vendredi 21 avril 2017

1 CORINTHIENS 7

Ayant dû traiter le cas d’inconduite qui était un scandale pour le nom de Christ à Corinthe, le pont est tout trouvé pour Paul pour aborder le premier sujet sur lequel l’Eglise l’a interrogé au travers d’une lettre remise : le sujet du mariage. On pourrait penser à première vue qu’il n’y ait ici pas énormément à dire. La parole de Dieu, dès ses premières pages, ne nous donne-t-elle pas le cadre précis dans lequel doit se construire la relation entre l’homme et la femme (Genèse 2,24) ? Dans la réalité, les choses ne sont pas aussi simples. Il y avait à Corinthe tant de cas de figures différents qu’il n’était pas possible de donner une réponse unique pour traiter de chacun. Dans une société où tous les repères sont bousculés, la même difficulté se présente à nous aujourd’hui. Si, dans sa réponse, Paul va rappeler certains principes bibliques, nous notons qu’à plusieurs reprises ce n’est pas sur l’Ecriture, mais ce qu’il pense être juste en tant que serviteur de Dieu, qu’il va appuyer sa position. Est-ce à dire que l’Ecriture n’a pas réponse à tout ? Oui et non ! L’Ecriture pose le cadre dans lequel, pour chaque domaine éthique, nous sommes appelés à penser les choses. Hors de ce cadre, nous sommes hors de la volonté de Dieu. A l’intérieur de ce cadre, il nous faut parfois, à partir du réel, chercher la solution la meilleure qui s’applique aux diverses situations auxquelles nous sommes confrontés. Parce que nous avons l’Esprit de Dieu, a dit Paul, la pensée de Christ habite en nous (1 Corinthiens 2,16). Connaissons bien la Parole ! Soyons sensibles à la voix de l’Esprit en nous ! Entretenons-nous entre serviteurs de Dieu des situations qui nous posent question (cf Actes 15,28) ! Si nous procédons de la sorte, nous réduirons quasiment à rien le risque d’une erreur d’appréciation dans le traitement de cas complexes.

V 1 à 7 : aux couples chrétiens

S’il fallait choisir ce qui est le mieux, Paul préconiserait à tous les chrétiens de ne pas se marier. Plus loin, il donnera la raison de cette recommandation. Cependant, à cause du risque d’inconduite auquel le célibat expose le croyant, il est préférable que chaque homme ait une femme et chaque femme un mari. Le célibat est une bonne chose, à condition qu’il réponde au don particulier de la grâce destiné à celui qui doit le vivre. Pour les autres, tous ceux qui n’ont pas reçu ce don, c’est celui du mariage qui est le cadeau de la même grâce de Dieu.

S’adressant aux couples mariés, Paul élimine d’emblée la polygamie (le fait pour un homme d’avoir plusieurs épouses simultanément), la polyandrie (le fait pour une femme d’avoir plusieurs maris en même temps), l’androgamie (le mariage entre deux hommes) ou l’union lesbienne. Le cadre biblique du mariage, celui qui correspond à la volonté créationnelle de Dieu, est que chaque homme ait une femme et vice-versa. Dans le cadre du mariage, Paul rappelle ensuite que ni la femme, ni le mari ne sont à eux-mêmes. En s’unissant, l’un comme l’autre se sont engagés à se donner l’un à l’autre, si bien que le contrat du mariage est enfreint s’il y a refus d’une partie d’assumer son devoir envers l’autre. Le devoir conjugal entre époux est une clause imprescriptible du mariage. S’il en est ainsi, ajoute Paul, c’est aussi parce que Dieu a voulu faire du mariage le meilleur rempart contre l’infidélité. Qui est heureux et satisfait sur le plan sexuel, dans le cadre du mariage, court un risque beaucoup plus moindre d’inconduite que dans un cas inverse. Loin de prôner l’abstinence, Paul encourage le mari et l’épouse chrétiens à ne pas se priver l’un de l’autre. L’apôtre ne sait que trop bien à quel point la pulsion sexuelle est forte, particulièrement chez les hommes, et combien il est facile à Satan de les tenter dans ce domaine. Paul consent cependant qu’il y ait une exception à cette règle. Elle est dans le besoin que l’un ou l’autre dans le couple aurait de s’isoler pour prendre du temps avec Dieu dans la prière. Même ici cependant, cette décision ne saurait être prise de manière unilatérale. Pour qu’elle soit vécue dans la paix et le respect de ce que chacun doit à l’autre, elle nécessite l’accord des deux parties.

Le mariage est contrat entre un homme et une femme qui les engagent à vie. Fondé sur l’amour, il impose à chacun des droits et des devoirs. C’est parmi les couples chrétiens que le modèle même du mariage réussi devrait s’imposer. Dans un monde où l’infidélité, la trahison et l’abandon sont monnaie courante, prions que Dieu utilise les foyers chrétiens pour donner aux incroyants le désir de connaître Celui qui est le secret de leur bonheur !

V 8 et 9 : aux célibataires et aux veuves

Après les couples chrétiens, Paul s’adresse à ceux qui, dans la communauté, ne sont pas mariés et aux veuves. Pour quelle raison l’apôtre cite-t-il les veuves plutôt que les veufs ? La cause provient-elle de la nature de la question posée par les Corinthiens, du fait que les veuves étaient plus nombreuses que les veufs dans l’assemblée ? Le texte ne le dit pas. Par défaut, il nous faut prendre le terme comme quelque chose de générique, une parole destinée à tous ceux qui se retrouvent dans une situation de veuvage.

La recommandation première de Paul aux célibataires et aux veuves de l’assemblée est de ne pas chercher à tout prix de se marier. Paul estime au contraire qu’il leur est préférable de rester dans l’état dans lequel ils se trouvent. Parce que l’apôtre est lui-même dans cette situation, il sait tous les avantages que celle-ci lui apporte en termes de liberté personnelle et de disponibilité pour le service du Seigneur. L’avis que donne Paul ici n’est cependant pas un absolu. Conscient des difficultés que la solitude et la perspective d’une abstinence sexuelle totale peuvent poser, Paul recommande à ceux qui seraient incapables de se maîtriser dans ce domaine de se marier. La même concession se retrouve au sujet des veuves dans une autre épître de l’apôtre. Pour qu’une veuve soit inscrite sur la liste des personnes que l’Eglise doit secourir, Paul exige que celle-ci n’ait pas moins de soixante ans. Car, dit-il, il y a fort à parier que, poussées par leurs désirs, les jeunes veuves ne supportent pas longtemps de rester  dans leur état. Il est donc préférable pour elles, entre deux situations, de choisir celle qui sera la plus apte au bien. Que les jeunes veuves, plutôt que de rester seules se marient et aient des enfants pour qu’en bonnes maîtresses de maisons, elles ne prêtent le flanc à aucune occasion de critique du peuple de Dieu par ses adversaires (cf 1 Timothée 5,3 à 15).

Les différentes situations éthiques auxquelles l’Eglise est confrontée n’appellent pas de réponse unique. Paul plaide clairement ici pour que le cas de chaque personne soit évalué en fonction de la maturité et des capacités de chacun. Le désir de Dieu pour chacun ne sera jamais, en effet, de lui imposer quelque chose à vivre qui soit hors de portée de celles-ci. La spiritualité véritable n’est pas détachée du réalisme. Elle prend en compte, dans l’évaluation de ce qui est le mieux pour chacun, tous les paramètres liés à la situation humaine des personnes : l’âge, la situation sociale, les forces et les faiblesses de la personne, le contexte, l’environnement, la maturité spirituelle… Il nous faut être vigilant pour ne pas imposer aux autres dans l’Eglise un joug d’exigences morales qu’ils ne pourront pas porter (Luc 11,46). C’est avec les yeux de la grâce que nous devons regarder et juger de la situation de chacun, avec comme souci premier ce qui est le plus propice à son bien.

V 10 à 16 : la question du divorce

Traitant du sujet du mariage, il était impossible pour Paul de ne pas aborder la question du divorce que les Corinthiens ne manquèrent pas de lui poser. Deux cas de figure sont ici envisagés correspondant sans nul doute à deux situations auxquelles a à faire face l’Eglise de Corinthe dans ses rangs. Le premier évoque le cas d’une rupture qui se produit dans un couple chrétien, le second celui d’une séparation qui se produit dans un couple où seul un des conjoints est un enfant de Dieu.

1er cas : rupture dans un couple chrétien

Ici, Paul n’a nul besoin pour légiférer sur le sujet d’émettre une opinion qui lui semble la plus appropriée. Car l’Ecriture, tout comme le Seigneur Jésus, ont été formels. Dans le peuple de Dieu, mari et femme sont liés par une alliance indissoluble à laquelle seule la mort peut mettre fin. L’homme n’a pas, pour quelque motif que soit, à séparer ce que Dieu a uni. Seule une rupture du contrat par l’une des parties pour cause d’adultère peut justifier sur le plan légal une séparation (Matthieu 19,3 à 9). Un couple chrétien peut se séparer mais, que ce soit le mari ou la femme, il commet une infidélité si l’un ou l’autre s’unit, du vivant de son conjoint, à une autre personne. La voie que préconise la Parole de Dieu pour les couples chrétiens n’est pas celle du divorce suivi du remariage, mais celle de la réconciliation. En Christ, il est possible pour chacun de se repentir de ses torts, de pardonner et de travailler à sa propre réformation en vue de l’unité du couple. Comment, en effet, pourrions-nous parler de paix, de pardon et de réconciliation au monde si à l’intérieur même de l’Eglise du Christ ces vertus ne sont pas vécues ?

2ème cas : rupture dans un couple où un seul est enfant de Dieu

Quelle règle prévaut dans le cas d’un couple où un seul des conjoints est enfant de Dieu ? Le mari ou l’épouse chrétiens sont-ils contraints à rester ensemble coûte que coûte ? Paul l’affirme dans le conseil qu’il donne : il ne peut s’appuyer sur aucune parole ou directive claire et précise du Seigneur sur le sujet pour y répondre. Il présente l’avis qu’il donne ici comme étant le sien, celui d’un homme qui, en toutes circonstances, est soucieux de ne pas aller contre la volonté de Dieu et de rechercher le bien de chacune des personnes concernées par la situation. Selon Paul, s’il doit y avoir séparation dans un couple qui, sur le plan spirituel, forme un attelage disparate, l’initiative de celle-ci ne doit pas venir de celui ou celle qui, des deux, est enfant de Dieu. Ce n’est pas au conjoint chrétien de décider de se séparer, mais à celui qui ne l’est pas. Si un tel cas de figure se produit, le mari ou l’épouse délaissés ne doivent pas se sentir obligatoirement liés à l‘autre. La volonté de Dieu pour Ses enfants n’est pas qu’ils vivent dans un climat de guerre et de tension permanent, mais dans la paix. Si cependant, malgré la foi de l’autre, le conjoint non-croyant souhaite rester en couple, il ne faut pas que le croyant s’y oppose. Une telle situation n’a pas, sur le plan spirituel, que des désavantages. En effet, la famille n’est pas aux yeux de Dieu juste une addition d’individualités distinctes qui cohabitent. C’est une entité organique qui est une, comme le souligne nettement certaines situations de l’Ancien Testament (cf Josué 7,24-25) Aussi, la règle qui fait que le péché des pères retombe sur ses fils et ses filles, s’applique-t-elle dans le cas inverse. Le conjoint non-croyant reste non-croyant. Il doit, pour devenir enfant de Dieu, se repentir et croire pour son propre salut au Seigneur Jésus. Mais, malgré cela, lui et les enfants issus du couple ne sont pas dans la même situation qu’une famille dans laquelle ne figure aucun croyant. La bénédiction qui repose sur le croyant ne l’atteint pas lui seul. Elle s’étend à tous ceux qui, liés à lui, vivent de façon organique avec lui. Il est possible que nous ne comprenions pas bien, dans les faits, de quelle manière cette réalité se traduit. Mais elle existe et ne doit pas être négligée dans l’approche de la question.

Comme déjà dit, ce que Paul exprime ici relève de son avis personnel d’homme de Dieu. Pour autant, nous ne devons d’aucune manière le relativiser. Parce que l’avis de Paul a été retenu par la Parole de Dieu, il a désormais valeur de jurisprudence. Il devient donc, au même titre que les propos de Jésus sur le sujet, parole normative de Dieu.

V 17 à 24 : un principe de base 

Au-delà des cas évoqués ici, Paul énonce un principe général qu’il enseigne dans toutes les Eglises comme ligne de conduite à suivre par tous les chrétiens. Ce principe est que chacun demeure dans l’état dans lequel il se trouvait lorsqu’il a reçu l’appel de Dieu. Illustrant son propos par plusieurs cas de figure, Paul réitère par trois fois son affirmation (v 17, 20 et 24). Quelqu’un était-il circoncis lorsqu’il est devenu chrétien ? Qu’il ne cache pas sa circoncision ! En Christ, il est possible d’être juif et chrétien. Quelqu’un était-il incirconcis ? Il n’a nul besoin de changer. La grâce de Christ ouvre la porte du salut à tout homme, de quelque nationalité et arrière-plan qu’il soit. Aux yeux de Dieu, le signe d’appartenance extérieure ancien au peuple de Dieu n’est plus ce qui prévaut. Ce qui compte est l’œuvre qui s’est faite dans le cœur, une œuvre qui a fait d’un rebelle à Dieu un homme qui chérit ses commandements et les observe.

Ce qui est vrai au sujet de la circoncision l’est aussi pour ce qui touche à l’esclavage. Qui se trouve dans cette condition ne doit pas, parce qu’il est devenu chrétien, chercher d’abord à s’en affranchir. C’est dans le cadre dans lequel Dieu nous a trouvé qu’Il désire en premier que nous soyons Ses témoins. Si, par la suite, la possibilité se présente pour l’enfant de Dieu de devenir libre, qu’il la saisisse et en profite. Mais que ce soit Dieu, et non lui-même, qui soit à l’origine de ce changement de condition. Quelle que soit la condition sociale dans laquelle vive le chrétien, qu’il se souvienne que celle-ci ne reflète pas la réalité spirituelle qui est la sienne. L’esclave chrétien, à cause de la vie qu’il possède en Christ, jouit d’une liberté que beaucoup qui ne le sont pas ignorent. Autrefois aliéné au péché, il est devenu libre à l’égard de son pouvoir. L’homme libre, quant à lui, ne l’est plus sur le plan spirituel. Attaché et soumis au Christ, il en est devenu le serviteur obligé. C’est Lui désormais qui est le Seigneur de tous ceux qui Lui appartiennent. Que chacun veille ainsi dans sa vie à ce que son allégeance soit à Lui, et non à un homme.

V 25 à 40 : consignes de Paul pour les vierges et les veuves

Toujours dans le cadre du mariage, Paul répond à une autre question posée par les Corinthiens au sujet des vierges. Au vu des circonstances difficiles par lesquelles passent les chrétiens, est-il judicieux pour ceux et celles qui ne sont pas mariés de le faire ? Ou est-il préférable pour eux de rester comme ils sont ? Avant de répondre, l’apôtre tient à redire ce qu’il a déjà dit un peu plus tôt. Il y a, dans le domaine de l’éthique, des choix qui ne relèvent ni du bien, ni du mal. Lorsque tel est le cas, il n’est pas possible de s’appuyer sur une parole explicite du Seigneur. Le rôle premier de la Parole de Dieu est de fournir au peuple de Dieu un cadre précis pour ce qui concerne le bien. Dans ce cadre, dans lequel le croyant est face à des commandements écrits de Dieu, le langage utilisé est celui de l’ordre. Le croyant n’a pas à choisir : il est appelé à obéir. Hors de ce cadre, il n’a plus à faire au bien, mais au mal, au péché, à la désobéissance à Dieu. Dans le cadre du bien, les choses sont différentes. Nous n’avons plus ici à faire à un choix entre obéissance et désobéissance,  mais à une alternative entre le bien et le mieux, entre ce qui est recevable et ce qui est préférable. Il ne s’agit pas ici d’imposer, mais de proposer ce que la sagesse perçoit de meilleur pour chacun compte tenu de sa situation et des circonstances. C’est ce que, en homme avisé, fiable et habité par l’Esprit de Dieu, Paul va faire ici.

Les croyants qui sont vierges à Corinthe devraient-ils plutôt se marier ou rester dans leur condition ? Selon l’avis de Paul, pour plusieurs raisons qu’il va développer, il leur serait préférable de renoncer au mariage. La première raison tient au temps particulier dans lequel vivent les chrétiens à l’époque de Paul. Oui, au vu de la pression qui s’exerce sur la communauté chrétienne à l’heure où la question est posée à Paul, il n’est pas du meilleur choix dans l’immédiat pour un chrétien que de chercher à fonder un foyer. Il est important de le préciser : le premier argument de Paul tient au contexte. Il ne s’applique donc pas à toutes les époques, mais reste valable pour ceux qui, quelque part, se trouvent dans la même situation que celle des Corinthiens. Paul n’est pas, comme certains ont pu le croire, contre l’idée du mariage. Son institution vient de Dieu : elle est donc une chose bonne. Ce que l’apôtre veut éviter ici, ce sont, dit-il, les tourments supplémentaires que connaîtra inévitablement le croyant marié dans la période difficile de persécution que l’Eglise traversait en ce temps.

Le second argument de Paul s’appuie sur la brièveté du temps qu’il reste aux enfants de Dieu jusqu’à l’heure du retour de Christ. Cette attitude d’attente d’un retour imminent du Christ chez les premiers chrétiens apparaît de façon récurrente dans bien des lettres de l’apôtre (Romains 13,11 ; 1 Thessaloniciens 1,10). Considérant que, près de 2 000 ans plus tard, l’événement ne se soit pas encore produit, que penser de la recommandation que Paul fait ici ? Etait-elle judicieuse ? Ce qu’il nous faut retenir, c’est l’état d’esprit dans lequel Paul invite à vivre les chrétiens de Corinthe. Oui, être marié est une bonne chose. Mais que chacun qui l’est ne se lie pas à son conjoint au point de ne plus pouvoir s’en passer. Chacun de nous, tôt ou tard, sera amené à quitter tout ce qui fait cette vie, ses joies comme ses souffrances. Aussi, parce que tout ce qui fait ce monde est éphémère et appelé à disparaître, il nous faut apprendre à vivre avec distance envers tout ce qui le compose. La réalité finale dans laquelle nous vivrons pour toujours ne s’encombrera d’aucune des choses qui, ici-bas, comptent parfois tellement pour nous : mariage, biens matériels… Même si nous ne savons ni le jour, ni l’heure exacte du retour de Christ, vivons selon l’état d’esprit des chrétiens de la première heure. C’est aujourd’hui encore la meilleure façon d’être prêt pour le moment où l’événement se produira.

Le prochain argument de Paul touche aux questions de cœur. Le cœur est le domaine des affections. Aussi, dit le livre des proverbes, doit-il être gardé plus que toute autre chose, car des attaches de notre cœur dépend la qualité de la vie que nous aurons (Proverbes 4,23). Or, qui est marié est, en ce qui touche aux affections de son cœur, inévitablement partagé. Lié à son épouse par l’amour, le mari chrétien va se préoccuper de lui plaire, et vice-versa. Il n’y a ici rien de condamnable, mais chose tout à fait légitime en soi. Il faut cependant le savoir : le corollaire consécutif à cet attachement des conjoints entre eux en sera une disponibilité de cœur amoindrie pour le Seigneur. Le privilège du célibataire comme de la femme veuve est celui de la liberté. N’appartenant à personne d’autre qu’au Seigneur, les deux sont libres de se consacrer à Lui dans leurs corps sans réserve, pour Son service ou celui des frères. Paul a donc raison : au seul regard de ce critère, il y a pour l’enfant de Dieu, un avantage certain à ne pas se marier.

Bien que visant l’idéal, la recommandation de Paul a cependant ses limites. Si lui a fait le choix du célibat, l’apôtre ne veut pas laisser entendre que tous doivent, pour être parfaits, le suivre sur ce chemin. Les circonstances seules, même si elles sont difficiles, ne doivent pas déterminer l’engagement des uns envers les autres. Si un homme déjà fiancé estime qu’il causerait un tort certain à sa dulcinée en renonçant au mariage, il ne fait pas mal mais bien en l’épousant. Le temps de la jeune fille doit, dans la décision à prendre, peser au moins autant que celui de l’époque dans laquelle les deux amoureux vivent. Qui sait, en effet, si, pour elle, une telle occasion se présentera encore ? Les temps peuvent changer et devenir plus favorable. La jeune fille aura vieilli et son heure aura passé, laissant au fond d’elle le regret amer de n’avoir été ni épouse, ni mère. Qui sait aussi si la passion qui a été éveillée pour elle, puis réfrénée, ne causera pas plus de tort au jeune homme que si elle avait été consommée ? Que chacun donc suive ici l’élan de son cœur et agisse pour le mieux !


Paul rappelle pour terminer que le mariage est un contrat qui lie les parties qui y sont engagées, le mari et la femme, aussi longtemps que ceux-ci sont vivants. Seule la mort de l’un des conjoints libère l’autre de l’engagement de fidélité qu’il a pris à son égard au jour de leur union. Resté seul, le conjoint qui subsiste est libre de se remarier, à condition qu’il le fasse dans le Seigneur, c’est-à-dire en accord avec Sa volonté. A ce sujet, Paul estime qu’il vaudrait mieux pour celui qui reste de demeurer seul. Sans doute a-t-il de nouveau ici à l’esprit les temps difficiles par lesquels l’Eglise passait. On voit mal, en effet, comment cette recommandation pourrait s’appliquer à tous les cas de figure de veuvage dans toutes les périodes de l’histoire : père ou mère seuls avec des enfants en bas-âge, absence de revenus ou de travail pour la jeune veuve, etc… Quelle que soit la situation dans laquelle chacun se trouve, c’est de l’Esprit de Dieu que vient la sagesse qui nous permet de donner les conseils appropriés à chacun dans sa situation. Il nous faut veiller à ne placer personne sous un joug que ni elle, ni nous ne pourrions porter. Apprenons avant de parler à nous mettre à la place de l’autre. Prenons en compte tous les paramètres possibles, y compris ceux évoqués par Paul de la dureté des temps troublés que nous pouvons traverser. Et laissons à Dieu le soin de conduire chacun dans la direction qu’Il souhaite pour sa vie, pour son bien et la gloire de Son nom.