vendredi 3 mars 2017

1 CORINTHIENS 1

V 1 à 3 : Salutations

C’est en temps qu’apôtre de Jésus-Christ que Paul se présente à ses frères de Corinthe. Ce titre, Paul ne se l’arroge pas lui-même. Il le tient de deux sources. Paul est apôtre de Jésus-Christ par appel. Cela signifie qu’en aucune manière c’est lui-même qui s’est installé dans ce ministère. Comme il en fut pour sa conversion, son appel à l’apostolat résulte d’une parole d’autorité de Jésus-Christ (Actes 9,15-16). C’est par la volonté de Dieu seule, seconde source, que Paul est apôtre de Jésus-Christ. Le rappel de Paul, quant à l’origine de sa vocation en introduction de sa lettre, est à la fois utile pour lui et pour ses destinataires. En s’adressant à eux comme il va le faire, Paul est dans les limites de son mandat. Parce qu’il l’a reçu de Dieu, Paul a autorité pour dire ce qu’il va dire aux Corinthiens. Paul n’est pas Jésus-Christ ! Mais, parce qu’il est son envoyé, ceux-ci doivent recevoir ce qu’il va leur dire comme une parole qui émane de Lui.

Paul adjoint à sa signature le frère Sosthène. Son nom apparaît pour la première fois dans le livre des Actes. Sosthène était le chef de la synagogue de Corinthe. Devenu disciple de Jésus, il fut battu par la foule des Juifs en colère contre Paul devant le tribunal où il était jugé (Actes 18,17). L’association de Sosthène, autrefois chef religieux reconnu à Corinthe, à son nom devait donner un poids supplémentaire d’autorité à la lettre de Paul pour ses destinataires.

Paul adresse sa lettre à l’Eglise de Dieu établie à Corinthe. L’Eglise est l’assemblée de tous ceux qui ont été consacrés en Jésus-Christ. Ceux-ci ne sont plus identifiés comme pécheurs, mais comme saints en raison de l’appel de Dieu. L’accent mis une seconde fois sur l’appel de Dieu dans la salutation de l’apôtre n’est pas fortuit. Il a comme objet d’aider les chrétiens à se considérer comme Dieu les considère. Le chrétien n’est plus ce qu’il était autrefois. Il est habité par une vie nouvelle qui lui donne une identité nouvelle. C’est trop souvent parce qu’il l’oublie qu’il ne vit pas à la hauteur de son nouveau statut. Paul étend l’adresse de sa lettre à tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de Jésus-Christ comme Seigneur. Les Corinthiens sont la cible première de son épître. Mais ils ne sont pas les seuls à avoir besoin de ce qu’il va leur dire. Nous aussi, peuple de Dieu de notre temps, sommes concernés de près par les sujets qu’il va évoquer.

Paul conclut ses salutations par la formule qu’il emploie habituellement dans le reste de ses écrits. De tout cœur, il souhaite grâce et paix de la part de Dieu, le Père, et du Seigneur Jésus-Christ, à ses frères !

V 4 à 9 : actions de grâce de l’apôtre pour l’Eglise de Corinthe

Qui ne souhaiterait pas faire partie de l’Eglise de Corinthe ? Pensant à elle, Paul ne peut qu’exprimer sa reconnaissance à Dieu pour la richesse qui s’y trouve. L’apôtre a beaucoup voyagé. Il a implanté beaucoup d’Eglises. Mais d’elle seule il dira, dans ses lettres, qu’elle a été si comblée par la grâce de Dieu qu’il ne manque aucun don à son équipement spirituel pour vivre jusqu’à le venue du Seigneur. La suite de l’épître nous le confirme. Sur le plan de l’enseignement, l’Eglise de Corinthe a bénéficié de l’apport des meilleurs enseignants de l’époque. Outre le fait que Paul y soit resté un an et demi, Apollos y a aussi séjourné. L’Eglise comptait aussi des proches de l’apôtre Pierre (1 Corinthiens 1,12). L’Eglise était de plus dotée de multiples dons. Il y avait en son sein de nombreux prophètes (1 Corinthiens 14,29-30). De nombreux croyants parlaient en langue ou exerçaient d’autres dons. Oui ! Du point de vue de la parole et de la connaissance, peu d’Eglises des premiers temps auraient pu prétendre rivaliser avec celle établie à Corinthe.

Connaissant la richesse des dons qui abondaient dans l’Eglise de Corinthe, il serait légitime pour quiconque de s’attendre à trouver en elle les marques d’une grande maturité. La suite de l’écrit de l’apôtre va montrer qu’il n’en est rien. Au contraire ! De toutes les Eglises à qui il s’adressera, celle de Corinthe apparaît comme la plus charnelle. Aussi, la conclusion première que l’on peut tirer de la lecture de la lettre de Paul est que l’abondance des dons qui se trouvent dans une Eglise ne préjuge en rien de sa maturité. En comparaison de celle de Corinthe, l’Eglise de Thessalonique, où Paul ne résidera que peu de temps, paraît beaucoup plus faible sur le plan de la connaissance. Pour autant, cela ne l’empêchera pas d’être un modèle pour tous les croyants de Macédoine et de l’Achaïe (1 Thessaloniciens 1,8). La maturité spirituelle d’une Eglise ne se mesure pas à la richesse des dons qui s’y trouvent. Elle se révèle plutôt par la pratique des vertus cardinales de la vie chrétienne : l’amour, le service, la foi et l’espérance liée à l’attente du retour du Seigneur.

Quoi que Paul sache ce qui se trouve dans l’Eglise de Corinthe, il n’est pas sans espoir pour elle. Avec d’autres mots, il réaffirme ce qu’il a dit en introduction de sa lettre aux Philippiens (Philippiens 1,6). Il n’est pas de l’habitude du Seigneur de commencer une œuvre et de ne pas l’achever. L’Eglise de Corinthe est infantile et immature. Mais le Seigneur a le pouvoir de l’affermir et de la rendre irréprochable pour le jour de Sa venue. C’est ici la foi et l’espoir dans lesquels travaille tout missionnaire ou implanteur d’églises. Quels que soient les sujets de tristesse et les tracas que peuvent poser les Eglises, nous avons un Dieu qui est fiable, digne de confiance. S’Il nous a appelés à sa communion, Il a le pouvoir de nous rendre ensemble semblables à Lui. Que notre foi reste en Lui plus que dans toutes les capacités qu’Il nous a données en vue du service auquel Il nous a enrôlé.

V 10 à 17 : divisions et esprit de parti

La première marque d’immaturité de l’Eglise de Corinthe se voit dans les divisions qui fragmentent la communauté. Alors qu’elle avait bénéficié du ministère des hommes de Dieu les plus éminents de l’époque, l’Eglise de Corinthe n’avait pas su en tirer bénéfice. Des clans s’étaient formés et l’unité de l’Eglise avait été mise à mal par un esprit de parti. Par plusieurs questions, Paul tente de ramener les chrétiens de Corinthe à la raison. Leur allégeance doit-elle aller à un homme, aussi brillant soit-il, ou au Seigneur dont il est le serviteur ? Paul, Apollos ou Pierre sont-ils les sauveurs des chrétiens de Corinthe ? Ont-ils été crucifiés pour eux en vue de leur salut ? Est-ce en leurs noms qu’ils ont été baptisés ? Quoi qu’un serviteur de Dieu apporte à la vie d’une communauté, cette quote-part ne peut et ne doit jamais rivaliser avec celle du Christ pour elle. Le Christ seul est source de vie, de salut. C’est à Lui seul que l’Eglise est appelée à rendre témoignage. Toute orientation autre n’est que vol et détournement au profit de l’homme de la gloire qui Lui revient.

Alors que certains se déchiraient en revendiquant leur appartenance à tel ou tel homme de Dieu venu à Corinthe, d’autres, qui se pensaient au-dessus de ces chicaneries, alléguaient qu’ils ne relevaient que du Christ seul. Sans doute dans l’absolu avaient-ils raison. L’apôtre pourtant n’est pas dupe. En les classant parmi ceux qui sont animés d’un esprit partisan, Paul dénonce le caractère charnel de leur prétendue spiritualité. Car eux aussi dans l’Eglise avait formé un parti, celui du Christ. Certes, celui-ci paraissait correspondre davantage à la vérité. Mais, dans les faits, les mêmes sentiments de supériorité l’animaient. La revendication de n’être à Christ seul n’avait comme objet que de manifester celle-ci en comparaison avec les autres.

Seule l’humilité, rappelle Paul, est garante de l’unité dans l’Eglise de Dieu. Aussi, le but du véritable serviteur de Dieu ne sera jamais, dans une Eglise, de compter ses adeptes. Certes, Paul a travaillé à Corinthe. Il a conduit de nombreuses âmes à Christ. Mais il n’a jamais tenu à ce sujet de registre de baptêmes attestant qui, parmi la communauté, sont ses enfants spirituels. Oui, quelques-uns parmi les frères de Corinthe ont été baptisés pour lui. Mais l’objectif de Paul dépasse de loin cette comptabilité. Il n’est pas venu à Corinthe pour baptiser, mais pour annoncer l’Evangile. Dans ce but, dit-il, il n’a pas cherché à briller auprès des Corinthiens en utilisant les meilleurs artifices du langage. Son objectif était de mettre en valeur la croix du Christ dans tout ce qu’elle a à la fois de puissant et de pathétique. Centre du message de la bonne nouvelle, la croix du Christ est inconciliable avec toute recherche de gloire personnelle pour celui qui en est le héraut. Les disputes corinthiennes n’ont donc aucun lieu d’être. Car ni Paul, ni Apollos, ni Pierre n’ont d’autre visée que la magnificence de Christ.

V 18 à 25 : la croix de Christ, folie de Dieu

Imprégnés de la culture grecque, les Corinthiens étaient instinctivement attirés par tout ce qui brillait sur le plan philosophique. Aussi les écoles de pensée, avec leurs maîtres réputés, se disputaient-elles l’audience du public. Paul prévient les Corinthiens : l’Evangile n’est pas une philosophie de ce monde. Il ne peut en aucune manière être rangé dans les catégories habituelles des systèmes de pensée de la logique humaine. Tout, dans le contenu de son message, est folie pour le monde.

Le centre du message de l’Evangile n’est pas une pensée, mais une personne, Jésus-Christ, et, en lien avec elle, un acte totalement déraisonnable, la croix où Il mourut. Alors qu’elle paraît une folie aux yeux du monde (le terme apparaît cinq fois dans le passage), la croix où Jésus meurt est l’expression la plus haute de la sagesse de Dieu. Pour les Juifs, ce ne peut être que par les signes de Sa toute-puissance que Dieu peut sauver le monde. Pour les Grecs, c’est par la voie de la sagesse et de l’intelligence que le progrès du monde est possible. Pour Dieu, toute la puissance de salut de l’humanité réside dans une seule chose : l’apparente défaite de la croix. Or, la croix est à l’opposé de l’attente aussi bien des Juifs que des Grecs. Aux yeux des Juifs, la croix n’est qu’une malédiction. Elle est la preuve la plus évidente de l’échec des prétentions de Jésus à être le Sauveur attendu et promis par les prophètes. Certes, Jésus a manifesté les signes de la puissance de Dieu du temps de Son vivant. Mais Sa fin dément avec force ce qu’Il a affirmé être. Aux yeux des Grecs, la croix n’a aucun sens. Toute la culture grecque reposait en effet sur une grande idée : l’épanouissement, le développement constant de l’individu, la réalisation de soi. La culture grecque reste aujourd’hui encore un des soubassements les plus forts de la pensée occidentale. Pour une telle philosophie, la croix est aussi une folie. S’il y a une image à chercher de l’accomplissement le plus abouti de l’être humain, ce n’est certainement pas chez Jésus et dans sa croix qu’on peut la trouver. Comme catégorie de pensée, l’Evangile ne saurait satisfaire dans leur recherche ni les Juifs, ni les Grecs.

Au vu de l’inadéquation totale entre l’Evangile, la pensée religieuse juive et la philosophie grecque, Paul le dit : il ne sert à rien de chercher par la discussion à convaincre les uns ou les autres. L’Evangile n’est pas d’abord fait pour la discussion, mais pour la proclamation. Les sophistes grecs, à l’écoute de Paul à Athènes, ont bien tenté de le conduire sur le terrain du débat philosophique. Mais Paul ne s’est pas laissé prendre. Il a tenu ferme, proclamant les faits de l’Evangile, et appelant les auditeurs à changer radicalement de manière de penser (Actes 17,16 à 31). Il ne fit que s’attirer la moquerie de la plupart, même si certains, à partir de ce moment, s’attachèrent à lui (Actes 17,32 à 34). N’ayons, avec l’apôtre, aucune peur du ridicule que l’Evangile peut susciter de la part de ceux qui se pensent sages et intelligents aux yeux de ce monde. Notre Evangile n’est pas fait pour eux. Il est pour la foi de ceux qui, face à Dieu, se reconnaissent à la fois fous et pécheurs. A eux seuls, il se révèle alors comme la puissance de Dieu et sa sagesse en vue de leur salut !

V 26 à 31 : éloge de folie et de la faiblesse de Dieu dans l’Eglise

Folie et faiblesse de Dieu, la croix de Christ trouve le prolongement de son expression dans l’Eglise de Jésus-Christ. Pour s’en convaincre, les Corinthiens n’ont qu’à observer quel type de personnes constitue leur communauté. On y trouve, dit Paul, ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de nobles, de puissants ou de riches. La part majoritaire des personnes qui forment la composition de l’Eglise de Jésus-Christ est le reflet du principe qui est au cœur du message qui en est la source. Il y a là une volonté affichée de Dieu de faire en sorte que la gloire qui Lui revient dans l’Eglise ne doive en rien à ce qui brille sur le plan humain. Parce qu’Il est l’unique richesse, le tout de la foi des croyants, Jésus-Christ seul doit dans Son Eglise paraître comme Celui qui est la cause de sa beauté, de sa sagesse et de sa noblesse. L’Eglise, malheureusement, ne l’a pas toujours compris. Au cours des siècles, elle a cru bon, pour asseoir son autorité et assurer son rayonnement, frayer avec l’élite ou les puissants. Se faisant, elle a perdu de fait le sens même de sa mission et de sa vocation : être l’expression vivante des principes par lesquels, par la croix, Dieu sauve le monde. Pour nous aussi, la question se pose : qui aspirons-nous voir rejoindre les rangs de l’Eglise de Jésus-Christ ? Les riches, les personnes de grande notoriété, l’élite intellectuelle ? Dans quel but, pour quelles fins ? Avons-nous gardé à l’esprit que, ni la croix, ni l’Eglise ne peuvent être classées dans les catégories qui reflètent la gloire dans le monde ?


La croix, qui met de côté tout ce qui brille du côté de l’homme, est porteuse de la grâce de Dieu. C’est de cette grâce seule que vit le croyant. Si Jésus-Christ est la manifestation de la sagesse de Dieu en vue de son salut, Son apport pour sa vie avec Dieu ne se limite pas à cela. Sagesse de Dieu, Jésus-Christ a été fait aussi pour nous justice, consécration et rédemption. Tout dans notre relation avec Dieu procède de Lui. Il est, pour notre vie avec Dieu, la justice et la sainteté mise à notre crédit. Du début à la fin, Il est notre rachat. Au regard de notre vie chrétienne, trouvons-nous quelque sujet de fierté ou de satisfaction personnelle ? Apportons-en la gloire à Jésus-Christ ! Car, sachons le bien, tout ce qui dans nos vies reflète les qualités de Dieu résulte de Lui !

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