jeudi 16 mars 2017

1 CORINTHIENS 3

V 1 à 4 : chrétiens charnels

Pour l'heure, malgré ce qu’il vient de dire, Paul déplore de ne pas trouver chez les Corinthiens la réalité spirituelle à laquelle il aurait pu s’attendre. Certes, les Corinthiens sont des enfants de Dieu. Mais, malgré le temps et la richesse des ministères desquels ils ont bénéficié, leur croissance ne s’est pas faite. Les divisions stupides qui les déchirent en sont la preuve. Elles témoignent, dit Paul, de leur immaturité, du caractère charnel et infantile de leur spiritualité. Les conséquences en sont dramatiques. Au vu de tout ce qu’ils ont reçu par la grâce de Dieu, les Corinthiens auraient dû être en mesure d’assimiler les enseignements les plus consistants de la Parole de Dieu. Il n’en est rien. Paul doit se résigner pour eux à continuer à leur prodiguer du lait, la nourriture de base des nouveau-nés dans la foi.

Quelle souffrance que celle d’un apôtre lorsque l’Eglise que Dieu lui a donné la grâce d’implanter dans un lieu ne se développe pas comme espérer. Quelle tristesse lorsque, au lieu d’aller vers un approfondissement toujours plus grand de l’Ecriture, celui-ci doit se résigner à toujours revenir aux enseignements primaires de la foi. Jugeant de la maturité ou de l’immaturité d’une Eglise, il serait aisé d’en attribuer la responsabilité à ceux qui l’enseignent ou la dirigent. Le raccourci est trop facile. L’Eglise de Corinthe en est dans l’Ecriture le témoignage : le développement d’une assemblée n’est pas toujours le reflet de la qualité de ses pères. D’autres facteurs que ceux de leur influence entrent en ligne de compte, tel celui de la culture et de la mentalité environnant l’Eglise. Pour autant, l’apôtre doit-il baisser les bras, se résigner au fait que l’Eglise ne mûrisse pas ? L’attitude de Paul face aux Corinthiens en est la réponse. L’apôtre ne doit pas hésiter à la reprendre, à dire la vérité des choses telle qu’elle est. L’apôtre de Jésus-Christ aime l’Eglise. Il l’aime, non pour elle-même, mais pour le beau projet que Dieu a en vue pour elle. Aussi ne doit-il pas hésiter, lorsqu’il le faut, à la corriger comme le père qui aime ses enfants les corrige. Il n’y a pas là défaut, mais preuve d’amour à son égard !

Apprenons donc ici, non seulement de l’Eglise de Corinthe, mais de l’apôtre Paul. La lettre de Paul aux Corinthiens poursuit deux buts. Elle avertit celui qui travaille à l’implantation d’Eglises qu’il doit être prêt à la déception. Entre l’idéal auquel il aspire et la réalité à laquelle il devra faire face, il peut y avoir un fort décalage. Elle nous instruit aussi, par l’exemple de Paul, sur l’attitude qui doit être celle d’un apôtre responsable dans cette situation. Serviteur de l’Eglise, il l’est d’abord de Dieu et de la vérité en son sein. Que Dieu nous donne l’amour et le courage dont fait preuve ici Paul à Corinthe.

V 5 à 9 : la complémentarité des serviteurs de Dieu

Face à l’esprit de parti qui divise les Corinthiens en factions, Paul les invite à s’interroger sur le fond des choses. Qui sont Paul et Apollos, les hommes desquels les uns et les autres se revendiquent ? Quels sont leur statut, leur identité face à Dieu ? L’apôtre répond lui-même à la question qu’il pose. Que ce soit lui ou Apollos, chacun d’eux a, au service de Christ, le même statut. Chacun est un serviteur du même Dieu, actif dans Son œuvre de construction de l’Eglise, pour des missions et à des étapes différentes. Dans l’histoire de l’Eglise de Corinthe, Paul a été celui qui a planté la semence de l’Evangile dans les cœurs. Apollos, venu après lui, est celui qui a arrosé la semence qui a germé. Mais le seul qui a donné la vie et qui a la puissance de la faire croître, c’est Dieu. C’est à Dieu seul donc que doit revenir la gloire, la reconnaissance et la louange des cœurs.

Aussi appréciable que soit l’apport d’un serviteur de Dieu dans Son œuvre, il y a toujours faute de la part de ceux qui en ont bénéficié lorsque celui-ci devient à leurs yeux le référent unique de leur foi. Notons ici, comme déjà dit plus haut, que la cause de cette déviation dans le peuple de Dieu ne revient pas toujours aux intéressés eux-mêmes. Le désir profond qui transparaît dans toutes les lettres que Paul a écrites est bien que les chrétiens s’attachent à Christ seul et vivent de Lui. Tout le reste est, à ses yeux, péché, source d’égarement et d’idolâtrie. Comme il a commencé à le faire dans le chapitre 1, Paul appelle les Corinthiens à revenir à la raison. Aussi éminents soient Paul, Apollos ou Pierre, aucun n’a été crucifié pour eux. Ceci, seul le Christ l’a fait pour leur salut (1 Corinthiens 1,13). Aussi estimés peuvent être les serviteurs de Dieu, c’est Lui seul qui, en dernier lieu, appréciera ce que vaut le travail de chacun. Il ne revient donc pas à l’Eglise de le faire et d’établir sa propre échelle de valeur pour les noter. Christ seul est le Chef. Tout serviteur, à ses côtés, n’est qu’un collaborateur. Ce qui importe n’est pas la valeur de la part de l’un ou l’autre dans la construction de l’Eglise, mais ce que sera le produit fini dont le but est de rendre gloire au Maître d’œuvre !

V 10 à 15 : la responsabilité personnelle de chacun dans le service

Si l’œuvre de construction de l’Eglise est collaborative, il n’en est pas moins vrai que chacun porte devant Dieu sa part de responsabilité dans la façon avec laquelle il y aura contribué. Paul, selon la grâce que Dieu lui a accordée, a été l’architecte de l’œuvre qui s’est faite à Corinthe. Présent dès le début, il est celui qui a donné naissance à l’ouvrage par la pose de ses fondations. Cette fondation sur laquelle l’Eglise est appelée à s’édifier n’est rien d’autre, selon les termes de l’Evangile, que le Christ lui-même (Matthieu 16,16 à 18). Qui bâtit une communauté sur autre chose, une personne, une institution, ne construit pas l’Eglise de Jésus-Christ, mais une secte. Jésus-Christ seul est la pierre d’angle de l’Eglise, celle sur laquelle s’alignent toutes les autres (Ephésiens 2,20). Hors de Lui, l’Eglise n’existe pas. Le fait qu’il en soit ainsi n’est pas sans importance. Si un système religieux tient par autre chose que par Jésus-Christ, il finira, même s’il porte le nom d’Eglise, par s’écrouler. Si, par contre, une communauté, si faible soit-elle, a Jésus-Christ pour fondation, rien ne peut la détruire. Elle peut, certes, historiquement disparaître, comme ce fut le cas de beaucoup au cours des siècles. Mais elle ne sera jamais perdue pour toujours, ses membres se retrouvant en Christ pour l’éternité.

Les fondations posées, l’œuvre n’est pas terminée. Elle n’en est, au contraire, qu’à ses débuts. Aussi, Paul avertit les Corinthiens quant à leur responsabilité devant Dieu sur la manière avec laquelle ils construisent sur le fondement posé. Car le jour vient où Dieu Lui-même va éprouver, au travers du feu de Sa justice, la solidité et la qualité de l’œuvre de chacun. Or, le feu de la justice de Dieu ne pardonne pas et ne fait preuve d’aucune indulgence. Il ne prend en compte ni excuse, ni justification propre. Face à lui, chaque acte, chaque engagement paraît, non tel qu’il a été vu par les hommes, mais tel qu’il vaut devant Dieu. Soit, de toute une vie, il ne restera, à l’épreuve du feu de Dieu, que cendres. Le croyant, certes, sera sauvé en vertu de la fidélité de Dieu à Son alliance de grâce en Christ. Soit, il subsistera quelque chose et, en fonction de ce reste, le croyant recevra le salaire de ses œuvres bonnes.

Des matériaux que Paul cite pour illustrer son propos, trois sont classés dans ce qui résiste au feu (l’or, l’argent et les pierres précieuses), trois autres dans ce qui se consumera et desquels il ne restera rien (le bois, le foin ou le chaume). Pour tout chrétien, la possibilité est là de construire sa vie avec Dieu de manière solide ou non. Que chacun en soit cependant conscient ! Les choix que nous faisons, la manière selon laquelle nous vivons ici-bas notre vie avec Dieu et participons ou non à l’édification de l’Eglise auront des conséquences effectives et durables en éternité. Il y aura différence entre celui qui n’a pas servi Dieu et ses frères, et celui qui les aura peu ou beaucoup servi. Le service, les œuvres que nous faisons est la pierre d’angle à partir de laquelle Dieu mesure notre amour pour Lui et les autres. Nous pouvons dans la vie chrétienne dire et promettre beaucoup de choses. Mais ce que Dieu prend en compte  n’est pas de l’ordre des paroles, mais des actes (Jacques 2,16-17 ; 1 Jean 3,16 à 18). Mieux vaut donc pour nous être chiche en paroles, mais riche en actions. Mieux vaut pour nous donner un simple verre d’eau froide à notre frère qui a soif plutôt que de lui faire un long discours sur les bienfaits de la charité sans agir. Car, pour la 1ère chose, il y a une récompense à la clé et, pour la seconde, rien (Marc 9,41).

V 16 et 17 : l’Eglise, le sanctuaire de Dieu

Immatures dans la foi, les Corinthiens se distinguaient des autres par un degré d’ignorance inégalé. Les Corinthiens avaient eu l’avantage sur beaucoup de bénéficier de l’apport du ministère de riches enseignants. Mais l’apôtre en fait le constat : de tout ce qu’ils ont reçu, peu a été retenu. Aussi Paul, tel qu’il le ferait pour des nouveau-nés dans la foi, va-t-il s’appliquer tout au long de sa lettre à leur rappeler ce que, depuis longtemps, les Corinthiens auraient dû savoir (1 Corinthiens 3,16 ; 5,6 ; 6,2.3.9.15.16.19 ; 9,13.24). De toutes les lettres du Nouveau Testament, la 1ère de Paul aux Corinthiens est ainsi celle qui cumule la majorité des reproches des apôtres aux églises quant à leur ignorance des vérités fondamentales de la vie chrétienne. Notons que dans la pensée de Paul l’ignorance n’est pas tant d’abord une question de savoir que de pratique. Le chrétien qui sait n’est pas celui qui a entendu. C’est plutôt celui qui a intégré dans sa vie les vérités qui lui ont été enseignées. Forts de tout ce qu’ils ont reçu, les Corinthiens auraient dû être des adultes sur le plan du jugement des choses. Mais Paul le déplore : leur croissance ne s’est pas faite. Paul n’a pas à faire à Corinthe à des hommes mûrs, mais à des enfants (1 Corinthiens 14,20).

La 1ère vérité que Paul rappelle ici aux chrétiens de Corinthe touche à leur identité. Qu’est-ce que l’Eglise de Jésus-Christ au-delà du rassemblement des croyants dans un lieu donné ? Elle est, dit Paul, le temple de Dieu, Sa maison, Son sanctuaire, le lieu sacré de Sa présence parmi les hommes. Elle l’est, non pour les hommes qui la composent, mais parce qu’elle l’habitation de Dieu en Esprit (Ephésiens 2,22). L’Eglise a une valeur infiniment précieuse pour Dieu. Aussi chacun qui y vit ou qui y exerce un ministère doit en avoir conscience : abîmer l’Eglise, la salir, c’est attenter à quelque chose qui touche au sacré. C’est s’en prendre à un bien qui, au cœur de Dieu, est de la plus haute valeur. Pour avoir osé le faire, certains, tels Ananias et Saphira, l’ont payé de leurs vies (Actes 5,1 à 11). Les Corinthiens, et nous avec eux, sont donc prévenus : tout n’est pas permis dans l’Eglise. Certes, la rétribution des œuvres de chacun se fera au tribunal de Christ (1 Corinthiens 5,10). Mais Dieu peut dès maintenant juger, comme il l’a fait pour Uzza dans l’Ancien Testament (2 Samuel 6,6-7), quiconque profane ce qui, aux yeux de Dieu, porte la marque du sacré. Preuve en est, dira Paul plus tard, par le nombre élevé de malades, d’infirmes et même de morts parmi les Corinthiens, dû à leur attitude légère et désinvolte au moment de la Cène (1 Corinthiens 11,30 à 32).

Chrétiens, de quoi avons-nous besoin pour préserver l’Eglise de la corruption ? En premier, de la prise de conscience du fait que celle-ci ne nous appartient pas, mais qu’elle est à Dieu ! L’Eglise n’est pas une société comme les autres. Elle est ici-bas le tabernacle de Dieu. Jésus l’a assuré à Ses disciples : quelle que soit la taille de la communauté qu’ils forment, Il est là présent avec eux et au milieu d’eux (Matthieu 18,20). Que chacun craigne ! Ce qu’il introduit dans l’Eglise relève, non d’abord du jugement des hommes, mais de celui qui en est l’hôte privilégié : le Saint-Esprit. Lui seul décide in fine de ce qui peut cohabiter avec Lui ou pas !

V 18 à 23 : première conclusion de Paul

Son développement terminé, Paul conclut le premier point abordé dans sa lettre. Cette conclusion se résume en deux propositions :

1ère proposition : que personne ne se considère comme sage selon ce monde

Paul le rappelle : la sagesse de ce monde est pure folie devant Dieu. La croix de Jésus-Christ, par laquelle Dieu opère Son salut, en est la preuve la plus éminente. Folie pour le monde, elle est l’expression de la sagesse même de Dieu. Si donc quelqu’un veut accéder à la véritable sagesse, il ne le peut qu’au travers d’un préalable incontournable : qu’il découvre d’abord sa propre folie. L’acquisition de la sagesse n’est pas quelque chose qui se fait par la voie de la raison, mais par celle du cœur. La sagesse du monde n’est pas construite sur la connaissance de la vérité quant à soi-même, mais sur la ruse, la malice, la tromperie qui naît de la suffisance. La croix du Christ détruit tout cela. Elle met à nu la futilité des prétentions humaines. Que tout chrétien le sache : c’est dans la dépendance absolue de Dieu et de Sa grâce que la sagesse véritable s’acquiert.

2ème proposition : que personne ne mette sa fierté dans les hommes

Le faire, dit Paul, c’est d’une certaine façon faire preuve de sectarisme. C’est se limiter volontairement à une portion de la richesse que nous avons en Christ, alors que tout ce qui procède de Lui est mis à notre disposition. Apprécions les serviteurs que Dieu nous donne pour notre édification. Mais n’oublions jamais que c’est du Christ que nous sommes disciples, non d’un homme. Dieu, pour un temps, peut nous faire bénéficier de la richesse qu’Il a mises dans l’un de Ses ministres. Mais celui-ci ne saurait résumer à lui seul tout ce qu’Il a en vue de nous donner. Apprenons de la diversité des dons que Dieu nous faits. Elle est le moyen par lequel Sa richesse nous est donnée.


Ayons une vue la plus large possible des dons de Dieu pour nous. Attaché à Christ, toute notre relation avec les choses et les êtres en est changée. Le monde entier dans sa profusion est à nous. Il est un cadeau de Sa grâce. La mort même, à laquelle nous étions autrefois soumis, n’est plus synonyme pour nous de perte, mais de gain (Philippiens 1,21). Déclarer que quelque chose ici-bas est notre unique bien, c’est choisir d’être pauvre. Tout est désormais à nous, non pour que nous l’accaparions, mais pour que nous le prenions comme don de Dieu pour notre bien. Et nous-mêmes, selon l’ordre éternel voulu par Dieu, conclut Paul, sommes à Christ et Christ à Dieu (1 Corinthiens 15,28).

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