jeudi 30 mars 2017

1 CORINTHIENS 6

V 1 à 8 : les procès entre frères

Après l’immoralité, Paul s’en prend à une autre forme d’aberration présente dans l’Eglise de Corinthe : l’incapacité qu’a la communauté de régler en son sein les différends qui se produisent entre frères. Ainsi, des frères qui se retrouvaient un jour dans la même rencontre pour louer Dieu et apprendre de Christ, pouvaient le lendemain se faire face à la barre d’un tribunal présidé par un juge incroyant. Face à cette absurdité, Paul répond de deux manières, la seconde exprimant ce que la croix devrait inspirer comme comportement dans de tels cas :

1er argument :

A cause de ce qu’ils sont, des saints, la façon d’agir des Corinthiens est à l’extrême inverse de ce qu’elle devrait être. Alors que les Corinthiens (avec tous les chrétiens), sont appelés dans l’avenir à juger le monde et les anges, c’est ici-bas aux incroyants qu’ils font appel pour les départager dans leurs affaires courantes. Il y a bel et bien là une aberration totale, une contradiction impensable à l’égard du bon sens. Comme c’est chaque fois le cas lorsqu’il se produit un renversement de valeur dans la communauté chrétienne, cela pose question. Par quelle sagesse vivent les enfants de Dieu ? Humaine ou divine ? Où est la preuve du renouvellement de l’intelligence que produit l’Evangile dans les vies de ceux qui le reçoivent ? Comment se fait-il que, malgré toute la richesse de l’enseignement reçu, il ne se trouve pas chez les Corinthiens un seul homme sage capable de trancher entre ses frères ? Il y a là une pauvreté consternante !

2ème argument :

Chrétiens, les Corinthiens sont les disciples d’un Christ crucifié, un Christ qui a choisi de renoncer à Ses droits et de tout perdre plutôt que de se sauver Lui-même. Se faisant, comment peuvent-ils prétendre Le suivre et Lui appartenir et agir entre eux comme ils le font ? Il y a ici aussi contradiction absolue dans les termes entre la croix du Christ et tout ce qu’elle représente et l’attitude dont font preuve les Corinthiens. Paul y reviendra plus tard en citant  son comportement comme exemple (1 Corinthiens 9,15). Le disciple de Christ n’a ici-bas en rien à défendre ou à faire valoir ses droits. Parce qu’il sait qu’il possède auprès de Dieu un héritage que nul ne peut lui ôter, il peut librement ici-bas accepter d’être dépouillé de tout et de tout perdre. Peu importe si, dans le monde ou même dans l’Eglise, il doit subir quelque injustice. Sa justice est ailleurs. Elle n’est pas en lui-même, ni dans la reconnaissance de son droit, y compris par ses frères. Elle est dans le Christ seul, en une sphère dans laquelle nul ne peut lui porter atteinte. Ici-bas, le disciple n’est pas appeler à se comporter comme un roi (cf 1 Corinthiens 4,8), mais à communier aux souffrances du Christ (Philippiens 2,10). Celles-ci n’impliquent pas que la persécution violente, mais aussi parfois la déception, voire la trahison de ses frères à l’égard de l’amour. Sommes-nous disciples du Christ crucifié ou défenseur de notre égo froissé ? C’est ici la vraie question à laquelle nous devons répondre, la seule qui, selon la réponse que nous lui donnons, soit garante de notre liberté ou de sa perte.

V 9 à 11 : des oublis fâcheux

Superficiels dans leurs vies avec Dieu, les Corinthiens l’étaient devenus dans leur jugement. Certes, il y avait de l’injustice parmi eux, mais, pensaient-ils, il n’y avait là rien de très grave. La grâce pouvait couvrir cela. Paul tient à les avertir. Aucun de ceux qui pratiquent le péché dans la vie courante n’héritera du royaume de Dieu. Il y a des signes dans la vie des chrétiens et des pécheurs qui prouvent la réalité de ce qu’ils sont. L’homme qui a été lavé de ses péchés et libéré par Christ le manifeste par une vie nouvelle dans laquelle le péché ne le domine plus. A l’inverse, qui vit dans le péché démontre qu’il n’en est pas libre et, par conséquent, qu’il n’est pas régénéré. Certes, de manière absolue, le Seigneur seul connaît qui Lui appartient. Mais quiconque prononce le nom du Seigneur et prétend être à Lui le prouve en s’éloignant de l’iniquité (2 Timothée 2,19).

Si le péché des chrétiens a des conséquences graves au niveau du témoignage rendu à Christ par l’Eglise dans le monde, le premier méfait qu’il produit se trouve non à l’extérieur, mais dans leur conscience. Rien n’altère davantage le jugement d’un chrétien, son évaluation de la gravité du mal, que le fait de s’accommoder au péché dans sa vie. Le premier pouvoir du péché consiste dans la modification qu’il opère dans la conscience de celui qu’il infecte. Le récit de l’irruption du péché dans l’humanité en témoigne. Alors qu’Eve savait par Dieu que l’interdit auquel elle était exposée lui valait la mort si elle le transgressait, la séduction du péché réussit à le lui faire oublier. Eve ne savait plus, comme les Corinthiens, que le péché était d’une extrême gravité en ce qui touche sa relation avec Dieu. Inévitablement, il était synonyme de rupture et de jugement. Il aura fallu qu’elle aille jusqu’au bout du chemin de la désobéissance pour qu’elle s’en rende compte. Comprenons-nous à quel point le péché est un poison pour nos vies, le venin mortel du serpent ancien ? Que Dieu nous donne à chaque moment de nous en souvenir !

Si Paul met le doigt sur ce qui ne va pas dans l’Eglise de Corinthe et, se faisant, traite du péché de certains de ses membres, il ne met pas pour autant tout le monde dans le même sac. L’apôtre est aussi capable de relever ce qui vient de Dieu, l’œuvre effective de Christ et du Saint-Esprit dans les cœurs. Autrefois, la vie des enfants de Dieu n’était pas autre chose que ce que le péché faisait d’eux. Adultères, idolâtres, homosexuels, avares, l’identité de chacun était définie par le péché qui dominait sa vie. Tel n’est plus le cas maintenant. Lavés par Jésus-Christ, sanctifiés par l’Esprit, ils sont désormais considérés comme justes aux yeux de Dieu. Tel est le témoignage de l’Eglise dans le monde ! Non celui d’hommes parfaits, mais de personnes dont la vie manifeste l’œuvre de renouvellement et de transformation profonde qu’opère la grâce agissante de Dieu. Y a-t-il espoir plus grand pour des pécheurs que de voir d’anciens esclaves enferrés dans leurs péchés libres de leurs chaînes ?

V 12 à 20 : la liberté chrétienne 

Revenant à la question de l’inconduite sexuelle traitée dans le chapitre précédent, Paul en vient à aborder le sujet de la liberté chrétienne. Dégagés de la loi qui prévalait autrefois et sauvés par grâce, certains chrétiens de Corinthe en avaient conclu que, puisque plus rien ne s’impose à eux pour leur dicter leur comportement, tout était désormais permis. Paul ne contredit pas la formule. Il y ajoute cependant deux restrictions liées à des intérêts supérieurs à la revendication de la liberté. Tout est permis au chrétien, seulement si cela ne nuit pas à sa vie spirituelle et sert l’objectif que Dieu a pour lui de l’amener à la ressemblance de Christ. Tout est permis au chrétien, à condition que la liberté dont il use ne le conduise pas à retourner dans l’esclavage d’anciennes ou de nouvelles passions. La liberté que Christ a acquise à l’enfant de Dieu, si belle soit-elle, n’est pas la valeur suprême qui doit guider sa vie ou son comportement. Il y en a d’autres qui prévalent sur elle, telle la sainteté et le fait de rechercher en toutes choses la gloire de Dieu.  Chaque chose que Dieu a faite l’a été pour un but, et c’est ce but qu’elle doit servir. La vraie liberté dans la vie chrétienne ne s’obtient pas en faisant ce que nous voulons de tout ce que Dieu nous donne, mais en l’utilisant pour le but pour lequel ils nous ont été octroyés.

Pour illustrer le principe qu’il vient d’énoncer, Paul prend l’exemple des aliments. Les aliments ont été faits pour le ventre et le ventre pour les aliments. Il ne viendrait à personne l’idée de penser autrement et d’user de sa liberté pour faire des deux un usage autre. Ce qui est vrai pour les aliments l’est aussi pour la sexualité. Dieu n’a pas donné aux êtres humains la sexualité pour qu’ils en usent comme bon leur semble. Il y a au-dessus du sexe des principes et des valeurs auxquels l’usage du sexe est subordonné. Racheté par Christ, le corps appartient au Seigneur. Parce que le Seigneur Lui-même vit en nous, le corps est la maison même de Dieu, le sanctuaire de Son Esprit. Aussi toute union d’un chrétien avec une autre personne implique l’union d’une partie du corps de Christ avec elle. Le chrétien peut-il honnêtement concevoir que, à travers lui, le Christ soit uni à une prostituée ? Trouve-t-il cela en accord avec Sa nature, Son caractère, Sa sainteté ?

Paul tient ici à préciser avec force sa pensée. S’il existe d’autres péchés commis avec le corps que celui de la relation sexuelle hors du cadre du mariage, celui-ci se caractérise d’une manière particulière et  unique. Conçue pour sceller l’union de deux personnes qui se prennent pour époux et épouse, la relation sexuelle crée une telle fusion entre elles, qu’elles ne sont plus deux, mais une. Etre uni en tant que mari et femme, c’est ne plus être deux, mais un seul être. Cette réalité, vraie entre un homme et une femme qui s’unissent de manière légitime, l’est aussi pour toute autre union. Si un chrétien se donne à une prostituée, il ne pèche pas seulement à l’égard de la loi de Dieu, mais aussi vis-à-vis de son propre corps. Devenu un avec elle, il est désormais une partie d’elle, comme elle de lui, ce qui ne se produit pas, par exemple, dans le cas d’une bagarre entre deux personnes.


Face à la tentation de l’inconduite sexuelle, il n’y a qu’une seule attitude à adopter : celle qu’a eue Joseph, le fils de Jacob, face aux sollicitations de la femme de Potiphar : fuir (Genèse 39,12). Sur le moment, sa décision lui a coûté cher. Mais la fin en sera heureuse, contrairement à ce qu’il en fut pour David qui ne sut pas résister. Il y a des domaines dans la vie chrétienne où le vrai courage, le véritable héroïsme ne consistent pas à rester sur place, mais à partir au plus vite.  Que le souci de chaque enfant de Dieu soit donc de Le glorifier dans son corps. Autrefois celui-ci était le corps du péché (Romains 5,6). Il appartient désormais à Dieu. « Ne mettez, dit Paul, aucune partie de votre corps à la disposition du péché comme une arme pour l’injustice ; mais mettez-vous vous-mêmes au service de Dieu, comme des vivants revenus d’entre les morts, et mettez votre corps tout entier au service de Dieu, comme une arme pour la justice (Romains 5,13-14).

samedi 25 mars 2017

1 CORINTHIENS 5

V 1 à 5 : un cas d’inconduite extrême

Pleins de leur suffisance, les Corinthiens en étaient devenus aveugles sur leur pauvreté. Aussi, quittant les hautes sphères de l’illusion intellectuelle, l’heure est venue pour Paul de les aider à passer à la réalité. De quoi est faite la renommée de l’Eglise de Corinthe ? De quoi parle-t-on autour d’elle lorsqu’on évoque ce qui s’y trouve ? Témoigne-t-on partout, comme il en est de l’Eglise de Thessalonique, de l’impact qu’a eu l’Evangile dans la vie des chrétiens de la ville (1 Thessaloniciens 1,8 à 10) ? De cela, l’Eglise de Corinthe pourrait être fière. Malheureusement pour elle, la réalité est toute autre !

« Dans tout le monde antique, la ville de Corinthe, dit Alfred Kuen, avait mauvaise réputation. Corinthiser, c’était mener une vie de débauche (Aristophane, Fragment 354) ; une Corinthienne, c’était une prostituée (Platon, République 404 D) et un Corinthien, un coureur de jupons (titre de deux comédies grecques). Dans les pièces de théâtre, les Corinthiens étaient généralement représentés comme des ivrognes.[1]» Habitée par le Saint-Esprit, la communauté chrétienne avait vocation à Corinthe, comme en tout lieu où elle est installée, à être sel de la terre et lumière du monde (Matthieu 5,13 à 16). Dans les faits, il n’en était rien. Etablie dans un lieu où l’immoralité prédominait, l’Eglise de Corinthe, au lieu de s’en distancer, avait laissé la mentalité environnante imprégner la conduite de ses membres. Pour preuve, Paul va citer le cas extrême de l’un d’eux, dont on ne trouve pas même le parallèle chez les incroyants : la relation qu’un chrétien de Corinthe vit avec la femme de son père (sans doute une concubine) au vu et su de tous, y compris à l’extérieur de l’Eglise. Or, ce cas, sous-entend Paul, n’est pas unique. Il est comme la pointe d’un iceberg, l’arbre qui cache toute une forêt de pratiques qui, sur le plan de la moralité, sont contraires à l’Evangile.

Le dépit de Paul face à une telle licence dans l’Eglise de Jésus-Christ est à son comble ! Comment les chrétiens de Corinthe peuvent-ils tolérer cela au milieu d’eux ? Quel témoignage peuvent-ils encore être au-dehors si ce qui se trouve à l’intérieur de l’Eglise est pire que ce que l’on rencontre hors de ses murs ? A quoi sert-il surtout aux Corinthiens de se déchirer entre les divers champions spirituels desquels ils se revendiquent, si c’est pour ne pas pratiquer le b.a.-ba de leur enseignement ? Que ceux-ci ne voient pas à quel point leurs prétentions sont en complet décalage avec la réalité de leur vécu est, aux yeux de Paul, effarant ! Pour ce qui le concerne, l’apôtre n’y va pas par quatre chemins. La situation dans laquelle vit ce chrétien est un tel déshonneur au nom de Christ qu’une seule mesure convient : l’excommunication. Nul ne peut à la fois profiter du privilège de la bénédiction que représente l’Eglise pour sa vie et, en même temps, vivre en contradiction totale avec son éthique. Puisque le fautif tient à vivre selon les normes du monde qui l’environne, qu’il le rejoigne. Pire ! Qu’il soit livré à la puissance de celui qui en est le prince, Satan, de manière à ce qu’il périsse dans son corps pour, qu’au moins, au jour du Seigneur, son esprit soit sauvé !

Si le Nouveau Testament nous fait part de nombreuses mesures de discipline prises contre des chrétiens désobéissants et rebelles à Dieu, il est à noter que c’est ici que l’on trouve la plus sévère de toutes. Elle est, dans l’esprit, à mettre au même rang que celle qui frappa Ananias et Saphira au début de l’Eglise (Actes 5,1 à 6). Dans la forme, elle rejoint également l’avertissement adressé par le Seigneur à l’encontre de tous les auteurs de scandales qui ébranlent la foi des plus petits (Matthieu 18,6). Non, il n’est pas chose légère de pécher contre Dieu et de salir le nom de Christ auquel on prétend appartenir. Il nous faut nous souvenir, dans la communauté, que la gloire de Dieu et la réputation de Christ prévalent sur tout autre intérêt, y compris même la vie de l’un de ses membres. Toutes les dérives dans l’Eglise sont possibles à partir du moment où, comme à Corinthe, ce n’est plus le cas.

Au-delà du cas de l’Eglise de Corinthe, le péché que celle-ci a toléré en son sein interroge. Tous les lieux où se trouve l’Eglise sont marqués, d’une manière ou d’une autre, par un état d’esprit particulier. Ici, c’est une forme de laxisme social dû à l’habitude prise par des générations entières de ne pas travailler. Là, c’est celle qui consiste à vivre une double vie en privé et en public. Ailleurs encore, ce sont les règles éthiques les plus élémentaires qui sont couramment bafouées. La question se pose : dans quelle mesure l’Eglise de Jésus-Christ est-elle imprégnée de la mentalité et des mœurs de la société qui l’environne ? Jusqu’à quel point est-elle perméable à son état d’esprit ? L’Eglise a-t-elle pris le temps d’analyser le mode de vie des gens qui l’entourent pour l’évaluer aux critères de la Parole de Dieu et des exigences de la vie en Christ ? Jusqu’à quel point les chrétiens ont-ils été éduqués dans une nouvelle manière de penser face au milieu d’où ils sortent ? Certes, il nous faut, comme Paul, sévir avec fermeté lorsque le péché met en grave danger le témoignage de Christ dans la communauté. Mais il nous faut aussi faire notre examen de conscience ! Avons-nous travaillé en amont à ce que de telles choses ne se produisent pas ? Ou avons-nous été défaillants dans la responsabilité qui nous incombe de former les chrétiens à une vie digne en Christ ?

V 6 à 8 : le péché est comme le levain

Quel est le niveau de tolérance auquel a droit l’Eglise en ce qui concerne la pratique du péché en son sein ? Paul y répond par un proverbe duquel il va tirer un enseignement scripturaire. Le péché, dit-il, est comme le levain pour la pâte. Tout cuisinier et tout pâtissier le sait : il suffit de très peu de levain pour faire lever la pâte. La mesure de levain qu’on introduit dans la pâte n’a rien à voir avec la puissance des effets qui en sont la conséquence (Jacques soulignera la même vérité à propos du péché de la langue (Jacques 3,5)). Le levain introduit, ce n’est pas seulement la partie de la pâte qui l’a reçu qui en est affecté, mais sa totalité. Si tel est l’effet du péché introduit dans l’Eglise, la question posée au début de ce paragraphe sur le niveau de tolérance du mal permis en son sein n’appelle qu’une seule réponse : il est nul.

Illustratrice des effets du péché, l’image du levain ne se limite pas à cette dimension. L’interdiction du levain est présente dans l’Ecriture bien avant que Paul en fasse allusion ici. En vue de la célébration de la Pâque juive, la loi mosaïque est formelle : les pains offerts à Dieu pendant la fête devaient absolument être sans levain (Exode 12,8.15 à 20). A côté de l’agneau sacrifié en souvenir de la rédemption, les pains sans levain constituaient la principale exigence de Dieu en vue de la célébration de la Pâque. Nous aussi, peuple de Dieu racheté, sommes appelés à célébrer la Pâque. Pour se faire, nous avons besoin, comme les Juifs, d’un sacrifice accompagné de pains sans levain. Pour ce qui touche au sacrifice, nous n’avons pas nous-mêmes à y pourvoir. Dieu Lui-même y a pourvu en offrant Christ, son Fils, devenu l’Agneau de Dieu immolé pour nos péchés. Aux côtés de l’Agneau, pour que la fête soit pleinement réussie, Dieu désire y associer des pains sans levain, l’offrande de nos vies qui lui sont consacrées. L’œuvre de Christ pour nous est le fondement de notre justification. Cependant, dans l’Eglise, elle est incomplète et ne peut satisfaire Dieu si elle ne se traduit pas par une œuvre en nous. Il nous faut donc agir avec radicalité envers le péché. Nos vies dans l’Eglise ne célèbrent et n’honorent Dieu que dans une seule mesure : que l’ancien levain de la malice et de la méchanceté qui s’y trouvaient aient disparu pour faire place à une nature nouvelle marquée par la vérité et la sincérité.

Alors que l’Eglise se trouve dans le monde, elle doit  se souvenir qu’elle est appelée en premier à être le temple de Dieu, le lieu où Il est honoré, loué et servi. Toute perte de la prééminence de la vocation verticale de l’Eglise (servir Dieu) affectera la qualité de ce qu’elle est sur le plan horizontal (son témoignage dans le monde). Au-delà de la discipline nécessaire et immédiate à exercer envers le pécheur dans l’Eglise, c’est cette vérité qui sera le point central de la conclusion de l’enseignement de Paul sur le sujet (1 Corinthiens 6,19-20).

V 9 à 13 : l’exercice de la discipline

Quelle doit être la règle suivie par l’Eglise envers ceux qui vivent dans l’inconduite sexuelle ? Elle est simple. L’Eglise doit prendre la décision de couper toute relation avec eux. Parce que les gens du dehors doivent savoir que l’Eglise désapprouve leur façon de vivre, elle doit se distancer clairement d’eux. L’intérêt qui, en toutes choses, doit prévaloir dans l’Eglise n’est pas d’abord celui de ses membres, mais celui de l’honneur de Christ par la qualité du témoignage que Ses disciples Lui rendent dans le monde. L’exercice de la discipline dans l’Eglise ne doit poursuivre que ce but. Il ne peut se justifier hors de lui, si ce n’est pour les fauteurs de troubles ou des causes de faux enseignements (Tite 3,10 ; Galates 1,8-9). Il convient, bien sûr, avant d’en arriver là, de suivre la procédure indiquée par Jésus dans les Evangiles envers celui qui a péché (Matthieu 18,15 à 18). La rupture de relation avec un frère ne peut être que l’aboutissement malheureux de tentatives de le ramener dans le droit chemin qui ont échoué.

Outre l’inconduite sexuelle, Paul liste d’autres péchés qui exigent la même fermeté à leur égard. Tous sont des péchés publics, des fautes de comportement qui portent gravement préjudice au témoignage chrétien. Au même titre que l’inconduite sexuelle, Paul range dans la catégorie des péchés qui exigent la même mesure disciplinaire, l’ivrognerie, l’idolâtrie, le fait de proférer des insultes et la cupidité ou l’avarice. Dans la société matérialiste dans laquelle nous vivons, il est fort peu probable que des chrétiens aient été exclus d’Eglises pour le fait de s’être rendus coupables des deux derniers péchés mentionnés ici. C’est une erreur. Rien, en effet, ne dément autant le témoignage de la générosité de la grâce de Dieu envers nous que l’attitude de celui qui, tout en se disant chrétien, cherche à accaparer des biens pour lui seul.

Si Paul appelle les chrétiens à se séparer de personnes commettant ces péchés dans l’Eglise, il n’en est pas de même pour celles qui, hors d’elle, les pratiquent. Si tel est le cas, dit-il, il nous faudrait sortir du monde, nous en isoler pour vivre en vase clos. Or, telle n’est pas la volonté de Dieu. Comme l’a prié Jésus pour Ses disciples avant de les quitter, nous ne sommes pas hors du monde, mais dans le monde (Jean 17,11). Il ne s’agit donc pas de le fuir, mais de vivre en son sein, préservé du mal qui le domine (Jean 17,15). Il y a bien deux sphères distinctes dans lesquelles le chrétien vit : le monde et l’Eglise. Dans le monde, le chrétien ne peut faire autrement que de côtoyer ceux qui vivent ouvertement dans le péché. Sa mission ici n’est pas de les juger, mais de chercher à les conduire à la repentance et à la foi au Christ. Pour ce qui touche au jugement des pécheurs, cela, rappelle Paul, ne revient qu’à Dieu seul. Dans l’Eglise, à cause de la vie nouvelle reçue, d’autres principes ont cours. Il ne s’agit plus de poursuivre la vie dans les péchés auxquels nous nous adonnions autrefois, mais de se défaire de l’homme ancien et d’apprendre Christ (Ephésiens 4,20 à 24). Il appartient donc aux chrétiens de faire eux-mêmes le ménage dans la maison de Dieu, sans quoi c’est Dieu qui, de façon plus sévère, le fera (cf 1 Corinthiens 11,27 à 32). Que l’amour de Christ et le souci de Sa gloire restent dans l’Eglise la source de tout ce qui y est pratiqué !



[1] Introduction au Nouveau testament : les Lettres de Paul : A.KUEN : Editions Emmaüs 1982

mardi 21 mars 2017

1 CORINTHIENS 4

V 1 à 5 : le critère qui compte : la fidélité

De quelle manière Paul, Apollos ou tout autre apôtre du Christ doivent-ils être perçus par les croyants ? Paul y répond ici. Ils doivent être vus, non comme des personnes dotées d’un statut supérieur aux autres, mais comme des serviteurs au même titre qu’eux. Certes, par la connaissance dont ils font preuve des mystères de Dieu, le mystère de l’Eglise ou de l’Evangile, ils sont d’un apport inestimable à l’édification de l’Eglise. Mais cette connaissance ne provient pas d’eux. Ils n’en sont pas la source. Elle leur a été révélée, non pour leur gloire, mais pour le bien de tous. Aussi, les croyants ne doivent-ils les considérer comme des maîtres, mais comme de simples intendants des richesses qui sont en Dieu et en Christ. Alors qu’ils étaient à Lystres, Paul et Barnabas guérirent, par la grâce de Dieu, un infirme de naissance. La foule, éblouie par le miracle, les prit aussitôt pour des dieux et voulut leur offrir un sacrifice. Ils ne purent mettre un terme à cette folie qu’en déchirant leurs vêtement pour montrer aux autres qu’ils n’étaient que des hommes comme eux. Le récit ajoute que c’est à peine s’ils réussirent par ce moyen à dissuader la foule de commettre ce péché d’idolâtrie (Actes 14,8 à 18). De la part de païens qui ne connaissent pas Dieu, on peut comprendre ces excès. Veillons cependant à ce qu’ils ne se produisent pas dans l’Eglise de Jésus-Christ. Tout homme de Dieu, aussi éloquent ou influent soit-il, est et doit rester perçu par la communauté des croyants comme un serviteur, un gestionnaire des richesses qu’il a reçues. Il y va du bien de la communauté et de la protection du serviteur lui-même.

Suite à cette première mise au point, Paul aborde une question cruciale ayant trait au jugement que se font les croyants sur la valeur d’un ministre de Christ. Cette question est de savoir sur quel critère se fait cette estimation. Parce qu’ils sont charnels, il est notoire que, pour beaucoup, les critères d’évaluation de la valeur d’un serviteur de Dieu ne diffèrent pas de ceux que l’on trouve dans le monde envers les personnes qu’il idolâtre. Les serviteurs de Dieu brillant sont ceux qui jouissent d’une grande notoriété, qui sont éloquents ou dont le ministère est marqué par le succès. Paul rejette totalement cette grille de lecture. A ses yeux, la pierre d’angle de l’évaluation de la valeur d’un serviteur de Dieu repose sur un seul critère : la fidélité. Le ministre qui sert dans l’Eglise accomplit-il l’œuvre pour laquelle il a été appelé ? Sert-il Dieu et cherche-t-il Sa gloire et Son approbation ou celle des hommes ? Est-il rigoureux, consciencieux dans le service qu’il rend ? Est-il persévérant, que le succès soit au rendez-vous ou non ? L’Evangile est aussi clair que l’apôtre sur le sujet. Seule la fidélité à Dieu et dans l’exécution du mandat reçu sera récompensée par le Maître (Matthieu 25,14 à 23). Toute prise en compte d’un autre critère ne peut que fausser notre jugement.

Le risque d’erreur étant trop élevé, Paul, pour sa part, a décidé de refuser de soumettre au jugement humain l’évaluation de la valeur de son service. Il estime ici qu’il y va autant de sa propre sécurité que de celle de ceux qu’il sert. Il pousse même le principe à son extrémité. Bien qu’il ne se sente coupable de rien, il va jusqu’à refuser de se juger lui-même. Il s’en remet au seul jugement de Dieu quant à la valeur de son service et invite les croyants à faire de même quant à l’évaluation de ceux qui œuvrent parmi eux.  Dans le temps présent, il estime qu’il n’est possible à personne, hormis Dieu qui seul  connaît les intentions et les motivations qui sont dans les cœurs, d’évaluer à sa juste mesure le service d’un homme. Aussi, tout jugement humain sur le sujet ne peut être que partial, précoce et prématuré. Est-ce à dire pour autant que Paul ne peut être repris par personne ? Ce n’est pas là ce qu’il dit !  Oui, chacun peut et doit être prêt à être corrigé, en particulier au sujet de ses œuvres et de son comportement. Mais le jugement final sur la vie et le service d’un homme de Dieu appartient au Maître qui l’a enrôlé ! Et cela, chacun doit se le rappeler !

V 6 à 13 : le CV des serviteurs de Dieu

Qu'est-ce que les Corinthiens trouvent donc de si fabuleux à Paul et Apollos pour qu'ils se divisent en partis qui en font leurs champions ? Leur attitude n’est pas preuve de sagesse, mais d’un orgueil de mauvais aloi. Car le témoignage de la Parole de Dieu sur tous les hommes est unanime. Aussi admirables soient certains, tous sont sujets à la faiblesse, aux limitations et à l’égarement. Moïse fut un leader exceptionnel. Mais son impatience dans une circonstance le disqualifia pour entrer dans le pays promis. Elie était en son temps un résistant spirituel remarquable. Cela ne l’empêchera de tomber dans une sévère dépression et de fuir à la menace de mort lancée contre lui par la reine Jézabel. Aussi estimable que soit à nos yeux un serviteur de Dieu, nous devons veiller à rester mesuré dans l’appréciation que nous lui portons. Il n’est qu’un instrument choisi par la grâce de Dieu pour une œuvre et un objectif à court terme. Si nous l’interrogeons sur ce qu’il pense de lui-même, il est fort probable, s’il se connaît bien devant Dieu, qu’il sera le dernier à vouloir qu’on fasse de lui un objet quelconque de louange. Le danger d’une admiration trop forte se trouve ainsi davantage dans les yeux de ceux qui, à l’extérieur, louent les serviteurs de Dieu que dans leur propre regard sur eux-mêmes.

Au lieu d’admirer ses instruments, apprenons plutôt à apprécier la grâce de Dieu qui nous donne tout avec abondance pour que nous en jouissions. Car il n’y a rien dans le monde que nous possédions qui procède de nous. Tout ce que nous avons-nous a été donné comme cadeau de Dieu. Certes, le jour arrivera où, dans le royaume de Dieu, nous exercerons une certaine royauté. Mais telle ne doit pas être notre attitude aujourd’hui. Ce que nous partageons ici-bas avec Christ n’est pas le trône mais la croix. Si donc les Corinthiens veulent ressembler à leurs champions, qu’ils suivent leurs traces. Qu’eux aussi, au lieu de se comporter en riches arrivistes, acceptent l’opprobre et le dénuement qui est leur part dans leur parcours terrestre.

Car s’il y a un privilège dont jouissent les apôtres du Christ, il est bien celui d’être les derniers des hommes. Disciples de la croix, ils sont devenus ennemis du monde qui les traite comme des condamnés à mort. Jetés dans les arènes, ils sont jetés en pâture pour un spectacle morbide aux yeux du monde visible et invisible. Traités d’extrémistes et des fanatiques (cf Actes 26,24), ils passent, non pour des gens sensés, mais pour des fous. Sujets à la faiblesse, ils connaissent le déshonneur et la souffrance. Objets de toutes sortes de privations et de violence, ils vivent tels des parias fuyant d’une ville à l’autre pour échapper à la mort. Non ! La condition des apôtres du Christ, même si elle le sera un jour, n’est pas maintenant celle de rois. Si tel était le cas, aurait-il besoin de travailler de leurs propres mains pour pourvoir à leurs besoins ? Seraient-ils considérés comme des rebuts et les déchets de la société ? Si le sort des apôtres du Christ n’est ici-bas vraiment pas enviable, Paul attire cependant le regard des Corinthiens sur quelque chose en eux qu’ils peuvent apprendre à imiter. Il s’agit de leur attitude, du comportement dont ils font preuve dans l’adversité. Imitateur de leur Maître (1 Pierre 2,23), ils ont appris de Lui à répondre à l’insulte en bénissant, à faire face à la persécution en supportant, à réagir à la diffamation par l’encouragement. La croix, qui était leur message, était aussi leur vie. Enracinés en Christ, les apôtres avaient tiré un trait sur eux-mêmes pour vivre de la vie du Christ. C’est ce modèle que chaque chrétien dans ce monde est appelé à imiter. Oui, un jour, tous, nous aurons part à la gloire et la félicité du royaume. Mais dans cette attente, c’est l’opprobre du Christ que nous sommes appelés à porter. Que Dieu nous en donne aujourd’hui l’honneur (Actes 5,41).

V 14 à 17 : le souci paternel de Paul pour les Corinthiens

Si Paul fait preuve d’une certaine rudesse envers eux, les Corinthiens ne doivent pas la prendre autrement que comme l’expression d’un père soucieux de voir ses enfants marcher dans la vérité. Car, dit-il, quand même ils auraient été au bénéfice de l’influence de dix mille maîtres, les Corinthiens, sur le plan spirituel, n’ont qu’un seul père, celui qui les a engendrés en Christ. En tant que tel, Paul a la légitimité de s’adresser à eux comme il le fait et de leur dire ce qu’il leur dit. L’autorité dont il se prévaut envers eux est conforme à la vérité des faits. Elle s’inscrit dans le cadre de la réalité de leur histoire, celle que, dans Sa souveraineté, Dieu a mise en œuvre pour les faire naître à la vie !

Ecrivant ce qu’il dit, Paul n’est sans doute pas ignorant de la parole de Jésus selon laquelle Ses disciples ne doivent appeler personne sur la terre, père. Car, ajoute le Seigneur, un seul est votre Père, Celui qui est dans les cieux (Matthieu 23,9). Quoi que nous soyons pour une personne sur le plan spirituel, il y a et il doit toujours y avoir une différence notoire entre ce que nous sommes et ce qu’est Dieu pour elle. Cependant, bien que nous soyons tous dans l’Eglise de Jésus-Christ les fils d’un même Père, dans la réalité de notre parcours, c’est au travers de personnes précises que nous sommes venus à la vie. Celles-ci n’ont pas sur nous les droits absolus de Dieu. Pour autant, elles ne sont pas sans droit de regard et sans devoir à notre sujet. Tout comme il en est dans la famille humaine, être parent sur le plan spirituel nous implique à l’égard des enfants que Dieu nous a donné la grâce d’engendrer. Le livre des Proverbes tout entier est construit sur ce principe d’invitation pour les fils à l’écoute des conseils des pères (Proverbes 1,8-9). Il n’y a pas, certes ici, d’obligation absolue, mais il y va pour chacun de la sagesse et du bon sens.

S’il y a une chose grave que nous ayons à déplorer dans le siècle individualiste dans lequel nous nous trouvons, c’est bien la perte du sens de la redevabilité. En aucune manière, la liberté à laquelle le Christ nous a appelés n’équivaut à l’autonomie absolue. Parce que, tels les membres d’un corps, nous sommes liés les uns aux autres, tous nous sommes aussi redevables envers nos frères de la façon avec laquelle nous vivons. C’est dans ce but que Dieu a établi dans l’Eglise comme dans la société les autorités. Refuser l’exhortation, la parole, le conseil que l’autorité peut nous donner, c’est décider volontairement de n’en faire qu’à sa tête, ce qui, souvent, est les prémices de la chute ou de l’égarement. C’est pour éviter une telle issue à l’Eglise de Corinthe que Paul, ne pouvant s’y rendre lui-même, a décidé d’y envoyer Timothée, son fils spirituel connu d’eux. Sur place, il aura pour mission, dit-il, de leur rappeler ses voies, c’est-à-dire les principes selon lesquels il marche dans la vie en Christ. Le désir de Paul pour ses frères est précis. Puisqu’il est leur père en Christ, il a pour mission d’être aussi leur modèle. Il les invite, non à marcher à l’aveugle, en suivant leur propre pensée, mais à l’imiter, c’est-à-dire, à mettre leurs pieds dans ses traces. Que Dieu donne à chacun de nous cette volonté et cette conscience de modèles à suivre.

V 18 à 21 : avertissement aux rebelles

Quoi que Paul ait décidé d’envoyer Timothée à Corinthe, il n’a pas renoncé pour autant au projet de s’y rendre lui-même sous peu. Quelques-uns parmi les Corinthiens, dénonce-t-il, spéculant sur le fait qu’il ne viendrait pas, se sont gonflés d’orgueil. N’ayant pas à affronter l’apôtre et le père spirituel de l’Eglise en face, ils se sont dit qu’ils avaient les coudées franches pour jouer aux petits chefs dans l’assemblée. Qu’ils se détrompent ! Dès qu’il le lui sera possible, Paul ira à Corinthe. Sur place, il confrontera les prétentions de ses contestataires à la puissance de la vérité. Chacun aura alors l’occasion de se rendre compte par lui-même sur quoi repose l’autorité des uns et des autres.


Apprenons une fois de plus du courage de Paul ! Pas plus qu’il ne l’est pour nous, il ne lui est agréable d’user du ton qu’il emploie pour s’adresser à ses frères. Il y a cependant des moments où, par amour pour la vérité, la douceur n’est pas de mise. S’il le faut, dit l’apôtre, il viendra à Corinthe avec un bâton, dans l’objectif de réprimander. Comme il en est pour l’éducation des enfants, la réprimande est, pour la formation des chrétiens immatures, une arme appropriée, le signe d’une véritable préoccupation spirituelle pour ses frères. Mieux vaut, dit le livre des Proverbes, une réprimande ouverte qu’une amitié cachée (Proverbes 27,5). Il y a dans la réprimande ouverte une plus grande preuve d’amour envers autrui que dans le silence qui a peur de froisser. La réprimande a été, dans la bouche de Jésus, une méthode souvent utilisée à l’égard de Ses disciples, lents à croire et à comprendre (cf Marc 9,19 ; Matthieu 26,52). Néhémie ira, dans son zèle pour Dieu, jusqu’à l’accompagner d’une certaine violence en tirant les cheveux des récalcitrants (Néhémie 13,25). Il n’y a sans doute pas là un exemple à imiter aujourd’hui. Il faut cependant reconnaître, contrairement à ce que disent les éducateurs de notre temps, qu’une bonne correction a parfois sur des enfants plus d’effets que mille discours (Proverbes 13,24 ; 22,15). Que notre désir de plaire aux hommes ne nous conduise jamais à faire preuve de lâcheté dans la défense des intérêts de Dieu !

jeudi 16 mars 2017

1 CORINTHIENS 3

V 1 à 4 : chrétiens charnels

Pour l'heure, malgré ce qu’il vient de dire, Paul déplore de ne pas trouver chez les Corinthiens la réalité spirituelle à laquelle il aurait pu s’attendre. Certes, les Corinthiens sont des enfants de Dieu. Mais, malgré le temps et la richesse des ministères desquels ils ont bénéficié, leur croissance ne s’est pas faite. Les divisions stupides qui les déchirent en sont la preuve. Elles témoignent, dit Paul, de leur immaturité, du caractère charnel et infantile de leur spiritualité. Les conséquences en sont dramatiques. Au vu de tout ce qu’ils ont reçu par la grâce de Dieu, les Corinthiens auraient dû être en mesure d’assimiler les enseignements les plus consistants de la Parole de Dieu. Il n’en est rien. Paul doit se résigner pour eux à continuer à leur prodiguer du lait, la nourriture de base des nouveau-nés dans la foi.

Quelle souffrance que celle d’un apôtre lorsque l’Eglise que Dieu lui a donné la grâce d’implanter dans un lieu ne se développe pas comme espérer. Quelle tristesse lorsque, au lieu d’aller vers un approfondissement toujours plus grand de l’Ecriture, celui-ci doit se résigner à toujours revenir aux enseignements primaires de la foi. Jugeant de la maturité ou de l’immaturité d’une Eglise, il serait aisé d’en attribuer la responsabilité à ceux qui l’enseignent ou la dirigent. Le raccourci est trop facile. L’Eglise de Corinthe en est dans l’Ecriture le témoignage : le développement d’une assemblée n’est pas toujours le reflet de la qualité de ses pères. D’autres facteurs que ceux de leur influence entrent en ligne de compte, tel celui de la culture et de la mentalité environnant l’Eglise. Pour autant, l’apôtre doit-il baisser les bras, se résigner au fait que l’Eglise ne mûrisse pas ? L’attitude de Paul face aux Corinthiens en est la réponse. L’apôtre ne doit pas hésiter à la reprendre, à dire la vérité des choses telle qu’elle est. L’apôtre de Jésus-Christ aime l’Eglise. Il l’aime, non pour elle-même, mais pour le beau projet que Dieu a en vue pour elle. Aussi ne doit-il pas hésiter, lorsqu’il le faut, à la corriger comme le père qui aime ses enfants les corrige. Il n’y a pas là défaut, mais preuve d’amour à son égard !

Apprenons donc ici, non seulement de l’Eglise de Corinthe, mais de l’apôtre Paul. La lettre de Paul aux Corinthiens poursuit deux buts. Elle avertit celui qui travaille à l’implantation d’Eglises qu’il doit être prêt à la déception. Entre l’idéal auquel il aspire et la réalité à laquelle il devra faire face, il peut y avoir un fort décalage. Elle nous instruit aussi, par l’exemple de Paul, sur l’attitude qui doit être celle d’un apôtre responsable dans cette situation. Serviteur de l’Eglise, il l’est d’abord de Dieu et de la vérité en son sein. Que Dieu nous donne l’amour et le courage dont fait preuve ici Paul à Corinthe.

V 5 à 9 : la complémentarité des serviteurs de Dieu

Face à l’esprit de parti qui divise les Corinthiens en factions, Paul les invite à s’interroger sur le fond des choses. Qui sont Paul et Apollos, les hommes desquels les uns et les autres se revendiquent ? Quels sont leur statut, leur identité face à Dieu ? L’apôtre répond lui-même à la question qu’il pose. Que ce soit lui ou Apollos, chacun d’eux a, au service de Christ, le même statut. Chacun est un serviteur du même Dieu, actif dans Son œuvre de construction de l’Eglise, pour des missions et à des étapes différentes. Dans l’histoire de l’Eglise de Corinthe, Paul a été celui qui a planté la semence de l’Evangile dans les cœurs. Apollos, venu après lui, est celui qui a arrosé la semence qui a germé. Mais le seul qui a donné la vie et qui a la puissance de la faire croître, c’est Dieu. C’est à Dieu seul donc que doit revenir la gloire, la reconnaissance et la louange des cœurs.

Aussi appréciable que soit l’apport d’un serviteur de Dieu dans Son œuvre, il y a toujours faute de la part de ceux qui en ont bénéficié lorsque celui-ci devient à leurs yeux le référent unique de leur foi. Notons ici, comme déjà dit plus haut, que la cause de cette déviation dans le peuple de Dieu ne revient pas toujours aux intéressés eux-mêmes. Le désir profond qui transparaît dans toutes les lettres que Paul a écrites est bien que les chrétiens s’attachent à Christ seul et vivent de Lui. Tout le reste est, à ses yeux, péché, source d’égarement et d’idolâtrie. Comme il a commencé à le faire dans le chapitre 1, Paul appelle les Corinthiens à revenir à la raison. Aussi éminents soient Paul, Apollos ou Pierre, aucun n’a été crucifié pour eux. Ceci, seul le Christ l’a fait pour leur salut (1 Corinthiens 1,13). Aussi estimés peuvent être les serviteurs de Dieu, c’est Lui seul qui, en dernier lieu, appréciera ce que vaut le travail de chacun. Il ne revient donc pas à l’Eglise de le faire et d’établir sa propre échelle de valeur pour les noter. Christ seul est le Chef. Tout serviteur, à ses côtés, n’est qu’un collaborateur. Ce qui importe n’est pas la valeur de la part de l’un ou l’autre dans la construction de l’Eglise, mais ce que sera le produit fini dont le but est de rendre gloire au Maître d’œuvre !

V 10 à 15 : la responsabilité personnelle de chacun dans le service

Si l’œuvre de construction de l’Eglise est collaborative, il n’en est pas moins vrai que chacun porte devant Dieu sa part de responsabilité dans la façon avec laquelle il y aura contribué. Paul, selon la grâce que Dieu lui a accordée, a été l’architecte de l’œuvre qui s’est faite à Corinthe. Présent dès le début, il est celui qui a donné naissance à l’ouvrage par la pose de ses fondations. Cette fondation sur laquelle l’Eglise est appelée à s’édifier n’est rien d’autre, selon les termes de l’Evangile, que le Christ lui-même (Matthieu 16,16 à 18). Qui bâtit une communauté sur autre chose, une personne, une institution, ne construit pas l’Eglise de Jésus-Christ, mais une secte. Jésus-Christ seul est la pierre d’angle de l’Eglise, celle sur laquelle s’alignent toutes les autres (Ephésiens 2,20). Hors de Lui, l’Eglise n’existe pas. Le fait qu’il en soit ainsi n’est pas sans importance. Si un système religieux tient par autre chose que par Jésus-Christ, il finira, même s’il porte le nom d’Eglise, par s’écrouler. Si, par contre, une communauté, si faible soit-elle, a Jésus-Christ pour fondation, rien ne peut la détruire. Elle peut, certes, historiquement disparaître, comme ce fut le cas de beaucoup au cours des siècles. Mais elle ne sera jamais perdue pour toujours, ses membres se retrouvant en Christ pour l’éternité.

Les fondations posées, l’œuvre n’est pas terminée. Elle n’en est, au contraire, qu’à ses débuts. Aussi, Paul avertit les Corinthiens quant à leur responsabilité devant Dieu sur la manière avec laquelle ils construisent sur le fondement posé. Car le jour vient où Dieu Lui-même va éprouver, au travers du feu de Sa justice, la solidité et la qualité de l’œuvre de chacun. Or, le feu de la justice de Dieu ne pardonne pas et ne fait preuve d’aucune indulgence. Il ne prend en compte ni excuse, ni justification propre. Face à lui, chaque acte, chaque engagement paraît, non tel qu’il a été vu par les hommes, mais tel qu’il vaut devant Dieu. Soit, de toute une vie, il ne restera, à l’épreuve du feu de Dieu, que cendres. Le croyant, certes, sera sauvé en vertu de la fidélité de Dieu à Son alliance de grâce en Christ. Soit, il subsistera quelque chose et, en fonction de ce reste, le croyant recevra le salaire de ses œuvres bonnes.

Des matériaux que Paul cite pour illustrer son propos, trois sont classés dans ce qui résiste au feu (l’or, l’argent et les pierres précieuses), trois autres dans ce qui se consumera et desquels il ne restera rien (le bois, le foin ou le chaume). Pour tout chrétien, la possibilité est là de construire sa vie avec Dieu de manière solide ou non. Que chacun en soit cependant conscient ! Les choix que nous faisons, la manière selon laquelle nous vivons ici-bas notre vie avec Dieu et participons ou non à l’édification de l’Eglise auront des conséquences effectives et durables en éternité. Il y aura différence entre celui qui n’a pas servi Dieu et ses frères, et celui qui les aura peu ou beaucoup servi. Le service, les œuvres que nous faisons est la pierre d’angle à partir de laquelle Dieu mesure notre amour pour Lui et les autres. Nous pouvons dans la vie chrétienne dire et promettre beaucoup de choses. Mais ce que Dieu prend en compte  n’est pas de l’ordre des paroles, mais des actes (Jacques 2,16-17 ; 1 Jean 3,16 à 18). Mieux vaut donc pour nous être chiche en paroles, mais riche en actions. Mieux vaut pour nous donner un simple verre d’eau froide à notre frère qui a soif plutôt que de lui faire un long discours sur les bienfaits de la charité sans agir. Car, pour la 1ère chose, il y a une récompense à la clé et, pour la seconde, rien (Marc 9,41).

V 16 et 17 : l’Eglise, le sanctuaire de Dieu

Immatures dans la foi, les Corinthiens se distinguaient des autres par un degré d’ignorance inégalé. Les Corinthiens avaient eu l’avantage sur beaucoup de bénéficier de l’apport du ministère de riches enseignants. Mais l’apôtre en fait le constat : de tout ce qu’ils ont reçu, peu a été retenu. Aussi Paul, tel qu’il le ferait pour des nouveau-nés dans la foi, va-t-il s’appliquer tout au long de sa lettre à leur rappeler ce que, depuis longtemps, les Corinthiens auraient dû savoir (1 Corinthiens 3,16 ; 5,6 ; 6,2.3.9.15.16.19 ; 9,13.24). De toutes les lettres du Nouveau Testament, la 1ère de Paul aux Corinthiens est ainsi celle qui cumule la majorité des reproches des apôtres aux églises quant à leur ignorance des vérités fondamentales de la vie chrétienne. Notons que dans la pensée de Paul l’ignorance n’est pas tant d’abord une question de savoir que de pratique. Le chrétien qui sait n’est pas celui qui a entendu. C’est plutôt celui qui a intégré dans sa vie les vérités qui lui ont été enseignées. Forts de tout ce qu’ils ont reçu, les Corinthiens auraient dû être des adultes sur le plan du jugement des choses. Mais Paul le déplore : leur croissance ne s’est pas faite. Paul n’a pas à faire à Corinthe à des hommes mûrs, mais à des enfants (1 Corinthiens 14,20).

La 1ère vérité que Paul rappelle ici aux chrétiens de Corinthe touche à leur identité. Qu’est-ce que l’Eglise de Jésus-Christ au-delà du rassemblement des croyants dans un lieu donné ? Elle est, dit Paul, le temple de Dieu, Sa maison, Son sanctuaire, le lieu sacré de Sa présence parmi les hommes. Elle l’est, non pour les hommes qui la composent, mais parce qu’elle l’habitation de Dieu en Esprit (Ephésiens 2,22). L’Eglise a une valeur infiniment précieuse pour Dieu. Aussi chacun qui y vit ou qui y exerce un ministère doit en avoir conscience : abîmer l’Eglise, la salir, c’est attenter à quelque chose qui touche au sacré. C’est s’en prendre à un bien qui, au cœur de Dieu, est de la plus haute valeur. Pour avoir osé le faire, certains, tels Ananias et Saphira, l’ont payé de leurs vies (Actes 5,1 à 11). Les Corinthiens, et nous avec eux, sont donc prévenus : tout n’est pas permis dans l’Eglise. Certes, la rétribution des œuvres de chacun se fera au tribunal de Christ (1 Corinthiens 5,10). Mais Dieu peut dès maintenant juger, comme il l’a fait pour Uzza dans l’Ancien Testament (2 Samuel 6,6-7), quiconque profane ce qui, aux yeux de Dieu, porte la marque du sacré. Preuve en est, dira Paul plus tard, par le nombre élevé de malades, d’infirmes et même de morts parmi les Corinthiens, dû à leur attitude légère et désinvolte au moment de la Cène (1 Corinthiens 11,30 à 32).

Chrétiens, de quoi avons-nous besoin pour préserver l’Eglise de la corruption ? En premier, de la prise de conscience du fait que celle-ci ne nous appartient pas, mais qu’elle est à Dieu ! L’Eglise n’est pas une société comme les autres. Elle est ici-bas le tabernacle de Dieu. Jésus l’a assuré à Ses disciples : quelle que soit la taille de la communauté qu’ils forment, Il est là présent avec eux et au milieu d’eux (Matthieu 18,20). Que chacun craigne ! Ce qu’il introduit dans l’Eglise relève, non d’abord du jugement des hommes, mais de celui qui en est l’hôte privilégié : le Saint-Esprit. Lui seul décide in fine de ce qui peut cohabiter avec Lui ou pas !

V 18 à 23 : première conclusion de Paul

Son développement terminé, Paul conclut le premier point abordé dans sa lettre. Cette conclusion se résume en deux propositions :

1ère proposition : que personne ne se considère comme sage selon ce monde

Paul le rappelle : la sagesse de ce monde est pure folie devant Dieu. La croix de Jésus-Christ, par laquelle Dieu opère Son salut, en est la preuve la plus éminente. Folie pour le monde, elle est l’expression de la sagesse même de Dieu. Si donc quelqu’un veut accéder à la véritable sagesse, il ne le peut qu’au travers d’un préalable incontournable : qu’il découvre d’abord sa propre folie. L’acquisition de la sagesse n’est pas quelque chose qui se fait par la voie de la raison, mais par celle du cœur. La sagesse du monde n’est pas construite sur la connaissance de la vérité quant à soi-même, mais sur la ruse, la malice, la tromperie qui naît de la suffisance. La croix du Christ détruit tout cela. Elle met à nu la futilité des prétentions humaines. Que tout chrétien le sache : c’est dans la dépendance absolue de Dieu et de Sa grâce que la sagesse véritable s’acquiert.

2ème proposition : que personne ne mette sa fierté dans les hommes

Le faire, dit Paul, c’est d’une certaine façon faire preuve de sectarisme. C’est se limiter volontairement à une portion de la richesse que nous avons en Christ, alors que tout ce qui procède de Lui est mis à notre disposition. Apprécions les serviteurs que Dieu nous donne pour notre édification. Mais n’oublions jamais que c’est du Christ que nous sommes disciples, non d’un homme. Dieu, pour un temps, peut nous faire bénéficier de la richesse qu’Il a mises dans l’un de Ses ministres. Mais celui-ci ne saurait résumer à lui seul tout ce qu’Il a en vue de nous donner. Apprenons de la diversité des dons que Dieu nous faits. Elle est le moyen par lequel Sa richesse nous est donnée.


Ayons une vue la plus large possible des dons de Dieu pour nous. Attaché à Christ, toute notre relation avec les choses et les êtres en est changée. Le monde entier dans sa profusion est à nous. Il est un cadeau de Sa grâce. La mort même, à laquelle nous étions autrefois soumis, n’est plus synonyme pour nous de perte, mais de gain (Philippiens 1,21). Déclarer que quelque chose ici-bas est notre unique bien, c’est choisir d’être pauvre. Tout est désormais à nous, non pour que nous l’accaparions, mais pour que nous le prenions comme don de Dieu pour notre bien. Et nous-mêmes, selon l’ordre éternel voulu par Dieu, conclut Paul, sommes à Christ et Christ à Dieu (1 Corinthiens 15,28).

mercredi 8 mars 2017

1 CORINTHIENS 2

V 1 à 5 : le témoignage de Paul

Le principe de la faiblesse, qui est au cœur du moyen mis en œuvre par Dieu pour notre salut, ne se retrouve pas seulement dans la croix où le Christ meurt ou dans la composition de l’Eglise. Il est aussi celui qui habite les proclamateurs de l’Evangile, afin que l’œuvre qui résulte de leur prédication ne leur soit pas attribuée, mais à Dieu seul. Lisant les Actes des apôtres et ses épîtres, nous pourrions penser que Paul était un homme d’une trempe exceptionnelle. Qui peut prétendre avoir vécu et enduré autant que lui, affronté tant d’opposition violente ? Le secret de Paul, il nous le dit ici, ne réside pas dans sa force. Arrivé à Corinthe, Paul témoigne qu’il ne se sentait ni rassuré, ni vraiment sûr de lui. Au contraire ! Ayant déjà souffert à multiples reprises, le sentiment qui le dominait n’était pas la confiance, mais la crainte. Il faudra à l’apôtre une vision accompagnée d’une parole divine pour avoir le courage de relever le défi d’annoncer l’Evangile dans ce nouveau lieu (Actes 18,9-10).

De même, face à la riche culture grecque dont il venait d’avoir un aperçu à Athènes, l’apôtre ne cherchera pas à atteindre ses auditeurs par une supériorité de sagesse ou de langage. Brillant sur le plan intellectuel, Paul aurait pu user de cette arme et se lancer dans des joutes oratoires impressionnantes ou faire preuve d’une érudition de haute volée. L’apôtre n’a eu qu’un souci : proclamer le Christ crucifié, s’attacher aux faits qui sont le cœur de l’Evangile, la révélation du mystère de Dieu. Le résultat fut à la hauteur de la fidélité de l’apôtre à Dieu et à sa mission. Se saisissant de sa parole, l’Esprit toucha des cœurs qui, convaincus de la vérité du message entendu, se tournèrent vers le Christ et devinrent disciples. La prédication de Paul ne fut pas une démonstration de son savoir brillant, mais de la puissance de l’Esprit de Dieu. L’objectif était atteint. La foi que suscita la prédication de Paul dans sa faiblesse s’enracina chez les Corinthiens dans l’idée que la puissance du message de l’Evangile ne résidait pas dans la sagesse humaine, mais en Dieu.

Le témoignage du vécu de Paul à Corinthe n’est pas circonstanciel. Rapporté dans la Parole de Dieu, il pose le cadre à partir duquel tout proclamateur de l’Evangile doit œuvrer pour être en symbiose avec l’Esprit de Dieu. Le message que nous sommes appelés à délivrer ne nous appartient pas. Nous n’avons ni la liberté d’en changer les termes, ni d’en atténuer la teneur par une présentation adaptée au public que nous voulons atteindre. La forme sous laquelle nous présentons l’Evangile, le véhicule des mots employés, illustre ou défigure son contenu. L’appel à la repentance et la foi en Christ est incompatible avec des procédés qui en brouillent le sens. N’ayons de même aucune crainte quant à l’idée de ne pas être à la hauteur de notre mission ou désarçonné par ceux qui veulent faire étalage de leur savoir. Ce n’est pas nous, mais à l’Esprit de Dieu qu’il revient de convaincre de la vérité du Christ.

V 6 à 16 : L’Evangile, sagesse de Dieu

1.       Une sagesse qui dépasse l’entendement humain

 Si l’Evangile ne peut être classé dans les catégories de la sagesse humaine, il n’en relève pas moins pour autant du domaine de la Sagesse au sens général. Cette sagesse dont l’Evangile est porteur, dit Paul, est la sagesse de Dieu, l’expression, en quelque sorte, de Sa philosophie. Or, comme il en est de tous les autres, le sujet qui est au cœur de la philosophie de Dieu, la croix, s’énonce sous forme de propositions. Fait historique, la croix de Jésus-Christ est l’expression exacte et globale de l’idée que Dieu se fait de toutes choses. Par elle, nous apprenons de quelle manière l’homme doit être vu et considéré dans la réalité : un pécheur séparé de Dieu sans espoir de réforme et de salut. Par elle, nous comprenons d’où lui vient ce salut qu’il ne peut produire : du sacrifice substitutif de Jésus-Christ, Fils de Dieu devenu homme. Par elle, nous saisissons que l’état dans lequel se trouve ce monde n’est en rien dû à son Créateur, mais qu’il résulte de l’adhésion de l’humanité dans sa genèse à un mensonge. Outre le fait qu’elle soit historique, la croix est aussi la révélation d’un concept, celui de la vérité éternelle qui est en Dieu.

En effet, si la croix est la réponse de Dieu à la révolte de l’humanité, elle est porteuse de vérités qui dépassent le cadre de l’histoire humaine. « Nous ne considérons, dit Watchman Nee, l’Histoire qu’à partir de la chute. Mais avant la chute, Dieu avait déjà quelque chose à la pensée, et dans l’avenir ce quelque chose ne manquera pas d’être réalisé. Dieu savait bien tout ce que le péché et la rédemption allaient produire, et pourtant le grand dessein qu’Il avait conçu pour l’Eglise dès Genèse 2 ne fait aucune place au péché. Pour parler un langage humain, c’est comme si, en pensée, Il sautait par-dessus toute l’histoire de la rédemption et voyait l’Eglise dans l’éternité future, ayant un ministère et une histoire tout à fait indépendante du péché et entièrement de Dieu. C’est le Corps de Christ dans sa gloire, ne laissant rien percer de la déchéance de l’homme, mais exprimant uniquement l’image du Fils de l’homme glorifié. »

Rendue nécessaire, la croix est le moyen par lequel Dieu procède à une divine rectification. Arraché à une philosophie de vie centrée sur l’homme, la croix, par laquelle Dieu nous sauve de nous-mêmes, nous introduit désormais dans une philosophie de vie centrée sur Dieu, ce qui était Son dessein originel pour l’humanité. Parce qu’il modifie le centre autour duquel tout gravite, on comprend que la sagesse de Dieu révélée dans l’Evangile ait échappé aux grands de ce monde. Préoccupés d’eux-mêmes et de leur gloire dans le temps présent, ils n’ont pas compris qu’en crucifiant le Fils de Dieu, ils opéraient le salut de Dieu pour l’humanité et se condamnaient eux-mêmes. L’Eglise primitive de Jésus-Christ l’a quant à elle bien saisi. Confronté à l’opposition des autorités, elle exprime, à partir du fait de la croix, sa parfaite confiance en la souveraineté de Dieu capable de convertir le pire mal en bien suprême pour accomplir Ses desseins (Actes 2,23 à 28). Oui, la croix de Jésus-Christ, plus que tout, nous parle de Dieu. Elle le fait en des termes qui dépassent l’entendement humain. Elle nous fait remonter à l’éternité, à la vérité et au cœur de Dieu même. Par elle, nous entrons dans un domaine de connaissance inaccessible aux spéculations de la pensée humaine, des réalités que seul l’Esprit de Dieu peut révéler, ce qui va être le second sujet de l’argumentaire de Paul à propos de la sagesse de l’Evangile.

2.       Une sagesse accessible seulement par révélation

N’avons-nous jamais été étonnés par le fait que, bien que faisant preuve d’une intelligence brillante, certains soient incapables de saisir la simplicité de l’Evangile ? Paul nous en donne ici la raison. Les vérités dont l’Evangile est porteur sont impossibles à saisir par les facultés naturelles humaines sans une révélation donnée par l’Esprit de Dieu. La fonction de l’esprit, dans l’homme comme en Dieu, a été définie par Salomon dans le livre des Proverbes. « L’esprit de l’homme est une lampe que l’Eternel a donnée et qui sonde les profondeurs de l’être (Proverbes 20,27). Sonder les profondeurs de Dieu, capter Ses pensées, saisir la sagesse qui est à l’origine de Ses actes s’avère impossible sans l’Esprit de Dieu. Aussi la révélation qui vient de l’Esprit est-elle indispensable aussi bien pour naître de nouveau que pour progresser dans la connaissance de Dieu. Qui que nous soyons, Jésus le dira, nous dépendons d’elle pour comprendre à la fois qui est le Père et qui est le Fils (Matthieu 11,27). Or, cette révélation, ajoutera-t-il, n’est pas donnée aux sages et aux intelligents selon le monde, mais aux enfants, c’est-à-dire, en ceux chez qui la foi est le moteur de la connaissance (Matthieu 11,25).

Quel est l’avantage du chrétien le plus simple sur le sage de ce siècle ? Il est immense. Car, alors que le sage n’est équipé que de sa propre lampe pour sonder les choses, le chrétien le plus simple est doté de la lampe de Dieu, l’Esprit. Par Lui, son intelligence éclairée peut savoir avec certitude tout ce que la grâce de Dieu lui a offert en Christ. Fermé à la compréhension du sage, la parole de Dieu devient un livre ouvert pour l’enfant de Dieu. Quelque effort que fasse le sage pour analyser les choses, il ne dépassera jamais la sphère de la subjectivité. La vérité à laquelle il croit ne sera toujours que sa vérité telle qu’il la pense, la conçoit ou la ressent. Le chrétien, quant à lui, peut dépasser ce stade pour s’attacher à des réalités qui sont hors de lui, en Dieu. Equipé de l’Esprit, il a le pouvoir de se faire un jugement objectif, c’est-à-dire conforme à la réalité puisque provenant de sa source même. C’est pourquoi aussi, son discours échappe si souvent aux sages de ce monde, incapables de pénétrer dans la sphère de laquelle ils proviennent. Chrétiens, ne nous laissons pas impressionner par ceux qui font étalage de leur sagesse et de leur grand savoir ! Si brillants soient-ils sur le plan du raisonnement, ils sont, pour ce qui concerne la connaissance de Dieu, si ignares que le plus petit dans le royaume de Dieu les dépasse de loin. Réjouissons-nous d’avoir, par l’Esprit de Dieu, la pensée même de Christ en nous ! Par elle, des trésors de connaissance et de richesses insoupçonnés pour le sage de ce siècle sont à notre portée !


vendredi 3 mars 2017

1 CORINTHIENS 1

V 1 à 3 : Salutations

C’est en temps qu’apôtre de Jésus-Christ que Paul se présente à ses frères de Corinthe. Ce titre, Paul ne se l’arroge pas lui-même. Il le tient de deux sources. Paul est apôtre de Jésus-Christ par appel. Cela signifie qu’en aucune manière c’est lui-même qui s’est installé dans ce ministère. Comme il en fut pour sa conversion, son appel à l’apostolat résulte d’une parole d’autorité de Jésus-Christ (Actes 9,15-16). C’est par la volonté de Dieu seule, seconde source, que Paul est apôtre de Jésus-Christ. Le rappel de Paul, quant à l’origine de sa vocation en introduction de sa lettre, est à la fois utile pour lui et pour ses destinataires. En s’adressant à eux comme il va le faire, Paul est dans les limites de son mandat. Parce qu’il l’a reçu de Dieu, Paul a autorité pour dire ce qu’il va dire aux Corinthiens. Paul n’est pas Jésus-Christ ! Mais, parce qu’il est son envoyé, ceux-ci doivent recevoir ce qu’il va leur dire comme une parole qui émane de Lui.

Paul adjoint à sa signature le frère Sosthène. Son nom apparaît pour la première fois dans le livre des Actes. Sosthène était le chef de la synagogue de Corinthe. Devenu disciple de Jésus, il fut battu par la foule des Juifs en colère contre Paul devant le tribunal où il était jugé (Actes 18,17). L’association de Sosthène, autrefois chef religieux reconnu à Corinthe, à son nom devait donner un poids supplémentaire d’autorité à la lettre de Paul pour ses destinataires.

Paul adresse sa lettre à l’Eglise de Dieu établie à Corinthe. L’Eglise est l’assemblée de tous ceux qui ont été consacrés en Jésus-Christ. Ceux-ci ne sont plus identifiés comme pécheurs, mais comme saints en raison de l’appel de Dieu. L’accent mis une seconde fois sur l’appel de Dieu dans la salutation de l’apôtre n’est pas fortuit. Il a comme objet d’aider les chrétiens à se considérer comme Dieu les considère. Le chrétien n’est plus ce qu’il était autrefois. Il est habité par une vie nouvelle qui lui donne une identité nouvelle. C’est trop souvent parce qu’il l’oublie qu’il ne vit pas à la hauteur de son nouveau statut. Paul étend l’adresse de sa lettre à tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de Jésus-Christ comme Seigneur. Les Corinthiens sont la cible première de son épître. Mais ils ne sont pas les seuls à avoir besoin de ce qu’il va leur dire. Nous aussi, peuple de Dieu de notre temps, sommes concernés de près par les sujets qu’il va évoquer.

Paul conclut ses salutations par la formule qu’il emploie habituellement dans le reste de ses écrits. De tout cœur, il souhaite grâce et paix de la part de Dieu, le Père, et du Seigneur Jésus-Christ, à ses frères !

V 4 à 9 : actions de grâce de l’apôtre pour l’Eglise de Corinthe

Qui ne souhaiterait pas faire partie de l’Eglise de Corinthe ? Pensant à elle, Paul ne peut qu’exprimer sa reconnaissance à Dieu pour la richesse qui s’y trouve. L’apôtre a beaucoup voyagé. Il a implanté beaucoup d’Eglises. Mais d’elle seule il dira, dans ses lettres, qu’elle a été si comblée par la grâce de Dieu qu’il ne manque aucun don à son équipement spirituel pour vivre jusqu’à le venue du Seigneur. La suite de l’épître nous le confirme. Sur le plan de l’enseignement, l’Eglise de Corinthe a bénéficié de l’apport des meilleurs enseignants de l’époque. Outre le fait que Paul y soit resté un an et demi, Apollos y a aussi séjourné. L’Eglise comptait aussi des proches de l’apôtre Pierre (1 Corinthiens 1,12). L’Eglise était de plus dotée de multiples dons. Il y avait en son sein de nombreux prophètes (1 Corinthiens 14,29-30). De nombreux croyants parlaient en langue ou exerçaient d’autres dons. Oui ! Du point de vue de la parole et de la connaissance, peu d’Eglises des premiers temps auraient pu prétendre rivaliser avec celle établie à Corinthe.

Connaissant la richesse des dons qui abondaient dans l’Eglise de Corinthe, il serait légitime pour quiconque de s’attendre à trouver en elle les marques d’une grande maturité. La suite de l’écrit de l’apôtre va montrer qu’il n’en est rien. Au contraire ! De toutes les Eglises à qui il s’adressera, celle de Corinthe apparaît comme la plus charnelle. Aussi, la conclusion première que l’on peut tirer de la lecture de la lettre de Paul est que l’abondance des dons qui se trouvent dans une Eglise ne préjuge en rien de sa maturité. En comparaison de celle de Corinthe, l’Eglise de Thessalonique, où Paul ne résidera que peu de temps, paraît beaucoup plus faible sur le plan de la connaissance. Pour autant, cela ne l’empêchera pas d’être un modèle pour tous les croyants de Macédoine et de l’Achaïe (1 Thessaloniciens 1,8). La maturité spirituelle d’une Eglise ne se mesure pas à la richesse des dons qui s’y trouvent. Elle se révèle plutôt par la pratique des vertus cardinales de la vie chrétienne : l’amour, le service, la foi et l’espérance liée à l’attente du retour du Seigneur.

Quoi que Paul sache ce qui se trouve dans l’Eglise de Corinthe, il n’est pas sans espoir pour elle. Avec d’autres mots, il réaffirme ce qu’il a dit en introduction de sa lettre aux Philippiens (Philippiens 1,6). Il n’est pas de l’habitude du Seigneur de commencer une œuvre et de ne pas l’achever. L’Eglise de Corinthe est infantile et immature. Mais le Seigneur a le pouvoir de l’affermir et de la rendre irréprochable pour le jour de Sa venue. C’est ici la foi et l’espoir dans lesquels travaille tout missionnaire ou implanteur d’églises. Quels que soient les sujets de tristesse et les tracas que peuvent poser les Eglises, nous avons un Dieu qui est fiable, digne de confiance. S’Il nous a appelés à sa communion, Il a le pouvoir de nous rendre ensemble semblables à Lui. Que notre foi reste en Lui plus que dans toutes les capacités qu’Il nous a données en vue du service auquel Il nous a enrôlé.

V 10 à 17 : divisions et esprit de parti

La première marque d’immaturité de l’Eglise de Corinthe se voit dans les divisions qui fragmentent la communauté. Alors qu’elle avait bénéficié du ministère des hommes de Dieu les plus éminents de l’époque, l’Eglise de Corinthe n’avait pas su en tirer bénéfice. Des clans s’étaient formés et l’unité de l’Eglise avait été mise à mal par un esprit de parti. Par plusieurs questions, Paul tente de ramener les chrétiens de Corinthe à la raison. Leur allégeance doit-elle aller à un homme, aussi brillant soit-il, ou au Seigneur dont il est le serviteur ? Paul, Apollos ou Pierre sont-ils les sauveurs des chrétiens de Corinthe ? Ont-ils été crucifiés pour eux en vue de leur salut ? Est-ce en leurs noms qu’ils ont été baptisés ? Quoi qu’un serviteur de Dieu apporte à la vie d’une communauté, cette quote-part ne peut et ne doit jamais rivaliser avec celle du Christ pour elle. Le Christ seul est source de vie, de salut. C’est à Lui seul que l’Eglise est appelée à rendre témoignage. Toute orientation autre n’est que vol et détournement au profit de l’homme de la gloire qui Lui revient.

Alors que certains se déchiraient en revendiquant leur appartenance à tel ou tel homme de Dieu venu à Corinthe, d’autres, qui se pensaient au-dessus de ces chicaneries, alléguaient qu’ils ne relevaient que du Christ seul. Sans doute dans l’absolu avaient-ils raison. L’apôtre pourtant n’est pas dupe. En les classant parmi ceux qui sont animés d’un esprit partisan, Paul dénonce le caractère charnel de leur prétendue spiritualité. Car eux aussi dans l’Eglise avait formé un parti, celui du Christ. Certes, celui-ci paraissait correspondre davantage à la vérité. Mais, dans les faits, les mêmes sentiments de supériorité l’animaient. La revendication de n’être à Christ seul n’avait comme objet que de manifester celle-ci en comparaison avec les autres.

Seule l’humilité, rappelle Paul, est garante de l’unité dans l’Eglise de Dieu. Aussi, le but du véritable serviteur de Dieu ne sera jamais, dans une Eglise, de compter ses adeptes. Certes, Paul a travaillé à Corinthe. Il a conduit de nombreuses âmes à Christ. Mais il n’a jamais tenu à ce sujet de registre de baptêmes attestant qui, parmi la communauté, sont ses enfants spirituels. Oui, quelques-uns parmi les frères de Corinthe ont été baptisés pour lui. Mais l’objectif de Paul dépasse de loin cette comptabilité. Il n’est pas venu à Corinthe pour baptiser, mais pour annoncer l’Evangile. Dans ce but, dit-il, il n’a pas cherché à briller auprès des Corinthiens en utilisant les meilleurs artifices du langage. Son objectif était de mettre en valeur la croix du Christ dans tout ce qu’elle a à la fois de puissant et de pathétique. Centre du message de la bonne nouvelle, la croix du Christ est inconciliable avec toute recherche de gloire personnelle pour celui qui en est le héraut. Les disputes corinthiennes n’ont donc aucun lieu d’être. Car ni Paul, ni Apollos, ni Pierre n’ont d’autre visée que la magnificence de Christ.

V 18 à 25 : la croix de Christ, folie de Dieu

Imprégnés de la culture grecque, les Corinthiens étaient instinctivement attirés par tout ce qui brillait sur le plan philosophique. Aussi les écoles de pensée, avec leurs maîtres réputés, se disputaient-elles l’audience du public. Paul prévient les Corinthiens : l’Evangile n’est pas une philosophie de ce monde. Il ne peut en aucune manière être rangé dans les catégories habituelles des systèmes de pensée de la logique humaine. Tout, dans le contenu de son message, est folie pour le monde.

Le centre du message de l’Evangile n’est pas une pensée, mais une personne, Jésus-Christ, et, en lien avec elle, un acte totalement déraisonnable, la croix où Il mourut. Alors qu’elle paraît une folie aux yeux du monde (le terme apparaît cinq fois dans le passage), la croix où Jésus meurt est l’expression la plus haute de la sagesse de Dieu. Pour les Juifs, ce ne peut être que par les signes de Sa toute-puissance que Dieu peut sauver le monde. Pour les Grecs, c’est par la voie de la sagesse et de l’intelligence que le progrès du monde est possible. Pour Dieu, toute la puissance de salut de l’humanité réside dans une seule chose : l’apparente défaite de la croix. Or, la croix est à l’opposé de l’attente aussi bien des Juifs que des Grecs. Aux yeux des Juifs, la croix n’est qu’une malédiction. Elle est la preuve la plus évidente de l’échec des prétentions de Jésus à être le Sauveur attendu et promis par les prophètes. Certes, Jésus a manifesté les signes de la puissance de Dieu du temps de Son vivant. Mais Sa fin dément avec force ce qu’Il a affirmé être. Aux yeux des Grecs, la croix n’a aucun sens. Toute la culture grecque reposait en effet sur une grande idée : l’épanouissement, le développement constant de l’individu, la réalisation de soi. La culture grecque reste aujourd’hui encore un des soubassements les plus forts de la pensée occidentale. Pour une telle philosophie, la croix est aussi une folie. S’il y a une image à chercher de l’accomplissement le plus abouti de l’être humain, ce n’est certainement pas chez Jésus et dans sa croix qu’on peut la trouver. Comme catégorie de pensée, l’Evangile ne saurait satisfaire dans leur recherche ni les Juifs, ni les Grecs.

Au vu de l’inadéquation totale entre l’Evangile, la pensée religieuse juive et la philosophie grecque, Paul le dit : il ne sert à rien de chercher par la discussion à convaincre les uns ou les autres. L’Evangile n’est pas d’abord fait pour la discussion, mais pour la proclamation. Les sophistes grecs, à l’écoute de Paul à Athènes, ont bien tenté de le conduire sur le terrain du débat philosophique. Mais Paul ne s’est pas laissé prendre. Il a tenu ferme, proclamant les faits de l’Evangile, et appelant les auditeurs à changer radicalement de manière de penser (Actes 17,16 à 31). Il ne fit que s’attirer la moquerie de la plupart, même si certains, à partir de ce moment, s’attachèrent à lui (Actes 17,32 à 34). N’ayons, avec l’apôtre, aucune peur du ridicule que l’Evangile peut susciter de la part de ceux qui se pensent sages et intelligents aux yeux de ce monde. Notre Evangile n’est pas fait pour eux. Il est pour la foi de ceux qui, face à Dieu, se reconnaissent à la fois fous et pécheurs. A eux seuls, il se révèle alors comme la puissance de Dieu et sa sagesse en vue de leur salut !

V 26 à 31 : éloge de folie et de la faiblesse de Dieu dans l’Eglise

Folie et faiblesse de Dieu, la croix de Christ trouve le prolongement de son expression dans l’Eglise de Jésus-Christ. Pour s’en convaincre, les Corinthiens n’ont qu’à observer quel type de personnes constitue leur communauté. On y trouve, dit Paul, ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de nobles, de puissants ou de riches. La part majoritaire des personnes qui forment la composition de l’Eglise de Jésus-Christ est le reflet du principe qui est au cœur du message qui en est la source. Il y a là une volonté affichée de Dieu de faire en sorte que la gloire qui Lui revient dans l’Eglise ne doive en rien à ce qui brille sur le plan humain. Parce qu’Il est l’unique richesse, le tout de la foi des croyants, Jésus-Christ seul doit dans Son Eglise paraître comme Celui qui est la cause de sa beauté, de sa sagesse et de sa noblesse. L’Eglise, malheureusement, ne l’a pas toujours compris. Au cours des siècles, elle a cru bon, pour asseoir son autorité et assurer son rayonnement, frayer avec l’élite ou les puissants. Se faisant, elle a perdu de fait le sens même de sa mission et de sa vocation : être l’expression vivante des principes par lesquels, par la croix, Dieu sauve le monde. Pour nous aussi, la question se pose : qui aspirons-nous voir rejoindre les rangs de l’Eglise de Jésus-Christ ? Les riches, les personnes de grande notoriété, l’élite intellectuelle ? Dans quel but, pour quelles fins ? Avons-nous gardé à l’esprit que, ni la croix, ni l’Eglise ne peuvent être classées dans les catégories qui reflètent la gloire dans le monde ?


La croix, qui met de côté tout ce qui brille du côté de l’homme, est porteuse de la grâce de Dieu. C’est de cette grâce seule que vit le croyant. Si Jésus-Christ est la manifestation de la sagesse de Dieu en vue de son salut, Son apport pour sa vie avec Dieu ne se limite pas à cela. Sagesse de Dieu, Jésus-Christ a été fait aussi pour nous justice, consécration et rédemption. Tout dans notre relation avec Dieu procède de Lui. Il est, pour notre vie avec Dieu, la justice et la sainteté mise à notre crédit. Du début à la fin, Il est notre rachat. Au regard de notre vie chrétienne, trouvons-nous quelque sujet de fierté ou de satisfaction personnelle ? Apportons-en la gloire à Jésus-Christ ! Car, sachons le bien, tout ce qui dans nos vies reflète les qualités de Dieu résulte de Lui !