne lui ôtera, aura été d’offrir gratuitement l’Evangile qu’il a reçu (1 Corinthiens 9). Oui, d’une certaine façon, Paul a dépouillé des Eglises. Mais que les Corinthiens le reconnaissent : ce ne fut pas le cas de leur communauté. S’il a pu servir au milieu d’eux, c’est parce que d’autres ont choisi d’être solidaires avec lui dans son ministère. Avec joie, elles se sont appauvries pour qu’eux soient enrichis. Et si c’était à refaire, dit Paul, il répliquerait sans hésitation ce modèle ! Sur ce point, que ses adversaires le reconnaissent : ils ne lui sont pas égaux. Ce n’est pas lui qui a à apprendre d’eux, mais l’inverse.

V 13 et 14 : Paul identifie ses adversaires
Paul a encore beaucoup d’autres arguments à avancer pour sa défense. Mais à l’aune du critère dont il vient de parler, il prend le temps d’une pause pour lancer une attaque verbale sévère à l’encontre de ses adversaires. Un apôtre du Christ se reconnaît à ses fruits, à son imitation du Maître qu’il sert. Les œuvres des super-apôtres infiltrés à Corinthe témoignent d’une chose : ils ont pour père le diable. C’est pourquoi ils ne parlent pas le même langage et ne font pas les mêmes choses que Paul (cf Jean 8,43-44). Ils ne sont pas des serviteurs de la vérité et de l’amour, mais des apôtres du mensonge et de la tromperie. Il n’y a là, dit Paul, rien d’étonnant. Car, de tout temps, c’est là la technique employée par le diable. S’il se présentait sous son vrai visage, personne ne se laisserait piéger par lui. Aussi Satan est-il passé maître dans l’art du déguisement. Prince des ténèbres, il séduit et trompe en revêtant les habits d’un ange de lumière. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que dans l’Eglise de Jésus-Christ, ses serviteurs aient l’aspect de ministres de la justice. Qu’ils le sachent cependant ! La supercherie ne saurait infiniment durer ! Leurs œuvres portent en elles-mêmes leur propre jugement !

A l’image de Paul, nous ne devons pas hésiter en tant que serviteurs de Dieu, à démasquer dans l’Eglise les faux apôtres et docteurs. Jésus nous a averti. A l’extérieur, les prophètes de mensonges ressemblent aux vrais. Ils ont l’apparence de moutons. Cependant, parce qu’ils en sont incapables, ils ne se comportent pas comme tels. Ne regardons ni à leurs paroles, ni à leur aspect, ni à leurs beaux sourires, mais arrêtons-nous à leurs fruits. Leur vie témoigne-t-elle de l’humilité et du désintéressement du Christ ? Reflète-t-elle l’esprit de service qui Le caractérisait ? Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, ni un arbre malade de bons fruits (Matthieu 7,15 à 20). Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. Le voleur ne vient que pour profiter d’elles… ou du travail des autres (cf Jean 10,10-11). Soyons donc dans l’Eglise sans faiblesse à l’égard des faux apôtres du Christ !

V 15 à 21 : concours de folie

Paul le redit ici : ce n’est pas du tout de son goût de parler comme il fait. S’il fait la promotion de ses gloires, c’est bien parce qu’il y est contraint. Puisque les Corinthiens accordent du crédit aux gens qui se glorifient eux-mêmes, qu’ils consentent à ce que lui, pour sa propre défense, fasse de même. Certes, ce type de discours n’est pas selon le Seigneur. Le langage du Seigneur n’invite jamais à la promotion de sa propre personne. Il vise toujours à ce que, quoi que l’on fasse, la gloire Lui revienne (1 Corinthiens 10,31). Mais il faut bien ici s’adapter à la folie, puisque c’est le discours de la folie qui a du crédit à Corinthe.

Oui, vraiment, il y a de quoi s’étonner de ce que l’on trouve à Corinthe ! Alors que certains reprochent à Paul le caractère sévère de la lettre qu’il leur a écrite, que ne supporte-t-on pas par ailleurs dans l’Eglise ! On asservit les frères, on les exploite, on profite d’eux honteusement, on en vient même à les battre… et cela ne heurte personne ! Il y a là quelque chose d’aberrant, la preuve d’un renversement qui n’a pour explication qu’une cause diabolique. Alors que Paul s’est conduit en serviteur modèle au milieu d’eux, à l’exemple de son Maître, il est rejeté, considéré comme quelqu’un de faible. Mais que viennent des hommes imbus d’eux-mêmes qui ne pensent qu’à dominer les Corinthiens, les voilà prêts à se soumettre à eux sans broncher. Que les Corinthiens ouvrent les yeux ! Puisque la vantardise est à l’honneur, qu’un nouveau chapitre sur des choses dont Paul peut être fier comme apôtre s’ouvre. Parlons des souffrances que Paul a connues comme ministre de l’Evangile et que les Corinthiens soient juges dans ce domaine entre lui et ses opposants !

V 21 à 33 : les souffrances de Paul

Y-a-t-il une prétention dont les opposants de Paul soient fiers qu’il ne puisse aussi faire valoir ? Examinons leur arrière-plan ! Sont-ils de vrais Juifs, de la descendance d’Abraham ? Paul l’est aussi ! S’ils peuvent revendiquer cet avantage sur les Corinthiens d’origine païenne, ils ne le peuvent sur Paul qui, à ce niveau, est sur le même rang qu’eux (cf Philippiens 3,4 à 6) ! Sont-ils ministres du Christ, titre dont ils se paraient sans doute à Corinthe ? Paul ici ne va pas hésiter, pour leur répondre, à pousser la folie à l’extrême. Il l’est aussi et bien plus qu’eux par les tribulations, les souffrances et les engagements qui ont été les siens ! Les opposants de Paul veulent concourir avec lui au jeu du plus grand apôtre ! Qu’ils y aillent ! Qu’ils fassent avec lui la recension des travaux, des fatigues, des coups, des dangers qu’ils ont connu au service de Christ ! Qu’ils détaillent le nombre de fois où ils ont été lapidés, celui où ils ont fait naufrage dans leurs périples missionnaires ! Qu’ils fassent la liste de toutes les causes de périls qui ont menacé leur existence ! Qu’ils témoignent du combat qui a été le leur pour le salut des autres dans les veilles, les jeûnes, les larmes, la prière, le froid, le dénuement… Qu’ils partagent les délivrances in-extrémis vécues, telle que celle de Paul à Damas ! Qu’ils disent quelque chose des nuits blanches passées à cause des soucis des Eglises, de la nouvelle de la faiblesse de l’un, de la chute d’un autre ! Et l’on verra, en fin de course, qui peut présenter le catalogue de preuves le plus fourni !

A l’image du Maître, il n’y a qu’un seul critère sur la base duquel on peut mesurer la valeur d’un serviteur de Dieu : celui du don de soi pour le salut des autres ! Tout autre signe d’attestation n’est que poudre aux yeux et apparat ! Bannissons donc de nos cœurs toute recherche de vaine gloire et portons plutôt notre attention sur le fait d’être des imitateurs du Christ ! C’est là ce qui, auprès de Dieu comme de nos frères, sera notre louange !



vendredi 13 octobre 2017

2 CORINTHIENS 10

V 1 et 2 : les accusations dont Paul fait l’objet à Corinthe

Avec ce chapitre, nous abordons la 3ème et dernière partie de la lettre de Paul aux Corinthiens, une section apologétique. Le but de Paul, en effet, n’est pas dans son épître de s’adresser seulement à ceux qui, à Corinthe, font preuve de confiance envers lui, mais à tous. Or, il se trouve qu’à l’intérieur de l’Eglise, un certain nombre de croyants se sont montrés critiques envers lui. C’est à cette frange là que l’apôtre répond ici.

Quelles sont donc les accusations portées contre l’apôtre par ses détracteurs ? Elles sont multiples et Paul ne va passer sur aucune. La première est que Paul n’est pas le même homme de près et de loin. De près, lorsqu’il est en face des autres, Paul paraît doux et humble. De loin, quand il s’agit de reprendre les autres, il se montre hardi et vindicatif. Paul ne va pas chercher à prouver la fausseté de ses allégations. S’il s’est montré doux, bienveillant et humble, c’est parce que ce sont là, dit-il, les caractères du Christ qu’il cherche à imiter dans sa vie. Mais si ses opposants veulent le voir hardi et ferme, cela n’est pas un problème pour lui. Paul est tout à fait capable de se montrer ainsi.

La vraie accusation portée contre Paul dans cette critique est d’un autre ordre. Utilisant l’interprétation qu’ils se font de son comportement, les adversaires de Paul la présente comme une preuve du fait que l’apôtre ne marche pas par l’Esprit, mais selon la chair. Paul ne va pas laisser passer cela. Puisque ses adversaires veulent un débat sur le sujet, il va le leur fournir !

V 3 à 5 : les armes de Paul sont spirituelles

Si Paul marche selon la chair, cela devrait se voir dans la façon avec laquelle il combat pour l’Evangile. Or, rien n’est plus étranger à l’apôtre que les méthodes humaines pour persuader ceux qui ne connaissent pas Dieu de la validité de son message. Paul en a déjà parlé dans sa première lettre. Bien qu’il aurait pu en user, ce n’est pas, dit-il, avec une supériorité de sagesse ou de langage qu’il est venu à Corinthe annoncer le mystère de Dieu. L’apôtre n’a pas voulu savoir autre chose parmi eux que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. Lui-même n’était pas rempli d’assurance et de pleine confiance en ses capacités. Au contraire, il était dans un état complet de faiblesse, de crainte et de grand tremblement (1 Corinthiens 2,1 à 3). Les armes dans lesquelles Paul s’est confié ne relèvent en rien de l’homme. Elles tirent entièrement leur force de Dieu pour renverser les raisonnements qui, dans l’esprit des incrédules, s’élèvent comme des hauteurs contre sa connaissance. Pour comprendre ce que Paul veut dire ici, donnons la parole à Watchman Nee qui, dans son livre intitulé « L’autorité spirituelle[1] », consacre un chapitre au commentaire des versets de cette épître de Paul :

« L’homme aime bâtir, tout autour de sa pensée, des raisonnements semblables à des forteresses, mais ces raisonnements doivent être détruits et la pensée gardée captive. Il nous faut rejeter les raisonnements mais ramener la pensée. Dans le combat spirituel que nous livrons, les forteresses doivent n’être abattues qu’après que la pensée ait été faite prisonnière. Car si les raisonnements ne sont pas mis de côté, il ne reste aucune possibilité d’amener la pensée de l’homme en obéissance à Christ. L’expression « hauteur », employée dans le verset 5,  signifie exactement « haut bâtiment », dans le texte original. Aux yeux de Dieu, tout raisonnement est semblable à un gratte-ciel, et empêche l’homme de connaître Dieu. Dès que l’homme raisonne, sa pensée est en état de siège, et n’est plus en mesure d’obéir à Dieu, du fait que l’obéissance se rapporte à la pensée… Cependant, Paul n’a pas utilisé la raison pour lutter contre la raison. L’inclination de l’homme pour le raisonnement doit être affrontée avec des armes spirituelles, c’est-à-dire par le moyen de la puissance de Dieu. »

Apprenons de Paul ! Confions-nous avec lui dans la puissance des armes que Dieu nous a données ! Rejetons les moyens frauduleux, la ruse, le recours aux techniques psychologiques pour faire passer notre message ou gagner notre auditoire (cf 2 Corinthiens 4,2). Veillons à notre intégrité, au fait d’être en communion avec Dieu et rempli de l’Esprit, afin que ceux qui reçoivent notre message l’entendent non comme une parole humaine mais pour ce qu’il est, une Parole de Dieu (1 Thessaloniciens 2,13). N’hésitons pas, par la puissance qui nous est donnée, à mettre en lumière le caractère mensonger des faux dieux dans lesquels les hommes se confient (Actes 14,14 à 18). Utilisons encore ce qui peut nous servir d’appui dans ce qu’ils croient pour les mener plus loin vers la connaissance du vrai Dieu et de Son Christ (Actes 17,22 à 31). Il n’y a pas de puissance contre la vérité, mais seulement pour elle (2 Corinthiens 13,8).

V 6 : la cause de la retenue de Paul

Accusé de faiblesse lorsqu’il est face aux gens, Paul l’est aussi, d’une certaine manière, de laxisme. L’apôtre répond ici à cette fausse impression donnée. Oui, dans l’Eglise de Jésus-Christ, la situation idéale voudrait que, dans la communauté, il soit fait immédiatement justice de toute désobéissance. C’est ce qui s’est produit dans l’Eglise primitive avec la sanction sévère qui frappa Ananias et Saphira pour leur mensonge (Actes 5,1 à 5). Lorsque l’obéissance des membres de l’Eglise est à son summum, la discipline touche la moindre désobéissance. Ce n’est plus le cas malheureusement lorsque celle-ci se généralise. Si Paul n’a pu régler tous les problèmes à Corinthe, ce n’est en rien dû à une faiblesse de sa part. La cause en est à la multiplicité et à la gravité des choses qui devaient être réglées à Corinthe, ce dont témoigne la première lettre que nous trouvons dans le canon de l’Ecriture. Oui, Paul peut être plus sévère. Mais au vu de l’état de l’Eglise, il fallait pour son salut, parer au plus vite. Le jour où le niveau général si bas de l’obéissance sera relevé, alors, oui, il sera possible de sanctionner toute désobéissance. Mais l’immaturité des Corinthiens était telle qu’il n’était pas possible pour Paul d’agir autrement.

Il est facile d’accuser les conducteurs de la communauté pour leur faiblesse apparente. Celle-ci peut être réelle. Mais il est également bon de s’interroger à ce sujet d’une manière plus large. La communauté ne limite-t-elle pas elle-même, par son immaturité, les bienfaits que ses conducteurs pourraient lui apporter. Paul dit à ses frères de Corinthe qu’il aurait bien voulu leur donner une nourriture solide. Mais, à cause de leur caractère charnel qui faisait d’eux des bébés spirituels, il ne put le faire (1 Corinthiens 3,2). Tout serviteur de Dieu peut en témoigner. Il aimerait faire autre chose dans l’Eglise que de reprendre, sévir ou discipliner. Si tel est le cas, que l’Eglise ne l’accuse pas de ne pas être à la hauteur de sa tâche pour tout résoudre en son sein. Elle est elle-même la cause de ses limites !

 V 7 à 11 : abus d’autorité ?

Quels étaient les opposants les plus farouches de l’apôtre Paul à Corinthe ? La réponse nous est donnée ici. Ce sont ceux qui se réclamaient de Christ seul ! Dans sa première lettre, alors qu’il dénonçait l’esprit partisan qui sévissait dans l’Eglise, l’apôtre faisait déjà mention d’eux (1 Corinthiens 1,12). Paul tient à le leur dire : si ces frères font allégeance au Christ pour se démarquer de ceux qui se revendiquent des apôtres, qu’ils sachent qu’ils n’en ont pas l’exclusivité. Paul, lui aussi, se réclame de Christ. Il lui appartient, comme tous ceux qui ont reçu Son Esprit ! Aussi, les prétentions de ces frères ne relèvent pas de ce qui est vrai. Elles ne sont qu’un sophisme du langage qui ne sert qu’un but : utiliser le nom du Christ auquel ils se réfèrent pour s’exempter du principe de soumission aux frères.

Car si Paul paraît faire preuve de trop de fierté quant à l’autorité qu’il revendique à Corinthe, il n’en a pas honte. C’est du Seigneur et non de lui-même, rappelle-t-il, qu’il tient son mandat. Si donc ses opposants se réclament de Christ, qu’ils le sachent ! C’est Celui-là seul à qui ils prêtent allégeance qui a donné à Paul les dons, les capacités, le ministère par lequel l’Eglise de Corinthe s’est construite. Le fait d’être à Christ ne devrait amener personne à se démarquer de ce que Christ fait par et au travers des autres, mais bien plutôt à le reconnaître et à le soutenir.

Ce sont de ceux qui se réclament du parti de Christ que vient l’accusation déjà formulée au début du chapitre et que Paul reprend ici. Selon celle-ci, Paul, par le ton employé, ferait preuve d’intimidation à l’égard de ses frères dans ses lettres, alors que face à face, il serait plutôt couard. Il y aurait donc deux Paul : un de loin et un de près qui ne se ressemblent pas. Paul avertit celui qui parle un tel langage, peut-être le chef du parti de Christ : tel il est dans ses paroles de loin, tel il sera face à lui dans ses actes. La question, qu’à la suite de cela, on peut se poser est la suivante : qu’en sera-t-il alors de cet accusateur ? Aura-t-il lui aussi le courage de tenir le même langage, au sujet de l’apôtre, quand celui-ci est loin et au moment où il l’aura face à lui ? C’est souvent ce dont nous accusons les autres qui se trouve être notre faiblesse, voire notre péché, quand nous sommes mis dans les mêmes situations qu’eux.

V 12 à 18 : qui recommande qui ?

Les opposants de Paul à Corinthe l’ayant attaqué sur une de ses supposés faiblesses dans le domaine de l’autorité, celui-ci va leur rendre la pareille. Puisque, comme ils le disent, ils sont de Christ, il ne devrait pas manquer de la part du Seigneur des preuves de leur recommandation au sujet de la légitimité de leur ministère au sein de Son Eglise. Mais, de manière évidente, il n’y a rien de tel. Mis à part le fait qu’ils se soient établis de leur propre chef dans le rôle qu’il joue à Corinthe, il n’y a personne d’extérieur à eux-mêmes qui soit en mesure de confirmer la validité de leur charge. Celle-ci s’appuie uniquement sur une logique circulaire. Puisqu’ils sont de Christ, c’est de Christ seul, disent-ils, qu’ils détiennent l’autorité d’agir comme ils le font. Quelle preuve en donnent-ils ? Ils n’ont nul besoin d’en fournir puisqu’ils ne sont redevables à personne d’autre que le Christ !

Oui, c’est bien de Christ que tout serviteur de Dieu reçoit Son appel ! Mais le Seigneur a aussi donné l’autorité à l’Eglise, qui est Son corps, pour le reconnaître et le valider. Ni Paul, ni Barnabas n’ont décrété, sur la base du seul appel du Saint-Esprit, de se lancer dans le ministère d’apôtre. Mais c’est en pleine communion avec l’Eglise d’Antioche de laquelle ils étaient membres que leur envoi s’est fait (Actes 13,1 à 3). Le danger de ne se revendiquer que du Seigneur pour justifier d’un ministère nous est particulièrement exposé ici. Puisqu’il n’y a aucune autorité supérieure à qui nous devions rendre compte de nos actes, mis à part le Seigneur, tout est permis. Nous n’avons d’autorisation à recevoir de personne pour faire ce que nous voulons, où nous voulons dans l’Eglise de Jésus-Christ. Peu importe si le champ d’action dans lequel nous œuvrons est celui qui a été initié par un autre. Parce qu’il est à Christ, il nous appartient !

Combien il est facile, sous prétexte d’arguments fallacieux, de se faire voleur dans l’Eglise de Jésus-Christ de ce qui appartient à d’autres. Dans le corps de Christ, rappelle Paul, nul ne peut se déclarer par lui-même propriétaire de tout. Chacun a reçu de la part de Dieu une mission précise, coordonnée avec celle des autres par l’Esprit. Le couloir dans lequel Paul court est celui qui lui a été attribué. Tous ceux qui veulent y empiéter usurpent le droit qui est le sien de l’occuper. Paul en appelle à la mémoire des Corinthiens. Qui est celui que Dieu a envoyé pour leur faire connaître la bonne nouvelle de l’Evangile ? Si c’est lui, il n’y a de sa part aucun abus d’autorité à exercer parmi eux le ministère que Dieu lui a confié pour leur édification. Au contraire ! Si, dans l’avenir, celui-ci devrait, à partir du soutien reçu à Corinthe, prendre de l’ampleur pour se projeter dans de nouveaux lieux, Paul ne pourrait qu’en être d’autant plus fier. A contrario, mis à part le fait de marcher sur ses plates-bandes, les opposants de Paul n’ont pas de quoi se vanter. Ils n’ont rien fait pour que l’Eglise de Corinthe soit ce qu’elle est. Ils ne sont pas autre chose que des profiteurs des travaux d’autrui. La fierté de chacun dans le ministère se trouve dans ce que le Seigneur a fait à travers lui, non dans ce que l’on dérobe aux autres pour se faire un nom. Oui, dit Paul, ce ne sera jamais celui qui se recommande lui-même qui sera approuvé, mais celui que le Seigneur recommande.


[1] L’autorité spirituelle : Watchman Nee : Editions Vida

lundi 2 octobre 2017

2 CORINTHIENS 9

V 1 à 5 : soyez à la hauteur !

Il y a toujours un risque pour quelqu’un de se porter garant pour un autre. A plusieurs reprises, le livre des proverbes nous avertit du danger d’un tel engagement (Proverbes 6,1 à 5 ; 11,15 ; 17,18). La personne pour laquelle nous engageons notre parole et notre honneur peut soudain ne pas se montrer à la hauteur de la confiance que nous avions en elle. Sa défaillance ne lui porte pas préjudice qu’à elle seule, mais aussi à celui qui l’a cautionné auprès d’autrui. Paul le dit aux Corinthiens : soyez, en ce qui concerne cette œuvre de bienfaisance inter-Eglises, à la hauteur de vos engagements. Il y va, non seulement de votre réputation, mais aussi de celle de ceux qui ont fait l’apologie de votre enthousiasme à ce sujet. Car, en Macédoine, l’apôtre en a témoigné clairement : l’Achaïe, depuis un an, est mobilisée. Cette nouvelle n’a pas été sans effet. Elle a produit chez les Macédoniens, pourtant peu fortuné, l’envie de se surpasser (2 Corinthiens 8,2 et 3). Il ne faudrait donc pas que, arrivés sur place, les délégués des Eglises constatent que le témoignage rendu par Paul ne correspond pas à la réalité. Non seulement la parole de l’apôtre se trouverait être un mensonge, mais ce constat ferait à la face des Eglises la honte des Corinthiens.

Pour ne pas qu’une telle chose se produise, Paul prend les devants. Avant de se déplacer lui-même pour récolter le fruit de leur collecte, il choisit de faire précéder sa venue de celle des délégués des Eglises afin que tout soit prêt au moment voulu. Une collecte est un acte de générosité. Or, celle-ci pour être effective doit être anticipée. Ce n’est jamais au dernier moment que l’on se montre à la hauteur des engagements pris. Paul le sait ! C’est pourquoi il n’hésite pas à organiser le suivi des décisions prises à Corinthe depuis des mois.

Qu’en est-il pour nous des engagements pris dans l’enthousiasme ? Se pérennisent-ils dans la durée ou, l’émotion calmée, retombent-ils avec elle au niveau des intentions ? Il est nécessaire pour chacun de nous, régulièrement, de faire le bilan des engagements que nous avons pris. La pente naturelle, en effet, ne nous pousse pas à la constance ou à la persévérance. Si nous ne veillons, il y a de fortes chances que nous nous relâchions. N’hésitons pas, s’il le faut, à faire appel à une personne extérieure chargée de veiller à l’assiduité de nos efforts en vue d’atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. C’est ici souvent la meilleure manière pour nous de nous assurer d’arriver à nos buts !

V 6 à 15 : le principe du trésor

Pour quelles raisons est-il bon pour le chrétien de pratiquer la libéralité ? Paul nous le dit ici. Il en est de la libéralité dans la vie du chrétien comme ce qui se produit en agriculture avec la semence. Tous les paysans le savent : qui sème peu, moissonnera peu et qui sème largement moissonnera aussi largement. La moisson du cultivateur ne se produit pas par hasard. Elle est le résultat de sa largesse au moment où il fallait semer. Dans le cœur de beaucoup de chrétiens se trouve l’idée tenace que le fait de donner à autrui de ce que l’on a ne peut que nous appauvrir. Rien n’est plus faux selon la logique biblique. « Tel qui fait des largesses, dit le livre des Proverbes, devient plus riche ; tel, qui épargne à l’excès, ne fait que s’appauvrir. Celui qui répand la bénédiction est dans l’abondance ; celui qui abreuve est lui-même abreuvé (Proverbes 11,24-25). » Le donateur de toutes grâces, c’est Dieu. Or, rien ne limite Dieu. Qui donne avec générosité n’a pas à craindre de manquer pour lui-même de quoi que ce soit. La source de laquelle provient ses biens n’est et ne sera jamais tarie. Qui ouvre sa main pour les autres verra, de mille et une manières, la main de Dieu s’ouvrir pour le soutenir et pourvoir à ses besoins, si bien, dit Paul, que disposant toujours à tous égards de tout le nécessaire, il ait encore en abondance pour toute œuvre bonne (v 8).

Tous les dons sont-ils agréés par Dieu ? Paul répond clairement ici que non ! Un don fait pour soutenir autrui n’a de valeur qu’à deux conditions : qu’il ne soit pas forcé, mais offert avec joie. Un don doit être le fruit d’une décision prise devant Dieu. Pour se faire, elle doit être pesée et mûrement réfléchie. Paul l’a déjà dit dans le chapitre précédent. Il ne s’agit pas pour les Corinthiens de se mettre en danger pour soutenir leurs frères éprouvés, mais d’appliquer la règle d’égalité énoncée dans la loi (2 Corinthiens 8,13 à 15). Mûrement réfléchi, l’acte du don doit ensuite être l’expression d’un vrai désir du cœur de porter secours à l’autre. Accompli dans cet état d’esprit, le donateur fera l’expérience de la maxime énoncée par le Seigneur selon laquelle il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir (Actes 20,35). Hudson Taylor, le grand missionnaire en Chine, en témoigne : « Moins je dépensais pour moi-même et plus je donnais aux autres, dit-il, plus mon âme se remplissait de joie et de bénédictions.[1] »

En toutes choses, il nous faut donc croire au principe du trésor qui est celui de la grâce. L’essence même de la grâce est le don, le don de soi, la générosité surabondante de Dieu envers des êtres qui ne méritent que Sa colère. Qui agit avec grâce envers ses frères dans le besoin agit selon la justice même de Dieu, une justice qui ne lui sera jamais ôtée (Psaume 112,9). Qui pratique la grâce peut être sûr d’une chose : il sera pour toujours l’objet de la grâce du Dieu de grâce. Comment pouvons-nous être sûrs d’être riches, c’est-à-dire de ne jamais manquer de rien ? Il nous suffit d’épouser l’état d’esprit dans lequel Dieu se trouve à notre égard. C’est en pratiquant la grâce envers nos frères dans le besoin que nous ferons l’expérience que, constamment, la semence dont nous avons besoin pour semer en vue de notre propre nourriture ne nous manquera pas. Ainsi, non seulement le don fait par grâce augmente notre justice devant Dieu, mais il devient l’occasion, de la part de ceux que nous aidons, de nouvelles actions de grâces envers Dieu pour Sa générosité infinie à leur égard.

Qui pourra dire tout ce qu’une contribution destinée à nos frères et apportée dans l’esprit de la grâce véhicule comme bénédictions ? Premièrement, elle rend concrète l’Evangile. Pour qui voit la grâce de Dieu en action dans sa vie et en bénéficie, l’Evangile ne se résume pas à une bonne nouvelle d’ordre spirituel. L’Evangile s’incarne dans des actes. Il produit un comportement qui manifeste la réalité d’un changement d’état d’esprit marqué par l’obéissance à Dieu. Il est ensuite porteur d’une joie contagieuse. Seule la grâce crée dans le cœur le plaisir de donner, servir ou obéir. Qui en bénéficie peut à son tour se réjouir, de telle sorte que, partout où la grâce opère, se multiplie avec elle la joie dans les cœurs. La grâce lie entre eux, comme rien d’autre, ceux qui, par elle, donnent et reçoivent. Nous pouvons essayer d’imaginer mille moyens pour rapprocher entre elles des communautés. Rien ne le fera mieux que le fait pour l’une et l’autre de se bénir par la grâce reçue. La grâce enfin est génératrice de louanges à Dieu, d’actions de grâces. C’est un témoignage sans équivalent pour le monde de la réalité du bonheur que partagent les élus à connaître le Dieu de grâce (cf Actes 3,45 à 47). Que la grâce de Dieu fasse de nous des véhicules de Sa grâce envers tous !



[1] Cité par Randy Alcorn : Le principe du trésor : Editions BLF