vendredi 13 octobre 2017

2 CORINTHIENS 10

V 1 et 2 : les accusations dont Paul fait l’objet à Corinthe

Avec ce chapitre, nous abordons la 3ème et dernière partie de la lettre de Paul aux Corinthiens, une section apologétique. Le but de Paul, en effet, n’est pas dans son épître de s’adresser seulement à ceux qui, à Corinthe, font preuve de confiance envers lui, mais à tous. Or, il se trouve qu’à l’intérieur de l’Eglise, un certain nombre de croyants se sont montrés critiques envers lui. C’est à cette frange là que l’apôtre répond ici.

Quelles sont donc les accusations portées contre l’apôtre par ses détracteurs ? Elles sont multiples et Paul ne va passer sur aucune. La première est que Paul n’est pas le même homme de près et de loin. De près, lorsqu’il est en face des autres, Paul paraît doux et humble. De loin, quand il s’agit de reprendre les autres, il se montre hardi et vindicatif. Paul ne va pas chercher à prouver la fausseté de ses allégations. S’il s’est montré doux, bienveillant et humble, c’est parce que ce sont là, dit-il, les caractères du Christ qu’il cherche à imiter dans sa vie. Mais si ses opposants veulent le voir hardi et ferme, cela n’est pas un problème pour lui. Paul est tout à fait capable de se montrer ainsi.

La vraie accusation portée contre Paul dans cette critique est d’un autre ordre. Utilisant l’interprétation qu’ils se font de son comportement, les adversaires de Paul la présente comme une preuve du fait que l’apôtre ne marche pas par l’Esprit, mais selon la chair. Paul ne va pas laisser passer cela. Puisque ses adversaires veulent un débat sur le sujet, il va le leur fournir !

V 3 à 5 : les armes de Paul sont spirituelles

Si Paul marche selon la chair, cela devrait se voir dans la façon avec laquelle il combat pour l’Evangile. Or, rien n’est plus étranger à l’apôtre que les méthodes humaines pour persuader ceux qui ne connaissent pas Dieu de la validité de son message. Paul en a déjà parlé dans sa première lettre. Bien qu’il aurait pu en user, ce n’est pas, dit-il, avec une supériorité de sagesse ou de langage qu’il est venu à Corinthe annoncer le mystère de Dieu. L’apôtre n’a pas voulu savoir autre chose parmi eux que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. Lui-même n’était pas rempli d’assurance et de pleine confiance en ses capacités. Au contraire, il était dans un état complet de faiblesse, de crainte et de grand tremblement (1 Corinthiens 2,1 à 3). Les armes dans lesquelles Paul s’est confié ne relèvent en rien de l’homme. Elles tirent entièrement leur force de Dieu pour renverser les raisonnements qui, dans l’esprit des incrédules, s’élèvent comme des hauteurs contre sa connaissance. Pour comprendre ce que Paul veut dire ici, donnons la parole à Watchman Nee qui, dans son livre intitulé « L’autorité spirituelle[1] », consacre un chapitre au commentaire des versets de cette épître de Paul :

« L’homme aime bâtir, tout autour de sa pensée, des raisonnements semblables à des forteresses, mais ces raisonnements doivent être détruits et la pensée gardée captive. Il nous faut rejeter les raisonnements mais ramener la pensée. Dans le combat spirituel que nous livrons, les forteresses doivent n’être abattues qu’après que la pensée ait été faite prisonnière. Car si les raisonnements ne sont pas mis de côté, il ne reste aucune possibilité d’amener la pensée de l’homme en obéissance à Christ. L’expression « hauteur », employée dans le verset 5,  signifie exactement « haut bâtiment », dans le texte original. Aux yeux de Dieu, tout raisonnement est semblable à un gratte-ciel, et empêche l’homme de connaître Dieu. Dès que l’homme raisonne, sa pensée est en état de siège, et n’est plus en mesure d’obéir à Dieu, du fait que l’obéissance se rapporte à la pensée… Cependant, Paul n’a pas utilisé la raison pour lutter contre la raison. L’inclination de l’homme pour le raisonnement doit être affrontée avec des armes spirituelles, c’est-à-dire par le moyen de la puissance de Dieu. »

Apprenons de Paul ! Confions-nous avec lui dans la puissance des armes que Dieu nous a données ! Rejetons les moyens frauduleux, la ruse, le recours aux techniques psychologiques pour faire passer notre message ou gagner notre auditoire (cf 2 Corinthiens 4,2). Veillons à notre intégrité, au fait d’être en communion avec Dieu et rempli de l’Esprit, afin que ceux qui reçoivent notre message l’entendent non comme une parole humaine mais pour ce qu’il est, une Parole de Dieu (1 Thessaloniciens 2,13). N’hésitons pas, par la puissance qui nous est donnée, à mettre en lumière le caractère mensonger des faux dieux dans lesquels les hommes se confient (Actes 14,14 à 18). Utilisons encore ce qui peut nous servir d’appui dans ce qu’ils croient pour les mener plus loin vers la connaissance du vrai Dieu et de Son Christ (Actes 17,22 à 31). Il n’y a pas de puissance contre la vérité, mais seulement pour elle (2 Corinthiens 13,8).

V 6 : la cause de la retenue de Paul

Accusé de faiblesse lorsqu’il est face aux gens, Paul l’est aussi, d’une certaine manière, de laxisme. L’apôtre répond ici à cette fausse impression donnée. Oui, dans l’Eglise de Jésus-Christ, la situation idéale voudrait que, dans la communauté, il soit fait immédiatement justice de toute désobéissance. C’est ce qui s’est produit dans l’Eglise primitive avec la sanction sévère qui frappa Ananias et Saphira pour leur mensonge (Actes 5,1 à 5). Lorsque l’obéissance des membres de l’Eglise est à son summum, la discipline touche la moindre désobéissance. Ce n’est plus le cas malheureusement lorsque celle-ci se généralise. Si Paul n’a pu régler tous les problèmes à Corinthe, ce n’est en rien dû à une faiblesse de sa part. La cause en est à la multiplicité et à la gravité des choses qui devaient être réglées à Corinthe, ce dont témoigne la première lettre que nous trouvons dans le canon de l’Ecriture. Oui, Paul peut être plus sévère. Mais au vu de l’état de l’Eglise, il fallait pour son salut, parer au plus vite. Le jour où le niveau général si bas de l’obéissance sera relevé, alors, oui, il sera possible de sanctionner toute désobéissance. Mais l’immaturité des Corinthiens était telle qu’il n’était pas possible pour Paul d’agir autrement.

Il est facile d’accuser les conducteurs de la communauté pour leur faiblesse apparente. Celle-ci peut être réelle. Mais il est également bon de s’interroger à ce sujet d’une manière plus large. La communauté ne limite-t-elle pas elle-même, par son immaturité, les bienfaits que ses conducteurs pourraient lui apporter. Paul dit à ses frères de Corinthe qu’il aurait bien voulu leur donner une nourriture solide. Mais, à cause de leur caractère charnel qui faisait d’eux des bébés spirituels, il ne put le faire (1 Corinthiens 3,2). Tout serviteur de Dieu peut en témoigner. Il aimerait faire autre chose dans l’Eglise que de reprendre, sévir ou discipliner. Si tel est le cas, que l’Eglise ne l’accuse pas de ne pas être à la hauteur de sa tâche pour tout résoudre en son sein. Elle est elle-même la cause de ses limites !

 V 7 à 11 : abus d’autorité ?

Quels étaient les opposants les plus farouches de l’apôtre Paul à Corinthe ? La réponse nous est donnée ici. Ce sont ceux qui se réclamaient de Christ seul ! Dans sa première lettre, alors qu’il dénonçait l’esprit partisan qui sévissait dans l’Eglise, l’apôtre faisait déjà mention d’eux (1 Corinthiens 1,12). Paul tient à le leur dire : si ces frères font allégeance au Christ pour se démarquer de ceux qui se revendiquent des apôtres, qu’ils sachent qu’ils n’en ont pas l’exclusivité. Paul, lui aussi, se réclame de Christ. Il lui appartient, comme tous ceux qui ont reçu Son Esprit ! Aussi, les prétentions de ces frères ne relèvent pas de ce qui est vrai. Elles ne sont qu’un sophisme du langage qui ne sert qu’un but : utiliser le nom du Christ auquel ils se réfèrent pour s’exempter du principe de soumission aux frères.

Car si Paul paraît faire preuve de trop de fierté quant à l’autorité qu’il revendique à Corinthe, il n’en a pas honte. C’est du Seigneur et non de lui-même, rappelle-t-il, qu’il tient son mandat. Si donc ses opposants se réclament de Christ, qu’ils le sachent ! C’est Celui-là seul à qui ils prêtent allégeance qui a donné à Paul les dons, les capacités, le ministère par lequel l’Eglise de Corinthe s’est construite. Le fait d’être à Christ ne devrait amener personne à se démarquer de ce que Christ fait par et au travers des autres, mais bien plutôt à le reconnaître et à le soutenir.

Ce sont de ceux qui se réclament du parti de Christ que vient l’accusation déjà formulée au début du chapitre et que Paul reprend ici. Selon celle-ci, Paul, par le ton employé, ferait preuve d’intimidation à l’égard de ses frères dans ses lettres, alors que face à face, il serait plutôt couard. Il y aurait donc deux Paul : un de loin et un de près qui ne se ressemblent pas. Paul avertit celui qui parle un tel langage, peut-être le chef du parti de Christ : tel il est dans ses paroles de loin, tel il sera face à lui dans ses actes. La question, qu’à la suite de cela, on peut se poser est la suivante : qu’en sera-t-il alors de cet accusateur ? Aura-t-il lui aussi le courage de tenir le même langage, au sujet de l’apôtre, quand celui-ci est loin et au moment où il l’aura face à lui ? C’est souvent ce dont nous accusons les autres qui se trouve être notre faiblesse, voire notre péché, quand nous sommes mis dans les mêmes situations qu’eux.

V 12 à 18 : qui recommande qui ?

Les opposants de Paul à Corinthe l’ayant attaqué sur une de ses supposés faiblesses dans le domaine de l’autorité, celui-ci va leur rendre la pareille. Puisque, comme ils le disent, ils sont de Christ, il ne devrait pas manquer de la part du Seigneur des preuves de leur recommandation au sujet de la légitimité de leur ministère au sein de Son Eglise. Mais, de manière évidente, il n’y a rien de tel. Mis à part le fait qu’ils se soient établis de leur propre chef dans le rôle qu’il joue à Corinthe, il n’y a personne d’extérieur à eux-mêmes qui soit en mesure de confirmer la validité de leur charge. Celle-ci s’appuie uniquement sur une logique circulaire. Puisqu’ils sont de Christ, c’est de Christ seul, disent-ils, qu’ils détiennent l’autorité d’agir comme ils le font. Quelle preuve en donnent-ils ? Ils n’ont nul besoin d’en fournir puisqu’ils ne sont redevables à personne d’autre que le Christ !

Oui, c’est bien de Christ que tout serviteur de Dieu reçoit Son appel ! Mais le Seigneur a aussi donné l’autorité à l’Eglise, qui est Son corps, pour le reconnaître et le valider. Ni Paul, ni Barnabas n’ont décrété, sur la base du seul appel du Saint-Esprit, de se lancer dans le ministère d’apôtre. Mais c’est en pleine communion avec l’Eglise d’Antioche de laquelle ils étaient membres que leur envoi s’est fait (Actes 13,1 à 3). Le danger de ne se revendiquer que du Seigneur pour justifier d’un ministère nous est particulièrement exposé ici. Puisqu’il n’y a aucune autorité supérieure à qui nous devions rendre compte de nos actes, mis à part le Seigneur, tout est permis. Nous n’avons d’autorisation à recevoir de personne pour faire ce que nous voulons, où nous voulons dans l’Eglise de Jésus-Christ. Peu importe si le champ d’action dans lequel nous œuvrons est celui qui a été initié par un autre. Parce qu’il est à Christ, il nous appartient !

Combien il est facile, sous prétexte d’arguments fallacieux, de se faire voleur dans l’Eglise de Jésus-Christ de ce qui appartient à d’autres. Dans le corps de Christ, rappelle Paul, nul ne peut se déclarer par lui-même propriétaire de tout. Chacun a reçu de la part de Dieu une mission précise, coordonnée avec celle des autres par l’Esprit. Le couloir dans lequel Paul court est celui qui lui a été attribué. Tous ceux qui veulent y empiéter usurpent le droit qui est le sien de l’occuper. Paul en appelle à la mémoire des Corinthiens. Qui est celui que Dieu a envoyé pour leur faire connaître la bonne nouvelle de l’Evangile ? Si c’est lui, il n’y a de sa part aucun abus d’autorité à exercer parmi eux le ministère que Dieu lui a confié pour leur édification. Au contraire ! Si, dans l’avenir, celui-ci devrait, à partir du soutien reçu à Corinthe, prendre de l’ampleur pour se projeter dans de nouveaux lieux, Paul ne pourrait qu’en être d’autant plus fier. A contrario, mis à part le fait de marcher sur ses plates-bandes, les opposants de Paul n’ont pas de quoi se vanter. Ils n’ont rien fait pour que l’Eglise de Corinthe soit ce qu’elle est. Ils ne sont pas autre chose que des profiteurs des travaux d’autrui. La fierté de chacun dans le ministère se trouve dans ce que le Seigneur a fait à travers lui, non dans ce que l’on dérobe aux autres pour se faire un nom. Oui, dit Paul, ce ne sera jamais celui qui se recommande lui-même qui sera approuvé, mais celui que le Seigneur recommande.


[1] L’autorité spirituelle : Watchman Nee : Editions Vida

lundi 2 octobre 2017

2 CORINTHIENS 9

V 1 à 5 : soyez à la hauteur !

Il y a toujours un risque pour quelqu’un de se porter garant pour un autre. A plusieurs reprises, le livre des proverbes nous avertit du danger d’un tel engagement (Proverbes 6,1 à 5 ; 11,15 ; 17,18). La personne pour laquelle nous engageons notre parole et notre honneur peut soudain ne pas se montrer à la hauteur de la confiance que nous avions en elle. Sa défaillance ne lui porte pas préjudice qu’à elle seule, mais aussi à celui qui l’a cautionné auprès d’autrui. Paul le dit aux Corinthiens : soyez, en ce qui concerne cette œuvre de bienfaisance inter-Eglises, à la hauteur de vos engagements. Il y va, non seulement de votre réputation, mais aussi de celle de ceux qui ont fait l’apologie de votre enthousiasme à ce sujet. Car, en Macédoine, l’apôtre en a témoigné clairement : l’Achaïe, depuis un an, est mobilisée. Cette nouvelle n’a pas été sans effet. Elle a produit chez les Macédoniens, pourtant peu fortuné, l’envie de se surpasser (2 Corinthiens 8,2 et 3). Il ne faudrait donc pas que, arrivés sur place, les délégués des Eglises constatent que le témoignage rendu par Paul ne correspond pas à la réalité. Non seulement la parole de l’apôtre se trouverait être un mensonge, mais ce constat ferait à la face des Eglises la honte des Corinthiens.

Pour ne pas qu’une telle chose se produise, Paul prend les devants. Avant de se déplacer lui-même pour récolter le fruit de leur collecte, il choisit de faire précéder sa venue de celle des délégués des Eglises afin que tout soit prêt au moment voulu. Une collecte est un acte de générosité. Or, celle-ci pour être effective doit être anticipée. Ce n’est jamais au dernier moment que l’on se montre à la hauteur des engagements pris. Paul le sait ! C’est pourquoi il n’hésite pas à organiser le suivi des décisions prises à Corinthe depuis des mois.

Qu’en est-il pour nous des engagements pris dans l’enthousiasme ? Se pérennisent-ils dans la durée ou, l’émotion calmée, retombent-ils avec elle au niveau des intentions ? Il est nécessaire pour chacun de nous, régulièrement, de faire le bilan des engagements que nous avons pris. La pente naturelle, en effet, ne nous pousse pas à la constance ou à la persévérance. Si nous ne veillons, il y a de fortes chances que nous nous relâchions. N’hésitons pas, s’il le faut, à faire appel à une personne extérieure chargée de veiller à l’assiduité de nos efforts en vue d’atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. C’est ici souvent la meilleure manière pour nous de nous assurer d’arriver à nos buts !

V 6 à 15 : le principe du trésor

Pour quelles raisons est-il bon pour le chrétien de pratiquer la libéralité ? Paul nous le dit ici. Il en est de la libéralité dans la vie du chrétien comme ce qui se produit en agriculture avec la semence. Tous les paysans le savent : qui sème peu, moissonnera peu et qui sème largement moissonnera aussi largement. La moisson du cultivateur ne se produit pas par hasard. Elle est le résultat de sa largesse au moment où il fallait semer. Dans le cœur de beaucoup de chrétiens se trouve l’idée tenace que le fait de donner à autrui de ce que l’on a ne peut que nous appauvrir. Rien n’est plus faux selon la logique biblique. « Tel qui fait des largesses, dit le livre des Proverbes, devient plus riche ; tel, qui épargne à l’excès, ne fait que s’appauvrir. Celui qui répand la bénédiction est dans l’abondance ; celui qui abreuve est lui-même abreuvé (Proverbes 11,24-25). » Le donateur de toutes grâces, c’est Dieu. Or, rien ne limite Dieu. Qui donne avec générosité n’a pas à craindre de manquer pour lui-même de quoi que ce soit. La source de laquelle provient ses biens n’est et ne sera jamais tarie. Qui ouvre sa main pour les autres verra, de mille et une manières, la main de Dieu s’ouvrir pour le soutenir et pourvoir à ses besoins, si bien, dit Paul, que disposant toujours à tous égards de tout le nécessaire, il ait encore en abondance pour toute œuvre bonne (v 8).

Tous les dons sont-ils agréés par Dieu ? Paul répond clairement ici que non ! Un don fait pour soutenir autrui n’a de valeur qu’à deux conditions : qu’il ne soit pas forcé, mais offert avec joie. Un don doit être le fruit d’une décision prise devant Dieu. Pour se faire, elle doit être pesée et mûrement réfléchie. Paul l’a déjà dit dans le chapitre précédent. Il ne s’agit pas pour les Corinthiens de se mettre en danger pour soutenir leurs frères éprouvés, mais d’appliquer la règle d’égalité énoncée dans la loi (2 Corinthiens 8,13 à 15). Mûrement réfléchi, l’acte du don doit ensuite être l’expression d’un vrai désir du cœur de porter secours à l’autre. Accompli dans cet état d’esprit, le donateur fera l’expérience de la maxime énoncée par le Seigneur selon laquelle il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir (Actes 20,35). Hudson Taylor, le grand missionnaire en Chine, en témoigne : « Moins je dépensais pour moi-même et plus je donnais aux autres, dit-il, plus mon âme se remplissait de joie et de bénédictions.[1] »

En toutes choses, il nous faut donc croire au principe du trésor qui est celui de la grâce. L’essence même de la grâce est le don, le don de soi, la générosité surabondante de Dieu envers des êtres qui ne méritent que Sa colère. Qui agit avec grâce envers ses frères dans le besoin agit selon la justice même de Dieu, une justice qui ne lui sera jamais ôtée (Psaume 112,9). Qui pratique la grâce peut être sûr d’une chose : il sera pour toujours l’objet de la grâce du Dieu de grâce. Comment pouvons-nous être sûrs d’être riches, c’est-à-dire de ne jamais manquer de rien ? Il nous suffit d’épouser l’état d’esprit dans lequel Dieu se trouve à notre égard. C’est en pratiquant la grâce envers nos frères dans le besoin que nous ferons l’expérience que, constamment, la semence dont nous avons besoin pour semer en vue de notre propre nourriture ne nous manquera pas. Ainsi, non seulement le don fait par grâce augmente notre justice devant Dieu, mais il devient l’occasion, de la part de ceux que nous aidons, de nouvelles actions de grâces envers Dieu pour Sa générosité infinie à leur égard.

Qui pourra dire tout ce qu’une contribution destinée à nos frères et apportée dans l’esprit de la grâce véhicule comme bénédictions ? Premièrement, elle rend concrète l’Evangile. Pour qui voit la grâce de Dieu en action dans sa vie et en bénéficie, l’Evangile ne se résume pas à une bonne nouvelle d’ordre spirituel. L’Evangile s’incarne dans des actes. Il produit un comportement qui manifeste la réalité d’un changement d’état d’esprit marqué par l’obéissance à Dieu. Il est ensuite porteur d’une joie contagieuse. Seule la grâce crée dans le cœur le plaisir de donner, servir ou obéir. Qui en bénéficie peut à son tour se réjouir, de telle sorte que, partout où la grâce opère, se multiplie avec elle la joie dans les cœurs. La grâce lie entre eux, comme rien d’autre, ceux qui, par elle, donnent et reçoivent. Nous pouvons essayer d’imaginer mille moyens pour rapprocher entre elles des communautés. Rien ne le fera mieux que le fait pour l’une et l’autre de se bénir par la grâce reçue. La grâce enfin est génératrice de louanges à Dieu, d’actions de grâces. C’est un témoignage sans équivalent pour le monde de la réalité du bonheur que partagent les élus à connaître le Dieu de grâce (cf Actes 3,45 à 47). Que la grâce de Dieu fasse de nous des véhicules de Sa grâce envers tous !



[1] Cité par Randy Alcorn : Le principe du trésor : Editions BLF

vendredi 29 septembre 2017

2 CORINTHIENS 8

V 1 à 6 : la contribution des Eglises de Macédoine à la collecte

Nous entrons, avec ce chapitre et le prochain, dans une section nouvelle de la lettre de Paul. Si jusque-là, Paul s’est attaché à défendre les motivations qui étaient à la source de son ministère, il change ici de ton et de sujet. Paul veut impliquer les Corinthiens dans l’œuvre de bienfaisance qui est en cours parmi toutes les Eglises d’origine païenne à destination de l’Eglise de Jérusalem éprouvée par la famine. Outre son côté pratique, cette œuvre a, à ses yeux, une portée théologique indiscutable. Elle est la manifestation par l’Eglise de la grâce de Dieu (v 1). Hors Jésus-Christ, il était inconcevable que des païens viennent au secours de Juifs éprouvés. Mais, la grâce de Dieu a renversé le mur de séparation qui tenait à distance les uns des autres, Juifs et païens. Elle les a réunis en un seul peuple, une seule famille (Ephésiens 2,14 à 16). L’entraide pratique et financière qui va des chrétiens d’origine païenne vers ceux d’origine juive en est la démonstration. Aussi, Paul va-t-il user de plusieurs arguments pour inciter ses frères de Corinthe à s’inscrire dans ce vaste mouvement de soutien qui est un témoignage puissant de la capacité de Dieu par la grâce de renverser les barrières d’ordre culturel pour le bien du corps de Christ.

Le premier d’entre eux est l’exemple de générosité dont ont fait preuve les Eglises de Macédoine. La Macédoine est une province située au Nord de la Grèce qui comprend, entre autres, les villes de Philippe, Thessalonique ou Bérée. Or, malgré le fait que ces Eglises soient aussi éprouvées, Paul dit qu’il n’a pu les empêcher de contribuer à cet élan de soutien massif en direction des chrétiens Juifs tant leur désir de participer était fort. Leur zèle a ainsi produit une opération peu commune. Leur joie débordante alliée à leur pauvreté profonde ont fait abonder les dons pour produire une richesse d’une générosité inespérée. On pense parfois que c’est des Eglises les plus riches que l’on doit s’attendre à voir venir le secours pour les plus pauvres. L’exemple donné ici par Paul au sujet des Eglises de Macédoine infirme ce présupposé. Ce qui est à la source de la générosité d’un cœur, c’est l’empathie dont celui-ci fait preuve à la vue du besoin dans lequel se trouvent les autres. Or, cette empathie est rarement présente dans le cœur des riches qui ne savent pas ce que cela signifie d’être privé de quoi que ce soit. Qui a été éprouvé et a connu le besoin ou la pauvreté sait ce que cet état signifie. Il n’a aucune difficulté à s’identifier à la souffrance de ceux qui passent par les mêmes « galères » que lui dans le passé. Aussi, même s’il n’est pas riche, est-il plus enclin que le fortuné à ouvrir son cœur et sa main pour secourir le nécessiteux en qui il reconnaît un frère. Les pauvres qui sont généreux sont l’humiliation des riches. Que Dieu nous donne d’apprendre d’eux !

V 7 à 9 : l’exemple de Jésus-Christ

Si l’exemple des Eglises de Macédoine est le premier argument utilisé par l’apôtre Paul pour inciter les Corinthiens à contribuer avec générosité à la collecte destinée à l’Eglise de Jérusalem, il en est un autre dont le poids lui est infiniment supérieur. Il s’agit de l’exemple qu’a été Jésus-Christ. S’il y a quelqu’un qui, dans l’univers, était riche, c’est bien Lui. Paré de la gloire et des richesses de la Divinité, Jésus-Christ, le Fils de Dieu était le Créateur et le Propriétaire légitime de tout (Colossiens 1,16 ; Hébreux 1,10). Des myriades d’anges étaient à Son service et Lui vouaient une adoration incessante (Hébreux 1,6-7). A cause de nous, Jésus-Christ, le Fils de Dieu, n’a pas regardé Son égalité avec Dieu comme un butin à préserver à tout prix. Mais Il s’est dépouillé Lui-même de Sa condition divine pour devenir homme (Philippiens 2,6-7). De riche qu’Il était, Il s’est fait pauvre parmi les pauvres, partageant les conditions matérielles les plus modestes de la vie des hommes. Il l’a fait, dit Paul, non pour Lui-même, mais pour nous, afin que, par Sa pauvreté, nous soyons les bénéficiaires de Sa richesse.

Or, en tant qu’Eglise de Jésus-Christ, la communauté de Corinthe est parmi toutes, une de celles qui a le plus bénéficié des richesses de son Seigneur. Elle a été si favorisée que Paul n’a pas hésité à dire à son sujet qu’il ne lui manquait rien, aucun don de la grâce dans l’attente de la révélation de Jésus-Christ (1 Corinthiens 1,7). Ayant tant reçu de Celui qui s’est appauvri à l’extrême pour l’enrichir, ne serait-ce pas à elle maintenant de donner l’exemple de la générosité, alors que l’occasion s’y prête ? Puisqu’elle a tant reçu de la grâce de Dieu, n’est-il pas le moment pour elle d’abonder dans la grâce dont elle peut faire preuve à l’égard de ses frères démunis ? Paul ne cherche pas à imposer ici quoi que ce soit. Il le précise et le dira plus loin : Dieu aime celui qui donne avec joie et non par contrainte (2 Corinthiens 9,7). Mais il y a là une logique induite par l’amour, qui veut que celui qui a beaucoup reçu quand il était dans le dénuement puisse aussi donner à ceux qui s’y trouvent quand lui-même est pourvu. Bénissons Dieu pour la générosité infinie dont nous avons été l’objet en Jésus-Christ, Son Fils ! Mais n’en restons pas aux mots ! Bénissons nos frères qui sont dans le besoin de la bénédiction que nous avons reçue ! La grâce en se multipliant fera ainsi abonder les actions de grâces de beaucoup à la gloire de Dieu !

V 10 à 11 : la fidélité aux engagements pris

Paul a d’autant plus la liberté d’inciter les chrétiens de Corinthe à participer à l’effort de soutien destiné aux chrétiens éprouvés de Jérusalem qu’ils ont été les premiers, lorsqu’il fut décidé, à le vouloir et à le mettre en œuvre. Il ne s’agit donc pas pour eux d’entrer dans une œuvre nouvelle de laquelle il prenne connaissance à l’instant sous la plume de l’apôtre, mais plutôt de mener à bien jusqu’à son terme ce qui a été entrepris. Avoir de la bonne volonté pour commencer une chose est bien. Mais celle-ci ne devient une réelle bénédiction pour les autres que quand elle se poursuit jusqu’à sa pleine réalisation. L’histoire humaine est parsemée de projets qui, débutés avec enthousiasme, n’ont jamais abouti. Il ne faut pas qu’il en soit ainsi parmi le peuple de Dieu. C’est pourquoi, avant de se lancer dans une entreprise, Jésus invite Ses disciples à s’asseoir et à calculer la dépense (Luc 14,28). Avons-nous les moyens de nos ambitions ? Avons-nous pris le temps d’évaluer le coût et l’investissement qu’exige de nous le projet ? Serons-nous capables dans la durée de nous y tenir ? Avons-nous bien planifié les étapes qui conduiront à sa réalisation ? Certes, il peut y avoir dans le déroulement des choses toutes sortes d’oppositions et d’imprévus qui retardent son accomplissement. Mais il est vital, pour chacun de nous, d’anticiper au maximum la dépense que le projet requiert, plutôt que de l’abandonner à notre honte en cours de route.

V 12 à 15 : un engagement réfléchi et équitable

C’est, dit Paul, sur la base des moyens que chacun possède que doit se décider le montant de la contribution de chacun à la collecte organisée pour les chrétiens de Jérusalem. Il ne s’agit pas pour les chrétiens de Corinthe de se mettre en difficulté pour soutenir leurs frères juifs éprouvés, mais plutôt de suivre un principe d’égalité. Dans la circonstance, l’abondance des uns va servir à combler ce qui manque chez les autres. Ainsi, comme il en fut au jour où Dieu donna dans le désert la manne à manger aux Israélites, celui qui avait beaucoup n’avait rien de trop, et celui qui avait peu ne manquait de rien (Exode 16,18).

Le principe défendu ici par Paul nous rappelle que, si le peuple de Dieu est fractionné en communautés locales distinctes, il n’est qu’un seul peuple, qu’une seule famille. Ce qui arrive à une Eglise en termes de joie ou de souffrances ne la concerne pas elle seulement. C’est le Corps dans son entier qui est affecté et impliqué dans les besoins et les épreuves que connaît l’une de ses parties. Aussi, la solidarité fraternelle doit-elle jouer à plein lorsque l’Eglise, dans une de ses composantes, souffre. Comme l’a écrit Paul, la mise en œuvre de cette solidarité n’a pas être pesante pour ceux qui sont appelés à la pratiquer. C’est une solidarité circonstanciée, qui a une raison d’être momentanée. Elle a comme objet, non d’assister pour toujours la communauté en difficulté, mais le temps pour elle de surmonter l’épreuve par laquelle elle passe. C’est ensuite une solidarité réfléchie. La bonne volonté qui en est la source ne s’exemptera jamais de l’intelligence qui permet de calculer avec sagesse le montant de l’aide fournie. Ne soyons pas de ceux qui, par imprudence, promettent et qui ensuite, par réalisme, se dédisent. Mieux vaut mesurer notre engagement et le tenir que de prétendre quelque chose que nous ne ferons pas. Que Dieu donne à Son peuple un cœur sensible aux besoins du Corps de Christ dans son entier, de manière à ce que, comme il est dit, sans cesse l’abondance des uns réponde aux besoins des autres !

V 16 à 24 : les émissaires envoyés à Corinthe pour la collecte

Il n’y a pas dans l’esprit de Paul de petites et de grandes choses, ou des choses de grande et de moindre importance. Autant la motivation qui doit animer les chrétiens de Corinthe en vue de leur participation à la collecte organisée en soutien aux chrétiens de Jérusalem doit-elle être exemplaire sur le plan de l’amour, autant il doit en être de même pour l’organisation pratique du ramassage des fonds. Le souci de Paul dans ce domaine est le même que celui qui l’anime pour tout le reste de son ministère. Il s’agit pour lui, non seulement d’être agréable à Dieu dans ce qui est fait, mais aussi d’être irréprochable aux yeux des hommes. Les questions d’argent dans l’Eglise de Jésus-Christ ont toujours été des sujets à haut risque. Aussi, Paul estime-t-il qu’elles doivent être traitées avec d’infinies précautions. Les donateurs doivent être assurés que les personnes qui s’occupent de ces questions dans l’œuvre de Dieu sont dignes de confiance et que leurs dons seront bien affectés aux causes pour lesquelles ils étaient destinés. C’est pourquoi l’apôtre prend ici le temps qu’il faut pour présenter aux Corinthiens les frères qui seront envoyés auprès d’eux pour la collecte de leur offrande.

Ces frères sont trois. Le premier est connu des Corinthiens, puisqu’il s’agit de Tite revenu de chez eux vers Paul pour lui porter des nouvelles de l’Eglise. Paul précise à son sujet qu’il n’a eu nul besoin de le forcer. Béni par son passage chez eux, Tite était enthousiaste à l’idée d’y retourner en vue de cette nouvelle mission. Deux frères, mandatés par les Eglises, l’accompagneront. L’identité d’aucun d’eux n’est ici révélée. Mais leur réputation est telle parmi les Eglises qu’ils ont fait l’unanimité pour la charge de cette œuvre. C’est donc un trio de frères fiables et reconnus par tous pour leur zèle pour l‘Evangile et leur probité qui part de la Macédoine vers l’Achaïe en vue de cette œuvre de bienfaisance et de solidarité de grande ampleur.


Nous avons souvent tendance, dans notre estimation des ministères, de privilégier ceux qui touchent au domaine de la parole. Nous louons les prédicateurs éloquents, les enseignants qualifiés, les docteurs rigoureux dans leur enseignement. Nous oublions trop souvent la valeur des ministères de service si nécessaire à l’œuvre de Dieu. Le livre des Actes nous le rappelle. Il faut pour servir aux tables et s’occuper des œuvres de charité dans l’Eglise les mêmes qualités que pour enseigner : être des hommes sages, fiables et remplis de l’Esprit (Actes 6,3). La grandeur du Maître ne s’est pas vue seulement dans les paroles qu’Il a prononcées (Jean 7,46). Elle s’est aussi manifestée dans l’humilité dont Il a fait preuve dans le service (Luc 22,27). N’hésitons pas à faire la louange, à exprimer notre appréciation envers ceux qui, d’un cœur entier, travaillent au bien de tous par le service qu’ils rendent à la communauté. Car Dieu ne regarde pas à ce qui frappe les yeux, mais au cœur (1 Samuel 16,7).

vendredi 22 septembre 2017

2 CORINTHIENS 7

V 1 : Poursuivons la sainteté

Quelle motivation doit animer notre recherche de la sainteté ? Elle est toute entière liée aux promesses que Dieu nous fait. C’est le désir de la présence de Dieu qui est la source principale de notre détermination à fuir le péché. Car nous le savons, nous en avons fait l’expérience : notre bonheur de chrétien n’est jamais si grand que lorsque nous vivons sous la douce influence du Saint-Esprit. La recherche de la sainteté n’est pas séparée de celle de l’abondance, de la plénitude, du bonheur. La présenter aux enfants de Dieu sous un autre angle, c’est les priver de la motivation la plus enthousiasmante à ce sujet.

La recherche de la sainteté est une recherche holistique. Elle ne touche pas qu’au comportement extérieur, ce que le croyant fait de son corps. Elle intègre la pureté de la pensée, de l’esprit. Beaucoup de croyants peuvent se vanter sans mentir de ne jamais avoir commis un adultère, mais combien pratiquent la discipline de Job avec leurs yeux et dans leurs pensées (Job 31,1) ? Nous le savons tous : c’est dans le cœur et l’esprit que naissent les convoitises, les pensées impures, mauvaises. Qui veut porter dans sa vie la recherche de la sainteté à son sommet ne pourra jamais se satisfaire d’une vie seulement correcte aux yeux des hommes. C’est devant Dieu que le saint vit ! C’est animé d’un profond respect envers Lui, d’une sainte crainte qu’il entreprend de se discipliner de manière à ce que, ni dans for intérieur, ni dans son comportement extérieur, le péché n’ait d’emprise sur lui.

V 2 à 4 : Une place dans vos cœurs !

Pour la seconde fois (6,11-12), Paul fait appel au souvenir des Corinthiens afin que l’amour qui était à la base de leur relation avec lui demeure. A la manière d’un Samuel rendant compte de son intégrité face à Israël qu’il avait tant servi (1 Samuel 12,1 à 6), Paul en appelle à la mémoire de ses frères au sujet de son comportement lorsqu’il était au milieu d’eux. Y a-t-il parmi eux un seul frère à qui Paul aurait fait du tort, quelqu’un dont il aurait profité abusivement, quelque chose de reprochable porté à son compte qui puisse justifier la défiance et le refroidissement de leur amour à son égard ? En rappelant la probité avec laquelle il a agi, Paul ne cherche pas à accuser ses frères. Il veut plutôt les conduire à s’interroger sur les causes du sentiment qui s’est développé parmi eux à son sujet. Celui-ci ne repose sur aucun fait. Il n’a rien d’objectif. Il n’est que le produit d’une influence extérieure. Comme Paul n’y est pas soumis, il atteste que, de son côté, les sentiments qu’il éprouve pour les Corinthiens n’ont pas varié. Il reste fier d’eux. Pour toujours, ils sont gravés dans son cœur. L’histoire qui s’est écrite entre eux et lui reste intacte et rien de ce qui s’est passé chez eux après son départ ne peut l’effacer ou la changer. Le souvenir qu’il a de leur vécu commun demeure pour lui une source de joie et d’encouragement.

Lorsqu’une relation fraternelle se détériore, il faut, pour en juger objectivement, toujours se rapporter aux faits. Notre regard sur quelqu’un peut changer. Mais nous devons nous interroger sur la cause de cette mutation. Est-elle due à des attitudes nouvelles qui nous auraient déçues ? Ou sommes-nous sous influence ? Depuis que nous connaissons cette personne, y a-t-il eu des faits nouveaux qui invalident ou modifient le jugement que nous avions sur elle ? Si ce n’est pas le cas, aucune raison ne justifie l’altération de notre amour pour elle. Agissons, si nous en sommes la victime, comme Paul. Interrogeons nos frères ! Demandons-leur de nous dire par des faits ce qui légitime leur nouvelle attitude à notre égard ! Plaçons-les devant leur propre conscience ! Et continuons pour notre part à protester de notre amour pour eux ! Seul le retour à la vérité fournit à la grâce de Dieu les ressources permettant d’opérer les changements salutaires dans les cœurs !

V 5 à 15 : le rapport de Tite

Après le long exposé de Paul sur les motivations qui sont à la racine de son ministère, l’apôtre reprend le récit explicatif de la raison pour laquelle il n’est pas venu à Corinthe là où il l’a laissé (cf 2,12-13). Quittant Troas avec son équipe pour la Macédoine, Paul ne connut là guère de repos. A l’extérieur, Paul devait souvent se battre contre des adversaires de toutes sortes : opposants juifs, faux docteurs… A l’intérieur, il devait lutter contre ses craintes. Bien que n’ayant à rougir de rien pour le fait d’être mis au rang des autres apôtres (1 Corinthiens 15,9-10), Paul n’était pas un surhomme. Comme tout autre, il était sujet à la faiblesse et à la peur (1 Corinthiens 2,3), au stress et à l’inquiétude (1 Thessaloniciens 3,1 et 7). Aussi l’arrivée de Tite, porteur de bonnes nouvelles de Corinthe, fut-elle un véritable ballon d’oxygène pour l’apôtre. Le rapport que le fidèle collaborateur de Paul lui fit de sa visite dépassa ses espérances. Paul n’avait pas de souci à se faire sur la place qu’il occupait dans le cœur de ses enfants spirituels. La lettre, un tant soit peu sévère, qu’il leur avait écrite, ne les avait pas refroidis à son sujet. Au contraire ! Attristés de ce qu’ils aient été la source de tant de soucis et de peines chez l’apôtre, ceux-ci avaient protesté avec larmes de leur vive affection pour lui. S’il y avait une communauté à qui appartenait Paul, c’était Corinthe. Et il n’était pas question pour eux qu’on le leur prenne !

Ce n’est pas la première fois qu’en proie à des soucis majeurs, Paul fait l’expérience du secours et de l’encouragement de Dieu par une bonne nouvelle qui lui parvient de loin (1 Thessaloniciens 3,6). Dieu, qui prend soin des humbles, sait ce que chacun peut supporter et ce dont il a besoin. Une bonne nouvelle venant d’une terre lointaine, dit le proverbe, est comme de l’eau fraîche pour une personne fatiguée (Proverbes 25,25). Si ce n’est par une lettre, l’encouragement de Dieu se concrétisera une autre fois pour l’apôtre par la venue de frères venant à sa rencontre pour le soutenir dans l’épreuve à laquelle il devait faire face (Actes 28,15). Connaissons-nous un frère éprouvé ? Prenons la plume pour l’assurer de notre soutien ! Ou, si possible, faisons encore mieux ! Allons à sa rencontre, visitons-le ! Faisons-lui part de notre affection ! Nous serons l’outil de la grâce de Dieu pour l’aider à poursuivre son chemin !

Rassuré sur les sentiments des Corinthiens à son égard, Paul peut revenir sur le sujet qui aurait pu définitivement les brouiller avec lui : la lettre qu’il leur a écrite. Dans un échange qui a pour but de régler des différents entre personnes, nous ne pouvons progresser que par paliers. Tant que celui qui a tort ne se repent pas, il est impossible de retourner avec lui dans le passé pour examiner le bien-fondé de ce qui lui a été dit. Il le faudrait pourtant, car sans un véritable travail de fond sur le sujet qui a fâché, la réconciliation ne peut se faire. Après toutes les tracasseries que le conflit avec les Corinthiens lui a causées, le soulagement de Paul est à son comble. Même si cette lettre n’était pas facile à écrire pour lui et désagréable à lire pour les Corinthiens, à cause du fruit qu’elle a produit en eux, Paul ne la regrette pas. Elle a certes provoqué chez ses frères de la tristesse, mais celle-ci leur a été salutaire. Cette tristesse était une tristesse selon Dieu. Elle a été l’instrument qu’Il a utilisé dans Sa grâce pour amener l’Eglise de Corinthe à s’interroger et revoir son attitude envers l’apôtre. Leurs yeux jusqu’alors obscurcis se sont ouverts. Non, le point de vue que les adversaires de Paul voulaient qu’ils adoptent à son sujet ne correspond pas à la réalité. Oui, de tous ceux qui sont passés parmi eux, l’apôtre est l’un de ceux qui les a le plus enrichis, qui s’est le plus donné pour eux. Aussi, l’attitude qui doit désormais prévaloir à son égard ne doit plus être le blâme ou la critique, mais la reconnaissance.

Si nous sommes dans la vérité au sujet de ce que l’on dit, nous ne devons pas craindre pour un moment d’attrister les frères. La tristesse est un outil de Dieu qui mène à une repentance salutaire. Elle est donc positive, contrairement à celle que le monde induit, qui conduit celui qu’elle affecte au désespoir et à la mort. Il y a dans le service de Dieu des maux et des souffrances utiles et nécessaires. Seul le mensonge du diable peut nous faire croire que le fait de causer de la peine à un frère est toujours une preuve d’absence d’amour. La lettre sévère de Paul aux Corinthiens est la preuve de l’inverse. Utilisée par Dieu pour leur parler, elle ne leur a causé aucun dommage. Au contraire, elle a été comme une révélation pour eux. Elle leur a permis de discerner le vrai du faux, et a mis en lumière le mauvais esprit qui était à la source de la tension survenue entre eux et leur père spirituel. Du coup, dit Paul, elle les a justifiés et a mis en lumière le fait qu’ils n’étaient pour rien dans toute cette histoire. Elle a ainsi atteint son but qui n’était pour Paul ni de se défendre, ni d’attaquer celui qui l’offense parmi eux, mais de rétablir la relation brouillée qui s’était installée entre l’apôtre et l’Eglise.

La façon avec laquelle Paul a agi dans cette affaire témoigne que ce n’est que par lâcheté que l’on affronte pas les vrais problèmes qui surviennent dans la communion fraternelle. Certes, il n’est pas aisé de le faire. Une réaction trop vive et trop brutale peut envenimer la situation au lieu de la résoudre. Mais ne rien faire peut s’avérer pire encore. Prions Dieu et demandons-lui la sagesse d’agir avec bonté et discernement. La bonté n’exclut pas la sévérité (cf Romains 11,22). Nous devons seulement veiller à ce que notre sévérité ne soit pas l’expression de notre dureté. Plutôt que par nos émotions ou notre ressenti, laissons-nous conduire par l’Esprit. Il est seul Celui qui est capable de nous donner les justes mots qui toucheront les cœurs et les ramèneront les uns vers les autres !

Si Paul est heureux pour lui-même de l’issue favorable de la discorde qui s’était installée entre lui et ses frères, il l’est encore plus à l’égard de Tite. Pour sa part, en effet, Paul n’est jamais entré dans la critique négative au sujet de ses frères. Au contraire ! Avant d’envoyer Tite vers eux, il n’a cessé de lui témoigner de la fierté qui était la sienne à leur propos. Tite revenu vers lui, il ne peut que se réjouir de constater qu’il n’a rien exagérer, mais que tout ce qu’il a pu dire à son frère au sujet des Corinthiens était vrai. Tite a été reçu à Corinthe comme un envoyé de Paul. Il a pu vérifier par lui-même tout le crédit que les Corinthiens portaient à l’autorité de l’apôtre. Il a pu se réjouir de leur disposition à l’obéissance. La confiance qu’avait Paul en ses frères n’a eu besoin d’être démentie en rien.


Apprenons, en conclusion de cette histoire, de l’attitude de l’apôtre. Combien de fois, lorsqu’il nous arrive d’être à tort ou à raison mis en question par des proches, n’avons-nous pas réagi par la défensive ! « Avant de vouloir ôter la paille qu’il voit dans notre œil, ils feraient mieux d’ôter la poutre qui est dans le leur, avons-nous pensé (cf Matthieu 7,3) ! » Il n’en a pas été ainsi de Paul. Spirituel, il est resté sur le terrain de la vérité et de l’amour. Il a choisi de mettre en avant les faits plutôt que les sentiments. Il s’est justifié sur la base de ce qui était connu par tous et s’en est tenu là. Que Dieu nous donne de suivre son exemple et la grâce d’atteindre la maturité qui était le sienne ! Car c’est ici la seule voie qui permette de gagner à nouveau le cœur de son frère !

mercredi 13 septembre 2017

2 CORINTHIENS 6

V 1 et 2 : ne pas recevoir la grâce en vain

Mandatés par Dieu pour être les agents de cette mission de réconciliation, Paul exhorte les Corinthiens à ne pas accueillir la grâce de Dieu en vain. Comme il l’a déjà écrit, si, en tant que disciples de Christ habités par une vie nouvelle, nous sommes ici-bas, c’est pour une seule raison : servir et vivre pour Celui qui est mort et ressuscité pour nous (5,15). Notre vraie citoyenneté est déjà aux cieux ! Ici-bas, tels les ambassadeurs, nous nous trouvons en exil pour un seul office : représenter les intérêts du royaume auquel nous appartenons. Où qu’il soit, l’ambassadeur n’est pas, dans le pays où il exerce sa charge, chez lui. Il est un étranger dont la présence ne se justifie que par la mission dont il est le porteur. Aussi n’a-t-il pas à épouser, comme Loth le fera à Sodome, le style de vie des habitants du pays où il a été envoyé. Sa charge est celle d’un porte-parole. Il est parmi le peuple où il se trouve la voix de l’autorité du pays qu’il représente.

Or, le message qu’il est appelé à délivrer aux terriens de la part de Dieu est pressant. S’il y a un salut possible pour eux, ce n’est pas demain qu’il se trouve. C’est maintenant, aujourd’hui, que Dieu accueille, écoute, entend et exauce le cri de ceux qui s’adressent à Lui dans ce but. L’année dans laquelle nous nous trouvons est l’année de la grâce (Luc 4,19), à laquelle succèdera le jour de la vengeance de Dieu (Esaïe 61,2). Il y a donc urgence à délivrer le message de la main tendue de Dieu aux pécheurs qui se repentent, à le communiquer au plus grand nombre. Rien ne serait pire, en effet, après avoir reçu la grâce de la garder pour soi. Et c’est là le danger qui guettait les Corinthiens et qui guette aussi nombre d’enfants de Dieu aujourd’hui.

V 3 à 10 : l’impératif de veiller à sa crédibilité

Ministre de Dieu et ambassadeur pour le Christ, Paul a le souci, avec ceux qui forment l’équipe qui l’accompagne, de n’être pour personne une pierre d’achoppement qui serait cause de son rejet de la foi. Le ministre de Dieu, sa vie, son comportement, ses attitudes, est la première preuve de crédibilité du message dont il est le porteur. Aussi doit-il être en toutes choses, non seulement irréprochable dans sa conduite, mais un modèle des vertus qu’incarne Celui qu’il représente. Il y va à la fois de l’honneur du royaume dont il est ici-bas l’émissaire et du crédit de sa parole.

Alors que Paul devait faire face à la concurrence de super-apôtres qui impressionnaient les Corinthiens (11,5), il nous dresse ici une première liste de qualités par lesquelles il se recommande avec son équipe. Si Paul le fait, ce n’est que contraint par la situation. Il ne le fait pas pour lui-même mais, comme il l’a déjà dit, pour donner à ceux qui lui sont attachés, des motifs de fierté à leur sujet (5,12). La première des qualités que Paul relève, au sujet de son vécu de ministre de Dieu, est l’endurance. L’endurance est une capacité qui ne peut se développer que face à l’adversité (Romains 5,3). Or, à ce sujet, Paul a tout connu : détresses en tous genres, coups, emprisonnements, émeutes contre sa personne, travail pénible, veilles, jeûnes multiples… Si l’adversité est l’endroit où l’on fait ses preuves, Paul passe le test avec brio.

Si l’endurance face aux vents contraires est la qualité première que relève Paul, elle ne se limite pas à ce domaine. Elle est aussi celle dont il a fait preuve dans la culture des vertus qui sont les marques de la vie de Christ. Paul en dénombre huit. La première est la pureté, à la fois dans la conduite et les motifs qui en sont la source. Puis vient la connaissance. D’évidence, Paul n’aurait jamais pu écrire toutes les lettres qui se trouvent dans le Nouveau Testament, s’il n’avait fait preuve d’une grande assiduité dans ce domaine. Viennent ensuite la patience et la bonté. Paul le dira plus tard. Outre les souffrances liées à l’annonce de l’Evangile, sa préoccupation quotidienne majeure touchera à la santé des Eglises qu’il aura implantées (11,28-29). A de multiples reprises, Paul ne se lassera pas de dire et redire les mêmes choses pour, qu’enfin, elles deviennent salutaires à ceux qui les entendent (Philippiens 3,1). Paul évoque ensuite sa persévérance à marcher dans l’Esprit-Saint. La vie de prière de l’apôtre, témoignage de sa totale dépendance de Dieu, en est l’une des preuves les plus éloquentes.  L’apôtre dira plus tard également que les armes par lesquelles il combat ne sont pas charnelles (10,4). Ce sont les armes offensives (la Parole de Dieu, la prière, le zèle pour l’Evangile) et défensives (le bouclier de la foi, la cuirasse de la justice, la ceinture de la vérité, le casque de l’espérance) de la justice, celles qu’il identifie ailleurs comme les éléments de l’équipement spirituel du soldat chrétien (Ephésiens 6,13 à 17). Il atteste encore de son amour pour tous, sans calcul, sans hypocrisie, manifesté par son attitude permanente de serviteur.  Il souligne enfin la réalité de son endurance dans la parole de la vérité et dans son souci d’agir par la puissance de Dieu, deux vertus qui sont l’objet de sa première lettre aux Corinthiens (1 Corinthiens 1,18 à 25).

S’il y a un domaine dans lequel se mesure la qualité d’un ministre de Dieu, ce ne peut-être que celui du vécu. C’est aux fruits que l’arbre porte, a dit Jésus, que l’on en reconnaît la nature (cf Matthieu 7,15 à 20). Le vécu est un révélateur. Il manifeste, au-travers des mille difficultés qui le composent, ce qui habite la personne. A l’aune de ce critère, Paul invite les Corinthiens à ne pas se laisser fasciner par ce qui ne se trouve que dans les apparences, mais à examiner ce que révèle le cœur (5,12). Car, comme il va en témoigner maintenant, la façon dont est perçu le serviteur de Dieu ne reflète souvent pas la réalité de ce qu’il est.

A quoi doit s’attendre, de la part de ceux pour qui il est en spectacle, le ministre de Dieu ? Quelle reconnaissance peut-il espérer ? S’il connaît des moments de gloire, il doit aussi être prêt au déshonneur. Le ministre de Dieu est serviteur d’un Christ rejeté, bafoué. Il ne doit pas s’attendre à vivre mieux ou à être mieux reçu que son Maître (cf Jean 15,20). Parfois on vantera ses qualités, et plus tard on le dénigrera. S’il doit tout faire pour se rendre recommandable à tous, le ministre de Dieu ne doit pas trop s’inquiéter de la réputation qu’on lui fait. N’a-t-on pas dit à ce sujet tout et son contraire à propos de son Maître (cf Jean 7,40 à 46 ; Matthieu 12,24) ? A sa suite, le ministre de Dieu sera, partout où il passera, un signe qui provoquera la contradiction (Luc 2,34). Parce qu’ils ne jugent qu’en fonction de l’apparence, ceux qui l’observent se font une opinion fausse de sa personne. Ils le considèrent comme un imposteur qui cherche à manipuler les foules pour son intérêt, alors qu’il n’est que le serviteur de la vérité. On fait tout pour l’ignorer quoi que l’on sache très bien qui il est. On s’imagine qu’au vu de tout ce qu’il a déjà traversé, il ne vivra pas longtemps. Mais c’est l’inverse qui se produit. Par la grâce de Dieu, le serviteur de Dieu échappe à la mort, se relève et poursuit sa route (cf 11,23 à 25). Qui regarde le serviteur de Dieu de l’extérieur se dit qu’il n’aimerait pas avoir sa vie. « Que celle-ci, avec tous les déboires qu’elle connaît, doit être triste, pense-t-il ! Si on veut réussir et devenir riche, ce n’est vraiment pas cette voie qu’il faut suivre ! » L’erreur de jugement est total ! Oui, le serviteur de Dieu est souvent attristé ! Mais il connaît une joie intérieure dont le monde n’a aucune idée ! Oui, il n’est pas du nombre des fortunés ! Mais les trésors qu’il possède en lui-même vont enrichir des multitudes. Certes, en apparence il ne semble rien avoir ! En réalité, parce qu’il a part à la richesse de Dieu, tout lui appartient (1 Corinthiens 3,21 à 23) ! Que chaque serviteur de Dieu le sache ! Notre fierté n’est en rien d’autre que dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ ! Par Lui le monde est crucifié pour nous, comme nous le sommes pour le monde (cf Galates 6,14).

V 11 à 13 : élargissez vos cœurs

Si les Corinthiens, sous l’influence de faux apôtres, font preuve de méfiance à l’égard de Paul, tel n’est pas son cas à leur sujet. Quelle que soit leur attitude envers lui, ils occupent toujours une place de choix dans son cœur. La façon avec laquelle il le leur ouvre sans réserve en témoigne. Comme il le ferait avec un ami, Paul n'a rien à cacher à ses frères et sœurs de Corinthe. Ils sont ses enfants, ses bien-aimés et, s’ils ont changé à son égard, il tient à leur démontrer que, de son côté, il n’en est pas de même. Il les invite à l’imiter. Que les Corinthiens se libèrent de la prison dans laquelle leurs sentiments pour lui sont confinés ! Qu’il y ait de nouveau entre eux et lui toute la liberté d’échange que procure l’amour !

Un des indices certains que l’amour entre deux êtres s’est refroidi se révèle à coup sûr dans la perte de liberté que démontre l’une partie (ou les deux) à s’ouvrir à l’autre. Si tel est le cas de la part de quelqu’un à notre égard, agissons comme Paul ! Témoignons que de notre côté ce refroidissement n’existe pas ! Soyons avec lui comme nous avons toujours été ! Ouvrons-lui notre cœur sans réserve de manière à ce qu’il sache que, de notre côté, notre confiance en lui n’est pas entamée ! Notre frère ne sera jamais pour nous un ennemi ! S’il nous frappe la joue par sa froideur et sa distance, tendons-lui encore davantage l’autre pour lui signifier notre amour confiant. C’est là la meilleure façon de le faire revenir à de meilleurs sentiments pour nous et de l’affranchir de ce qui le tient à l’étroit envers nous, au-dedans de lui-même.

V 14 à 18 : pas d’association contre nature

La loi de Moïse stipulait de manière précise que l’Israélite devait se garder de mettre sous le même joug pour le labour deux animaux d’espèces différentes (Deutéronome 22,10). Créer une telle association ne pouvait être que préjudiciable pour le but poursuivi. L’âne, en effet, n’est pas fait pour travailler avec le bœuf et vice-versa. Ce qui est vrai pour les espèces différentes d’animaux l’est aussi pour les croyants et les non-croyants. La nature du croyant ne le porte pas vers les mêmes intérêts que celle du non-croyant. Aussi toute association, tout partenariat entre eux sera inévitablement source de tensions. Car, tandis que le croyant est libre à l’égard du péché, le non-croyant l’est à l’égard de la justice (Romains 6,20 et 22). Tandis que l’un sera soucieux de faire les choses dans la lumière, l’autre privilégiera tout moyen qui sert ses intérêts, quitte à mentir pour se faire. Les croyants doivent en prendre conscience : ils ne sont pas les seuls à vivre sous une influence spirituelle. S’ils appartiennent à Christ, qui vit en eux par Son Esprit, les non-croyants sont sous la domination de Satan. Or, il ne peut y avoir de contrat d’alliance entre Christ et Satan ! Le croyant se gardera donc de faire cause commune avec l’incroyant. Ni l’esprit qui habite l’un et l’autre, ni le royaume spirituel auquel ils appartiennent, ne sont compatibles.

Dans la pratique, il est vrai qu’il n’est pas toujours aisé de savoir à quel moment le croyant se trouve engagé avec le non-croyant. Sur la base de l’image utilisée par Paul (l’attelage), nous pouvons dire que tout ce qui lie le croyant avec le non-croyant par un contrat est néfaste pour lui. Le principe s’applique dans le domaine des affaires, et plus encore dans le mariage. Car, selon la volonté de Dieu, mari et femme ne sont plus deux, mais ne forment qu’un (Matthieu 19,6 ; 1 Corinthiens 6,16). C’est donc dans le Seigneur seul que le croyant doit envisager son union avec un partenaire (1 Corinthiens 7,39). Si l’application du principe de séparation entre le croyant et le non-croyant vaut pour le mariage, elle touche d’une manière aussi forte le domaine spirituel. Le chrétien n’est pas seulement un être humain régénéré. Il est aussi le temple, le sanctuaire de Dieu (1 Corinthiens 6,19), comme l’est aussi l’Eglise (Ephésiens 2,21). Le temple est ici-bas la maison de Dieu, Son pied-à-terre, le lieu où Il habite. Aussi, le croyant, comme la communauté locale à laquelle il appartient, doit se garder de toute union d’ordre spirituel avec des groupes qui, de manière manifeste, pratiquent l’idolâtrie. Il ne doit donner, d’une manière ou d’une autre, aucune impression de complaisance envers eux (Paul traite abondamment de ce sujet dans sa première lettre : 1 Corinthiens 8 à 10). C’est là la condition première à remplir pour que le Dieu saint soit avec nous et marche au milieu de nous.


L’exhortation finale de Paul dans ce chapitre va dans la droite ligne de son introduction. La grâce de Dieu, qui nous est si généreusement donnée, se doit de ne pas être reçue en vain (v 1). Cela implique que les Corinthiens doivent maintenant croire en l’Evangile, mais aussi, par la suite, vivre selon l’Evangile. La grâce de Dieu implique des ruptures, des distances, des séparations. Elle ne nous communique pas seulement la bonne nouvelle du pardon de Dieu pour nos fautes. Elle nous enseigne aussi à renoncer à l’impiété et aux désirs de ce monde, et à vivre dans le temps présent d’une manière pondérée, juste et pieuse dans l’attente de la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus-Christ (Tite 2,12-13). Notre Dieu n’est pas un Dieu lointain. Il est devenu, par Jésus-Christ, notre Père. Soyons pour Lui des fils et des filles dignes de Son nom ! C’est ici-bas notre gloire, notre mission et notre vocation !

mardi 5 septembre 2017

2 CORINTHIENS 5

V 1 à 10 : notre domicile céleste

Si notre corps est le vase de terre qui sert de récipient pour le trésor qu’est l’Evangile, il n’est pas pour autant à mépriser. Car lui aussi, un jour, participera à la gloire éternelle qui sera la nôtre en Jésus-Christ. Ici-bas, notre corps est semblable à ce qu’est, en termes d’habitation, une tente. C’est un domicile fragile, précaire, qui n’est pas fait pour durer. Nous savons cependant, dit l’apôtre, que si cette tente dans laquelle nous vivons aujourd’hui se détruira, une demeure éternelle qui n’a pas été faite par des mains humaines nous est réservée. Comme il l’a déjà dit dans sa première lettre, la résurrection du corps des croyants fait partie intégrante des articles de la foi de Paul (cf 1 Corinthiens 15). Elle n’est pas pour lui une supposition, mais une certitude.

Fort de cette espérance, Paul soupire en son corps dans l’attente du revêtement du domicile céleste qu’il occupera pour l’éternité. En effet, notre adoption filiale définitive par Dieu n’est pas juste une opération spirituelle. Elle passe par la rédemption de notre corps (Romains 8,23). La plupart d’entre nous, avant que ce fait se produise, passeront par la mort. Mais le secret espoir de Paul est d’y échapper. Il préférerait, dit-il, ne pas se retrouver nus, défaits de son premier vêtement, mais instantanément revêtus, par-dessus le premier, du corps nouveau qui lui est réservé.

A la lumière de ce qui fait l’attente de Paul dans la foi au sujet de son corps, il nous faut reconnaître qu’il y a souvent un décalage entre la nôtre et la sienne. Tandis que nous souffrons et que nous sommes accablés par les nombreux maux inévitables qui touchent notre corps, notre aspiration nous porte, comme Job, à désirer la mort plutôt que la vie (Job 3,20 à 22). Christ étant notre vie, notre préférence est d’être tout de suite avec le Seigneur, ce qui fait de la mort, non pas une perte mais un gain (Philippiens 1,21 à 23). Ici cependant, Paul ne tient pas à donner à la mort la part belle. Il y a à ses yeux quelque chose de meilleur qu’elle en termes d’espérance. C’est le recouvrement instantané du corps mortel par celui qui est immortel, l’absorption par la vie de ce qui porte en lui la marque de la mort. La résurrection, certes, opérera ce prodige. A ce moment, le périssable revêtira l’impérissable et le mortel l’immortalité (1 Corinthiens 15,53). Mais cette opération peut se produire pour le croyant sans qu’il soit dévêtu de son corps, c’est-à-dire sans qu’il passe par la mort. Ce privilège sera celui des croyants restés vivants à l’avènement du Seigneur (1 Thessaloniciens 4,16-17). Si tel était l’espoir secret de Paul en son temps, combien plus cela devrait-il être le nôtre aujourd’hui ! Car la nuit est très avancée et le jour de Sa venue s’est approché. Le salut est plus proche de nous que lorsque nous sommes venus à la foi (Romains 13,11-12). N’espérons pas la mort, mais aspirons de tout notre cœur à faire partie du contingent qui aura le privilège d’être revêtu de son domicile céleste par-dessus le terrestre, sans en être dévêtu ! Si singulière soit-elle, cette perspective ne devrait pas être hors de portée de notre foi ! Car elle s’appuie sur deux précédents, celui d’Hénoc (Genèse 5,23-24), et celui d’Elie, le prophète (2 Rois 2,11-12). Or, ce que Dieu a fait, soyons-en certains : Il peut le rééditer à coup sûr !

Alors qu’il se trouve dans ce corps mortel, Paul dit qu’il est malgré tout toujours plein de courage. Car il sait, ayant reçu les arrhes de l’Esprit, ce qui est devant lui. Les arrhes de l’Esprit sont à la fois un acompte et une promesse. Ils nous assurent d’une part que, dès aujourd’hui, nous participons à la vie de Christ et, d’autre part, que demain nous jouirons en plénitude de notre état de rachetés. Tant que nous sommes dans ce corps, c’est un peu comme si nous vivions en exil loin de notre vraie patrie. C’est pourquoi nous marchons par la foi, non par la vue. Mais notre attente profonde n’est pas de continuer à vivre indéfiniment ici-bas. Elle est d’être pour toujours réunis avec le Seigneur et, si nous avions le choix, dit Paul, c’est cette option qui prévaudrait.

Dans cette attente, nous ne devons en rien nous relâcher. Car ce qui compte dans la vie de l’enfant de Dieu n’est pas la condition dans laquelle il se trouve. Pour l’heure, il est dans ce corps. Mais, comme il en sera au jour où il le quittera, il se doit déjà de Lui être agréable en toutes choses. C’est là ce à quoi il met ici-bas son point d’honneur. Car le jour vient, dit Paul, où tous, nous comparaîtrons l’un après l’autre en pleine lumière devant le tribunal de Christ. Chacun recueillera alors pour lui-même de la main de Dieu la moisson de ce qu’il aura pratiqué, soit en bien, soit en mal, du temps où il vivait dans son corps. Si l’œuvre que quelqu’un a construite demeure, dit Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, il recevra un salaire. Si, par contre, ne supportant pas l’épreuve du feu de Dieu, elle est brûlée, il en subira la perte. Lui, certes, sera sauvé, mais comme au travers du feu (1 Corinthiens 3,14-15).

V 11 à 15 : la double motivation de Paul dans son ministère

Si elle n’est pas la seule source de motivation des attitudes que Paul adopte dans l’exercice de son ministère, la perspective d’être jugé par Christ à ce sujet ne le laisse pas indifférent. Celle-ci lui inspire d’abord, dit-il, une sainte crainte de son Seigneur. La crainte de Dieu est un thème récurrent de toute la Parole de Dieu. Présentée comme la pierre d’angle d’une vie construite sur la sagesse (Psaume 111,10 ; Proverbes 9,10), elle est l’un des garde-fous qui protège le croyant de basculer dans la pratique du mal (Lévitique 19,14 : 2 Chroniques 19,7). Dans le cadre de la mission reçue par Paul, elle produit en lui deux effets. Le premier est qu’elle est le moteur qui le pousse, dans sa prédication et son témoignage, à chercher à persuader les hommes de la vérité du Christ. Car, qu’ils le veuillent ou non, cela ne changera rien à la réalité des faits. Au bout du chemin de chacun, la rencontre du Christ pour le jugement est inévitable. C’est pourquoi, faisant fonction d’ambassadeurs pour Lui, nous ne pouvons, dit Paul, que supplier les hommes en Son nom : Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! (v 20). Le second effet de la crainte de Dieu est qu’elle oblige l’apôtre à vivre devant Lui et devant les hommes dans la lumière. C’est là aussi un point d’honneur sur lequel Paul veillera strictement partout où il travaillera. « Vous êtes témoins, et Dieu l’est aussi, écrira l’apôtre aux Thessaloniciens, que nous avons eu envers vous qui croyez une conduite sainte, juste et irréprochable (1 Thessaloniciens 2,10). La crainte du Seigneur doit être la marque du représentant du Christ ici-bas. Aussi posons-nous la question : est-elle présente dans nos vies ? Motive-t-elle notre façon d’être et d’agir dans le monde, comme envers nos frères et sœurs dans la foi ?

Quoique l’apôtre rende ainsi témoignage de lui-même, il précise immédiatement qu’il ne le fait pas en vue de se recommander auprès des Corinthiens. Il n’aurait dans des conditions normales pas à le dire. Mais, vu le contexte, il tient à le stipuler. Ce qu’il vise en parlant ainsi de lui, c’est fournir des arguments à ceux qui, prenant sa défense, doivent répondre à ses détracteurs. La véritable qualité d’un serviteur de Dieu ne se mesure pas dans les apparences, mais dans ce qu’on peut lire de son cœur. La passion de Paul pour son Dieu a pu le faire passer pour certains comme quelqu’un d’insensé, de déraisonnable. C’est là le jugement que porta sur lui, par exemple, Festus, le gouverneur de Judée, lorsque Paul comparut devant lui (Actes 26,24-25). Mais, quant à son attitude auprès de ses frères, l’apôtre cherchera toujours à être mesuré, sans excès. Les Corinthiens peuvent en témoigner. Ni dans sa façon de présenter l’Evangile, ni dans les moyens utilisés, Paul ne fera preuve d’extravagance. Prêt à tout pour son Dieu, il fera aussi tout dans sa façon d’être et d’agir pour ne pas être une occasion de chute ou de scandale pour ceux qu’il veut gagner à Christ.

Si la crainte du Seigneur, qui émane de la conscience qu’a l’apôtre de sa redevabilité à Christ quant au comportement qui est le sien, est la première motivation qu’il évoque au sujet du zèle dont il fait preuve pour son ministère, elle n’est pas la seule. Une seconde, supérieure quant à sa nature, lui est associée : l’amour. Or, l’amour dont Paul parle ici n’est pas le sien. En effet, si le principal moteur de l’engagement missionnaire était l’amour humain, celui-ci s’arrêterait rapidement. Ce qui motive profondément Paul à être prêt à donner sa vie pour les autres, c’est l’amour de Christ. L’amour de Christ est la source de la vision qu’a l’apôtre au sujet de l’humanité. Voyant Christ, le Fils de Dieu, quitter Sa gloire éternelle, devenir homme et mourir pour le péché de l’humanité, Paul en tire deux principes qu’il applique au monde et à lui-même. Le premier principe touche à la réalité spirituelle dans laquelle se trouve tous les êtres humains. Si Christ a dû mourir pour tous, c’est que tous sont morts, une vérité déjà affirmée par Jésus dans l’Evangile (Matthieu 8,22). La mort, dira Paul ailleurs, est le salaire du péché (Romains 6,23). Entrée dans l’humanité par Adam, elle s’est étendue à tous, parce que tous ont péché (Romains 5,12 ; Ephésiens 2,1). Outre le Christ, et la vie de résurrection qu’Il communique, il n’y a d’espoir de salut pour personne et aucun moyen d’accès à la vie éternelle. Parce que telle est la réalité dans laquelle se trouve plongée l’humanité sur le plan spirituel, l’amour de Christ inspire à l’apôtre une seconde réalité qui le concerne. Si lui a reçu la vie, ce n’est pas pour qu’il la garde pour lui-même. Vivant, sa vie n’a de sens désormais que si elle est vouée, consacrée à Celui qui a payé un si grand prix pour le salut de tous et qui a triomphé de la mort pour eux !

Les deux motivations dont Paul témoigne ici nous rappellent une vérité essentielle quant à ce qui doit animer le zèle missionnaire. Le zèle missionnaire trouve sa source première en Dieu. C’est dans la connaissance que nous avons de Dieu en Christ que se forgent les convictions qui sont à la base de nos engagements pour le salut du monde. Séparé de sa source, le feu qui nous anime s’étiole et s’éteint rapidement. Que la crainte de Dieu et l’amour de Christ nous pressent chaque jour à offrir notre vie sans réserve à Celui qui a payé un si grand prix pour notre salut !

V 16 et 17 : une création nouvelle

Nous avons vu que la vision que Paul a de l’état spirituel dans lequel se trouve l’humanité est ce qui détermine son engagement missionnaire. Cette vision n’a rien de subjectif. Elle découle du fait objectif que Christ, le Fils de Dieu, a dû devenir homme, mourir et ressusciter pour la rédemption de tous. La mort et la résurrection de Jésus sont devenus le prisme au travers duquel Paul juge de l’état et de la nature de toutes choses. Le corollaire pratique de la vision de l’humanité engendrée par la connaissance qu’a reçue Paul de Christ est que, dit-il, il ne connait désormais plus personne selon la chair. Avant d’avoir saisi quel regard Dieu portait sur l’humanité, l’opinion de Paul sur les êtres qui le côtoyaient était déterminé par des critères d’ordre sociaux ou éthiques. L’un était juif, l’autre païen ; l’un était un pécheur notoire, l’autre un pharisien moraliste (cf Luc 15,1-2). En Christ, cette façon de classer les gens par catégorie est devenue caduque. Il n’y a plus x groupes qui séparent les êtres humains. Tous sont englobés en un seul : des pécheurs qui ont besoin d’être réconciliés avec Dieu (cf Romains 3,3).

A ce sujet, Paul va même plus loin ! Parmi les apôtres ou les croyants qu’il croise, bon nombre ont eu le privilège de côtoyer le Christ dans la chair. Désormais, dit-il, même cette manière de voir le Christ est périmée. Retourné dans la gloire, Celui-ci s’est dépouillé de l’enveloppe corporelle sous laquelle il fut connu du temps de Son humanité. C’est avec les yeux de l’Esprit que chacun, y compris les disciples et Ses frères et sœurs dans la chair, doit Le contempler.

Si Paul ne connaît plus personne selon la chair, cette vérité au travers de laquelle il considère chacun ne s’applique pas seulement aux perdus. Elle conditionne aussi le regard qu’il porte désormais sur tous ceux qui sont en Christ. La lettre de Paul à Philémon au sujet d’Onésime en est un témoignage éloquent. Ancien esclave au service de Philémon, Onésime s’était enfui de chez son maître croyant. Par la grâce de Dieu, celui-ci devint chrétien au contact de Paul en prison. Onésime devenu un être nouveau, Paul écrit à Philémon de l’accueillir, non plus comme l’esclave inutile qu’il était dans le passé, mais comme un frère bien-aimé à qui il lui demande de faire grâce également (Epître de Paul à Philémon). Oui, si quelqu’un est en Christ, il n’est plus ce qu’il était autrefois. Il est une création nouvelle ! Ce qui est ancien fait désormais du passé. Cela, certes, fait partie de l’histoire de la personne. Mais cette tranche de sa vie est révolue. Quelque chose de neuf est né ! Une nouvelle histoire a commencé. C’est avec ce regard que nous sommes appelés à considérer dorénavant nos frères et sœurs en Christ !

V 18 à 21 : ambassadeurs au service de la réconciliation

Cette réalité de l’identité nouvelle au travers de laquelle nous devons regarder ceux qui sont à Christ nous vient d’une seule source : de Dieu. Pécheurs de nature, nous étions par nous-mêmes incapables de dépasser ou de sortir de notre état. Mais, dans le Christ, Dieu est venu jusqu’à nous dans le but unique de nous réconcilier avec Lui. Sans tenir compte aux humains de leurs fautes, Il a Lui-même mis en œuvre le processus par lequel le monde serait réconcilié avec Lui. C’est pourquoi nous pouvons porter un regard neuf sur ceux qui, autour de nous, sont à Christ. Ce qui les définit n’est plus ce qu’ils ont été dans le passé. Réconciliés avec Dieu, ils ont été régénérés. Ils sont devenus fils et filles de Dieu. Un nouvel être a pris forme en eux qui, jour après jour, se développe en vue de la ressemblance de Celui en qui il a pris racine.

Réconciliés avec Dieu, nous sommes porteurs de la plus belle des missions. Citoyens du royaume des cieux, nous sommes désormais ici-bas les ambassadeurs de Christ. De Sa part, nous supplions les hommes que nous côtoyons : « Vous aussi, comme nous, laissez-vous réconcilier avec Dieu !  Le temps dans lequel nous vivons est celui de la grâce. C’est le temps où Dieu choisit de ne pas vous demander compte de vos forfaits ! S’Il peut le faire, ce n’est pas parce qu’Il passe l’éponge sur eux ! Cela n’est dû qu’au fait que le Christ, Son Fils éternel et unique, a été fait péché pour nous. Alors qu’Il était saint, innocent et juste, Il s’est volontairement identifié à nous, prenant à Son compte les fautes qui nous incombaient. Aussi a-t-Il été traité par Dieu comme la représentation même de tout ce que, dans Sa justice, Dieu condamne ! Par Lui, grâce à Lui, un échange inimaginable s’est produit. Ce qui était porté à notre compte comme une dette insoluble (nos offenses) a été mis sur Lui, comme s’Il en était le débiteur. Et ce qui était au crédit de sa Personne (Sa justice) nous a été imputé. Au regard de Dieu, nous sommes aussi justes que Son Fils, tandis que Lui se retrouve aussi coupables que nous pouvions l’être ! »

Qui ne pourrait adhérer et souscrire à une aussi bonne nouvelle ! L’intelligence des hommes a subi cependant un tel aveuglement qu’ils ne voient pas briller la splendeur de la gloire de notre Evangile (2Corinthiens 4,4). Il nous faut donc prier pour eux, mais aussi, dit Paul, chercher à les persuader (5,11), se faire pressant, insistant, les supplier de saisir la grâce qui leur est offerte (5,20). Que Dieu nous donne quant à nous, pendant qu’il en est encore temps, celle de poursuivre sans relâche notre mission de témoins et d’ambassadeurs de Christ !