vendredi 22 septembre 2017

2 CORINTHIENS 7

V 1 : Poursuivons la sainteté

Quelle motivation doit animer notre recherche de la sainteté ? Elle est toute entière liée aux promesses que Dieu nous fait. C’est le désir de la présence de Dieu qui est la source principale de notre détermination à fuir le péché. Car nous le savons, nous en avons fait l’expérience : notre bonheur de chrétien n’est jamais si grand que lorsque nous vivons sous la douce influence du Saint-Esprit. La recherche de la sainteté n’est pas séparée de celle de l’abondance, de la plénitude, du bonheur. La présenter aux enfants de Dieu sous un autre angle, c’est les priver de la motivation la plus enthousiasmante à ce sujet.

La recherche de la sainteté est une recherche holistique. Elle ne touche pas qu’au comportement extérieur, ce que le croyant fait de son corps. Elle intègre la pureté de la pensée, de l’esprit. Beaucoup de croyants peuvent se vanter sans mentir de ne jamais avoir commis un adultère, mais combien pratiquent la discipline de Job avec leurs yeux et dans leurs pensées (Job 31,1) ? Nous le savons tous : c’est dans le cœur et l’esprit que naissent les convoitises, les pensées impures, mauvaises. Qui veut porter dans sa vie la recherche de la sainteté à son sommet ne pourra jamais se satisfaire d’une vie seulement correcte aux yeux des hommes. C’est devant Dieu que le saint vit ! C’est animé d’un profond respect envers Lui, d’une sainte crainte qu’il entreprend de se discipliner de manière à ce que, ni dans for intérieur, ni dans son comportement extérieur, le péché n’ait d’emprise sur lui.

V 2 à 4 : Une place dans vos cœurs !

Pour la seconde fois (6,11-12), Paul fait appel au souvenir des Corinthiens afin que l’amour qui était à la base de leur relation avec lui demeure. A la manière d’un Samuel rendant compte de son intégrité face à Israël qu’il avait tant servi (1 Samuel 12,1 à 6), Paul en appelle à la mémoire de ses frères au sujet de son comportement lorsqu’il était au milieu d’eux. Y a-t-il parmi eux un seul frère à qui Paul aurait fait du tort, quelqu’un dont il aurait profité abusivement, quelque chose de reprochable porté à son compte qui puisse justifier la défiance et le refroidissement de leur amour à son égard ? En rappelant la probité avec laquelle il a agi, Paul ne cherche pas à accuser ses frères. Il veut plutôt les conduire à s’interroger sur les causes du sentiment qui s’est développé parmi eux à son sujet. Celui-ci ne repose sur aucun fait. Il n’a rien d’objectif. Il n’est que le produit d’une influence extérieure. Comme Paul n’y est pas soumis, il atteste que, de son côté, les sentiments qu’il éprouve pour les Corinthiens n’ont pas varié. Il reste fier d’eux. Pour toujours, ils sont gravés dans son cœur. L’histoire qui s’est écrite entre eux et lui reste intacte et rien de ce qui s’est passé chez eux après son départ ne peut l’effacer ou la changer. Le souvenir qu’il a de leur vécu commun demeure pour lui une source de joie et d’encouragement.

Lorsqu’une relation fraternelle se détériore, il faut, pour en juger objectivement, toujours se rapporter aux faits. Notre regard sur quelqu’un peut changer. Mais nous devons nous interroger sur la cause de cette mutation. Est-elle due à des attitudes nouvelles qui nous auraient déçues ? Ou sommes-nous sous influence ? Depuis que nous connaissons cette personne, y a-t-il eu des faits nouveaux qui invalident ou modifient le jugement que nous avions sur elle ? Si ce n’est pas le cas, aucune raison ne justifie l’altération de notre amour pour elle. Agissons, si nous en sommes la victime, comme Paul. Interrogeons nos frères ! Demandons-leur de nous dire par des faits ce qui légitime leur nouvelle attitude à notre égard ! Plaçons-les devant leur propre conscience ! Et continuons pour notre part à protester de notre amour pour eux ! Seul le retour à la vérité fournit à la grâce de Dieu les ressources permettant d’opérer les changements salutaires dans les cœurs !

V 5 à 15 : le rapport de Tite

Après le long exposé de Paul sur les motivations qui sont à la racine de son ministère, l’apôtre reprend le récit explicatif de la raison pour laquelle il n’est pas venu à Corinthe là où il l’a laissé (cf 2,12-13). Quittant Troas avec son équipe pour la Macédoine, Paul ne connut là guère de repos. A l’extérieur, Paul devait souvent se battre contre des adversaires de toutes sortes : opposants juifs, faux docteurs… A l’intérieur, il devait lutter contre ses craintes. Bien que n’ayant à rougir de rien pour le fait d’être mis au rang des autres apôtres (1 Corinthiens 15,9-10), Paul n’était pas un surhomme. Comme tout autre, il était sujet à la faiblesse et à la peur (1 Corinthiens 2,3), au stress et à l’inquiétude (1 Thessaloniciens 3,1 et 7). Aussi l’arrivée de Tite, porteur de bonnes nouvelles de Corinthe, fut-elle un véritable ballon d’oxygène pour l’apôtre. Le rapport que le fidèle collaborateur de Paul lui fit de sa visite dépassa ses espérances. Paul n’avait pas de souci à se faire sur la place qu’il occupait dans le cœur de ses enfants spirituels. La lettre, un tant soit peu sévère, qu’il leur avait écrite, ne les avait pas refroidis à son sujet. Au contraire ! Attristés de ce qu’ils aient été la source de tant de soucis et de peines chez l’apôtre, ceux-ci avaient protesté avec larmes de leur vive affection pour lui. S’il y avait une communauté à qui appartenait Paul, c’était Corinthe. Et il n’était pas question pour eux qu’on le leur prenne !

Ce n’est pas la première fois qu’en proie à des soucis majeurs, Paul fait l’expérience du secours et de l’encouragement de Dieu par une bonne nouvelle qui lui parvient de loin (1 Thessaloniciens 3,6). Dieu, qui prend soin des humbles, sait ce que chacun peut supporter et ce dont il a besoin. Une bonne nouvelle venant d’une terre lointaine, dit le proverbe, est comme de l’eau fraîche pour une personne fatiguée (Proverbes 25,25). Si ce n’est par une lettre, l’encouragement de Dieu se concrétisera une autre fois pour l’apôtre par la venue de frères venant à sa rencontre pour le soutenir dans l’épreuve à laquelle il devait faire face (Actes 28,15). Connaissons-nous un frère éprouvé ? Prenons la plume pour l’assurer de notre soutien ! Ou, si possible, faisons encore mieux ! Allons à sa rencontre, visitons-le ! Faisons-lui part de notre affection ! Nous serons l’outil de la grâce de Dieu pour l’aider à poursuivre son chemin !

Rassuré sur les sentiments des Corinthiens à son égard, Paul peut revenir sur le sujet qui aurait pu définitivement les brouiller avec lui : la lettre qu’il leur a écrite. Dans un échange qui a pour but de régler des différents entre personnes, nous ne pouvons progresser que par paliers. Tant que celui qui a tort ne se repent pas, il est impossible de retourner avec lui dans le passé pour examiner le bien-fondé de ce qui lui a été dit. Il le faudrait pourtant, car sans un véritable travail de fond sur le sujet qui a fâché, la réconciliation ne peut se faire. Après toutes les tracasseries que le conflit avec les Corinthiens lui a causées, le soulagement de Paul est à son comble. Même si cette lettre n’était pas facile à écrire pour lui et désagréable à lire pour les Corinthiens, à cause du fruit qu’elle a produit en eux, Paul ne la regrette pas. Elle a certes provoqué chez ses frères de la tristesse, mais celle-ci leur a été salutaire. Cette tristesse était une tristesse selon Dieu. Elle a été l’instrument qu’Il a utilisé dans Sa grâce pour amener l’Eglise de Corinthe à s’interroger et revoir son attitude envers l’apôtre. Leurs yeux jusqu’alors obscurcis se sont ouverts. Non, le point de vue que les adversaires de Paul voulaient qu’ils adoptent à son sujet ne correspond pas à la réalité. Oui, de tous ceux qui sont passés parmi eux, l’apôtre est l’un de ceux qui les a le plus enrichis, qui s’est le plus donné pour eux. Aussi, l’attitude qui doit désormais prévaloir à son égard ne doit plus être le blâme ou la critique, mais la reconnaissance.

Si nous sommes dans la vérité au sujet de ce que l’on dit, nous ne devons pas craindre pour un moment d’attrister les frères. La tristesse est un outil de Dieu qui mène à une repentance salutaire. Elle est donc positive, contrairement à celle que le monde induit, qui conduit celui qu’elle affecte au désespoir et à la mort. Il y a dans le service de Dieu des maux et des souffrances utiles et nécessaires. Seul le mensonge du diable peut nous faire croire que le fait de causer de la peine à un frère est toujours une preuve d’absence d’amour. La lettre sévère de Paul aux Corinthiens est la preuve de l’inverse. Utilisée par Dieu pour leur parler, elle ne leur a causé aucun dommage. Au contraire, elle a été comme une révélation pour eux. Elle leur a permis de discerner le vrai du faux, et a mis en lumière le mauvais esprit qui était à la source de la tension survenue entre eux et leur père spirituel. Du coup, dit Paul, elle les a justifiés et a mis en lumière le fait qu’ils n’étaient pour rien dans toute cette histoire. Elle a ainsi atteint son but qui n’était pour Paul ni de se défendre, ni d’attaquer celui qui l’offense parmi eux, mais de rétablir la relation brouillée qui s’était installée entre l’apôtre et l’Eglise.

La façon avec laquelle Paul a agi dans cette affaire témoigne que ce n’est que par lâcheté que l’on affronte pas les vrais problèmes qui surviennent dans la communion fraternelle. Certes, il n’est pas aisé de le faire. Une réaction trop vive et trop brutale peut envenimer la situation au lieu de la résoudre. Mais ne rien faire peut s’avérer pire encore. Prions Dieu et demandons-lui la sagesse d’agir avec bonté et discernement. La bonté n’exclut pas la sévérité (cf Romains 11,22). Nous devons seulement veiller à ce que notre sévérité ne soit pas l’expression de notre dureté. Plutôt que par nos émotions ou notre ressenti, laissons-nous conduire par l’Esprit. Il est seul Celui qui est capable de nous donner les justes mots qui toucheront les cœurs et les ramèneront les uns vers les autres !

Si Paul est heureux pour lui-même de l’issue favorable de la discorde qui s’était installée entre lui et ses frères, il l’est encore plus à l’égard de Tite. Pour sa part, en effet, Paul n’est jamais entré dans la critique négative au sujet de ses frères. Au contraire ! Avant d’envoyer Tite vers eux, il n’a cessé de lui témoigner de la fierté qui était la sienne à leur propos. Tite revenu vers lui, il ne peut que se réjouir de constater qu’il n’a rien exagérer, mais que tout ce qu’il a pu dire à son frère au sujet des Corinthiens était vrai. Tite a été reçu à Corinthe comme un envoyé de Paul. Il a pu vérifier par lui-même tout le crédit que les Corinthiens portaient à l’autorité de l’apôtre. Il a pu se réjouir de leur disposition à l’obéissance. La confiance qu’avait Paul en ses frères n’a eu besoin d’être démentie en rien.


Apprenons, en conclusion de cette histoire, de l’attitude de l’apôtre. Combien de fois, lorsqu’il nous arrive d’être à tort ou à raison mis en question par des proches, n’avons-nous pas réagi par la défensive ! « Avant de vouloir ôter la paille qu’il voit dans notre œil, ils feraient mieux d’ôter la poutre qui est dans le leur, avons-nous pensé (cf Matthieu 7,3) ! » Il n’en a pas été ainsi de Paul. Spirituel, il est resté sur le terrain de la vérité et de l’amour. Il a choisi de mettre en avant les faits plutôt que les sentiments. Il s’est justifié sur la base de ce qui était connu par tous et s’en est tenu là. Que Dieu nous donne de suivre son exemple et la grâce d’atteindre la maturité qui était le sienne ! Car c’est ici la seule voie qui permette de gagner à nouveau le cœur de son frère !

mercredi 13 septembre 2017

2 CORINTHIENS 6

V 1 et 2 : ne pas recevoir la grâce en vain

Mandatés par Dieu pour être les agents de cette mission de réconciliation, Paul exhorte les Corinthiens à ne pas accueillir la grâce de Dieu en vain. Comme il l’a déjà écrit, si, en tant que disciples de Christ habités par une vie nouvelle, nous sommes ici-bas, c’est pour une seule raison : servir et vivre pour Celui qui est mort et ressuscité pour nous (5,15). Notre vraie citoyenneté est déjà aux cieux ! Ici-bas, tels les ambassadeurs, nous nous trouvons en exil pour un seul office : représenter les intérêts du royaume auquel nous appartenons. Où qu’il soit, l’ambassadeur n’est pas, dans le pays où il exerce sa charge, chez lui. Il est un étranger dont la présence ne se justifie que par la mission dont il est le porteur. Aussi n’a-t-il pas à épouser, comme Loth le fera à Sodome, le style de vie des habitants du pays où il a été envoyé. Sa charge est celle d’un porte-parole. Il est parmi le peuple où il se trouve la voix de l’autorité du pays qu’il représente.

Or, le message qu’il est appelé à délivrer aux terriens de la part de Dieu est pressant. S’il y a un salut possible pour eux, ce n’est pas demain qu’il se trouve. C’est maintenant, aujourd’hui, que Dieu accueille, écoute, entend et exauce le cri de ceux qui s’adressent à Lui dans ce but. L’année dans laquelle nous nous trouvons est l’année de la grâce (Luc 4,19), à laquelle succèdera le jour de la vengeance de Dieu (Esaïe 61,2). Il y a donc urgence à délivrer le message de la main tendue de Dieu aux pécheurs qui se repentent, à le communiquer au plus grand nombre. Rien ne serait pire, en effet, après avoir reçu la grâce de la garder pour soi. Et c’est là le danger qui guettait les Corinthiens et qui guette aussi nombre d’enfants de Dieu aujourd’hui.

V 3 à 10 : l’impératif de veiller à sa crédibilité

Ministre de Dieu et ambassadeur pour le Christ, Paul a le souci, avec ceux qui forment l’équipe qui l’accompagne, de n’être pour personne une pierre d’achoppement qui serait cause de son rejet de la foi. Le ministre de Dieu, sa vie, son comportement, ses attitudes, est la première preuve de crédibilité du message dont il est le porteur. Aussi doit-il être en toutes choses, non seulement irréprochable dans sa conduite, mais un modèle des vertus qu’incarne Celui qu’il représente. Il y va à la fois de l’honneur du royaume dont il est ici-bas l’émissaire et du crédit de sa parole.

Alors que Paul devait faire face à la concurrence de super-apôtres qui impressionnaient les Corinthiens (11,5), il nous dresse ici une première liste de qualités par lesquelles il se recommande avec son équipe. Si Paul le fait, ce n’est que contraint par la situation. Il ne le fait pas pour lui-même mais, comme il l’a déjà dit, pour donner à ceux qui lui sont attachés, des motifs de fierté à leur sujet (5,12). La première des qualités que Paul relève, au sujet de son vécu de ministre de Dieu, est l’endurance. L’endurance est une capacité qui ne peut se développer que face à l’adversité (Romains 5,3). Or, à ce sujet, Paul a tout connu : détresses en tous genres, coups, emprisonnements, émeutes contre sa personne, travail pénible, veilles, jeûnes multiples… Si l’adversité est l’endroit où l’on fait ses preuves, Paul passe le test avec brio.

Si l’endurance face aux vents contraires est la qualité première que relève Paul, elle ne se limite pas à ce domaine. Elle est aussi celle dont il a fait preuve dans la culture des vertus qui sont les marques de la vie de Christ. Paul en dénombre huit. La première est la pureté, à la fois dans la conduite et les motifs qui en sont la source. Puis vient la connaissance. D’évidence, Paul n’aurait jamais pu écrire toutes les lettres qui se trouvent dans le Nouveau Testament, s’il n’avait fait preuve d’une grande assiduité dans ce domaine. Viennent ensuite la patience et la bonté. Paul le dira plus tard. Outre les souffrances liées à l’annonce de l’Evangile, sa préoccupation quotidienne majeure touchera à la santé des Eglises qu’il aura implantées (11,28-29). A de multiples reprises, Paul ne se lassera pas de dire et redire les mêmes choses pour, qu’enfin, elles deviennent salutaires à ceux qui les entendent (Philippiens 3,1). Paul évoque ensuite sa persévérance à marcher dans l’Esprit-Saint. La vie de prière de l’apôtre, témoignage de sa totale dépendance de Dieu, en est l’une des preuves les plus éloquentes.  L’apôtre dira plus tard également que les armes par lesquelles il combat ne sont pas charnelles (10,4). Ce sont les armes offensives (la Parole de Dieu, la prière, le zèle pour l’Evangile) et défensives (le bouclier de la foi, la cuirasse de la justice, la ceinture de la vérité, le casque de l’espérance) de la justice, celles qu’il identifie ailleurs comme les éléments de l’équipement spirituel du soldat chrétien (Ephésiens 6,13 à 17). Il atteste encore de son amour pour tous, sans calcul, sans hypocrisie, manifesté par son attitude permanente de serviteur.  Il souligne enfin la réalité de son endurance dans la parole de la vérité et dans son souci d’agir par la puissance de Dieu, deux vertus qui sont l’objet de sa première lettre aux Corinthiens (1 Corinthiens 1,18 à 25).

S’il y a un domaine dans lequel se mesure la qualité d’un ministre de Dieu, ce ne peut-être que celui du vécu. C’est aux fruits que l’arbre porte, a dit Jésus, que l’on en reconnaît la nature (cf Matthieu 7,15 à 20). Le vécu est un révélateur. Il manifeste, au-travers des mille difficultés qui le composent, ce qui habite la personne. A l’aune de ce critère, Paul invite les Corinthiens à ne pas se laisser fasciner par ce qui ne se trouve que dans les apparences, mais à examiner ce que révèle le cœur (5,12). Car, comme il va en témoigner maintenant, la façon dont est perçu le serviteur de Dieu ne reflète souvent pas la réalité de ce qu’il est.

A quoi doit s’attendre, de la part de ceux pour qui il est en spectacle, le ministre de Dieu ? Quelle reconnaissance peut-il espérer ? S’il connaît des moments de gloire, il doit aussi être prêt au déshonneur. Le ministre de Dieu est serviteur d’un Christ rejeté, bafoué. Il ne doit pas s’attendre à vivre mieux ou à être mieux reçu que son Maître (cf Jean 15,20). Parfois on vantera ses qualités, et plus tard on le dénigrera. S’il doit tout faire pour se rendre recommandable à tous, le ministre de Dieu ne doit pas trop s’inquiéter de la réputation qu’on lui fait. N’a-t-on pas dit à ce sujet tout et son contraire à propos de son Maître (cf Jean 7,40 à 46 ; Matthieu 12,24) ? A sa suite, le ministre de Dieu sera, partout où il passera, un signe qui provoquera la contradiction (Luc 2,34). Parce qu’ils ne jugent qu’en fonction de l’apparence, ceux qui l’observent se font une opinion fausse de sa personne. Ils le considèrent comme un imposteur qui cherche à manipuler les foules pour son intérêt, alors qu’il n’est que le serviteur de la vérité. On fait tout pour l’ignorer quoi que l’on sache très bien qui il est. On s’imagine qu’au vu de tout ce qu’il a déjà traversé, il ne vivra pas longtemps. Mais c’est l’inverse qui se produit. Par la grâce de Dieu, le serviteur de Dieu échappe à la mort, se relève et poursuit sa route (cf 11,23 à 25). Qui regarde le serviteur de Dieu de l’extérieur se dit qu’il n’aimerait pas avoir sa vie. « Que celle-ci, avec tous les déboires qu’elle connaît, doit être triste, pense-t-il ! Si on veut réussir et devenir riche, ce n’est vraiment pas cette voie qu’il faut suivre ! » L’erreur de jugement est total ! Oui, le serviteur de Dieu est souvent attristé ! Mais il connaît une joie intérieure dont le monde n’a aucune idée ! Oui, il n’est pas du nombre des fortunés ! Mais les trésors qu’il possède en lui-même vont enrichir des multitudes. Certes, en apparence il ne semble rien avoir ! En réalité, parce qu’il a part à la richesse de Dieu, tout lui appartient (1 Corinthiens 3,21 à 23) ! Que chaque serviteur de Dieu le sache ! Notre fierté n’est en rien d’autre que dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ ! Par Lui le monde est crucifié pour nous, comme nous le sommes pour le monde (cf Galates 6,14).

V 11 à 13 : élargissez vos cœurs

Si les Corinthiens, sous l’influence de faux apôtres, font preuve de méfiance à l’égard de Paul, tel n’est pas son cas à leur sujet. Quelle que soit leur attitude envers lui, ils occupent toujours une place de choix dans son cœur. La façon avec laquelle il le leur ouvre sans réserve en témoigne. Comme il le ferait avec un ami, Paul n'a rien à cacher à ses frères et sœurs de Corinthe. Ils sont ses enfants, ses bien-aimés et, s’ils ont changé à son égard, il tient à leur démontrer que, de son côté, il n’en est pas de même. Il les invite à l’imiter. Que les Corinthiens se libèrent de la prison dans laquelle leurs sentiments pour lui sont confinés ! Qu’il y ait de nouveau entre eux et lui toute la liberté d’échange que procure l’amour !

Un des indices certains que l’amour entre deux êtres s’est refroidi se révèle à coup sûr dans la perte de liberté que démontre l’une partie (ou les deux) à s’ouvrir à l’autre. Si tel est le cas de la part de quelqu’un à notre égard, agissons comme Paul ! Témoignons que de notre côté ce refroidissement n’existe pas ! Soyons avec lui comme nous avons toujours été ! Ouvrons-lui notre cœur sans réserve de manière à ce qu’il sache que, de notre côté, notre confiance en lui n’est pas entamée ! Notre frère ne sera jamais pour nous un ennemi ! S’il nous frappe la joue par sa froideur et sa distance, tendons-lui encore davantage l’autre pour lui signifier notre amour confiant. C’est là la meilleure façon de le faire revenir à de meilleurs sentiments pour nous et de l’affranchir de ce qui le tient à l’étroit envers nous, au-dedans de lui-même.

V 14 à 18 : pas d’association contre nature

La loi de Moïse stipulait de manière précise que l’Israélite devait se garder de mettre sous le même joug pour le labour deux animaux d’espèces différentes (Deutéronome 22,10). Créer une telle association ne pouvait être que préjudiciable pour le but poursuivi. L’âne, en effet, n’est pas fait pour travailler avec le bœuf et vice-versa. Ce qui est vrai pour les espèces différentes d’animaux l’est aussi pour les croyants et les non-croyants. La nature du croyant ne le porte pas vers les mêmes intérêts que celle du non-croyant. Aussi toute association, tout partenariat entre eux sera inévitablement source de tensions. Car, tandis que le croyant est libre à l’égard du péché, le non-croyant l’est à l’égard de la justice (Romains 6,20 et 22). Tandis que l’un sera soucieux de faire les choses dans la lumière, l’autre privilégiera tout moyen qui sert ses intérêts, quitte à mentir pour se faire. Les croyants doivent en prendre conscience : ils ne sont pas les seuls à vivre sous une influence spirituelle. S’ils appartiennent à Christ, qui vit en eux par Son Esprit, les non-croyants sont sous la domination de Satan. Or, il ne peut y avoir de contrat d’alliance entre Christ et Satan ! Le croyant se gardera donc de faire cause commune avec l’incroyant. Ni l’esprit qui habite l’un et l’autre, ni le royaume spirituel auquel ils appartiennent, ne sont compatibles.

Dans la pratique, il est vrai qu’il n’est pas toujours aisé de savoir à quel moment le croyant se trouve engagé avec le non-croyant. Sur la base de l’image utilisée par Paul (l’attelage), nous pouvons dire que tout ce qui lie le croyant avec le non-croyant par un contrat est néfaste pour lui. Le principe s’applique dans le domaine des affaires, et plus encore dans le mariage. Car, selon la volonté de Dieu, mari et femme ne sont plus deux, mais ne forment qu’un (Matthieu 19,6 ; 1 Corinthiens 6,16). C’est donc dans le Seigneur seul que le croyant doit envisager son union avec un partenaire (1 Corinthiens 7,39). Si l’application du principe de séparation entre le croyant et le non-croyant vaut pour le mariage, elle touche d’une manière aussi forte le domaine spirituel. Le chrétien n’est pas seulement un être humain régénéré. Il est aussi le temple, le sanctuaire de Dieu (1 Corinthiens 6,19), comme l’est aussi l’Eglise (Ephésiens 2,21). Le temple est ici-bas la maison de Dieu, Son pied-à-terre, le lieu où Il habite. Aussi, le croyant, comme la communauté locale à laquelle il appartient, doit se garder de toute union d’ordre spirituel avec des groupes qui, de manière manifeste, pratiquent l’idolâtrie. Il ne doit donner, d’une manière ou d’une autre, aucune impression de complaisance envers eux (Paul traite abondamment de ce sujet dans sa première lettre : 1 Corinthiens 8 à 10). C’est là la condition première à remplir pour que le Dieu saint soit avec nous et marche au milieu de nous.


L’exhortation finale de Paul dans ce chapitre va dans la droite ligne de son introduction. La grâce de Dieu, qui nous est si généreusement donnée, se doit de ne pas être reçue en vain (v 1). Cela implique que les Corinthiens doivent maintenant croire en l’Evangile, mais aussi, par la suite, vivre selon l’Evangile. La grâce de Dieu implique des ruptures, des distances, des séparations. Elle ne nous communique pas seulement la bonne nouvelle du pardon de Dieu pour nos fautes. Elle nous enseigne aussi à renoncer à l’impiété et aux désirs de ce monde, et à vivre dans le temps présent d’une manière pondérée, juste et pieuse dans l’attente de la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus-Christ (Tite 2,12-13). Notre Dieu n’est pas un Dieu lointain. Il est devenu, par Jésus-Christ, notre Père. Soyons pour Lui des fils et des filles dignes de Son nom ! C’est ici-bas notre gloire, notre mission et notre vocation !

mardi 5 septembre 2017

2 CORINTHIENS 5

V 1 à 10 : notre domicile céleste

Si notre corps est le vase de terre qui sert de récipient pour le trésor qu’est l’Evangile, il n’est pas pour autant à mépriser. Car lui aussi, un jour, participera à la gloire éternelle qui sera la nôtre en Jésus-Christ. Ici-bas, notre corps est semblable à ce qu’est, en termes d’habitation, une tente. C’est un domicile fragile, précaire, qui n’est pas fait pour durer. Nous savons cependant, dit l’apôtre, que si cette tente dans laquelle nous vivons aujourd’hui se détruira, une demeure éternelle qui n’a pas été faite par des mains humaines nous est réservée. Comme il l’a déjà dit dans sa première lettre, la résurrection du corps des croyants fait partie intégrante des articles de la foi de Paul (cf 1 Corinthiens 15). Elle n’est pas pour lui une supposition, mais une certitude.

Fort de cette espérance, Paul soupire en son corps dans l’attente du revêtement du domicile céleste qu’il occupera pour l’éternité. En effet, notre adoption filiale définitive par Dieu n’est pas juste une opération spirituelle. Elle passe par la rédemption de notre corps (Romains 8,23). La plupart d’entre nous, avant que ce fait se produise, passeront par la mort. Mais le secret espoir de Paul est d’y échapper. Il préférerait, dit-il, ne pas se retrouver nus, défaits de son premier vêtement, mais instantanément revêtus, par-dessus le premier, du corps nouveau qui lui est réservé.

A la lumière de ce qui fait l’attente de Paul dans la foi au sujet de son corps, il nous faut reconnaître qu’il y a souvent un décalage entre la nôtre et la sienne. Tandis que nous souffrons et que nous sommes accablés par les nombreux maux inévitables qui touchent notre corps, notre aspiration nous porte, comme Job, à désirer la mort plutôt que la vie (Job 3,20 à 22). Christ étant notre vie, notre préférence est d’être tout de suite avec le Seigneur, ce qui fait de la mort, non pas une perte mais un gain (Philippiens 1,21 à 23). Ici cependant, Paul ne tient pas à donner à la mort la part belle. Il y a à ses yeux quelque chose de meilleur qu’elle en termes d’espérance. C’est le recouvrement instantané du corps mortel par celui qui est immortel, l’absorption par la vie de ce qui porte en lui la marque de la mort. La résurrection, certes, opérera ce prodige. A ce moment, le périssable revêtira l’impérissable et le mortel l’immortalité (1 Corinthiens 15,53). Mais cette opération peut se produire pour le croyant sans qu’il soit dévêtu de son corps, c’est-à-dire sans qu’il passe par la mort. Ce privilège sera celui des croyants restés vivants à l’avènement du Seigneur (1 Thessaloniciens 4,16-17). Si tel était l’espoir secret de Paul en son temps, combien plus cela devrait-il être le nôtre aujourd’hui ! Car la nuit est très avancée et le jour de Sa venue s’est approché. Le salut est plus proche de nous que lorsque nous sommes venus à la foi (Romains 13,11-12). N’espérons pas la mort, mais aspirons de tout notre cœur à faire partie du contingent qui aura le privilège d’être revêtu de son domicile céleste par-dessus le terrestre, sans en être dévêtu ! Si singulière soit-elle, cette perspective ne devrait pas être hors de portée de notre foi ! Car elle s’appuie sur deux précédents, celui d’Hénoc (Genèse 5,23-24), et celui d’Elie, le prophète (2 Rois 2,11-12). Or, ce que Dieu a fait, soyons-en certains : Il peut le rééditer à coup sûr !

Alors qu’il se trouve dans ce corps mortel, Paul dit qu’il est malgré tout toujours plein de courage. Car il sait, ayant reçu les arrhes de l’Esprit, ce qui est devant lui. Les arrhes de l’Esprit sont à la fois un acompte et une promesse. Ils nous assurent d’une part que, dès aujourd’hui, nous participons à la vie de Christ et, d’autre part, que demain nous jouirons en plénitude de notre état de rachetés. Tant que nous sommes dans ce corps, c’est un peu comme si nous vivions en exil loin de notre vraie patrie. C’est pourquoi nous marchons par la foi, non par la vue. Mais notre attente profonde n’est pas de continuer à vivre indéfiniment ici-bas. Elle est d’être pour toujours réunis avec le Seigneur et, si nous avions le choix, dit Paul, c’est cette option qui prévaudrait.

Dans cette attente, nous ne devons en rien nous relâcher. Car ce qui compte dans la vie de l’enfant de Dieu n’est pas la condition dans laquelle il se trouve. Pour l’heure, il est dans ce corps. Mais, comme il en sera au jour où il le quittera, il se doit déjà de Lui être agréable en toutes choses. C’est là ce à quoi il met ici-bas son point d’honneur. Car le jour vient, dit Paul, où tous, nous comparaîtrons l’un après l’autre en pleine lumière devant le tribunal de Christ. Chacun recueillera alors pour lui-même de la main de Dieu la moisson de ce qu’il aura pratiqué, soit en bien, soit en mal, du temps où il vivait dans son corps. Si l’œuvre que quelqu’un a construite demeure, dit Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, il recevra un salaire. Si, par contre, ne supportant pas l’épreuve du feu de Dieu, elle est brûlée, il en subira la perte. Lui, certes, sera sauvé, mais comme au travers du feu (1 Corinthiens 3,14-15).

V 11 à 15 : la double motivation de Paul dans son ministère

Si elle n’est pas la seule source de motivation des attitudes que Paul adopte dans l’exercice de son ministère, la perspective d’être jugé par Christ à ce sujet ne le laisse pas indifférent. Celle-ci lui inspire d’abord, dit-il, une sainte crainte de son Seigneur. La crainte de Dieu est un thème récurrent de toute la Parole de Dieu. Présentée comme la pierre d’angle d’une vie construite sur la sagesse (Psaume 111,10 ; Proverbes 9,10), elle est l’un des garde-fous qui protège le croyant de basculer dans la pratique du mal (Lévitique 19,14 : 2 Chroniques 19,7). Dans le cadre de la mission reçue par Paul, elle produit en lui deux effets. Le premier est qu’elle est le moteur qui le pousse, dans sa prédication et son témoignage, à chercher à persuader les hommes de la vérité du Christ. Car, qu’ils le veuillent ou non, cela ne changera rien à la réalité des faits. Au bout du chemin de chacun, la rencontre du Christ pour le jugement est inévitable. C’est pourquoi, faisant fonction d’ambassadeurs pour Lui, nous ne pouvons, dit Paul, que supplier les hommes en Son nom : Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! (v 20). Le second effet de la crainte de Dieu est qu’elle oblige l’apôtre à vivre devant Lui et devant les hommes dans la lumière. C’est là aussi un point d’honneur sur lequel Paul veillera strictement partout où il travaillera. « Vous êtes témoins, et Dieu l’est aussi, écrira l’apôtre aux Thessaloniciens, que nous avons eu envers vous qui croyez une conduite sainte, juste et irréprochable (1 Thessaloniciens 2,10). La crainte du Seigneur doit être la marque du représentant du Christ ici-bas. Aussi posons-nous la question : est-elle présente dans nos vies ? Motive-t-elle notre façon d’être et d’agir dans le monde, comme envers nos frères et sœurs dans la foi ?

Quoique l’apôtre rende ainsi témoignage de lui-même, il précise immédiatement qu’il ne le fait pas en vue de se recommander auprès des Corinthiens. Il n’aurait dans des conditions normales pas à le dire. Mais, vu le contexte, il tient à le stipuler. Ce qu’il vise en parlant ainsi de lui, c’est fournir des arguments à ceux qui, prenant sa défense, doivent répondre à ses détracteurs. La véritable qualité d’un serviteur de Dieu ne se mesure pas dans les apparences, mais dans ce qu’on peut lire de son cœur. La passion de Paul pour son Dieu a pu le faire passer pour certains comme quelqu’un d’insensé, de déraisonnable. C’est là le jugement que porta sur lui, par exemple, Festus, le gouverneur de Judée, lorsque Paul comparut devant lui (Actes 26,24-25). Mais, quant à son attitude auprès de ses frères, l’apôtre cherchera toujours à être mesuré, sans excès. Les Corinthiens peuvent en témoigner. Ni dans sa façon de présenter l’Evangile, ni dans les moyens utilisés, Paul ne fera preuve d’extravagance. Prêt à tout pour son Dieu, il fera aussi tout dans sa façon d’être et d’agir pour ne pas être une occasion de chute ou de scandale pour ceux qu’il veut gagner à Christ.

Si la crainte du Seigneur, qui émane de la conscience qu’a l’apôtre de sa redevabilité à Christ quant au comportement qui est le sien, est la première motivation qu’il évoque au sujet du zèle dont il fait preuve pour son ministère, elle n’est pas la seule. Une seconde, supérieure quant à sa nature, lui est associée : l’amour. Or, l’amour dont Paul parle ici n’est pas le sien. En effet, si le principal moteur de l’engagement missionnaire était l’amour humain, celui-ci s’arrêterait rapidement. Ce qui motive profondément Paul à être prêt à donner sa vie pour les autres, c’est l’amour de Christ. L’amour de Christ est la source de la vision qu’a l’apôtre au sujet de l’humanité. Voyant Christ, le Fils de Dieu, quitter Sa gloire éternelle, devenir homme et mourir pour le péché de l’humanité, Paul en tire deux principes qu’il applique au monde et à lui-même. Le premier principe touche à la réalité spirituelle dans laquelle se trouve tous les êtres humains. Si Christ a dû mourir pour tous, c’est que tous sont morts, une vérité déjà affirmée par Jésus dans l’Evangile (Matthieu 8,22). La mort, dira Paul ailleurs, est le salaire du péché (Romains 6,23). Entrée dans l’humanité par Adam, elle s’est étendue à tous, parce que tous ont péché (Romains 5,12 ; Ephésiens 2,1). Outre le Christ, et la vie de résurrection qu’Il communique, il n’y a d’espoir de salut pour personne et aucun moyen d’accès à la vie éternelle. Parce que telle est la réalité dans laquelle se trouve plongée l’humanité sur le plan spirituel, l’amour de Christ inspire à l’apôtre une seconde réalité qui le concerne. Si lui a reçu la vie, ce n’est pas pour qu’il la garde pour lui-même. Vivant, sa vie n’a de sens désormais que si elle est vouée, consacrée à Celui qui a payé un si grand prix pour le salut de tous et qui a triomphé de la mort pour eux !

Les deux motivations dont Paul témoigne ici nous rappellent une vérité essentielle quant à ce qui doit animer le zèle missionnaire. Le zèle missionnaire trouve sa source première en Dieu. C’est dans la connaissance que nous avons de Dieu en Christ que se forgent les convictions qui sont à la base de nos engagements pour le salut du monde. Séparé de sa source, le feu qui nous anime s’étiole et s’éteint rapidement. Que la crainte de Dieu et l’amour de Christ nous pressent chaque jour à offrir notre vie sans réserve à Celui qui a payé un si grand prix pour notre salut !

V 16 et 17 : une création nouvelle

Nous avons vu que la vision que Paul a de l’état spirituel dans lequel se trouve l’humanité est ce qui détermine son engagement missionnaire. Cette vision n’a rien de subjectif. Elle découle du fait objectif que Christ, le Fils de Dieu, a dû devenir homme, mourir et ressusciter pour la rédemption de tous. La mort et la résurrection de Jésus sont devenus le prisme au travers duquel Paul juge de l’état et de la nature de toutes choses. Le corollaire pratique de la vision de l’humanité engendrée par la connaissance qu’a reçue Paul de Christ est que, dit-il, il ne connait désormais plus personne selon la chair. Avant d’avoir saisi quel regard Dieu portait sur l’humanité, l’opinion de Paul sur les êtres qui le côtoyaient était déterminé par des critères d’ordre sociaux ou éthiques. L’un était juif, l’autre païen ; l’un était un pécheur notoire, l’autre un pharisien moraliste (cf Luc 15,1-2). En Christ, cette façon de classer les gens par catégorie est devenue caduque. Il n’y a plus x groupes qui séparent les êtres humains. Tous sont englobés en un seul : des pécheurs qui ont besoin d’être réconciliés avec Dieu (cf Romains 3,3).

A ce sujet, Paul va même plus loin ! Parmi les apôtres ou les croyants qu’il croise, bon nombre ont eu le privilège de côtoyer le Christ dans la chair. Désormais, dit-il, même cette manière de voir le Christ est périmée. Retourné dans la gloire, Celui-ci s’est dépouillé de l’enveloppe corporelle sous laquelle il fut connu du temps de Son humanité. C’est avec les yeux de l’Esprit que chacun, y compris les disciples et Ses frères et sœurs dans la chair, doit Le contempler.

Si Paul ne connaît plus personne selon la chair, cette vérité au travers de laquelle il considère chacun ne s’applique pas seulement aux perdus. Elle conditionne aussi le regard qu’il porte désormais sur tous ceux qui sont en Christ. La lettre de Paul à Philémon au sujet d’Onésime en est un témoignage éloquent. Ancien esclave au service de Philémon, Onésime s’était enfui de chez son maître croyant. Par la grâce de Dieu, celui-ci devint chrétien au contact de Paul en prison. Onésime devenu un être nouveau, Paul écrit à Philémon de l’accueillir, non plus comme l’esclave inutile qu’il était dans le passé, mais comme un frère bien-aimé à qui il lui demande de faire grâce également (Epître de Paul à Philémon). Oui, si quelqu’un est en Christ, il n’est plus ce qu’il était autrefois. Il est une création nouvelle ! Ce qui est ancien fait désormais du passé. Cela, certes, fait partie de l’histoire de la personne. Mais cette tranche de sa vie est révolue. Quelque chose de neuf est né ! Une nouvelle histoire a commencé. C’est avec ce regard que nous sommes appelés à considérer dorénavant nos frères et sœurs en Christ !

V 18 à 21 : ambassadeurs au service de la réconciliation

Cette réalité de l’identité nouvelle au travers de laquelle nous devons regarder ceux qui sont à Christ nous vient d’une seule source : de Dieu. Pécheurs de nature, nous étions par nous-mêmes incapables de dépasser ou de sortir de notre état. Mais, dans le Christ, Dieu est venu jusqu’à nous dans le but unique de nous réconcilier avec Lui. Sans tenir compte aux humains de leurs fautes, Il a Lui-même mis en œuvre le processus par lequel le monde serait réconcilié avec Lui. C’est pourquoi nous pouvons porter un regard neuf sur ceux qui, autour de nous, sont à Christ. Ce qui les définit n’est plus ce qu’ils ont été dans le passé. Réconciliés avec Dieu, ils ont été régénérés. Ils sont devenus fils et filles de Dieu. Un nouvel être a pris forme en eux qui, jour après jour, se développe en vue de la ressemblance de Celui en qui il a pris racine.

Réconciliés avec Dieu, nous sommes porteurs de la plus belle des missions. Citoyens du royaume des cieux, nous sommes désormais ici-bas les ambassadeurs de Christ. De Sa part, nous supplions les hommes que nous côtoyons : « Vous aussi, comme nous, laissez-vous réconcilier avec Dieu !  Le temps dans lequel nous vivons est celui de la grâce. C’est le temps où Dieu choisit de ne pas vous demander compte de vos forfaits ! S’Il peut le faire, ce n’est pas parce qu’Il passe l’éponge sur eux ! Cela n’est dû qu’au fait que le Christ, Son Fils éternel et unique, a été fait péché pour nous. Alors qu’Il était saint, innocent et juste, Il s’est volontairement identifié à nous, prenant à Son compte les fautes qui nous incombaient. Aussi a-t-Il été traité par Dieu comme la représentation même de tout ce que, dans Sa justice, Dieu condamne ! Par Lui, grâce à Lui, un échange inimaginable s’est produit. Ce qui était porté à notre compte comme une dette insoluble (nos offenses) a été mis sur Lui, comme s’Il en était le débiteur. Et ce qui était au crédit de sa Personne (Sa justice) nous a été imputé. Au regard de Dieu, nous sommes aussi justes que Son Fils, tandis que Lui se retrouve aussi coupables que nous pouvions l’être ! »

Qui ne pourrait adhérer et souscrire à une aussi bonne nouvelle ! L’intelligence des hommes a subi cependant un tel aveuglement qu’ils ne voient pas briller la splendeur de la gloire de notre Evangile (2Corinthiens 4,4). Il nous faut donc prier pour eux, mais aussi, dit Paul, chercher à les persuader (5,11), se faire pressant, insistant, les supplier de saisir la grâce qui leur est offerte (5,20). Que Dieu nous donne quant à nous, pendant qu’il en est encore temps, celle de poursuivre sans relâche notre mission de témoins et d’ambassadeurs de Christ !


lundi 28 août 2017

2 CORINTHIENS 4

V 1 à 4 : une conduite recommandable

La très haute idée que Paul se fait du ministère qu’il a reçu par la grâce de Dieu n’est pas sans effet dans sa vie. Elle est d’abord la source du courage dont il a besoin pour aller de l’avant et poursuivre sa course malgré les nombreuses difficultés et les revers qui jalonnent son chemin. Il nous faut nous aussi, pour notre marche chrétienne dans ce monde, intégrer la vérité que Paul a apprise pour son ministère. Le courage chrétien n’est pas le fruit de l’effort de la volonté. Il résulte d’abord de la connaissance que nous avons du statut sur lequel repose notre service. Le ministère qui est le nôtre est un ministère glorieux. Il ne repose pas sur nos mérites, mais sur la seule compassion de Dieu. C’est par la grâce de Dieu seule que nous vivons et que nous Le servons dans le monde. Perdre de vue le privilège de l’honneur qui est la source de notre vocation, c’est perdre ce qui nous donne la force de la vivre.

La liberté qui est la nôtre en Christ, comparée à celle dont était privée Moïse, induit pour notre ministère de fortes obligations éthiques. En pleine lumière avec Dieu, dans leur relation avec Lui, les véritables ministres de l’Evangile le sont aussi avec leur prochain dans le ministère de proclamation qui leur a été confié. Paul le dit avec force : la nature de l’Evangile qu’il prêche ne peut s’accorder, pour le faire entendre, avec la ruse ou les procédés douteux. Le message est indissociable des moyens utilisés pour le proclamer. Techniques de manipulations, pression psychologique ou financière ou toute autre méthode frauduleuse doivent donc être bannis de la façon d’annoncer Christ. Tout ce que le serviteur de Dieu ou le héraut de l’Evangile fait dans l’exercice de sa charge se doit d’être approuvé par Dieu et recommandable à toute conscience humaine. La conduite du messager de l’Evangile, sa manière d’agir, est le premier facteur de crédibilité du message dont il est le préposé. L’oublier, c’est porter un préjudice considérable à sa nature, son autorité ou sa clarté.

Si, malgré le caractère irréprochable de la conduite du messager, l’Evangile reste un message voilé pour ceux qui l’entendent, qu’il ne s’en accuse pas. Cela ne procède pas de lui, mais de l’aveuglement dont sont victimes, par le dieu de ce siècle, ceux qui courent à leur perte. Il nous faut ici aussi le savoir : l’intelligence de l’homme naturel ne peut, à elle seule, comprendre ce qui relève du domaine de l’Esprit et de la vérité de Dieu (1 Corinthiens 2,14). Le voile de ténèbres qui la couvre est si épais que la gloire qui émane de la beauté de l’Evangile du Christ, image de Dieu, lui reste inaccessible. Seul le miracle de l’illumination et de la révélation ouvre les yeux des cœurs (Ephésiens 1,17-18). Travaillons pour notre part à ce que notre comportement ne soit pas un obstacle à la pertinence de notre proclamation. Et prions Dieu afin que, par le Saint-Esprit, Il ouvre les yeux des cœurs de ceux qu’Il a choisis d’avance pour la vie éternelle (Actes 13,48).

V 5 et 6 : Christ, le centre de notre prédication

Jésus-Christ étant le reflet de la gloire de Dieu et l’empreinte exacte de Sa Personne (Hébreux 1,3), c’est Lui qui doit être le sujet et le thème central de la prédication du ministre de l’Evangile. Aussi le messager fidèle de l’Evangile doit-il veiller à ne pas devenir le centre de l’attention et de l’admiration de ceux à qui il délivre son message. Pour l’avoir vécu, Paul sait quel sacrilège ce type de déviation représente aux yeux de Dieu (cf Actes 14,11 à 15). Le Christ que nous prêchons est le Seigneur. Le contenu de notre appel à Son égard intégrera obligatoirement l’idée de la repentance et de la soumission à Son autorité. Car Christ ne saurait être le Seigneur des vies si celles-ci ne s’abandonnent sans réserve à Lui.

La seigneurie de Christ n’est pas que le sujet de la prédication du ministre de l’Evangile. Elle est aussi la réalité spirituelle sous laquelle il vit. Le ministre de l’Evangile la manifeste en se comportant, non comme un maître, mais, à l’exemple du Maître, comme un serviteur (Jean 13,13 à 17). Il faut en effet, pour qu’elle soit perçue à l’extérieur, que la lumière de la Bonne Nouvelle brille d’abord dans le cœur de celui qui l’apporte. Elle ne le peut que si celui-ci incarne la vérité de l’Evangile, à savoir que Christ est le Seigneur de sa vie. Car ne nous trompons pas ! Le miracle de la vie nouvelle que reçoit le pécheur qui, jusque-là, vivait dans les ténèbres, est du même ordre que celui de la création. Elle est le fruit de la parole souveraine de Dieu. De même, elle sert le même but qu’elle. La création, dit Paul, a pour objet premier de révéler le Créateur (cf Romains 1,20). La nouvelle création qui se produit dans le cœur de celui que Dieu éclaire a pour objet de magnifier Christ. Elle est, à l’image du projecteur, l’outil par lequel Dieu fait resplendir la lumière de Sa gloire sur le visage du Christ.

Résumons ici ce que Paul vient de dire sur la beauté et les exigences du ministère de proclamateur de l’Evangile. Ce ministère est le plus glorieux qui soit. Il dépasse en gloire celui de Moïse. En raison de la dignité qu’il revêt, il exige de la part de ceux qui l’exercent un niveau éthique en accord avec le message dont ils sont les porteurs. Tout procédé douteux ou méthode charnelle doit être banni de la manière d’agir des serviteurs de l’Evangile. Le centre de la prédication de l’Evangile est Jésus-Christ, le Seigneur. Pour être crue, Celui-ci doit l’être dans la vie du messager. C’est de cette manière seulement qu’il sera l’outil de Dieu pour projeter la lumière de Sa gloire sur le visage du Christ.

V 7 à 12 : un trésor dans des vases de terre

Qu’est-ce que le ministre de l’Evangile ? Quelle perception doit-il avoir de lui-même et de sa fonction ? Paul y répond par une métaphore. Le ministre de l’Evangile est un vase de terre. Il est un simple contenant, fait de matière fragile et facilement cassable. Comme tout ce qui sert à cette fonction, ce qui importe n’est pas le récipient qui sert de support, mais son contenu. Le contenant n’existe pas pour lui-même. Il est choisi pour mettre en valeur le contenu. Telle est la fonction première du serviteur de Dieu et du ministre de l’Evangile : magnifier Christ, le trésor qu’il porte en lui-même.

De quelle manière le fait-il ? Essentiellement, dit Paul, en donnant à la puissance de Dieu l’occasion de se manifester au travers de sa fragilité. Un avec le maître qu’il sert, le ministre de l’Evangile partage avec lui dans ce monde la mise à mort pour que la vie qui l’habite, et qui n’est pas la sienne, puisse s’exprimer. Il est ainsi mis sous pression de mille et une manières, sans jamais cependant être broyé. Il peut être désemparé, au point de ne plus savoir ce qui va advenir de lui (cf 2 Corinthiens 1,8-9), mais l’espérance reste malgré tout vivante au fond de lui-même. Il est souvent persécuté, mais, à cause de la fidélité de Dieu, jamais abandonné. Il peut être abattu, déprimé, mais il n’est pas perdu, demeurant, quoi qu’il vive, l’enfant bien-aimé de Dieu. Au temps où Il était avec Ses disciples, le Seigneur ne l’a pas caché : l’esclave, disait-Il, n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi (Jean 15,20). Le disciple de Christ doit s’y faire : le sort qui l’attend ici-bas n’est pas différent de celui que son Maître a connu. Aussi ne doit-il pas s’étonner des afflictions qui se produisent pour lui. Elles sont la preuve qu’il Lui appartient.

Le partage de la mise à mort du Christ n’est cependant pas une fin en soi. Elle poursuit un autre but : celui de répandre la vie qui est en lui. Jésus en a aussi témoigné. Alors que la croix se profilait devant Lui, Il dira à ses disciples pourquoi il est nécessaire qu’il passe par là. « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit : Jean 12,24. » Si nous voulons que la vie qui est en nous se propage à d’autres, il n’y a pour cela qu’un seul chemin. Comme le grain de blé jeté en terre, nous devons mourir, être prêt à perdre ici-bas notre propre vie, notre honneur, notre bien-être. Car c’est dans cette perte seulement que le gain de la vie sera possible pour les autres. La gloire du ministre de Christ ne sera jamais, par conséquent, dans ce qui fait sa force, hormis Christ. Paul le dira plus tard : s’il y a un élément dans lequel il se plaît, c’est la faiblesse. Car lorsqu’il est faible, c’est alors que la puissance de Dieu se manifeste à travers lui dans toute sa force (2 Corinthiens 12,9-10).

Voulons-nous porter du fruit en tant que ministre de l’Evangile ? Voulons-nous que la vie que nous avons reçue se propage et contamine d’autres ? Acceptons notre condition de vase de terre fragile ! Soyons de ceux qui sont prêts à porter ici-bas l’opprobre du Christ (cf Hébreux 11,26). Ne cherchons pas de gloire pour nous-mêmes, mais que soit rendu évident pour tous que si nous vivons, cela n’est dû qu’à Sa puissance. Que notre joie soit que, par la mort qui œuvre en nous, la vie se répande autour de nous !

V 13 à 15 : j’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé

Pourquoi le ministre de l’Evangile, malgré tous les désagréments qu’il a à subir dans l’exercice de son ministère, ne renonce-t-il pas à être un témoin du Christ ? Paul partage avec nous ici les trois raisons qui sont au cœur de sa motivation. La première tient au fait qu’il y a là pour lui une nécessité spirituelle. L’Esprit qu’il a reçu, et qui est la source de sa foi, est, par nature, un esprit de témoignage. Il est inconcevable pour l’apôtre d’être un chrétien né de nouveau sans être un témoin du Christ. Annoncer l’Evangile, a déjà dit Paul dans sa première lettre, n’est pas pour lui un sujet de fierté. C’est une nécessité qui lui est imposée (1 Corinthiens 9,16).

La seconde est liée à la perspective de la gloire céleste qui résulte de ce ministère. Alors qu’Il est venu seul du ciel, l’Ecriture témoigne que le Christ n’y retournera pas ainsi. Il y entre à nouveau avec tous les enfants que le Père Lui a donnés (Hébreux 2,13). Il en est de même pour le ministre de Christ dans ce monde. Au jour de la résurrection, il ne paraît pas seul dans la présence de Dieu, mais accompagné de tous ceux que le Père aura attiré à Lui par son ministère. Cette perspective suffit à elle seule pour donner au ministre de Christ la grâce de persévérer malgré toute l’opposition qu’il a à subir.

La troisième est attachée à la connaissance qu’a Paul du dessein de Dieu. Toute l’œuvre de Dieu, explique Paul dans sa lettre aux Ephésiens, poursuit un seul but : célébrer la gloire de la grâce dont il comblé Son peuple en Son bien-aimé (Ephésiens 1,6). Plus le témoignage de Christ se répand, plus les actions de grâces rendues à Dieu se multiplient. Si nous avons à cœur que la gloire qui revient à Dieu Lui soit donnée, annonçons l’Evangile ! Soyons des témoins du Christ ! Rendons compte de l’espérance qui nous habite (1 Pierre 3,15). C’est ici le meilleur travail que nous puissions faire, la cause la plus glorieuse que nous puissions servir !

V 16 à 18 : nous ne perdons pas courage

Eclairé dans son âme par la connaissance qu’il a de la portée céleste de son ministère, Paul voit son courage se réanimer jour après jour. Avec les années, Paul fait la même expérience que nous. Il voit ses forces diminuer, son corps s’affaiblir. Il est des choses qu’il pouvait faire autrefois qu’il n’est plus en capacité de poursuivre. Pour autant, son être intérieur ne suit pas la même pente. Au contraire ! Dans la communion avec Dieu par l’Esprit, il fait l’expérience d’un renouvellement quotidien. La joie qu’il éprouve au service du Maître ne s’amoindrit pas, mais s’amplifie au fur et à mesure que le terme de sa vie approche. Avec le temps, Paul a appris une leçon importante. Les choses temporelles sont relatives, seul ce qui a du poids pour l’éternité compte réellement. Au regard de cette mesure, les nombreux moments de détresse qu’a connus l’apôtre sont insignifiants. Ils sont, comme la vie terrestre, une vapeur qui apparaît et disparaît. Mais la gloire qui y est attachée ne s’évanouit pas. Les disciples de Christ ne souffrent pas ici-bas à cause de Lui pour rien. Leur attachement à Sa Personne dans l’épreuve leur vaut, pour l’éternité, un trésor de gloire dont ils jouiront sans fin.


Quelle est la grande leçon que Paul veut que nous retenions ? En tant que serviteur de Dieu et disciple de Christ, nous ne marchons pas par la vue, mais par la foi. L’objectif de notre vie ici-bas n’est pas que nous connaissions le succès, le repos ou le bien-être. Il est d’amasser des richesses pour le ciel. Aussi devons-nous attacher les yeux de notre cœur non à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas encore, non à ce qui est éphémère, mais à ce qui est éternel. Car le monde passe, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement (1 Jean 2,17).

mardi 8 août 2017

2 CORINTHIENS 3

V 1 à 3 : les Corinthiens, une lettre de Christ

En faisant l’apologie des mobiles qui le motivent dans son ministère, Paul cherche-t-il à se recommander lui-même auprès des Corinthiens ? La question, nous allons le voir, ne mérite pas d’être posée. L’apôtre sait seulement que lorsque le regard d’une personne sur une autre est faussée, tout ce que dira ou fera cet autre risque d’être sujet d’interprétation. Aussi Paul préfère-t-il prendre les devants. Puisque c’est là la nouvelle accusation que ses propos sont susceptibles de soulever, autant chercher à y répondre immédiatement. C’est encore là le meilleur moyen de couper l’herbe sous les pieds de ses contradicteurs.

Non, Paul ne cherche pas à se recommander lui-même. Il n’a d’ailleurs nul besoin de lettres de recommandation par lesquelles il devrait être attesté pour ce qu’il est auprès des Corinthiens. Car ils sont eux-mêmes la lettre lue et connue par tous qui accrédite, mieux que tout écrit, l’œuvre que Dieu a faite au-travers du ministère de Paul. Il peut y avoir parmi les Corinthiens une faction qui n’a pas connu Paul ou qui ne soit pas le fruit direct de son ministère. Mais cela ne change rien aux faits. C’est par le ministère de l’apôtre et de son équipe que l’Eglise de Corinthe est née. Ce lien de parentalité porte en lui une légitimité, quant à la reconnaissance de l’autorité, que rien ne peut concurrencer.

Qu’est-ce qui recommande un apôtre ? Qu’est-ce qui donne du crédit à un ministère ? Paul y répond ici : les fruits visibles qui en découlent. En terre étrangère, on comprend que certains, pour être reconnus et ne pas avoir à prouver ce qu’ils sont, soient munis de lettres de recommandation qui permettent aux Eglises qui les accueillent de savoir à qui elles ont à faire. L’écrit qui recommande Paul, c’est le témoignage de ce que la grâce de Dieu a accompli à travers lui. C’est l’histoire de toutes les vies transformées par Christ au travers de la prédication de son Evangile. Ce sont toutes les Eglises locales nouvelles, les chandeliers qui, dans toutes les provinces où l’apôtre s’est rendu, rayonnent de la lumière de Christ.

Quelqu’un peut, à juste titre ou non, être mandaté par un homme en vue d’être bien accueilli par ses frères qui ne le connaissent pas. Mais la vraie lettre de recommandation d’un ministère est celle qui est écrite par Christ. Elle ne l’est pas avec de l’encre, mais avec l’Esprit de Dieu, non sur des tablettes de pierre, mais sur des cœurs. L’encre peut s’effacer, s’altérer, mais l’œuvre que Dieu a faite par Son Esprit demeure. Elle perdure pendant des années, jusque dans l’éternité. Le temps ne la ternit pas. Au contraire, plus il passe, plus il rend évident la source qui est l’origine. Les tablettes de pierre, matériau de l’écriture, peuvent se briser ou se perdre. Ce qui a été gravé dans les cœurs par l’Esprit de Dieu ne peut être effacé. Ce que Christ a écrit par lui dans l’histoire est la lettre de recommandation du ministère apostolique de Paul. Que, par Sa grâce, nous ne cherchions pas en avoir d’autre auprès des hommes !

V 4 à 6 : notre capacité vient de Dieu

Quoi que ce soit de glorieux et de spirituel que Paul puisse accomplir, il ne voudrait pas, une fois de plus, que ses détracteurs se méprennent sur ses paroles. L’apôtre sait que, par lui-même, il n’est capable de rien. Tout ce que Dieu peut réaliser à travers lui ne vient pas de Paul, mais de Dieu. C’est Lui qui est à la fois la source et la force qui permettent à Ses serviteurs d’accomplir ici-bas une œuvre dont la portée dépasse le temps et l’histoire, mais qui perdure jusque dans l’éternité. Qui est capable de réaliser la mission pour laquelle Dieu l’appelle, avait demandé Paul (2 Corinthiens 2,16). Il nous fournit ici la réponse. Jésus l’avait déjà dit à Ses disciples : hors de Lui, ils ne pourront rien faire (Jean 5,5). Certains l’écoutant, comme Pierre, ont pu penser que Jésus exagérait. Certes, le groupe des disciples se montrait parfois faible, couard. Mais réduire à l’impuissance totale leur capacité à Le suivre et Lui être utile relevait de l’extrémisme. Il faudra la croix, et les événements qui l’entourèrent, pour que chacun reconnaisse la validité des paroles du Seigneur. Là se brisèrent dans un échec douloureux toutes les prétentions de ceux qui se croyaient forts (Matthieu 26,75). C’est par ce chemin, souvent, que le Seigneur doit aussi nous faire passer pour que nous apprenions nous aussi la leçon. Notre capacité à servir Dieu et à réaliser la mission à laquelle Il nous appelle ne peut venir de nous-mêmes, de nos forces propres. C’est de Lui et par Lui que sont toutes choses afin qu’elles soient aussi pour Lui !

Ministres de Jésus-Christ, nous ne le sommes pas de la même manière que ceux qui servirent Dieu sous l’ancienne alliance. L’ancienne alliance était celle de la lettre. Centrée sur la loi, elle insistait sur les exigences à remplir pour satisfaire la justice de Dieu. Cette alliance était incapable d’apporter la vie. Elle ne fit qu’écraser sous un joug mortel tous ceux qui essayèrent de satisfaire ses ordonnances (cf Actes 15,10). Le ministère qu’ont reçu ceux qui ont été régénérés par le Christ est tout autre. C’est d’une alliance nouvelle, dont la force pour la pratiquer est communiquée par l’Esprit, que les disciples de Christ sont les ministres. Le but n’est plus désormais que nous fassions par nous-mêmes ce qui est en notre pouvoir pour obéir à Dieu, ce qui ne mène qu’à l’échec. Il est que, par la vie que donne l’Esprit, nous marchions en nouveauté de vie. Les deux ministères, comme les deux alliances, sont à l’opposé l’une de l’autre : ce que Paul va expliquer maintenant !

V 7 à 18 : ministres d’une alliance nouvelle

a.       Supérieure à l’ancienne quant à la gloire : v 7 à 11

Sans conteste, le ministère de l’ancienne alliance a été un ministère glorieux. Songeons aux coups d’éclat et aux manifestations puissantes qui accompagnèrent le don de la loi fait à Moïse par Dieu sur le mont Sinaï (Exode 19). Suite à sa seconde rencontre avec le Très-Haut, Paul rappelle que la lumière qui rayonnait du visage de Moïse était telle que les Israélites ne pouvaient le regarder en face et craignaient de s’approcher de lui (Exode 34,29 à 35). Cependant, malgré la gloire qui l’entoura, le rayonnement du ministère de l’ancienne alliance n’est pas comparable à celui de la nouvelle. Car, ce ministère que Moïse a reçu était un ministère qui conduisait à la mort. Pour preuve, le jour où Moïse redescendit de la montagne avec les tablettes de pierre portant les dix lois gravées du doigt de Dieu, trois mille hommes périrent (Exode 32,28). A contrario, parallèle saisissant, le jour où l’Evangile fut proclamé pour la première fois aux Israélites à la Pentecôte, trois mille reçurent la vie (Actes 2,41). De plus, alors que le ministère de l’Evangile a pour objet d’apporter aux pécheurs la justice, celui de Moïse et de la loi conduit invariablement à la condamnation (Romains 7,7 à 11). D’autre part enfin, Paul le dit à plusieurs reprises, le ministère de la loi confié par Dieu à Moïse n’était pas appelé à durer. Il était passager. Il fut donné à Israël jusqu’au temps où devait paraître Celui par qui toutes les promesses de salut, antérieures à la loi et données par Dieu dès la genèse, s’accompliraient (Galates 3,23 à 25).

Résumons ce que dit Paul ici ! Pour trois raisons, la gloire du ministère de l’Evangile (l’alliance nouvelle) confiée aux disciples de Christ est infiniment supérieure à celle du ministère de la loi (l’alliance ancienne) confié à Moïse. Le ministère confié à Moïse était un ministère qui aboutit à la mort de ceux vers qui il s’orientait. Le ministère confié aux apôtres de Jésus-Christ sera un ministère qui procurera la vie et régénèrera puissamment ceux qui en seront l’objet. Le ministère de la loi porte en lui la condamnation de ceux qui transgressent les ordonnances qui la constituent. Le ministère de l’Evangile apporte pour toujours à ceux qui y croient une justice qui vient de Dieu. Le ministère de la loi était un ministère essentiel mais provisoire dans le déroulement du dessein de Dieu. Il a été donné à Israël et à l’humanité pour que chacun soit conscient de son péché et de son incapacité à satisfaire par lui-même la justice de Dieu. Le ministère de la loi rend indispensable et incontournable pour chacun le besoin de la venue de Christ en vue de son salut. Car, dit Jean, la loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ (Jean 1,17).

Que les ministres de l’Evangile n’aient pas honte du message dont ils sont les porteurs (Romains 1,16). Il est le seul message qui ait l’impact de modifier le cours d’une vie pour l’éternité. Une gloire sans pareille est attachée au ministère de l’alliance nouvelle dont les témoins de Christ sont ici-bas les représentants. Sous ce rapport, dit Paul, ce qui porte une gloire passagère n’est rien en comparaison de la gloire beaucoup plus éminente dont le ministère de l’Evangile est porteur !

b.       Supérieure quant à la liberté qu’elle confère : v 12 à 18

Forts de l’espérance vivante et éternelle dont ils sont les porteurs, les ministres de l’Evangile sont habités par une assurance qui leur procure une liberté que Moïse ne connaissait pas. En témoigne le voile que Moïse mettait sur son visage lorsque, sortant de la présence du Seigneur, il finissait d’adresser aux Israélites ce que Celui-ci leur avait transmis (Exode 34,31 à 35). Cette pratique de Moïse, dit Paul, avait une raison essentielle. L’homme de Dieu ne voulait pas que les Israélites constatent que la gloire qui rayonnait de lui était passagère. Les effets de la gloire de l’ancienne alliance étaient comme ceux du bronzage. Soustraite à l’influence des rayons du soleil, très vite, la peau retrouve son aspect mat d’origine. Il en est de même du caractère éphémère de la gloire qui se reflétait sur le visage de Moïse, qui n’était pas un facteur d’incitation à s’attacher à l’alliance dont il était le médiateur. Il témoignait déjà, par avance, de l’état provisoire de celle-ci. Ce voile que Moïse portait, les Israélites qui le lisent et s’attachent à lui, dit Paul, le portent toujours. Ils n’ont toujours pas compris, en effet, que les Ecritures de l’Ancien Testament n’existent pas pour elles-mêmes, mais qu’elles ne deviennent intelligibles que lorsqu’elles sont perçues comme une prédiction et une préfiguration de Christ. Aussi, comme le leur disait déjà Jésus, restent-ils aveugles. Chaque jour, ils sondent les Ecritures parce qu’ils pensent trouver en elles la vie éternelle. Mais, ne voyant pas que c’est de Lui qu’elles témoignent, ils passent à côté de la vie (Jean 5,39-40).

Tous les chrétiens, juifs ou non, peuvent en témoigner. Le miracle de la compréhension de l’Ecriture s’est produit pour chacun au même moment : celui de la conversion. Il est difficile pour nous d’imaginer les effets qu’une telle révélation, celle de Christ, objet et centre de l’Ecriture, produisit sur un Juif pieux comme Paul. Mais le plus marquant fut celui de la liberté reçue. Alors que la crainte et l’incertitude habitaient jusque-là son cœur, Paul pouvait enfin librement s’approcher de Dieu, Le contempler dans l’Ecriture par les yeux de l’Esprit. Il n’y avait plus de voile, de barrière entre Dieu et lui. Jusque-là, par ses propres efforts, Paul avait tenté de se réformer. Mais c’était peine perdue. Ses tentatives de se conformer à la loi ne l’avaient pas changé. Elles n’avaient fait que mettre davantage en évidence son péché. Au bénéfice de la grâce, Paul avait accès par l’Esprit à la vision de la gloire de Dieu. Nul besoin d’effort désormais pour se transformer. Ce face à face quotidien avec Dieu suffit pour le transfigurer, le configurer chaque jour davantage à Son image. C’est là, dit Paul, l’œuvre principale de l’Esprit dans le cœur de chaque chrétien. Tel un portraitiste qui, touche par touche, dessine le visage de la personne qu’il cherche à reproduire, l’Esprit, par la révélation de Christ, agit en nous de telle manière, que de gloire en gloire, nous sommes transformés à Sa ressemblance.


Ne nous privons jamais de l’Ecriture ! A travers elle, ne nous lassons jamais de chercher Christ ! Prions avec foi et ferveur que l’Esprit nous le révèle toujours plus. ! C’est là le plus sûr chemin pour nous pour Lui ressembler !