mercredi 8 mars 2017

1 CORINTHIENS 2

V 1 à 5 : le témoignage de Paul

Le principe de la faiblesse, qui est au cœur du moyen mis en œuvre par Dieu pour notre salut, ne se retrouve pas seulement dans la croix où le Christ meurt ou dans la composition de l’Eglise. Il est aussi celui qui habite les proclamateurs de l’Evangile, afin que l’œuvre qui résulte de leur prédication ne leur soit pas attribuée, mais à Dieu seul. Lisant les Actes des apôtres et ses épîtres, nous pourrions penser que Paul était un homme d’une trempe exceptionnelle. Qui peut prétendre avoir vécu et enduré autant que lui, affronté tant d’opposition violente ? Le secret de Paul, il nous le dit ici, ne réside pas dans sa force. Arrivé à Corinthe, Paul témoigne qu’il ne se sentait ni rassuré, ni vraiment sûr de lui. Au contraire ! Ayant déjà souffert à multiples reprises, le sentiment qui le dominait n’était pas la confiance, mais la crainte. Il faudra à l’apôtre une vision accompagnée d’une parole divine pour avoir le courage de relever le défi d’annoncer l’Evangile dans ce nouveau lieu (Actes 18,9-10).

De même, face à la riche culture grecque dont il venait d’avoir un aperçu à Athènes, l’apôtre ne cherchera pas à atteindre ses auditeurs par une supériorité de sagesse ou de langage. Brillant sur le plan intellectuel, Paul aurait pu user de cette arme et se lancer dans des joutes oratoires impressionnantes ou faire preuve d’une érudition de haute volée. L’apôtre n’a eu qu’un souci : proclamer le Christ crucifié, s’attacher aux faits qui sont le cœur de l’Evangile, la révélation du mystère de Dieu. Le résultat fut à la hauteur de la fidélité de l’apôtre à Dieu et à sa mission. Se saisissant de sa parole, l’Esprit toucha des cœurs qui, convaincus de la vérité du message entendu, se tournèrent vers le Christ et devinrent disciples. La prédication de Paul ne fut pas une démonstration de son savoir brillant, mais de la puissance de l’Esprit de Dieu. L’objectif était atteint. La foi que suscita la prédication de Paul dans sa faiblesse s’enracina chez les Corinthiens dans l’idée que la puissance du message de l’Evangile ne résidait pas dans la sagesse humaine, mais en Dieu.

Le témoignage du vécu de Paul à Corinthe n’est pas circonstanciel. Rapporté dans la Parole de Dieu, il pose le cadre à partir duquel tout proclamateur de l’Evangile doit œuvrer pour être en symbiose avec l’Esprit de Dieu. Le message que nous sommes appelés à délivrer ne nous appartient pas. Nous n’avons ni la liberté d’en changer les termes, ni d’en atténuer la teneur par une présentation adaptée au public que nous voulons atteindre. La forme sous laquelle nous présentons l’Evangile, le véhicule des mots employés, illustre ou défigure son contenu. L’appel à la repentance et la foi en Christ est incompatible avec des procédés qui en brouillent le sens. N’ayons de même aucune crainte quant à l’idée de ne pas être à la hauteur de notre mission ou désarçonné par ceux qui veulent faire étalage de leur savoir. Ce n’est pas nous, mais à l’Esprit de Dieu qu’il revient de convaincre de la vérité du Christ.

V 6 à 16 : L’Evangile, sagesse de Dieu

1.       Une sagesse qui dépasse l’entendement humain

 Si l’Evangile ne peut être classé dans les catégories de la sagesse humaine, il n’en relève pas moins pour autant du domaine de la Sagesse au sens général. Cette sagesse dont l’Evangile est porteur, dit Paul, est la sagesse de Dieu, l’expression, en quelque sorte, de Sa philosophie. Or, comme il en est de tous les autres, le sujet qui est au cœur de la philosophie de Dieu, la croix, s’énonce sous forme de propositions. Fait historique, la croix de Jésus-Christ est l’expression exacte et globale de l’idée que Dieu se fait de toutes choses. Par elle, nous apprenons de quelle manière l’homme doit être vu et considéré dans la réalité : un pécheur séparé de Dieu sans espoir de réforme et de salut. Par elle, nous comprenons d’où lui vient ce salut qu’il ne peut produire : du sacrifice substitutif de Jésus-Christ, Fils de Dieu devenu homme. Par elle, nous saisissons que l’état dans lequel se trouve ce monde n’est en rien dû à son Créateur, mais qu’il résulte de l’adhésion de l’humanité dans sa genèse à un mensonge. Outre le fait qu’elle soit historique, la croix est aussi la révélation d’un concept, celui de la vérité éternelle qui est en Dieu.

En effet, si la croix est la réponse de Dieu à la révolte de l’humanité, elle est porteuse de vérités qui dépassent le cadre de l’histoire humaine. « Nous ne considérons, dit Watchman Nee, l’Histoire qu’à partir de la chute. Mais avant la chute, Dieu avait déjà quelque chose à la pensée, et dans l’avenir ce quelque chose ne manquera pas d’être réalisé. Dieu savait bien tout ce que le péché et la rédemption allaient produire, et pourtant le grand dessein qu’Il avait conçu pour l’Eglise dès Genèse 2 ne fait aucune place au péché. Pour parler un langage humain, c’est comme si, en pensée, Il sautait par-dessus toute l’histoire de la rédemption et voyait l’Eglise dans l’éternité future, ayant un ministère et une histoire tout à fait indépendante du péché et entièrement de Dieu. C’est le Corps de Christ dans sa gloire, ne laissant rien percer de la déchéance de l’homme, mais exprimant uniquement l’image du Fils de l’homme glorifié. »

Rendue nécessaire, la croix est le moyen par lequel Dieu procède à une divine rectification. Arraché à une philosophie de vie centrée sur l’homme, la croix, par laquelle Dieu nous sauve de nous-mêmes, nous introduit désormais dans une philosophie de vie centrée sur Dieu, ce qui était Son dessein originel pour l’humanité. Parce qu’il modifie le centre autour duquel tout gravite, on comprend que la sagesse de Dieu révélée dans l’Evangile ait échappé aux grands de ce monde. Préoccupés d’eux-mêmes et de leur gloire dans le temps présent, ils n’ont pas compris qu’en crucifiant le Fils de Dieu, ils opéraient le salut de Dieu pour l’humanité et se condamnaient eux-mêmes. L’Eglise primitive de Jésus-Christ l’a quant à elle bien saisi. Confronté à l’opposition des autorités, elle exprime, à partir du fait de la croix, sa parfaite confiance en la souveraineté de Dieu capable de convertir le pire mal en bien suprême pour accomplir Ses desseins (Actes 2,23 à 28). Oui, la croix de Jésus-Christ, plus que tout, nous parle de Dieu. Elle le fait en des termes qui dépassent l’entendement humain. Elle nous fait remonter à l’éternité, à la vérité et au cœur de Dieu même. Par elle, nous entrons dans un domaine de connaissance inaccessible aux spéculations de la pensée humaine, des réalités que seul l’Esprit de Dieu peut révéler, ce qui va être le second sujet de l’argumentaire de Paul à propos de la sagesse de l’Evangile.

2.       Une sagesse accessible seulement par révélation

N’avons-nous jamais été étonnés par le fait que, bien que faisant preuve d’une intelligence brillante, certains soient incapables de saisir la simplicité de l’Evangile ? Paul nous en donne ici la raison. Les vérités dont l’Evangile est porteur sont impossibles à saisir par les facultés naturelles humaines sans une révélation donnée par l’Esprit de Dieu. La fonction de l’esprit, dans l’homme comme en Dieu, a été définie par Salomon dans le livre des Proverbes. « L’esprit de l’homme est une lampe que l’Eternel a donnée et qui sonde les profondeurs de l’être (Proverbes 20,27). Sonder les profondeurs de Dieu, capter Ses pensées, saisir la sagesse qui est à l’origine de Ses actes s’avère impossible sans l’Esprit de Dieu. Aussi la révélation qui vient de l’Esprit est-elle indispensable aussi bien pour naître de nouveau que pour progresser dans la connaissance de Dieu. Qui que nous soyons, Jésus le dira, nous dépendons d’elle pour comprendre à la fois qui est le Père et qui est le Fils (Matthieu 11,27). Or, cette révélation, ajoutera-t-il, n’est pas donnée aux sages et aux intelligents selon le monde, mais aux enfants, c’est-à-dire, en ceux chez qui la foi est le moteur de la connaissance (Matthieu 11,25).

Quel est l’avantage du chrétien le plus simple sur le sage de ce siècle ? Il est immense. Car, alors que le sage n’est équipé que de sa propre lampe pour sonder les choses, le chrétien le plus simple est doté de la lampe de Dieu, l’Esprit. Par Lui, son intelligence éclairée peut savoir avec certitude tout ce que la grâce de Dieu lui a offert en Christ. Fermé à la compréhension du sage, la parole de Dieu devient un livre ouvert pour l’enfant de Dieu. Quelque effort que fasse le sage pour analyser les choses, il ne dépassera jamais la sphère de la subjectivité. La vérité à laquelle il croit ne sera toujours que sa vérité telle qu’il la pense, la conçoit ou la ressent. Le chrétien, quant à lui, peut dépasser ce stade pour s’attacher à des réalités qui sont hors de lui, en Dieu. Equipé de l’Esprit, il a le pouvoir de se faire un jugement objectif, c’est-à-dire conforme à la réalité puisque provenant de sa source même. C’est pourquoi aussi, son discours échappe si souvent aux sages de ce monde, incapables de pénétrer dans la sphère de laquelle ils proviennent. Chrétiens, ne nous laissons pas impressionner par ceux qui font étalage de leur sagesse et de leur grand savoir ! Si brillants soient-ils sur le plan du raisonnement, ils sont, pour ce qui concerne la connaissance de Dieu, si ignares que le plus petit dans le royaume de Dieu les dépasse de loin. Réjouissons-nous d’avoir, par l’Esprit de Dieu, la pensée même de Christ en nous ! Par elle, des trésors de connaissance et de richesses insoupçonnés pour le sage de ce siècle sont à notre portée !


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