mardi 8 août 2017

2 CORINTHIENS 3

V 1 à 3 : les Corinthiens, une lettre de Christ

En faisant l’apologie des mobiles qui le motivent dans son ministère, Paul cherche-t-il à se recommander lui-même auprès des Corinthiens ? La question, nous allons le voir, ne mérite pas d’être posée. L’apôtre sait seulement que lorsque le regard d’une personne sur une autre est faussée, tout ce que dira ou fera cet autre risque d’être sujet d’interprétation. Aussi Paul préfère-t-il prendre les devants. Puisque c’est là la nouvelle accusation que ses propos sont susceptibles de soulever, autant chercher à y répondre immédiatement. C’est encore là le meilleur moyen de couper l’herbe sous les pieds de ses contradicteurs.

Non, Paul ne cherche pas à se recommander lui-même. Il n’a d’ailleurs nul besoin de lettres de recommandation par lesquelles il devrait être attesté pour ce qu’il est auprès des Corinthiens. Car ils sont eux-mêmes la lettre lue et connue par tous qui accrédite, mieux que tout écrit, l’œuvre que Dieu a faite au-travers du ministère de Paul. Il peut y avoir parmi les Corinthiens une faction qui n’a pas connu Paul ou qui ne soit pas le fruit direct de son ministère. Mais cela ne change rien aux faits. C’est par le ministère de l’apôtre et de son équipe que l’Eglise de Corinthe est née. Ce lien de parentalité porte en lui une légitimité, quant à la reconnaissance de l’autorité, que rien ne peut concurrencer.

Qu’est-ce qui recommande un apôtre ? Qu’est-ce qui donne du crédit à un ministère ? Paul y répond ici : les fruits visibles qui en découlent. En terre étrangère, on comprend que certains, pour être reconnus et ne pas avoir à prouver ce qu’ils sont, soient munis de lettres de recommandation qui permettent aux Eglises qui les accueillent de savoir à qui elles ont à faire. L’écrit qui recommande Paul, c’est le témoignage de ce que la grâce de Dieu a accompli à travers lui. C’est l’histoire de toutes les vies transformées par Christ au travers de la prédication de son Evangile. Ce sont toutes les Eglises locales nouvelles, les chandeliers qui, dans toutes les provinces où l’apôtre s’est rendu, rayonnent de la lumière de Christ.

Quelqu’un peut, à juste titre ou non, être mandaté par un homme en vue d’être bien accueilli par ses frères qui ne le connaissent pas. Mais la vraie lettre de recommandation d’un ministère est celle qui est écrite par Christ. Elle ne l’est pas avec de l’encre, mais avec l’Esprit de Dieu, non sur des tablettes de pierre, mais sur des cœurs. L’encre peut s’effacer, s’altérer, mais l’œuvre que Dieu a faite par Son Esprit demeure. Elle perdure pendant des années, jusque dans l’éternité. Le temps ne la ternit pas. Au contraire, plus il passe, plus il rend évident la source qui est l’origine. Les tablettes de pierre, matériau de l’écriture, peuvent se briser ou se perdre. Ce qui a été gravé dans les cœurs par l’Esprit de Dieu ne peut être effacé. Ce que Christ a écrit par lui dans l’histoire est la lettre de recommandation du ministère apostolique de Paul. Que, par Sa grâce, nous ne cherchions pas en avoir d’autre auprès des hommes !

V 4 à 6 : notre capacité vient de Dieu

Quoi que ce soit de glorieux et de spirituel que Paul puisse accomplir, il ne voudrait pas, une fois de plus, que ses détracteurs se méprennent sur ses paroles. L’apôtre sait que, par lui-même, il n’est capable de rien. Tout ce que Dieu peut réaliser à travers lui ne vient pas de Paul, mais de Dieu. C’est Lui qui est à la fois la source et la force qui permettent à Ses serviteurs d’accomplir ici-bas une œuvre dont la portée dépasse le temps et l’histoire, mais qui perdure jusque dans l’éternité. Qui est capable de réaliser la mission pour laquelle Dieu l’appelle, avait demandé Paul (2 Corinthiens 2,16). Il nous fournit ici la réponse. Jésus l’avait déjà dit à Ses disciples : hors de Lui, ils ne pourront rien faire (Jean 5,5). Certains l’écoutant, comme Pierre, ont pu penser que Jésus exagérait. Certes, le groupe des disciples se montrait parfois faible, couard. Mais réduire à l’impuissance totale leur capacité à Le suivre et Lui être utile relevait de l’extrémisme. Il faudra la croix, et les événements qui l’entourèrent, pour que chacun reconnaisse la validité des paroles du Seigneur. Là se brisèrent dans un échec douloureux toutes les prétentions de ceux qui se croyaient forts (Matthieu 26,75). C’est par ce chemin, souvent, que le Seigneur doit aussi nous faire passer pour que nous apprenions nous aussi la leçon. Notre capacité à servir Dieu et à réaliser la mission à laquelle Il nous appelle ne peut venir de nous-mêmes, de nos forces propres. C’est de Lui et par Lui que sont toutes choses afin qu’elles soient aussi pour Lui !

Ministres de Jésus-Christ, nous ne le sommes pas de la même manière que ceux qui servirent Dieu sous l’ancienne alliance. L’ancienne alliance était celle de la lettre. Centrée sur la loi, elle insistait sur les exigences à remplir pour satisfaire la justice de Dieu. Cette alliance était incapable d’apporter la vie. Elle ne fit qu’écraser sous un joug mortel tous ceux qui essayèrent de satisfaire ses ordonnances (cf Actes 15,10). Le ministère qu’ont reçu ceux qui ont été régénérés par le Christ est tout autre. C’est d’une alliance nouvelle, dont la force pour la pratiquer est communiquée par l’Esprit, que les disciples de Christ sont les ministres. Le but n’est plus désormais que nous fassions par nous-mêmes ce qui est en notre pouvoir pour obéir à Dieu, ce qui ne mène qu’à l’échec. Il est que, par la vie que donne l’Esprit, nous marchions en nouveauté de vie. Les deux ministères, comme les deux alliances, sont à l’opposé l’une de l’autre : ce que Paul va expliquer maintenant !

V 7 à 18 : ministres d’une alliance nouvelle

a.       Supérieure à l’ancienne quant à la gloire : v 7 à 11

Sans conteste, le ministère de l’ancienne alliance a été un ministère glorieux. Songeons aux coups d’éclat et aux manifestations puissantes qui accompagnèrent le don de la loi fait à Moïse par Dieu sur le mont Sinaï (Exode 19). Suite à sa seconde rencontre avec le Très-Haut, Paul rappelle que la lumière qui rayonnait du visage de Moïse était telle que les Israélites ne pouvaient le regarder en face et craignaient de s’approcher de lui (Exode 34,29 à 35). Cependant, malgré la gloire qui l’entoura, le rayonnement du ministère de l’ancienne alliance n’est pas comparable à celui de la nouvelle. Car, ce ministère que Moïse a reçu était un ministère qui conduisait à la mort. Pour preuve, le jour où Moïse redescendit de la montagne avec les tablettes de pierre portant les dix lois gravées du doigt de Dieu, trois mille hommes périrent (Exode 32,28). A contrario, parallèle saisissant, le jour où l’Evangile fut proclamé pour la première fois aux Israélites à la Pentecôte, trois mille reçurent la vie (Actes 2,41). De plus, alors que le ministère de l’Evangile a pour objet d’apporter aux pécheurs la justice, celui de Moïse et de la loi conduit invariablement à la condamnation (Romains 7,7 à 11). D’autre part enfin, Paul le dit à plusieurs reprises, le ministère de la loi confié par Dieu à Moïse n’était pas appelé à durer. Il était passager. Il fut donné à Israël jusqu’au temps où devait paraître Celui par qui toutes les promesses de salut, antérieures à la loi et données par Dieu dès la genèse, s’accompliraient (Galates 3,23 à 25).

Résumons ce que dit Paul ici ! Pour trois raisons, la gloire du ministère de l’Evangile (l’alliance nouvelle) confiée aux disciples de Christ est infiniment supérieure à celle du ministère de la loi (l’alliance ancienne) confié à Moïse. Le ministère confié à Moïse était un ministère qui aboutit à la mort de ceux vers qui il s’orientait. Le ministère confié aux apôtres de Jésus-Christ sera un ministère qui procurera la vie et régénèrera puissamment ceux qui en seront l’objet. Le ministère de la loi porte en lui la condamnation de ceux qui transgressent les ordonnances qui la constituent. Le ministère de l’Evangile apporte pour toujours à ceux qui y croient une justice qui vient de Dieu. Le ministère de la loi était un ministère essentiel mais provisoire dans le déroulement du dessein de Dieu. Il a été donné à Israël et à l’humanité pour que chacun soit conscient de son péché et de son incapacité à satisfaire par lui-même la justice de Dieu. Le ministère de la loi rend indispensable et incontournable pour chacun le besoin de la venue de Christ en vue de son salut. Car, dit Jean, la loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ (Jean 1,17).

Que les ministres de l’Evangile n’aient pas honte du message dont ils sont les porteurs (Romains 1,16). Il est le seul message qui ait l’impact de modifier le cours d’une vie pour l’éternité. Une gloire sans pareille est attachée au ministère de l’alliance nouvelle dont les témoins de Christ sont ici-bas les représentants. Sous ce rapport, dit Paul, ce qui porte une gloire passagère n’est rien en comparaison de la gloire beaucoup plus éminente dont le ministère de l’Evangile est porteur !

b.       Supérieure quant à la liberté qu’elle confère : v 12 à 18

Forts de l’espérance vivante et éternelle dont ils sont les porteurs, les ministres de l’Evangile sont habités par une assurance qui leur procure une liberté que Moïse ne connaissait pas. En témoigne le voile que Moïse mettait sur son visage lorsque, sortant de la présence du Seigneur, il finissait d’adresser aux Israélites ce que Celui-ci leur avait transmis (Exode 34,31 à 35). Cette pratique de Moïse, dit Paul, avait une raison essentielle. L’homme de Dieu ne voulait pas que les Israélites constatent que la gloire qui rayonnait de lui était passagère. Les effets de la gloire de l’ancienne alliance étaient comme ceux du bronzage. Soustraite à l’influence des rayons du soleil, très vite, la peau retrouve son aspect mat d’origine. Il en est de même du caractère éphémère de la gloire qui se reflétait sur le visage de Moïse, qui n’était pas un facteur d’incitation à s’attacher à l’alliance dont il était le médiateur. Il témoignait déjà, par avance, de l’état provisoire de celle-ci. Ce voile que Moïse portait, les Israélites qui le lisent et s’attachent à lui, dit Paul, le portent toujours. Ils n’ont toujours pas compris, en effet, que les Ecritures de l’Ancien Testament n’existent pas pour elles-mêmes, mais qu’elles ne deviennent intelligibles que lorsqu’elles sont perçues comme une prédiction et une préfiguration de Christ. Aussi, comme le leur disait déjà Jésus, restent-ils aveugles. Chaque jour, ils sondent les Ecritures parce qu’ils pensent trouver en elles la vie éternelle. Mais, ne voyant pas que c’est de Lui qu’elles témoignent, ils passent à côté de la vie (Jean 5,39-40).

Tous les chrétiens, juifs ou non, peuvent en témoigner. Le miracle de la compréhension de l’Ecriture s’est produit pour chacun au même moment : celui de la conversion. Il est difficile pour nous d’imaginer les effets qu’une telle révélation, celle de Christ, objet et centre de l’Ecriture, produisit sur un Juif pieux comme Paul. Mais le plus marquant fut celui de la liberté reçue. Alors que la crainte et l’incertitude habitaient jusque-là son cœur, Paul pouvait enfin librement s’approcher de Dieu, Le contempler dans l’Ecriture par les yeux de l’Esprit. Il n’y avait plus de voile, de barrière entre Dieu et lui. Jusque-là, par ses propres efforts, Paul avait tenté de se réformer. Mais c’était peine perdue. Ses tentatives de se conformer à la loi ne l’avaient pas changé. Elles n’avaient fait que mettre davantage en évidence son péché. Au bénéfice de la grâce, Paul avait accès par l’Esprit à la vision de la gloire de Dieu. Nul besoin d’effort désormais pour se transformer. Ce face à face quotidien avec Dieu suffit pour le transfigurer, le configurer chaque jour davantage à Son image. C’est là, dit Paul, l’œuvre principale de l’Esprit dans le cœur de chaque chrétien. Tel un portraitiste qui, touche par touche, dessine le visage de la personne qu’il cherche à reproduire, l’Esprit, par la révélation de Christ, agit en nous de telle manière, que de gloire en gloire, nous sommes transformés à Sa ressemblance.


Ne nous privons jamais de l’Ecriture ! A travers elle, ne nous lassons jamais de chercher Christ ! Prions avec foi et ferveur que l’Esprit nous le révèle toujours plus. ! C’est là le plus sûr chemin pour nous pour Lui ressembler !

mardi 1 août 2017

2 CORINTHIENS 2

V 1 à 4 : l’amour triste de Paul pour les Corinthiens

Face au dilemme dans lequel il se trouvait, Paul réaffirme qu’il a volontairement choisi de ne pas se rendre à Corinthe. Il estime que, ni chez lui, ni chez eux, les conditions n’étaient réunies pour que leur rencontre soit fructueuse. La tonalité de toute rencontre entre frères se doit d’être la joie. Parce que, d’avance, Paul savait qu’elle ferait défaut, il a jugé préférable de ne pas venir et d’attendre que ce qui était cause de son absence soit réglé. Se faisant, l’apôtre nous donne ici une grande leçon de sagesse. Combien de fois nous arrive-t-il, dans une situation de conflit, de vouloir absolument et rapidement régler les choses. Comme Paul l’a fait, ce qui devait être dit l’a été. Nous espérions après cela que, l’Esprit de Dieu aidant, la résolution du problème se produise. Mais cela n’a pas été le cas. Au contraire ! Notre démarche n’a fait qu’aggraver la situation. Au lieu de la joie, c’est la tristesse, voire le découragement, qui a envahi nos cœurs. Devons-nous intervenir à nouveau, prendre l’initiative d’une nouvelle démarche ? Si ce qui a été dit auparavant n’a pas porté de fruit, que pouvons-nous dire de plus ?

La seconde lettre de Paul aux Corinthiens nous montre que les délais de Dieu ne sont pas toujours les nôtres. Voulant faire bien, nous courrons parfois le risque d’empirer les situations. Si la raison ne l’emporte pas, Paul nous invite ici à écouter nos sentiments. La tristesse n’est pas bonne conseillère. Si aucune lueur de joie n’est à l’horizon, mieux vaut faire jouer la vertu de la patience. Ainsi en a décidé Paul. Si aller à Corinthe signifiait pour lui être davantage peiné que ce qu’il l’était déjà, alors il valait mieux renoncer. Quel fruit de joie pouvait-il espérer récolter si sa venue aurait attristé ceux qui, normalement, étaient censés le lui procurer ? Les Corinthiens n’étaient-ils pas sa couronne de gloire devant Dieu (1,14) ? Leur joie ne devrait-elle pas être au diapason de celle de Paul lorsqu’il pense à eux ? Malgré tout, l’apôtre garde confiance en eux que, pour la majorité, tel est le cas ! Paul le dit : sa décision de différer sa venue n’est en rien un indicateur négatif d’une baisse de son amour pour eux. Dieu connait son cœur : Il sait les larmes, la peine, la détresse qui furent les siennes lorsqu’il a rédigé la lettre sévère qu’il leur a écrite. Elles sont les témoins des sentiments de Paul à leur égard.

V 5 à 11 : appel au pardon pour le coupable

Le résultat de la décision de Paul d’ajourner sa visite chez les Corinthiens prouve que celle-ci était la bonne. Placés devant le choix de donner raison à l’apôtre ou à ses accusateurs, la majorité, saisie d’une sainte indignation (2 Corinthiens 7,11) a pris fait et cause pour lui. Elle a discipliné avec fermeté le chef de file de la révolte en lui infligeant un blâme public. De quel nature était celui-ci ? Nous ne le savons pas. Mais, certainement, celui-ci dut être exclu de la communion de l’assemblée et ordre fut donné à tous de ne plus entretenir de relation avec lui (Tite 3,10 ; 1 Corinthiens 5,11). La sanction disciplinaire ayant porté son fruit, Paul encourage désormais ses frères à manifester la grâce envers le coupable. Le but de la discipline fraternelle ne sera jamais d’exposer un fautif à l’éloignement définitif. Il est de le conduire à s’examiner lui-même en vue de la repentance et de la restauration. C’est cet objectif que l’apôtre invite désormais ses frères à atteindre avec lui.

Le témoignage qui nous est rapporté ici au sujet de cet homme démontre qu’il suffit parfois d’un tout petit nombre dans une communauté pour créer un grand désordre. Ne savez-vous pas, disait Paul dans sa première lettre, qu’un peu de levain fait lever toute la pâte (1 Corinthiens 5,6). Aussi, les bergers de la communauté chrétienne se doivent, par amour pour le plus grand nombre, d’être sans faiblesse envers les rebelles et les agitateurs. Ceux-ci doivent être traités avec fermeté et sans égard pour leur rang. Car dans la situation, ce n’est pas de leur survie qu’il s’agit en premier, mais de celle de l’assemblée elle-même.

Les conseils donnés ici par Paul au sujet de l’attitude à adopter par l’assemblée au sujet du fautif témoigne du fragile équilibre à trouver dans l’application de la discipline. Celle-ci ne doit pas faire preuve de faiblesse. Elle doit être suffisamment significative pour que celui qui en est l’objet comprenne ce qu’elle est : une correction disciplinaire. En même temps, il doit y être mis fin par toute l’assemblée à partir du moment où le fruit attendu s’est visiblement produit. Le coupable s’est amendé et a reconnu ses torts. L’heure est venue de lui faire grâce, comme Dieu aussi lui a fait grâce. Si tel n’est pas le cas, un double risque peut s’ensuivre. Le premier concerne la personne du frère isolé. Rejeté, il devient une proie facile pour le diable qui peut le conduire à un découragement fatal. Le second concerne le témoignage de Christ dans l’Eglise. Quelle preuve donnerait-elle qu’elle vit de la grâce si elle-même est incapable de la donner à l’un de ses fils qui s’est égaré ?

Les Corinthiens ayant obéi aux instructions données par Paul dans sa lettre quant à la sanction à appliquer au coupable, il a confiance que celles touchant à sa restauration seront suivies aussi. En exigeant des choses concrètes de l’Eglise de Corinthe, Paul a mis à l’épreuve avec succès son allégeance à son autorité paternelle. Il le fallait car, acculé à un choix radical, c’était pour elle la seule façon de trancher la question. Nul doute que ce fut ici pour l’apôtre le côté le plus éprouvant de son ministère d’apôtre. Il est cependant tout à son honneur car, comme il le dit ailleurs, servir Christ, ce n’est pas plaire aux hommes, mais à Dieu (Galates 1,10).

V 12 et 13 : inquiétude de Paul à Troas

Le livre des Actes des apôtres nous rapporte dans le détail l’itinéraire suivi par Paul dans ses voyages missionnaires. Mais il ne nous dit pas toujours ce qui a été la cause de la décision de tel ou tel déplacement. La plupart du temps, il est vrai, Paul n’avait guère le choix de rester ou non à un endroit. Sa prédication provoquait tant de réactions violentes de la part des Juifs ou des païens qu’il était contraint de partir. Mis à part ce fait, Paul nous fait part d’une autre raison pour laquelle il lui arrivait, malgré la porte qui lui était ouverte d’annoncer l’Evangile, de quitter le lieu où il était. Cette raison est liée aux nombreux soucis que l’apôtre se faisait pour les Eglises déjà implantées (2 Corinthiens 11,28). Ce fut le cas, dit-il, lorsqu’il était à Troas. Alors qu’il espérait y trouver Tite qui, venant de Corinthe, devait lui apporter des nouvelles de l’Eglise, Paul ne put, face à son absence, trouver la paix. L’inquiétude qui le rongeait fut, malgré l’ouverture à l’Evangile de la population locale, la plus forte. Paul décida de quitter Troas. A cause de l’attachement qui était le sien à l’Eglise de Corinthe (il y avait passé 18 mois), il lui fallait savoir quelles réactions avait produit sa lettre. Il se rendit donc en Macédoine pour rencontrer Tite et entendre de sa bouche le compte-rendu de sa visite chez eux.

Il faut être investi comme l’apôtre dans l’implantation d’une Eglise pour se rendre compte de la charge mentale et émotionnelle que représente un tel ministère. Implanter une Eglise, c’est être à la fois comme un père et une mère pour la communauté (1 Corinthiens 4,15 ; 1 Thessaloniciens 2,7 ; Galates 4,19). Or, si l’on peut s’inquiéter de la situation d’un voisin ou d’un étranger, tout parent sait que ce qui ronge le plus est de ne pas savoir comment vont ses enfants. Paul en témoignera plus tard dans sa lettre. Le visage de chacun des bien-aimés qu’il a vus se tourner vers le Christ est gravé dans son cœur. Que l’un d’eux vienne à tomber, et, aussitôt, c’est son cœur qui souffre (1 Corinthiens 11,29). Non, Paul n’a pas manqué d’amour envers ses frères de Corinthe en ajournant sa visite chez eux. Au contraire ! Alors qu’il aurait pu se consoler par les encouragements qu’il recevait sur place, il ne put se réjouir tant qu’il ne savait pas ce qui se passait chez eux. Paul partageait les souffrances de Christ pour Son Eglise (Colossiens 1,24). Que son exemple nous aide aussi à supporter les peines et les soucis que nous pouvons connaître dans la même charge !

V 14 à 17 : triomphal en Christ

Après avoir fourni toutes les explications nécessaires à la juste compréhension de sa décision, Paul ressent le besoin de quitter le plan horizontal des vicissitudes de la vie pour entonner un hymne à la gloire de la grâce triomphale de Dieu en Christ. Dans le quotidien difficile de chacun, ce recul bienfaisant est nécessaire. Car, loin de là, la vie des enfants de Dieu ne se limite pas aux soucis auxquels ils doivent faire face chaque jour. Entremêlée à eux, l’œuvre triomphale de la grâce de Dieu en Christ se poursuit partout dans le monde. Aussi, avec Paul, devons-nous apprendre, au-delà des tracas que nous pose la vie, à prendre de la hauteur pour contempler dans la foi la marche inexorable de l’Evangile. Il nous faut le savoir : si pesantes soient pour nous les difficultés auxquelles nous avons maintenant à faire face, celles-ci ne seront toujours que passagères et momentanées. Notre vie est, parmi des milliers d’autres, un fil avec lequel le divin tisserand fait son œuvre glorieuse, le chef-d’œuvre de Sa grâce. C’est ce tableau, et non celui de la grisaille du quotidien, que nous devons garder devant nos yeux. Car le reste ne sera plus, mais lui subsistera.

Les soucis et les tracas de Paul au présent sont toujours là. Mais son regard a changé. Ce ne sont plus eux, mais Christ qui est au centre de sa vision. Or, Lui, parce qu’il a triomphé ne peut être arrêté par quoi que ce soit. Quelles que soient les circonstances par lesquelles passent Ses serviteurs, à cause de Son nom, Il les en fait sortir vainqueurs. Partout où ils sont, Il répand par eux l’odeur de Sa connaissance. Pour qui les côtoie, il est impossible d’y échapper. Le parfum de Christ et de Sa présence est si fort que celui qui le respire ne peut y rester insensible. Pour qui se trouve sur la voie du salut, ce parfum est celui de la vie. En Christ, enfin, l’âme a trouvé ce à quoi elle aspirait. Mais pour celui qui va à sa perte, cette senteur est celle de la mort. Elle parle d’avance à la conscience du réprouvé de sa condamnation et de son jugement.


Conscient de l’enjeu éternel qu’a pour les âmes le témoignage rendu à Christ, Paul nous fait part de sa double réaction à ce sujet. La première touche à son insuffisance quant à la portée de sa mission. Paul y reviendra un peu plus loin. Tout serviteur de Dieu le sait : la capacité de bien remplir son ministère ne vient pas de lui, mais de Dieu (2 Corinthiens 3,4-5). La seconde touche à sa conscience. Le ministère est quelque chose de solennel qui porte la marque du sacré. C’est devant Dieu et de la part de Dieu qu’il est exercé. Aussi chacun doit-il veiller aux motivations qui l’animent et se garder de toute duplicité. Le ministère n’est ni une source de profit, ni un moyen de se faire un nom ici-bas. C’est en toute sincérité, sans masquer ses propres faiblesses, qu’il doit être vécu. Il ne s’agit pas, comme Paul le dénoncera plus loin, de se faire passer pour un super-apôtre aux yeux des autres, mais de magnifier la grâce de Dieu en Christ dans sa vie. Que tel soit le souvenir que laisse notre vie de serviteur auprès de ceux qui nous connaissent !

samedi 22 juillet 2017

2 CORINTHIENS 1

INTRODUCTION

« Voilà le livre que je ne voulais pas écrire ! » s’exclame Ralph Shallis au début de son ouvrage polémique sur le don de parler diverses langues. Si ce n’était l’inspiration du Saint-Esprit, c’est aussi ce que Paul pourrait dire de la 2ème lettre aux Corinthiens qui se trouve dans nos Bibles. En vérité, cette lettre n’est pas, dans la chronologie des épitres que l’apôtre a adressées à cette Eglise, la seconde, mais, certainement la 4ème. Une 1ère lettre (1 Corinthiens 5,9) a précédé l’écriture de la 1ère qui se trouve dans l’Ecriture. Suite à la cette lettre, Timothée, de passage à Corinthe, dut rapporter à Paul des nouvelles alarmantes de l’Eglise. Il décida donc d’une première visite à l’Eglise au cours de laquelle l’apôtre fut vivement pris à parti, sans vraiment trouver de défenseur pour lui. La lettre que nous allons étudier rend compte des accusations portées contre Paul. De retour à Ephèse, Paul va écrire une 3ème lettre, dont le contenu ne nous est pas parvenu, à l’Eglise de Corinthe. Mais l’apôtre s’interroge : n’a-t-il pas été trop sévère dans cette lettre envers ses frères (2 Corinthiens 7,8) ? Celle-ci va-t-elle vraiment aider à régler les problèmes ? Dans le même temps, les choses se gâtent à Ephèse. Sous l’instigation de Démétrius, l’orfèvre, la ville se soulève contre l’apôtre dont le message met en péril le commerce local des divinités grecques (Actes 19,23-40). Paul échappe de peu à la mort, mais il doit quitter la ville. Il se rend à Troas où la porte s’ouvre pour l’Evangile. Mais Paul est troublé et se demande ce qui se passe à Corinthe. Il faudra la venue de Tite, porteur de bonnes nouvelles, pour le tranquilliser (2 Corinthiens 2,12-13). C’est à ce moment-là que Paul va écrire la 2ème lettre aux Corinthiens (en fait, la 4ème) qui annonce, entre autres, sa 3ème visite chez eux (2 Corinthiens 12,14 ; 13,1).

CHAPITRE 1

V 1 et 2 : salutations

Alors que la seconde lettre de Paul aux Corinthiens est, en partie, une défense de sa qualité d’apôtre, il est notable que, d’entrée, Paul s’affirme comme tel. Paul sait qui il est et, quoi que certains disent à son sujet, il n’a pas à le nier. C’est de la volonté de Dieu et de la grâce qu’il a reçue qu’il tient son mandat. Et même si, pour les raisons qu’il donne dans sa première lettre aux Corinthiens, il est un avorton dans l’ordre émérite des apôtres, il n’a pas à rougir, au vu de l’œuvre que la grâce de Dieu a opéré à travers lui, de ce titre (1 Corinthiens 15,8-10). Timothée est associé à l’apôtre dans la rédaction de la lettre. La raison en est double. La première est que Timothée est bien connu des Corinthiens : il était présent avec Paul dès le début de l’implantation de l’Eglise dans la ville (Actes 18,5). La seconde est que Timothée est celui qui est le plus informé des accusations qui ont été menées contre l’apôtre. Il était bon et juste qu’il soit avec lui cosignataire de sa défense.

Paul adresse sa lettre à l’Eglise de Dieu établie à Corinthe et à tous les saints de la province de l’Achaïe. L’Eglise de Corinthe ne rassemblait pas que des chrétiens de la ville. Elle avait un rayonnement régional. Si Paul est le père spirituel de l’Eglise (1 Corinthiens 4,15), il n’en est pas pour autant le propriétaire. Celle-ci reste le bien de Dieu, et c’est à Lui d’abord que ses membres sont redevables de leur attitude. Ce rappel est, d’une certaine façon aussi, salutaire à l’apôtre. Chacun qui implante une Eglise doit intégrer cette vérité. Si forts soient les liens qui l’attachent à elle, ils ne doivent jamais se convertir en chaînes. L’Eglise peut se détacher de celui qui l’a fait naître. Elle peut même, comme ce fut le cas ici, se tourner contre lui. L’apôtre peut en souffrir, mais il ne peut faire valoir aucun droit de propriété sur elle. Dans sa défense vigoureuse et affective, Paul s’en gardera toujours.

Comme il le fait dans presque toutes ses lettres, Paul souhaite à ses frères grâce et paix de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus-Christ. La formule peut paraître usée. Elle prend cependant tout son sens dans l’environnement conflictuel qui est le cadre de l’épître. La grâce oubliée, la paix ne peut que faire défaut dans l’Eglise de Jésus-Christ !

V 3 à 7 : Eloge au Dieu de la consolation

C’est par un éloge appuyé au Dieu et Père de Jésus-Christ que Paul débute sa lettre. A cause de l’épreuve par laquelle il vient de passer, et dont il témoigne ensuite, le contenu de la louange que l’apôtre adresse à Dieu diffère du caractère objectif qu’il revêt habituellement. Paul vient de faire l’expérience du secours et de la délivrance de Dieu dans une situation d’extrémité. Aussi loue-t-il ce Dieu qui, dans Sa grâce, fortifie, encourage, relève, soutient et console ceux qui passent par l’épreuve. En tant que croyant, nous avons, à cause de ce que Dieu est, mille raisons objectives de louer Dieu. Les perfections qui sont en Lui sont si nombreuses, si éclatantes qu’une vie humaine ne suffit pas pour les célébrer dans leur totalité. Nous avons cependant aussi mille raisons personnelles de louer Dieu, de Le bénir, comme Paul le fait ici, pour ce qu’Il est. Ses raisons nous viennent des expériences multiples par lesquelles Dieu nous fait passer afin que la grâce dont nous sommes l’objet de Sa part ne reste pas au niveau du concept, mais s’inscrive en lettres de feu dans la réalité de notre vécu. Paul l’a souvent dit : son ambition suprême est de connaître Christ. Le connaître ne signifie pas seulement saisir de mieux en mieux qui Il est. Mais c’est, selon ses propres mots, faire l’expérience de la puissance de Sa résurrection, de la communion de Ses souffrances pour être davantage configurés à Lui (Philippiens 3,10). Les épreuves sont le moyen pédagogique que Dieu utilise pour réaliser le noble désir du cœur de l’apôtre. Par l’épreuve, l’apôtre fait connaissance avec l’affliction. Mais avec l’affliction, il expérimente comme jamais la consolation, le support, la force que communique la grâce de Dieu pour le rendre conforme à Christ. Plus l’épreuve est difficile, plus les ressources que procure la grâce sont mobilisées. Il n’y a donc rien d’étonnant au final que Paul loue Dieu et Le bénisse pour ce qu’il vient de vivre.

Si la consolation que Dieu donne dans l’épreuve encourage celui qui la traverse, la finalité de l’exercice ne s’arrête pas à lui. Le but de Dieu, au travers des encouragements que Paul a reçu dans la difficulté, n’est pas seulement de répondre à son besoin. Il est, par le témoignage qu’il en rend, d’encourager ceux qui, comme lui, passent pour un temps par le même chemin. Une certitude habite le cœur de l’apôtre : qui a part, en tant que disciple, à la souffrance du Christ, a aussi part à Sa consolation. Il n’est aucune détresse par laquelle Dieu fait passer Ses enfants qui ne s’accompagne en cours ou en fin de course de l’expérience rafraîchissante et vivifiante de la consolation. Aussi les détresses par lesquelles nous passons dépasse largement le cadre de notre seule vie. Elles visent à l’encouragement du corps de Christ dans son entier. Car ce que vit l’un a valeur de jurisprudence pour tous. Que le Seigneur nous donne d’apprendre, en vue de notre équipement dans la foi pour l’avenir, des expériences de nos frères qui passent aujourd’hui, ou sont passés hier, par l’épreuve ! Soyons-en certain : la consolation qu’ils ont reçue sera aussi, à cause de la fidélité de Dieu dans Sa grâce, notre lot et notre part !

V 8 à 11 : le contexte de l’épreuve

Si le livre des Actes nous rapporte de quelle nature était l’épreuve qu’a enduré Paul (Actes 19,21 à 40), c’est ici que nous découvrons comment il l’a vécue. A la lecture des nombreuses tribulations qu’a connues l’apôtre, il est facile de faire de lui un super-héros de la foi. Mais Paul était un homme comme les autres. Il ressentait de la même manière que nous le ressentirions le danger et les menaces auxquels il était exposé. Bousculé, pris à parti avec violence à Ephèse, Paul se trouva soudainement plongé dans une détresse extrême. Il était si persuadé qu’il n’allait pas en sortir vivant qu’il avait fait sienne l’idée de terminer ici son parcours. Avec le recul, Paul considère que ce moment par lequel Dieu l’a fait passer était un exercice de foi. Dieu voulait enseigner à Paul à ne pas mettre sa confiance en lui-même, mais en Celui qui a le pouvoir de réveiller les morts. Une nouvelle fois, Paul nous indique le chemin par lequel les vérités objectives qui sont au cœur de notre foi se convertissent pour notre édification en expériences pratiques. Ce chemin est celui d’une mise en situation dans laquelle les mots que nous professons (la puissance de résurrection qui est en Dieu) deviennent des réalités vécues.

Selon le témoignage qu’il en donne, le résultat de l’expérience vécue par Paul est double. D’abord, la délivrance divine dont Paul a été l’objet a fortifié sa foi. Il peut affronter l’avenir avec plus de confiance. Le Dieu qui l’a délivré à Ephèse a le pouvoir de le délivrer encore si nécessaire. Et c’est là d’ailleurs ce qu’Il fera (2 Timothée 3,10-11). Ensuite, le secours divin vécu par l’apôtre sera pour plusieurs qui, dans cette circonstance, ont prié pour lui, une occasion réjouissante de Lui rendre grâces. En aucune chose, le bilan de l’épreuve traversée par l’apôtre ne sera négatif. Celle-ci aura contribué à fortifié sa foi. Elle aura suscité dans le cœur du peuple de Dieu de nombreuses actions de grâces. Enfin, elle aura contribué à magnifier le nom de Dieu et à rendre crédible les vérités constitutives de l’Evangile. Que ce vécu dont Paul rend témoignage ici soit aussi le moule sur lequel nous nous calquons dans la façon avec laquelle nous restituons la vérité de ce que nous vivons avec Dieu dans l’épreuve !

V 12 à 14 : les motivations qui animent Paul

Toujours dans la lignée du témoignage, Paul tient, avant de donner les raisons qui l’ont amené à ajourner sa visite chez eux, à partager à cœur ouvert les motivations qui ont toujours régenté sa conduite. Pour se faire, Paul en appelle à sa conscience, ce juge qui approuve ou condamne les pensées et les attitudes intérieures de tout homme (Romains 2,15). Devant elle, Paul l’affirme : jamais, nulle part, à aucun moment, il n’y a eu dans sa façon d’être et d’agir auprès des Corinthiens de duplicité ou d’hypocrisie. Ce qu’il a dit, ce qu’il a fait était l’expression exacte de ce qui était dans son cœur pour eux. En aucune manière, Paul n’a cherché à cacher, dissimuler ou feindre quoi que ce soit. Ce que les Corinthiens ont connu de lui était le reflet exact des sentiments et des intentions qui l’animaient pour eux. Le moteur de la vie et du comportement de Paul chez les Corinthiens n’était pas la chair, mais la grâce. Saisi par elle alors qu’il persécutait l’Eglise de Dieu, Paul n’avait qu’un souci : que celle-ci les transforme comme elle l’avait lui-même transformé. Paul avait agi pour se faire en collaborateur de Dieu pour eux, sans arrière-pensée ni motifs personnels.

Paul va s’expliquer sur le changement d’avis qui l’a fait renoncer à sa visite. Mais, au préalable, il demande que le crédit de la vérité et de la sincérité lui soit accordé. N’est-ce pas là le minimum que lui doivent les Corinthiens qui ont tant reçu de lui ? N’est-ce pas là aussi ce que l’on doit à tout homme qui, mis en accusation, cherche à rendre compte de ses attitudes ? Au lieu de mettre en doute l’apôtre, les Corinthiens devraient se souvenir que, devant Dieu, il fait partie de leur motif de fierté, comme ils le sont pour lui. Qu’est-ce qui, en effet, fait la gloire de chacun devant Dieu, si ce n’est ce que Sa grâce opère dans les uns et les autres par les uns et les autres ? Ce que les Corinthiens sont dans le cœur de Paul est le trésor que Dieu a amassé par l’œuvre de Sa grâce au travers de lui. Ce bien est à la fois celui de Dieu et de Paul, sa gloire devant Lui. Il en est de même dans l’autre sens ! En recevant l’Evangile de Paul, la gloire des Corinthiens est d’avoir accueilli ce serviteur qui leur a été envoyé par Dieu. Que chacun apprenne ainsi à considérer son frère, non pour ce qu’il est sur le plan humain, mais comme le cadeau de Dieu qui sera sa fierté devant Lui !

V 15 à 22 : Paul est-il charnel et versatile ?

Jugé par certains Corinthiens sur le revirement qui l’a conduit à renoncer à sa visite, Paul s’explique. C’est vrai ! Dans un premier temps, il avait décidé de se rendre chez eux pour les enrichir une nouvelle fois de ce que Dieu lui avait confié. Puis, de Corinthe, il comptait ensuite aller jusqu’en Macédoine et repasser une nouvelle fois chez eux. Les Corinthiens auraient ainsi bénéficié d’une double visite de l’apôtre, un double cadeau. Il espérait de plus que, partant de chez eux, ceux-ci lui rendent la grâce reçue en pourvoyant à ses besoins pour son voyage en Judée. Le projet de visite de Paul avait été conçu dans une période où le climat entre lui et les Corinthiens était encore bon. Même s’il leur avait déjà écrit une lettre où il mettait certaines choses au point, il n’y avait pas d’animosité de leur part, croyait-il, contre lui. Paul expliquera un peu plus loin que c’est la détérioration de ce climat qui sera la cause première de sa volte-face.

La nécessité qu’a Paul de s’expliquer, et les termes dans lesquels il le fait, témoigne de la fragilité des relations fraternelles entre enfants de Dieu. Le jugement porté par les Corinthiens sur lui nous rappelle le danger qu’il y a pour chacun de nous de mal interpréter les décisions ou le comportement d’un autre. Les Corinthiens qui accusaient Paul de versatilité auraient dû se souvenir de l’homme qu’il a été devant eux, de la fiabilité dont il a fait preuve et du caractère entier et radical du message dont il était le porteur. La teneur, le contenu du message dont nous sommes les hérauts, ne parle pas seulement de Celui qui en est l’objet, le Christ. Elle en dit long également sur le messager, la profondeur de son attachement et de son enracinement dans la vérité. Paul en appelle à la mémoire de ses frères : le message qu’il leur a délivré était-il ambigu ? Y avait-en lui à la fois du oui et du non, autrement dit du peut-être ? Ni lui, ni Silas et Timothée, ses compagnons de mission au moment où Paul vint à Corinthe, ne peuvent être accusés d’avoir été équivoques dans ce qu’ils ont proclamé. Avec force, ils ont attesté que c’est en Jésus-Christ et en Lui seul que s’accomplissent toutes les promesses de salut données par Dieu dans l’Ecriture. Comme Pierre face au sanhédrin, ils ont affirmé qu’il n’y a de salut en aucun autre que Jésus-Christ et que, sous le ciel, Dieu n’a donné le nom d’aucun homme par lequel nous puissions être sauvés (Actes 4,12). Convaincus par l’Esprit de vérité, les Corinthiens ont répondu « Amen » à la parole reçue. Or, cet Esprit qui les a établis dans le Christ, les Corinthiens ne devraient pas l’oublier, est le même qui a donné autorité à Paul pour le ministère qu’il leur a confié auprès d’eux. Il habite en lui comme en eux et les a marqués tous de son sceau.

Il est possible pour chacun de nous d’avoir des doutes sur la véracité des attitudes et des paroles d’un chrétien. Avant d’émettre un jugement que nous pourrions regretter, posons-nous certaines questions : est-ce que ce que je pense ici ressemble à ce que j’ai connu de la personne dans le passé ? Est-ce que je connais suffisamment cette personne pour que le doute que je porte soit justifié ? Que disent à son sujet ceux qui la connaissent le mieux ? Si l’homme en question est un homme de Dieu reconnu, soyons doublement prudents ! Il se peut qu’un serviteur de Dieu dérape, commette des fautes de comportement (cf Galates 2,11 à 14). Mais souvenons-nous, avant de le juger, que Dieu lui a donné Son Esprit ! Souvenons-nous des fruits qu’il a portés et des œuvres que Dieu a faites à travers lui ! Ne nous risquons pas à accuser ou juger sans certitude absolue ! Si jusqu’ici la personne sur laquelle des doutes se portent s’est montré fiable, vraie, digne de notre confiance, mieux vaut pour nous partir de l’idée qu’elle est intègre que l’inverse.

La franchise avec laquelle Paul s’exprime témoigne, quant à elle, de la confiance qu’il porte à ses frères. Les considérant comme sa famille, il n’hésite pas à parler avec eux à cœur ouvert. Il leur fait part avec simplicité de son attente de leur soutien fraternel pour ses projets futurs. Parce qu’il suppose qu’il a le crédit nécessaire pour le faire, Paul estime ne pas aller au-delà du convenable et du bienséant en espérant de leur part une aide matérielle pour le voyage en Judée qu’il avait initialement prévu après sa visite chez eux. La confiance dont Paul fait preuve ici témoigne du décalage qui peut exister entre ce qui se trouve dans le cœur d’un chrétien et en celui d’un autre quant à leur appréciation mutuelle… et du choc que cela peut être quand on le découvre. C’est ce que Paul explique maintenant !

V 23 et 24 : pourquoi Paul a ajourné sa visite

Mal jugé par certains de ses frères de Corinthe, Paul a commencé, dans sa défense, à prendre sa conscience à témoin (v 12). Il fait ici un pas de plus pour confirmer ses dires : c’est à la Personne de Dieu elle-même qu’il fait appel sur sa vie pour être le garant de ce qu’il affirme. Nous savons par l’Ecriture qu’un tel serment, dans la bouche d’un disciple de Jésus, est inutile. Quand un enfant de Dieu dit oui, c’est oui qu’il faut entendre, et inversement pour le non (Matthieu 5,37 ; Jacques 5,12). Le fait que Paul en vienne à cette nécessité témoigne du niveau de défiance auquel ses détracteurs sont parvenus à son égard. Paul, pour autant, ne transgresse pas l’enseignement du Seigneur. Ce n’est que contraint qu’il agit de la sorte. En plaçant ses contradicteurs face à Dieu, son ultime recours pour être cru, il les oblige également à s’examiner. Sont-ils capables d’aller aussi loin que lui dans sa prétention de dire toute la vérité, rien que la vérité à son sujet ?


Si Paul n’est pas venu, comme promis, à Corinthe, ce n’est pas pour se ménager lui-même. C’est plutôt pour épargner à ses frères une nouvelle visite difficile. Paul n’a qu’un désir quand il se rend dans une Eglise (surtout s’il en est l’implanteur) : il est de contribuer à son édification dans la joie du Christ. Si tel n’est pas le cas, la question se pose : sa venue vaut-elle la peine ? L’embarras dans lequel Paul s’est trouvé, et les conséquences qui en ont résulté, soulignent toute la difficulté qui revient à celui qui, malgré son honnêteté, est impliqué dans une situation conflictuelle, à adopter le bon comportement. Quelle qu’il soit, le risque d’une mauvaise interprétation est toujours là. Jésus Lui-même, qui était l’expression de la vérité, a fait les frais d’un tel inconfort. Parce qu’Il agissait différemment de Jean-Baptiste, qui était plutôt un ascète, Jésus s’est fait taxer par ses contemporains de glouton et de buveur. Ceux-ci ont oublié, lorsqu’ils l’ont fait, qu’ils avaient auparavant traité Jean de possédé par un démon (Matthieu 11,18-19). Quand le regard que quelqu’un porte sur un autre est faussé par la défiance et le préjugé, rien de ce que celui-ci fera pour les faire tomber ne réussit. Que Paul vienne à Corinthe, on l’accusera de vouloir dominer l’Eglise et exercer son contrôle sur la situation ! Qu’il s’abstienne, ses opposants se saisiront de sa décision pour donner aux autres la preuve de sa versatilité ! Seul Dieu peut ici faire valoir ce qui est vrai ! C’est pourquoi Paul fait appel à Lui pour que chacun, comme lui, ose se placer en conscience devant Lui !

mercredi 12 juillet 2017

1 CORINTHIENS 16

Tous les points prêtant à controverse dans l’Eglise de Corinthe traités, Paul conclut sa lettre par diverses recommandations pratiques, le partage de ses projets pour le futur et des salutations.

V 1 à 4 : au sujet de la collecte pour l’Eglise de Jérusalem

Alors qu’il était à Ephèse, essentiellement préoccupé par son ministère d’apôtre auprès des païens, Paul avait eu vent des difficultés matérielles ponctuelles par lesquelles passait l’Eglise de Jérusalem. On sait par le livre des Actes des apôtres qu’une famine frappait la ville. Dans Son amour pour les Siens, Dieu n’avait pas voulu que l’Eglise soit prise au dépourvu par le fléau qui allait s’abattre sur la cité. Par la bouche d’Agabus, un prophète, Paul et Barnabas, qui se trouvaient alors à Antioche, en furent prévenus. Les frères sur place n’attendirent pas que la difficulté survienne. Aussitôt avertis, ils organisèrent un service d’entraide destinés à leurs frères juifs éprouvés. Les dons récoltés furent transmis aux anciens par l’entremise de Paul et Barnabas (Actes 11,27 à 30).

Manifestement, ce premier geste ne fut pas le seul. Les indications fournies par les deux lettres de Paul aux Corinthiens témoignent que, les difficultés persistantes, une collecte plus vaste fut organisée en direction d’autres Eglises d’origine païenne. La 2ème lettre de Paul aux Corinthiens y consacre une large place et témoigne de l’esprit qui anime l’apôtre dans la prise en charge de cette campagne de soutien en direction de ses frères juifs (2 Corinthiens 8 et 9). Pour l’heure, Paul répond à la question pratique que durent lui poser ses frères de Corinthe sur la façon d’agir qui doit être la leur en vue du ramassage des fonds collectés au moment voulu. L’apôtre appelle ses frères à ne pas attendre le dernier moment pour procéder à cette quête. Il recommande au contraire, comme il le fera dans toutes les Eglises où il sera passé pour organiser ce service, que chacun choisisse plutôt chaque premier jour de la semaine (le dimanche), pour mettre à part ce qui est possible en vue de cette bonne œuvre. L’objectif de Paul, en organisant les choses de cette manière, est double. D’abord, l’apôtre ne souhaite pas que la solidarité soit perçue dans l’Eglise de Jésus-Christ comme un geste fort mais ponctuel. Elle devrait faire partie des disciplines spirituelles régulières et des préoccupations hebdomadaires du chrétien. Ensuite, Paul est persuadé que « ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. » Il est possible de faire beaucoup plus par de petits efforts réguliers que par un engagement plus conséquent, mais unique. L’apôtre prévoit enfin, quand il sera là, d’envoyer les émissaires que les Corinthiens auront choisi, munis de lettres de recommandation, auprès des frères éprouvés de Judée. S’il le juge bon, Paul dit qu’il ira lui-même à Jérusalem avec eux pour que l’affaire soit conclue dans les meilleures conditions de probité.

Du témoignage rendu ici par Paul sur sa façon d’organiser cette œuvre de solidarité à destination de ses frères juifs en difficulté, nous pouvons retenir plusieurs leçons utiles pour nous aujourd’hui :

-          La 1ère touche à la vision qu’a Paul de l’Eglise. L’Eglise de Jésus-Christ n’est pas, aux yeux de l’apôtre, l’assemblage d’Eglises locales éparpillées sur de nombreux territoires. L’Eglise de Jésus-Christ est une seule famille, un seul corps. Les souffrances de l’une sont les souffrances de toutes et les joies de l’une sont celles de toutes. L’enseignement de Paul donné dans l’épître sur les liens organiques qui lient les différents membres du corps ne sont pas théoriques. Ils sont appelés dans la difficulté à se traduire de manière concrète et pratique par la solidarité (1 Corinthiens 12,26).

-          La seconde touche à la vision qu’a Paul de son implication pour le bien de l’Eglise. Paul ne faisait pas partie de l’Eglise de Jérusalem. Il n’était pas l’apôtre des circoncis (ce ministère était celui de Pierre), mais des incirconcis (Galates 2,8). Pour autant, Paul n’estimait pas que leurs difficultés ne le regardaient pas. Au contraire, il agit pour eux comme il l’aurait fait pour une Eglise qu’il aurait lui-même implanté, appliquant à l’égard de ses frères la règle d’amour royale énoncée par Jésus (Matthieu 7,12).

-          L’implication personnelle de Paul dans l’organisation pratique de cette collecte témoigne de la polyvalence de ses dons et des activités qui relèvent de son ministère. Il serait dommageable pour chacun qui exerce une charge spirituelle de limiter celle-ci à quelques responsabilités et prétendre que d’autres, plus prosaïques, ne relèvent pas de sa compétence. Le serviteur de Dieu doit apprendre que « tout ce que sa main trouve à faire avec sa force doit être fait (Ecclésiaste 9,10) ». Il n’est nullement inconvenant ou inapproprié à un serviteur de Dieu de nettoyer les toilettes ou de servir à une table.

-          Les questions d’argent étant toujours délicates, Paul tient à tout ce que soit fait dans la lumière et la transparence. Les précautions les plus élémentaires doivent ainsi être prises pour que, quoi que ce soit qui se produise, la probité des acteurs d’une œuvre de bienfaisance ne puisse d’aucune manière être sujette à suspicion. Dans l’Eglise de Jésus-Christ, il doit être évident pour tous que, quel que soit le montant des sommes qui passent entre nos mains, nous ne sommes pas au service de nos intérêts propres, mais du bien commun.

V 5 à 12 : projets au sujet de Paul, Timothée et Apollos

Comme il le fait souvent dans ses épîtres, Paul informe ses frères de Corinthe de ses futurs projets de voyage. Connu pour être quelqu’un d’entreprenant, Paul ne fait cependant pas preuve de présomption en la matière. Il sait et a appris que, pour ce qui concerne le futur, l’homme propose, mais c’est Dieu qui dispose (Proverbes 19,21). Aussi agit-il avec la prudence et l’humilité recommandée par l’apôtre Jacques à ce sujet (Jacques 4,13-16). Paul formule ainsi le projet de visiter l’Eglise de Corinthe, mais il ne peut pas dire combien de temps il va rester. Il espère demeurer chez eux quelque temps, peut-être les mois de la saison hivernale. Avec la liberté qui le caractérise, il leur demande, non seulement de le recevoir, mais de lui fournir tout ce dont il aura besoin en ressources pour poursuivre son voyage plus loin. L’apôtre le fait à double titre. D’abord, en tant que père spirituel : Paul est celui par qui les Corinthiens ont connu l’Evangile. C’est lui qui les a engendrés dans la foi (1 Corinthiens 4,15). Or, il est de l’ordre de l’équité que celui à qui on a apporté les biens spirituels fasse participer à tous ses biens matériels celui qui l’a enseigné (Galates 6,6). Ensuite, en tant que frère en Christ : la règle d’amour est que nous nous devons de pourvoir aux besoins de nos frères dans le besoin, surtout si ceux-ci sont en service commandé pour notre Seigneur.

Pour l’heure, dit Paul, il est à Ephèse et pense y rester jusqu’à la fête de la Pentecôte. Aussi demande-t-il aux Corinthiens d’accueillir son collaborateur Timothée, s’il arrive chez eux, comme il se doit. Certes, parmi les apôtres, Paul est la figure la plus marquante de l’histoire des Corinthiens avec l’Evangile. Mais pour ce qui concerne l’accueil et l’honneur à rendre aux serviteurs, aucune distinction ne doit être faite. Timothée a aussi œuvré pour le Seigneur au milieu d’eux (Actes 18,4-5), et il continue à le faire en d’autres lieux. Il serait bon, par conséquent, que l’Eglise de Corinthe fasse pour lui ce qu’elle ferait pour Paul.

Paul informe enfin les Corinthiens que, malgré ses encouragement répétés, Apollos a choisi de ne pas se rendre chez eux. L’information communiquée ici témoigne de plusieurs choses. La première touche à l’attitude spirituelle des deux hommes. Si les Corinthiens s’opposent au sujet de Paul et Apollos (1 Corinthiens 1,12), il n’y a entre les deux hommes aucune rivalité. Paul n’a pas peur de voir par Apollos son influence diminuer parmi ses frères. Aussi n’hésite-t-il pas, pour leur bien, d’encourager son frère à se rendre à Corinthe. Apollos a bien entendu le message de confiance que lui adresse l’apôtre. Mais, par sagesse, il estime qu’il est préférable pour lui, à cause du climat délétère qui règne dans l’Eglise, de s’abstenir de ce déplacement. La seconde témoigne de la juste vision qu’ont les deux hommes de leur place au service de Dieu et de l’Eglise. Ni Paul, ni Apollos ne sont là pour se faire un nom. C’est celui de Christ seul qu’ils veulent voir honoré et glorifié parmi les Corinthiens. Que ceux-ci apprennent de leur exemple !

V 13 à 18 : dernières recommandations

Alors qu’au début de sa lettre Paul a reproché aux Corinhiens leur infantilisme spirituel (1 Corinthiens 3,1), il les appelle, après ce qu’il leur a écrit, à se comporter désormais comme des hommes. « Voir un enfant naître, disait Ralph Shallis, est merveilleux. Mais voir un adulte se comporter comme un tout-petit est chose horrible. » Le but de Dieu n’est pas uniquement que, par Jésus-Christ, nous naissions d’en-haut pour intégrer Sa famille. Il est de se former parmi Son peuple une communauté d’hommes faits à la mesure de la stature parfaite du Christ (Ephésiens 4,13). C’est là ce à quoi, inlassablement, travaillait Paul, visant à porter tout être humain à son accomplissement dans le Christ (Colossiens 1,28). Que les Corinthiens apprennent ainsi à tenir fermes dans la foi, à tout faire, non par parti-pris, mais par amour et deviennent les hommes mûrs, forts et stables qu’ils sont appelés à être par la grâce de Dieu.

Dans cette perspective, Paul tient à adresser à ses frères une dernière recommandation. Il en a d’autant plus la liberté qu’elle ne le concerne pas lui-même, mais certains frères qui sont parmi eux. Si Paul peut communiquer avec les Corinthiens, c’est parce que, de chez eux, sont partis plusieurs hommes venus l’informer de la situation de l’Eglise et soumettre à son conseil plusieurs questions qui se posent chez eux. De ce groupe, Paul cite trois noms : Stéphanas, Fortunatus et Achaïcus. Paul inclut dans sa lettre la demande que ses frères de Corinthe fassent preuve de considération et d’écoute de tels hommes. Comme nous l’avons vu au début de la lettre, les Corinthiens ont été, par rapport à d’autres Eglises, très privilégiés. Ils ont bénéficié pour un temps assez long du ministère d’éminents serviteurs de Dieu : Paul, Apollos, Pierre peut-être (1 Corinthiens 1,12) Cet avantage, au lieu d’être un bien, est devenu parmi eux un mal. Au lieu de magnifier la richesse de Christ, elle les a conduits à se diviser en partis. Eblouis par les « super-apôtres » qui les ont servis, les Corinthiens sont devenus aveugles quant aux richesses qui sont au milieu d’eux : ces trois hommes et d’autres sans doute… Une fois de plus, ils démontrent qu’ils n’ont compris que bien peu de choses à ce qu’est l’Eglise, corps de Christ.

L’avertissement de Paul à ses frères vaut pour nous. Il est toujours dangereux et nuisible au développement du corps de Christ lorsque ses membres mettent leur gloire dans les hommes plus que dans le Seigneur qui les envoie et les qualifie (1 Corinthiens 3,21). L’Eglise locale du Christ doit apprendre, là où elle est, à vivre dans le présent avec le potentiel et les ressources qui se trouvent en son sein. Sa situation peut changer. Elle a ses saisons. D’une période favorable, elle peut glisser vers une autre plus difficile. Elle manifestera sa solidité en faisant face et en s’adaptant à chaque nouvelle étape de son parcours. Que la grâce de Dieu nous apprenne tous à tirer notre force de Lui !

V 19 à 23 : salutations finales

Comme il le fait toujours, l’apôtre conclut sa missive par ses salutations, écrites cette fois de sa propre main. Il y associe également celles de ses plus proches collaborateurs connus des Corinthiens, Priscille et Aquilas (Actes 18,1-2), et d’autres qui sont avec lui. Il y joint aussi celles des Eglises de la province d’Asie où il se trouve. Il rappelle pour finir à ses frères que leur préoccupation ne doit pas être d’être le disciple ou l’ami d’un homme, fût-il apôtre, mais du Seigneur. Qui est l’ami du Seigneur l’aime et a le cœur au bon endroit. Qui ne l’est pas peut prétendre ce qu’il veut : il est maudit !


Assurant de son amour ses frères, amour qui l’oblige à être aussi vrai que possible dans ses échanges avec eux, Paul les recommande à la grâce du Seigneur Jésus, seule source d’espoir pour chacun !

vendredi 7 juillet 2017

1 CORINTHIENS 15

V 1 à 8 : le cœur de l’Evangile

L’Evangile a un contenu précis. Il se trouve qu’à l’Eglise de Corinthe, outre les désordres éthiques et doctrinaux traités par Paul, les termes fondamentaux qui le définissent étaient eux aussi remis en cause. Or, l’Evangile ne peut être ni amendé, ni interprété. Parce qu’il est la bonne nouvelle de laquelle dépend le salut de ceux qui croient, l’Evangile doit être reçu et transmis tel qu’il a été formulé dès son origine. Toucher à un seul mot de l’Evangile, modifier le sens d’une seule des expressions qui en constituent le cœur, c’est détruire tout ce qui fait l’espérance du chrétien. C’est plonger ceux que l’on enseigne dans ce sens dans la plus terrible des illusions. Paul avertit avec solennité ceux qui se risquent à une telle profanation : « Si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait une bonne nouvelle différente de celle que nous vous avons annoncée, qu’il soit anathème (maudit) ! (Galates 1,8). »

Qu’est-ce que l’Evangile ? Par quelles propositions se résume-t-il ? Quelles sont les vérités qui en sont le cœur ? C’est ce que Paul rappelle ici à ses frères de Corinthe !

1ère vérité : L’Evangile a pour objet une Personne : Jésus-Christ

Cela peut, pour qui est habitué à sa lecture, relever de l’évidence. Il nous faut pourtant toujours revenir à cette vérité première. L’Evangile n’est pas une morale, des idées ou une philosophie. L’Evangile n’existe pas sans Jésus-Christ. De nombreuses philosophies ou religions (tel l’Islam) peuvent exister sans leur fondateur. Il suffit de mettre en pratique leurs préceptes pour se définir comme pratiquant de celles-ci. Rien de tel ne peut se faire avec l’Evangile. Quand bien même quelqu’un croirait aux vérités de l’Evangile et pratiquait les préceptes moraux enseignés par le Christ, rien n’assure à ce niveau qu’il est un disciple authentique de Jésus. Pour être disciple de Jésus, il faut s’approprier dans la foi ce que Jésus est et ce qu’Il a fait pour nous en vue de notre salut.

2ème vérité : L’Evangile est centré sur la mort de Jésus

Certes, la vie de Jésus est admirable. Et bien des hommes dans le monde qui ne croient pas à ce qu’Il est, y trouve une source d’inspiration pour toutes sortes de sujets : non-violence, leadership, pédagogie, comportement social… Mais ce qui est le cœur de l’Evangile est le fait de Sa mort et la raison de celle-ci. Jésus-Christ, rappelle Paul, est mort pour nos péchés. La raison majeure de la venue de Jésus est de réconcilier l’homme pécheur, séparé de Dieu, avec Dieu. Or, pour se faire, une seule possibilité existait : il fallait que Jésus meure et subisse dans Sa Personne la sanction que méritait le péché à l’égard de la justice de Dieu. La valeur salvatrice de la mort de Jésus tient à une chose : sa double nature. Si Jésus ne partageait pas la Divinité avec Son Père, Son sacrifice ne saurait assurer une rédemption éternelle à ceux qui croient en Lui pour leur salut (Hébreux 9,12). S’Il ne partageait pas avec nous une pleine humanité, Il n’aurait pu être notre représentant devant Dieu (Romains 8,3-4). L’Evangile ne peut se comprendre que dans une certaine vision du monde : celle que nous partage l’Ecriture. Sans le Dieu Créateur et l’irruption du péché comme explication à l’état de corruption de l’humanité, l’Evangile n’a aucun sens.

3ème vérité : l’Evangile est crédibilisé par la résurrection de Jésus

Nombre de personnes peuvent se prétendre être des envoyés de Dieu pour le salut des autres. Ce qui crédibilise le fait que Jésus est le Christ de Dieu, c’est Sa résurrection trois jours après qu’Il fut enseveli. Par elle, dit Paul, Jésus est institué Fils de Dieu avec puissance (Romains 1,3). La résurrection de Jésus est l’œuvre unique de Dieu. Elle ne peut s’expliquer d’aucune autre manière (Actes 2,32). Elle est la signature divine qui atteste, contre le verdict des hommes, que Jésus est bien ce qu’Il a dit être et que Sa mort a bien valeur de rédemption pour qui y croit en vue de son salut (Actes 2,36 ; 3,13 ; 5,30-31). Aussi, la résurrection de Jésus est indissociablement liée à la proclamation de Sa mort pour le péché. Elle en est la validation suprême. Paul le dira plus loin : si le Christ n’est pas ressuscité, tout l’Evangile perd son sens. Notre foi est vaine et nous sommes toujours dans nos péchés (1 Corinthiens 15,14 et 17).

4ème vérité : l’Evangile est authentifié par l’Ecriture

Si l’Evangile est totalement lié à la venue de Jésus, il ne fait pas irruption dans l’histoire de manière sauvage. Toute l’Ecriture proclame et annonce d’avance la venue et l’œuvre salvatrice du Christ. Elle le fait de diverses manières :

-          Par des prophéties directes au sujet de Sa mort et de Sa résurrection (Esaïe 53,5-6.10-12 ; Psaume 16,8 à 11)
-          Par des symboles, tels les sacrifices (Jean 1,29), ou des types, tel Jonas (Matthieu 12,39-40).

Toute l’Ecriture, disait Jésus, rend témoignage de Lui (Jean 5,39). Si nouveau soit-il à cause des faits dont Il est le témoin, l’Evangile ne l’est pas du point de vue de la prophétie. Le témoignage de Jésus est l’esprit même de la prophétie biblique (Apocalypse 19,10.

5ème vérité : l’Evangile est corroboré par de multiples témoins oculaires

La résurrection de Jésus n’est pas un fait qui s’est produit en catimini. Le Christ ressuscité est apparu à de multiples reprises et à nombre de personnes dont Paul établit la liste par ordre chronologique. Il est apparu d’abord à Pierre, le 1er des apôtres (Luc 24,34), puis aux Douze (expression qui symbolise le groupe des apôtres) (Jean 20,19-20). Ensuite il est apparu à plus de cinq cent frères réunis, dont bon nombre sont toujours en vie au moment où Paul écrit. Qui veut vérifier la véracité de ce témoignage peut donc le faire. Puis il s’est encore révélé à Jacques, le fils de Marie, l’un des frères de Jésus qui ne croyaient pas en lui avant Sa résurrection (Jean 7,5 ; Actes 1,14) Ensuite, Il apparaîtra encore à Paul, ce qui sera la cause même de sa conversion si spectaculaire (Actes 9,1 à 9). Si l’on tient compte du fait que, dans la Parole de Dieu, un fait est considéré comme véridique sur la déclaration de deux ou trois témoins (Deutéronome 19,15 ; 1 Timothée 5,19), nous pouvons affirmer que la résurrection de Jésus figure parmi ceux qui sont les plus authentifiés au monde !

V 9 à 11 : le cas particulier de Paul

Ce n’est pas pour rien que, se citant parmi ceux qui ont bénéficié d’une révélation personnelle du Christ ressuscité, Paul se positionne en queue de liste. La première raison est que cette place correspond à la réalité chronologique des différentes apparitions de Jésus après Sa mort. La seconde tient au cas particulier de Paul en ce qui concerne le statut d’apôtre qu’il partage avec les Douze choisis par Jésus. Paul sait que, parmi eux, il occupe une place bien à part. Alors que les Douze ont vécu physiquement avec Jésus, lui ne L’a jamais connu dans Son humanité. Paul, cependant, fait bien partie du groupe des apôtres et il est reconnu comme tel. Mais à l’intérieur de celui-ci, il est semblable, dit-il, à un avorton, un enfant né hors terme, bien après que la famille soit déjà constituée.

Une autre raison, liée à sa conscience, pousse Paul à se définir comme tel. L’avorton n’est pas seulement un enfant né hors terme. C’est aussi, dit le dictionnaire, un gringalet, une demi-portion, un nabot. Le terme est un terme de mépris que l’apôtre s’attribue volontairement. Il en connaît la raison. Si les autres apôtres peuvent revendiquer la gloire d’avoir, dès leur appel, toujours servi Christ, Paul sait qu’il ne peut pas en dire autant. Avant que le Christ ne se révèle à lui, Paul était connu comme l’un de Ses opposants les plus farouches. Paul ravageait l’Eglise. Pénétrant dans les maisons, il en arrachait hommes et femmes, et les jetait en prison (Actes 8,3). Lorsqu’Etienne mourut en martyr sous les pierres des Juifs qui le lapidaient, Paul s’était associé à leur verdict (Actes 7,58). Dans sa rage contre les disciples de Jésus, Paul témoigne qu’il est allé jusqu’à les forcer à blasphémer et à les persécuter dans les villes étrangères (Actes 26,11). Au fond de lui, bien que pardonné, Paul n’a pas oublié. S’il est apôtre, il le doit, plus que les autres encore, à la grâce de Dieu seule. Cette grâce extraordinaire dont il a été l’objet ne lui a pas, dit-il, été faite pour rien. Au contraire ! Elle a décuplé son énergie, son zèle pour faire connaître le plus loin possible le beau nom du Christ, son Sauveur. Que l’apôtre n’a-t-il pas fait, connu, souffert, comparé à un autre apôtre (2 Corinthiens 11,23) Oui ! L’apôtre Paul reste, parmi les autres apôtres, l’avorton, celui qui est venu après les autres, l’indigne ! Mais il a largement compensé par sa dévotion extrême à son maître le déficit d’honneur inhérent à la position unique qu’occupent les Douze dans le choix de Dieu. Porteur de la même bonne nouvelle, ils proclament avec eux les mêmes faits qui sont le cœur de l’Evangile : la mort du Christ pour nos péchés, suivie de sa résurrection glorieuse !

V 12 à 19 : si Christ n’était pas ressuscité des morts

Malgré l’évidence du fait de la résurrection du Christ et les nombreux témoins toujours vivants qui le confirment, il était des hommes à Corinthe qui ne croyaient pas qu’une résurrection des morts puisse avoir lieu. Au regard de la foi qui l’habite, Paul tire les conclusions logiques d’une telle ineptie :

-          S’il n’y a pas de résurrection des morts, alors le Christ non plus n’est pas ressuscité. Si aucun mort ne peut revenir à la vie, il n’y a pas de raison que cette règle ne s’applique pas à Christ. Si, par contre, Christ est ressuscité, le fait valide, au minimum, qu’il peut en être (et qu’il en sera) de même pour nous.

-          Si Christ n’est pas ressuscité, alors l’Evangile se vide totalement de son contenu. Car, comme nous l’avons vu, la résurrection de Jésus est la confirmation suprême du fait qu’Il est le Fils de Dieu mort pour nos péchés. Qu’avons-nous encore à proclamer s’il n’y a plus de preuve certaine, indéniable que Jésus est bien le Christ envoyé de Dieu pour notre rédemption ?

-          Si Christ n’est pas ressuscité, toute notre foi et l’espérance que nous avons mise en Lui pour notre salut sont un leurre. Il n’y a pour nous aucun espoir de pardon ou de rémission des péchés. Nous nous trompons nous-mêmes et nous sommes les plus pitoyables des hommes. Nous avons pris pour réalité la fable de la plus formidable nouvelle que le monde puisse entendre. Mais nous devons nous détromper : nos péchés ne sont pas effacés et, au jour du jugement, nous devrons les assumer.

-          Si Christ n’est pas ressuscités, non seulement nous nous sommes trompés nous-mêmes en le croyant, mais nous avons aussi dupés tous ceux que nous avons invités à adhérer à cette bonne nouvelle. Pire ! Nous avons commis le plus grave péché qui soit. Nous avons pris Dieu à témoin devant les hommes d’un fait que ne se serait pas produit et que Lui seul est en mesure d’accomplir.

La résurrection des morts fait partie intégrante des doctrines fondamentales de l’Evangile (Hébreux 6,2 ; Actes 23,6). Qui n’y croit pas, même s’il se prétend chrétien, ne croit tout simplement pas à Jésus-Christ. Car le Christ est le Christ essentiellement à cause de la résurrection (Romains 1,3). D’où la raison pour laquelle celle-ci fera partie intégrante de chaque proclamation de l’Evangile par les apôtres : Actes 2,24.31 ; 3,15 ; 4,10 ; 7,56 ; 10,40 ; 13,30 ; 17,3.31 ; 23,6 ; 24,15.21 ; 26,23.

V 20 à 28 : mais Christ est ressuscité des morts

Mais, gloire à Dieu, le Christ-Jésus est bel et bien ressuscité des morts. Et ce fait est si crucial qu’il constitue la pierre d’angle de la perspective de l’aboutissement de l’histoire :

-          Si Christ est ressuscité d’entre les morts, tous ceux qui se sont endormis dans la mort ressusciteront avec Lui. Car le Christ, en tant que premier homme ressuscité pour toujours, est notre précurseur, les prémices de l’abondante moisson finale qui concerne toute l’humanité. C.S Lewis apporte à ce sujet une réflexion intéressante destinée à ceux qui croient au processus de l’évolution. « L’idée sous-jacente à ce concept est que l’homme est le résultat d’une évolution partant de types de vie inférieurs. En conséquence, on se demande : « Quel est le prochain cycle ? Qu’est-ce qui va apparaître après l’homme ? »… Si l’on considère l’événement sous cet angle, le point de vue chrétien est précisément que cette nouvelle étape est déjà entamée. Et elle est vraiment nouvelle ! Ce n’est pas la transformation d’hommes intelligents en hommes plus intelligents. Ce changement s’opère dans une voie totalement différente et s’associe à la mutation de créatures de Dieu en fils de Dieu. La manifestation initiale se produit en Palestine voici deux mille ans.[1] » Oui ! Dans la résurrection du Christ, nous avons plus que la proclamation d’un fait passé. Nous avons l’annonce d’une réalité future qui nous implique tous. L’avenir de ceux qui sont à Christ n’est pas de rester au niveau de la créature, mais d’être haussés à la dignité du Fils de Dieu. « Bien-aimés, dit Jean, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est (1 Jean 3,2). La résurrection de Jésus homme en est la garantie.

-           En tant qu’homme, Christ est le chef d’une nouvelle humanité, le nouvel Adam (v 45). Solidaires à Adam dans le péché et la mort, nous le serons avec Christ dans la résurrection. Comme la mort est entrée dans l’humanité par un homme, c’est aussi par la même voie qu’entre la résurrection pour tous. Bien que notre vie soit individuelle, elle est aussi collective. Nous ne fonctionnons pas sur le plan de l’humanité de manière autonome, mais organique. De même que nous avons hérité du péché d’Adam et de ses conséquences, nous héritons tous de la réalité qui touche au second Adam, qui est Christ.

-          Si la résurrection est une réalité qui sera partagée par tous, elle ne sera pas vécue au même moment par chacun. Le Christ est et restera le premier homme ressuscité pour toujours. Ensuite et après Lui, ressusciteront tous ceux qui Lui appartiennent, au moment de Sa seconde venue. Paul précise ailleurs qu’en ce jour, les morts en Christ ressusciteront et ceux qui seront en vie seront immédiatement transformés pour être enlevés avec Lui, sans passer par la mort (1 Thessaloniciens 4,15 à 18). C’est ici la première résurrection à laquelle seuls les saints participent (Apocalypse 20,5-6). Puis vient, au moment de la fin et du jugement dernier, la seconde résurrection qui inclut les hommes restés incrédules et fermés à la grâce de Dieu (Apocalypse 20,11 à 15). Comme Jésus l’a dit à Son époque, la résurrection sera pour chacun le moment de la rétribution : les uns ressusciteront pour la vie, les autres pour le jugement et la perdition (Jean 5,29).

-          La fin de l’histoire correspondra au rétablissement de toutes choses dans leur ordre divin et légitime. Les perturbations qui se produisent dans l’univers et dans l’humanité ont toutes leur origine dans une seule cause : la rébellion d’une partie des créatures célestes contre Dieu. Le moment où le Christ-Jésus prendra définitivement possession de Sa royauté sera aussi celui où tout pouvoir et toute puissance hostile Lui seront assujettis. Tout genou dans les cieux et sur la terre fléchira alors devant Lui et toute langue confessera qu’Il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père (Philippiens 2,10-11). Le Christ ayant tout mis sous Ses pieds, le moment sera venu pour Lui de remettre à Son Père ce qui Lui revient de droit : la domination sur toutes choses. Il n’y aura dès lors plus de place dans l’univers entier pour une seule parcelle de vie autonome en-dehors de Dieu. Se réalisera alors le dessein pour lequel Dieu avait créé à la fois les anges et les hommes : l’intégration des êtres créés dans l’intimité de la Divinité.

« Ce que l’Evangile nous a enseignés, c’est comment nous, humains, pouvons être amenés au Christ, devenir participants de ce merveilleux cadeau que le jeune Prince de l’univers veut offrir à Son Père – ce présent qu’Il est Lui-même – et que nous sommes nous-mêmes à travers Lui. C’est le dessein ultime qui motiva notre création. Dans la Bible, des allusions étranges et exaltantes nous disent que, lorsque nous serons intégrés au Christ, nombre d’autres choses dans la nature commencent à se rétablir. Le mauvais rêve prendra fin ; ce sera le matin. »[2]

V 29 à 34 : soyez logiques, Corinthiens !

Le Christ-Jésus est bien ressuscité ! C’est là la certitude qui fonde l’espérance de tout chrétien. Les implications de celle-ci ne se limite pas cependant à une attente de la gloire à venir. Elle impacte dès maintenant nombre d’actes que les chrétiens de Corinthe pratiquaient ou de motivations qui sont à l’origine des engagements de Paul. L’apôtre en cite deux pour exemple :

-          Pourquoi, demande Paul à ses frères, certains parmi eux se font-ils baptiser en place des croyants décédés avant qu’ils ne puissent le faire, s’il n’y a pas de résurrection des morts ? Nous ne savons rien de plus sur cette coutume propre à Corinthe que Paul ne commente pas. Ce que l’apôtre veut juste souligner est le caractère contradictoire de sa pratique si la résurrection ne fait pas partie de la foi des croyants.

-          Pourquoi lui-même risquerait-il chaque jour sa vie pour l’Evangile, si aucun avantage n’y est à trouver dans l’éternité ? Oter la perspective d’une résurrection glorieuse au croyant, c’est le dépouiller de la force qui le rend prêt à sacrifier sa vie pour la cause qu’il sert. Si le Christ n’est pas ressuscité et que, par conséquent, il n’y a pas non plus de résurrection des morts, alors celui qui y croit est non seulement le plus malheureux des hommes (v 19), mais aussi le plus fou. Mieux vaudrait pour lui, au lieu d’endurer la souffrance à cause de sa foi, adopter la mentalité des hédonistes et profiter au maximum de la vie présente.

Paul appelle les chrétiens de Corinthe à se ressaisir ! Si le Christ est venu, c’est bel et bien pour nous arracher au siècle présent et à son mode de vie insensé (Galates 1,4). C’est pour faire entrer notre vie dans la perspective glorieuse du dessein de Dieu à notre égard. Nous sommes appelés dès aujourd’hui, en tant que disciples de Christ, à prendre de la hauteur. Pour cela, il nous faut veiller à nos fréquentations, car « les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs.[3] » A côtoyer de trop près des impies, il ne faut pas s’étonner si certains se laissent gangréner par leur incrédulité. Le chrétien est un homme qui doit faire preuve dans le monde de Sa connaissance personnelle de Dieu et des réalités qui y sont attenantes. Que notre fierté soit d’être témoin du Christ ressuscité et de l’espérance que ce fait induit pour nous !

V 35 à 49 : avec quel corps ressusciterons-nous ?

La question de la résurrection traitée, une autre question la suit de près : comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps ? Serons-nous, à la résurrection, identiques à ce que nous étions avant la mort ? Pour le comprendre, nul besoin d’inventer. La création de Dieu nous fournit des analogies suffisamment explicites pour y répondre.

1.        Observation : v 35 à 41

1ère constatation tirée de l’observation de ce qui se passe dans la nature : ce qui est semé en terre, et qui passe par la mort, n’est pas analogue à ce qui sort de terre suite à ce processus. Le paysan qui sème un grain de blé ne s’attend pas à le voir renaître tel quel. Du grain de blé semé, Dieu fait lever une plante nouvelle avec un corps tout à fait différent de celui qui a été mis en terre. L’épi sort bien du grain semé : il y a bien continuité entre ce qui est jeté en terre et ce qui en sort. Mais les corps du grain (avant la mort) et de l’épi (ce qui ressuscite) sont totalement autres. Ainsi en est-il de toutes les semences !

2ème constatation tirée de l’observation des espèces : hommes, animaux, poissons, oiseaux sont tous des êtres de chair, mais la chair de chaque espèce diffère de l’autre. Les caractéristiques communes des espèces ne sont pas un obstacle à leur différenciation. Le fait de ressusciter en tant qu’homme ne veut pas dire que nous nous ressemblerons tous. Ce qui fait la particularité de chacun déjà ici-bas sera conservé lors de la résurrection.

3ème constatation tirée de l’observation de la matière : dans ce monde aussi, la diversité est de mise. Les corps terrestres (montagnes, volcans, roches, etc…) ressemblent aux corps célestes (lune, étoile, soleil) en ce qui touche à la composition de leur matériau. Mais la gloire des uns et des autres, leur éclat, ne sont pas similaires. L’éclat du soleil n’est pas le même que celui de la lune ou des étoiles. Et même entre chaque étoile, des différences d’intensité sont visibles.

Des trois analogies utilisées par Paul, on retiendra trois enseignements au sujet de la résurrection des corps :

-          Le corps qui est semé en terre n’est pas identique à ce qui sortira de la terre au jour de la résurrection.
-          Les particularités caractéristiques de chaque personne ne seront pas effacées au jour où elles reviendront à la vie.
-          La gloire, le rayonnement, l’éclat de chacun seront dans l’éternité autres que ceux de son voisin (cf Daniel 12,3).

2.       Application : v 42 à 49

L’application principale que Paul fait pour nous-mêmes de l’observation des corps dans la nature est que nous devons nous attendre à ressusciter sous une forme différente de celle sous laquelle nous avons vécu jusqu’à la mort. Notre corps était soumis à la faiblesse, la honte, la corruption. Il va se relever glorieux, puissant et impérissable. Ce qui est passé par la mort est notre corps naturel, celui que nous avons reçu par notre héritage adamique. Celui qui nous sera donné à la résurrection sera spirituel, de l’ordre de celui du nouvel Adam, Jésus-Christ.

Le récit de la création dans la genèse est explicite à ce sujet. L’homme tiré de la terre devint un être humain par le souffle de Dieu. Mais cet état n’est pas l’état final dans lequel il doit vivre. Ce qui est de la terre reste de la terre, de la poussière.  Pour vivre dans le céleste, il faut un corps adapté à cette dimension, un corps spirituel. Comme nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons, à cause de notre solidarité spirituelle organique avec Jésus-Christ, celle du céleste. Dans notre expérience, le naturel vient en premier. Mais cet état n’est que provisoire. Notre condition définitive implique que nous revêtions tous les attributs de l’incorruptibilité et de l’immortalité. C’est ce que nous recevrons au jour de la résurrection.

V 50 à 58 : le mystère de notre mutation finale

Arrivé au terme de son argumentaire sur le fait de la résurrection, Paul en fait ressortir les grandes lignes touchant à ce qui se trouve devant les croyants et qui constitue l’objet de leur attente dans la foi :

1.        Il est indispensable que, pour avoir accès au royaume de Dieu, notre corps subisse une mutation. La chair et le sang, ce qui compose notre corps aujourd’hui, sont inadéquats pour le céleste. Une métamorphose s’impose.

2.       Si nous passons par la mort, cette métamorphose se produira au moment de la résurrection des croyants. Si nous sommes encore en vie à ce jour, nous serons transformés en un atome d’instant et pris immédiatement pour être pour toujours avec le Seigneur (1 Thessaloniciens 4,16-17). Ce jour se produira pour nous au moment où sonnera la dernière trompette, celle qui rassemblera les élus de toute la terre et signera la fin de l’œuvre de rédemption pour le monde (Matthieu 24,30-31). Ce temps correspond à la 7ème trompette de l’Apocalypse, moment où le royaume du monde passe définitivement aux mains de notre Seigneur et à son Christ pour un règne éternel (Apocalypse 11,15 à 19).

3.       Le temps de la résurrection des croyants et de leur enlèvement signe la victoire complète du Seigneur sur la mort, dernier ennemi qu’Il vaincra (v 26). La puissance de la mort se trouve dans son aiguillon qu’est le péché (Romains 6,23). Le péché tire sa force de la loi qui, par le commandement, l’excite et rend condamnable le croyant (Romains 7,7 à 10). Par Jésus-Christ, nous sommes dégagés de la loi, et donc libres de la condamnation qui en résulte (Romains 7,1 à 6). Unis à Lui, nous participons à Sa victoire dont nous toucherons les dividendes par la résurrection.

Forts de cette certitude, l’apôtre conclut en appelant les Corinthiens à demeurer fermes et inébranlables dans la foi au Christ mort pour leurs péchés et ressuscité pour leur justification. Il les exhorte dans leur vie présente à travailler de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur pour se former un capital solide qui sera leur bien éternel. Car, nous ne serons pas nus au jour de la résurrection, mais parés des œuvres bonnes que l’Esprit de Dieu nous aura conduits à pratiquer ici-bas (Apocalypse 14,13 ; 19,8). Que la perspective glorieuse de notre réunion éternelle avec Christ soit la motivation première de notre persévérance en Lui !



[1] C.S. Lewis : les fondements du christianisme : Editions LLB
[2] C.S. Lewis : Les fondements du christianisme : Editions LLB
[3] Cette citation est une réplique de la comédie grecque Thaïs, écrite par le poète Ménandre.