jeudi 30 mars 2017

1 CORINTHIENS 6

V 1 à 8 : les procès entre frères

Après l’immoralité, Paul s’en prend à une autre forme d’aberration présente dans l’Eglise de Corinthe : l’incapacité qu’a la communauté de régler en son sein les différends qui se produisent entre frères. Ainsi, des frères qui se retrouvaient un jour dans la même rencontre pour louer Dieu et apprendre de Christ, pouvaient le lendemain se faire face à la barre d’un tribunal présidé par un juge incroyant. Face à cette absurdité, Paul répond de deux manières, la seconde exprimant ce que la croix devrait inspirer comme comportement dans de tels cas :

1er argument :

A cause de ce qu’ils sont, des saints, la façon d’agir des Corinthiens est à l’extrême inverse de ce qu’elle devrait être. Alors que les Corinthiens (avec tous les chrétiens), sont appelés dans l’avenir à juger le monde et les anges, c’est ici-bas aux incroyants qu’ils font appel pour les départager dans leurs affaires courantes. Il y a bel et bien là une aberration totale, une contradiction impensable à l’égard du bon sens. Comme c’est chaque fois le cas lorsqu’il se produit un renversement de valeur dans la communauté chrétienne, cela pose question. Par quelle sagesse vivent les enfants de Dieu ? Humaine ou divine ? Où est la preuve du renouvellement de l’intelligence que produit l’Evangile dans les vies de ceux qui le reçoivent ? Comment se fait-il que, malgré toute la richesse de l’enseignement reçu, il ne se trouve pas chez les Corinthiens un seul homme sage capable de trancher entre ses frères ? Il y a là une pauvreté consternante !

2ème argument :

Chrétiens, les Corinthiens sont les disciples d’un Christ crucifié, un Christ qui a choisi de renoncer à Ses droits et de tout perdre plutôt que de se sauver Lui-même. Se faisant, comment peuvent-ils prétendre Le suivre et Lui appartenir et agir entre eux comme ils le font ? Il y a ici aussi contradiction absolue dans les termes entre la croix du Christ et tout ce qu’elle représente et l’attitude dont font preuve les Corinthiens. Paul y reviendra plus tard en citant  son comportement comme exemple (1 Corinthiens 9,15). Le disciple de Christ n’a ici-bas en rien à défendre ou à faire valoir ses droits. Parce qu’il sait qu’il possède auprès de Dieu un héritage que nul ne peut lui ôter, il peut librement ici-bas accepter d’être dépouillé de tout et de tout perdre. Peu importe si, dans le monde ou même dans l’Eglise, il doit subir quelque injustice. Sa justice est ailleurs. Elle n’est pas en lui-même, ni dans la reconnaissance de son droit, y compris par ses frères. Elle est dans le Christ seul, en une sphère dans laquelle nul ne peut lui porter atteinte. Ici-bas, le disciple n’est pas appeler à se comporter comme un roi (cf 1 Corinthiens 4,8), mais à communier aux souffrances du Christ (Philippiens 2,10). Celles-ci n’impliquent pas que la persécution violente, mais aussi parfois la déception, voire la trahison de ses frères à l’égard de l’amour. Sommes-nous disciples du Christ crucifié ou défenseur de notre égo froissé ? C’est ici la vraie question à laquelle nous devons répondre, la seule qui, selon la réponse que nous lui donnons, soit garante de notre liberté ou de sa perte.

V 9 à 11 : des oublis fâcheux

Superficiels dans leurs vies avec Dieu, les Corinthiens l’étaient devenus dans leur jugement. Certes, il y avait de l’injustice parmi eux, mais, pensaient-ils, il n’y avait là rien de très grave. La grâce pouvait couvrir cela. Paul tient à les avertir. Aucun de ceux qui pratiquent le péché dans la vie courante n’héritera du royaume de Dieu. Il y a des signes dans la vie des chrétiens et des pécheurs qui prouvent la réalité de ce qu’ils sont. L’homme qui a été lavé de ses péchés et libéré par Christ le manifeste par une vie nouvelle dans laquelle le péché ne le domine plus. A l’inverse, qui vit dans le péché démontre qu’il n’en est pas libre et, par conséquent, qu’il n’est pas régénéré. Certes, de manière absolue, le Seigneur seul connaît qui Lui appartient. Mais quiconque prononce le nom du Seigneur et prétend être à Lui le prouve en s’éloignant de l’iniquité (2 Timothée 2,19).

Si le péché des chrétiens a des conséquences graves au niveau du témoignage rendu à Christ par l’Eglise dans le monde, le premier méfait qu’il produit se trouve non à l’extérieur, mais dans leur conscience. Rien n’altère davantage le jugement d’un chrétien, son évaluation de la gravité du mal, que le fait de s’accommoder au péché dans sa vie. Le premier pouvoir du péché consiste dans la modification qu’il opère dans la conscience de celui qu’il infecte. Le récit de l’irruption du péché dans l’humanité en témoigne. Alors qu’Eve savait par Dieu que l’interdit auquel elle était exposée lui valait la mort si elle le transgressait, la séduction du péché réussit à le lui faire oublier. Eve ne savait plus, comme les Corinthiens, que le péché était d’une extrême gravité en ce qui touche sa relation avec Dieu. Inévitablement, il était synonyme de rupture et de jugement. Il aura fallu qu’elle aille jusqu’au bout du chemin de la désobéissance pour qu’elle s’en rende compte. Comprenons-nous à quel point le péché est un poison pour nos vies, le venin mortel du serpent ancien ? Que Dieu nous donne à chaque moment de nous en souvenir !

Si Paul met le doigt sur ce qui ne va pas dans l’Eglise de Corinthe et, se faisant, traite du péché de certains de ses membres, il ne met pas pour autant tout le monde dans le même sac. L’apôtre est aussi capable de relever ce qui vient de Dieu, l’œuvre effective de Christ et du Saint-Esprit dans les cœurs. Autrefois, la vie des enfants de Dieu n’était pas autre chose que ce que le péché faisait d’eux. Adultères, idolâtres, homosexuels, avares, l’identité de chacun était définie par le péché qui dominait sa vie. Tel n’est plus le cas maintenant. Lavés par Jésus-Christ, sanctifiés par l’Esprit, ils sont désormais considérés comme justes aux yeux de Dieu. Tel est le témoignage de l’Eglise dans le monde ! Non celui d’hommes parfaits, mais de personnes dont la vie manifeste l’œuvre de renouvellement et de transformation profonde qu’opère la grâce agissante de Dieu. Y a-t-il espoir plus grand pour des pécheurs que de voir d’anciens esclaves enferrés dans leurs péchés libres de leurs chaînes ?

V 12 à 20 : la liberté chrétienne 

Revenant à la question de l’inconduite sexuelle traitée dans le chapitre précédent, Paul en vient à aborder le sujet de la liberté chrétienne. Dégagés de la loi qui prévalait autrefois et sauvés par grâce, certains chrétiens de Corinthe en avaient conclu que, puisque plus rien ne s’impose à eux pour leur dicter leur comportement, tout était désormais permis. Paul ne contredit pas la formule. Il y ajoute cependant deux restrictions liées à des intérêts supérieurs à la revendication de la liberté. Tout est permis au chrétien, seulement si cela ne nuit pas à sa vie spirituelle et sert l’objectif que Dieu a pour lui de l’amener à la ressemblance de Christ. Tout est permis au chrétien, à condition que la liberté dont il use ne le conduise pas à retourner dans l’esclavage d’anciennes ou de nouvelles passions. La liberté que Christ a acquise à l’enfant de Dieu, si belle soit-elle, n’est pas la valeur suprême qui doit guider sa vie ou son comportement. Il y en a d’autres qui prévalent sur elle, telle la sainteté et le fait de rechercher en toutes choses la gloire de Dieu.  Chaque chose que Dieu a faite l’a été pour un but, et c’est ce but qu’elle doit servir. La vraie liberté dans la vie chrétienne ne s’obtient pas en faisant ce que nous voulons de tout ce que Dieu nous donne, mais en l’utilisant pour le but pour lequel ils nous ont été octroyés.

Pour illustrer le principe qu’il vient d’énoncer, Paul prend l’exemple des aliments. Les aliments ont été faits pour le ventre et le ventre pour les aliments. Il ne viendrait à personne l’idée de penser autrement et d’user de sa liberté pour faire des deux un usage autre. Ce qui est vrai pour les aliments l’est aussi pour la sexualité. Dieu n’a pas donné aux êtres humains la sexualité pour qu’ils en usent comme bon leur semble. Il y a au-dessus du sexe des principes et des valeurs auxquels l’usage du sexe est subordonné. Racheté par Christ, le corps appartient au Seigneur. Parce que le Seigneur Lui-même vit en nous, le corps est la maison même de Dieu, le sanctuaire de Son Esprit. Aussi toute union d’un chrétien avec une autre personne implique l’union d’une partie du corps de Christ avec elle. Le chrétien peut-il honnêtement concevoir que, à travers lui, le Christ soit uni à une prostituée ? Trouve-t-il cela en accord avec Sa nature, Son caractère, Sa sainteté ?

Paul tient ici à préciser avec force sa pensée. S’il existe d’autres péchés commis avec le corps que celui de la relation sexuelle hors du cadre du mariage, celui-ci se caractérise d’une manière particulière et  unique. Conçue pour sceller l’union de deux personnes qui se prennent pour époux et épouse, la relation sexuelle crée une telle fusion entre elles, qu’elles ne sont plus deux, mais une. Etre uni en tant que mari et femme, c’est ne plus être deux, mais un seul être. Cette réalité, vraie entre un homme et une femme qui s’unissent de manière légitime, l’est aussi pour toute autre union. Si un chrétien se donne à une prostituée, il ne pèche pas seulement à l’égard de la loi de Dieu, mais aussi vis-à-vis de son propre corps. Devenu un avec elle, il est désormais une partie d’elle, comme elle de lui, ce qui ne se produit pas, par exemple, dans le cas d’une bagarre entre deux personnes.


Face à la tentation de l’inconduite sexuelle, il n’y a qu’une seule attitude à adopter : celle qu’a eue Joseph, le fils de Jacob, face aux sollicitations de la femme de Potiphar : fuir (Genèse 39,12). Sur le moment, sa décision lui a coûté cher. Mais la fin en sera heureuse, contrairement à ce qu’il en fut pour David qui ne sut pas résister. Il y a des domaines dans la vie chrétienne où le vrai courage, le véritable héroïsme ne consistent pas à rester sur place, mais à partir au plus vite.  Que le souci de chaque enfant de Dieu soit donc de Le glorifier dans son corps. Autrefois celui-ci était le corps du péché (Romains 5,6). Il appartient désormais à Dieu. « Ne mettez, dit Paul, aucune partie de votre corps à la disposition du péché comme une arme pour l’injustice ; mais mettez-vous vous-mêmes au service de Dieu, comme des vivants revenus d’entre les morts, et mettez votre corps tout entier au service de Dieu, comme une arme pour la justice (Romains 5,13-14).

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