mardi 21 mars 2017

1 CORINTHIENS 4

V 1 à 5 : le critère qui compte : la fidélité

De quelle manière Paul, Apollos ou tout autre apôtre du Christ doivent-ils être perçus par les croyants ? Paul y répond ici. Ils doivent être vus, non comme des personnes dotées d’un statut supérieur aux autres, mais comme des serviteurs au même titre qu’eux. Certes, par la connaissance dont ils font preuve des mystères de Dieu, le mystère de l’Eglise ou de l’Evangile, ils sont d’un apport inestimable à l’édification de l’Eglise. Mais cette connaissance ne provient pas d’eux. Ils n’en sont pas la source. Elle leur a été révélée, non pour leur gloire, mais pour le bien de tous. Aussi, les croyants ne doivent-ils les considérer comme des maîtres, mais comme de simples intendants des richesses qui sont en Dieu et en Christ. Alors qu’ils étaient à Lystres, Paul et Barnabas guérirent, par la grâce de Dieu, un infirme de naissance. La foule, éblouie par le miracle, les prit aussitôt pour des dieux et voulut leur offrir un sacrifice. Ils ne purent mettre un terme à cette folie qu’en déchirant leurs vêtement pour montrer aux autres qu’ils n’étaient que des hommes comme eux. Le récit ajoute que c’est à peine s’ils réussirent par ce moyen à dissuader la foule de commettre ce péché d’idolâtrie (Actes 14,8 à 18). De la part de païens qui ne connaissent pas Dieu, on peut comprendre ces excès. Veillons cependant à ce qu’ils ne se produisent pas dans l’Eglise de Jésus-Christ. Tout homme de Dieu, aussi éloquent ou influent soit-il, est et doit rester perçu par la communauté des croyants comme un serviteur, un gestionnaire des richesses qu’il a reçues. Il y va du bien de la communauté et de la protection du serviteur lui-même.

Suite à cette première mise au point, Paul aborde une question cruciale ayant trait au jugement que se font les croyants sur la valeur d’un ministre de Christ. Cette question est de savoir sur quel critère se fait cette estimation. Parce qu’ils sont charnels, il est notoire que, pour beaucoup, les critères d’évaluation de la valeur d’un serviteur de Dieu ne diffèrent pas de ceux que l’on trouve dans le monde envers les personnes qu’il idolâtre. Les serviteurs de Dieu brillant sont ceux qui jouissent d’une grande notoriété, qui sont éloquents ou dont le ministère est marqué par le succès. Paul rejette totalement cette grille de lecture. A ses yeux, la pierre d’angle de l’évaluation de la valeur d’un serviteur de Dieu repose sur un seul critère : la fidélité. Le ministre qui sert dans l’Eglise accomplit-il l’œuvre pour laquelle il a été appelé ? Sert-il Dieu et cherche-t-il Sa gloire et Son approbation ou celle des hommes ? Est-il rigoureux, consciencieux dans le service qu’il rend ? Est-il persévérant, que le succès soit au rendez-vous ou non ? L’Evangile est aussi clair que l’apôtre sur le sujet. Seule la fidélité à Dieu et dans l’exécution du mandat reçu sera récompensée par le Maître (Matthieu 25,14 à 23). Toute prise en compte d’un autre critère ne peut que fausser notre jugement.

Le risque d’erreur étant trop élevé, Paul, pour sa part, a décidé de refuser de soumettre au jugement humain l’évaluation de la valeur de son service. Il estime ici qu’il y va autant de sa propre sécurité que de celle de ceux qu’il sert. Il pousse même le principe à son extrémité. Bien qu’il ne se sente coupable de rien, il va jusqu’à refuser de se juger lui-même. Il s’en remet au seul jugement de Dieu quant à la valeur de son service et invite les croyants à faire de même quant à l’évaluation de ceux qui œuvrent parmi eux.  Dans le temps présent, il estime qu’il n’est possible à personne, hormis Dieu qui seul  connaît les intentions et les motivations qui sont dans les cœurs, d’évaluer à sa juste mesure le service d’un homme. Aussi, tout jugement humain sur le sujet ne peut être que partial, précoce et prématuré. Est-ce à dire pour autant que Paul ne peut être repris par personne ? Ce n’est pas là ce qu’il dit !  Oui, chacun peut et doit être prêt à être corrigé, en particulier au sujet de ses œuvres et de son comportement. Mais le jugement final sur la vie et le service d’un homme de Dieu appartient au Maître qui l’a enrôlé ! Et cela, chacun doit se le rappeler !

V 6 à 13 : le CV des serviteurs de Dieu

Qu'est-ce que les Corinthiens trouvent donc de si fabuleux à Paul et Apollos pour qu'ils se divisent en partis qui en font leurs champions ? Leur attitude n’est pas preuve de sagesse, mais d’un orgueil de mauvais aloi. Car le témoignage de la Parole de Dieu sur tous les hommes est unanime. Aussi admirables soient certains, tous sont sujets à la faiblesse, aux limitations et à l’égarement. Moïse fut un leader exceptionnel. Mais son impatience dans une circonstance le disqualifia pour entrer dans le pays promis. Elie était en son temps un résistant spirituel remarquable. Cela ne l’empêchera de tomber dans une sévère dépression et de fuir à la menace de mort lancée contre lui par la reine Jézabel. Aussi estimable que soit à nos yeux un serviteur de Dieu, nous devons veiller à rester mesuré dans l’appréciation que nous lui portons. Il n’est qu’un instrument choisi par la grâce de Dieu pour une œuvre et un objectif à court terme. Si nous l’interrogeons sur ce qu’il pense de lui-même, il est fort probable, s’il se connaît bien devant Dieu, qu’il sera le dernier à vouloir qu’on fasse de lui un objet quelconque de louange. Le danger d’une admiration trop forte se trouve ainsi davantage dans les yeux de ceux qui, à l’extérieur, louent les serviteurs de Dieu que dans leur propre regard sur eux-mêmes.

Au lieu d’admirer ses instruments, apprenons plutôt à apprécier la grâce de Dieu qui nous donne tout avec abondance pour que nous en jouissions. Car il n’y a rien dans le monde que nous possédions qui procède de nous. Tout ce que nous avons-nous a été donné comme cadeau de Dieu. Certes, le jour arrivera où, dans le royaume de Dieu, nous exercerons une certaine royauté. Mais telle ne doit pas être notre attitude aujourd’hui. Ce que nous partageons ici-bas avec Christ n’est pas le trône mais la croix. Si donc les Corinthiens veulent ressembler à leurs champions, qu’ils suivent leurs traces. Qu’eux aussi, au lieu de se comporter en riches arrivistes, acceptent l’opprobre et le dénuement qui est leur part dans leur parcours terrestre.

Car s’il y a un privilège dont jouissent les apôtres du Christ, il est bien celui d’être les derniers des hommes. Disciples de la croix, ils sont devenus ennemis du monde qui les traite comme des condamnés à mort. Jetés dans les arènes, ils sont jetés en pâture pour un spectacle morbide aux yeux du monde visible et invisible. Traités d’extrémistes et des fanatiques (cf Actes 26,24), ils passent, non pour des gens sensés, mais pour des fous. Sujets à la faiblesse, ils connaissent le déshonneur et la souffrance. Objets de toutes sortes de privations et de violence, ils vivent tels des parias fuyant d’une ville à l’autre pour échapper à la mort. Non ! La condition des apôtres du Christ, même si elle le sera un jour, n’est pas maintenant celle de rois. Si tel était le cas, aurait-il besoin de travailler de leurs propres mains pour pourvoir à leurs besoins ? Seraient-ils considérés comme des rebuts et les déchets de la société ? Si le sort des apôtres du Christ n’est ici-bas vraiment pas enviable, Paul attire cependant le regard des Corinthiens sur quelque chose en eux qu’ils peuvent apprendre à imiter. Il s’agit de leur attitude, du comportement dont ils font preuve dans l’adversité. Imitateur de leur Maître (1 Pierre 2,23), ils ont appris de Lui à répondre à l’insulte en bénissant, à faire face à la persécution en supportant, à réagir à la diffamation par l’encouragement. La croix, qui était leur message, était aussi leur vie. Enracinés en Christ, les apôtres avaient tiré un trait sur eux-mêmes pour vivre de la vie du Christ. C’est ce modèle que chaque chrétien dans ce monde est appelé à imiter. Oui, un jour, tous, nous aurons part à la gloire et la félicité du royaume. Mais dans cette attente, c’est l’opprobre du Christ que nous sommes appelés à porter. Que Dieu nous en donne aujourd’hui l’honneur (Actes 5,41).

V 14 à 17 : le souci paternel de Paul pour les Corinthiens

Si Paul fait preuve d’une certaine rudesse envers eux, les Corinthiens ne doivent pas la prendre autrement que comme l’expression d’un père soucieux de voir ses enfants marcher dans la vérité. Car, dit-il, quand même ils auraient été au bénéfice de l’influence de dix mille maîtres, les Corinthiens, sur le plan spirituel, n’ont qu’un seul père, celui qui les a engendrés en Christ. En tant que tel, Paul a la légitimité de s’adresser à eux comme il le fait et de leur dire ce qu’il leur dit. L’autorité dont il se prévaut envers eux est conforme à la vérité des faits. Elle s’inscrit dans le cadre de la réalité de leur histoire, celle que, dans Sa souveraineté, Dieu a mise en œuvre pour les faire naître à la vie !

Ecrivant ce qu’il dit, Paul n’est sans doute pas ignorant de la parole de Jésus selon laquelle Ses disciples ne doivent appeler personne sur la terre, père. Car, ajoute le Seigneur, un seul est votre Père, Celui qui est dans les cieux (Matthieu 23,9). Quoi que nous soyons pour une personne sur le plan spirituel, il y a et il doit toujours y avoir une différence notoire entre ce que nous sommes et ce qu’est Dieu pour elle. Cependant, bien que nous soyons tous dans l’Eglise de Jésus-Christ les fils d’un même Père, dans la réalité de notre parcours, c’est au travers de personnes précises que nous sommes venus à la vie. Celles-ci n’ont pas sur nous les droits absolus de Dieu. Pour autant, elles ne sont pas sans droit de regard et sans devoir à notre sujet. Tout comme il en est dans la famille humaine, être parent sur le plan spirituel nous implique à l’égard des enfants que Dieu nous a donné la grâce d’engendrer. Le livre des Proverbes tout entier est construit sur ce principe d’invitation pour les fils à l’écoute des conseils des pères (Proverbes 1,8-9). Il n’y a pas, certes ici, d’obligation absolue, mais il y va pour chacun de la sagesse et du bon sens.

S’il y a une chose grave que nous ayons à déplorer dans le siècle individualiste dans lequel nous nous trouvons, c’est bien la perte du sens de la redevabilité. En aucune manière, la liberté à laquelle le Christ nous a appelés n’équivaut à l’autonomie absolue. Parce que, tels les membres d’un corps, nous sommes liés les uns aux autres, tous nous sommes aussi redevables envers nos frères de la façon avec laquelle nous vivons. C’est dans ce but que Dieu a établi dans l’Eglise comme dans la société les autorités. Refuser l’exhortation, la parole, le conseil que l’autorité peut nous donner, c’est décider volontairement de n’en faire qu’à sa tête, ce qui, souvent, est les prémices de la chute ou de l’égarement. C’est pour éviter une telle issue à l’Eglise de Corinthe que Paul, ne pouvant s’y rendre lui-même, a décidé d’y envoyer Timothée, son fils spirituel connu d’eux. Sur place, il aura pour mission, dit-il, de leur rappeler ses voies, c’est-à-dire les principes selon lesquels il marche dans la vie en Christ. Le désir de Paul pour ses frères est précis. Puisqu’il est leur père en Christ, il a pour mission d’être aussi leur modèle. Il les invite, non à marcher à l’aveugle, en suivant leur propre pensée, mais à l’imiter, c’est-à-dire, à mettre leurs pieds dans ses traces. Que Dieu donne à chacun de nous cette volonté et cette conscience de modèles à suivre.

V 18 à 21 : avertissement aux rebelles

Quoi que Paul ait décidé d’envoyer Timothée à Corinthe, il n’a pas renoncé pour autant au projet de s’y rendre lui-même sous peu. Quelques-uns parmi les Corinthiens, dénonce-t-il, spéculant sur le fait qu’il ne viendrait pas, se sont gonflés d’orgueil. N’ayant pas à affronter l’apôtre et le père spirituel de l’Eglise en face, ils se sont dit qu’ils avaient les coudées franches pour jouer aux petits chefs dans l’assemblée. Qu’ils se détrompent ! Dès qu’il le lui sera possible, Paul ira à Corinthe. Sur place, il confrontera les prétentions de ses contestataires à la puissance de la vérité. Chacun aura alors l’occasion de se rendre compte par lui-même sur quoi repose l’autorité des uns et des autres.


Apprenons une fois de plus du courage de Paul ! Pas plus qu’il ne l’est pour nous, il ne lui est agréable d’user du ton qu’il emploie pour s’adresser à ses frères. Il y a cependant des moments où, par amour pour la vérité, la douceur n’est pas de mise. S’il le faut, dit l’apôtre, il viendra à Corinthe avec un bâton, dans l’objectif de réprimander. Comme il en est pour l’éducation des enfants, la réprimande est, pour la formation des chrétiens immatures, une arme appropriée, le signe d’une véritable préoccupation spirituelle pour ses frères. Mieux vaut, dit le livre des Proverbes, une réprimande ouverte qu’une amitié cachée (Proverbes 27,5). Il y a dans la réprimande ouverte une plus grande preuve d’amour envers autrui que dans le silence qui a peur de froisser. La réprimande a été, dans la bouche de Jésus, une méthode souvent utilisée à l’égard de Ses disciples, lents à croire et à comprendre (cf Marc 9,19 ; Matthieu 26,52). Néhémie ira, dans son zèle pour Dieu, jusqu’à l’accompagner d’une certaine violence en tirant les cheveux des récalcitrants (Néhémie 13,25). Il n’y a sans doute pas là un exemple à imiter aujourd’hui. Il faut cependant reconnaître, contrairement à ce que disent les éducateurs de notre temps, qu’une bonne correction a parfois sur des enfants plus d’effets que mille discours (Proverbes 13,24 ; 22,15). Que notre désir de plaire aux hommes ne nous conduise jamais à faire preuve de lâcheté dans la défense des intérêts de Dieu !

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