mercredi 3 mai 2017

1 CORINTHIENS 8

V 1 à 13 : questions sur les viandes sacrifiées aux idoles

Après celles liées au mariage et au célibat, Paul s’attache ici à répondre à une autre question qui faisait litige parmi les Corinthiens. Cette question touchait à la liberté de conscience dont usaient certains par rapport à d’autres qui y voyaient une faute. Le fait de traiter un tel sujet si longuement dans cette épître témoigne de la difficulté qu’il peut y avoir à faire cohabiter dans une assemblée des chrétiens de culture ou de sensibilités différentes à propos de questions qui relèvent de cet ordre. Quelle réponse apporter à ces dilemmes ? Faut-il donner raison aux uns contre les autres ? Quel chemin suivre pour que chacun y trouve finalement son compte ? C’est ce à quoi Paul va tenter ici de répondre.

La question qui pose problème est celle des viandes sacrifiées aux idoles. Pour nous qui ne sommes plus confrontés au paganisme, le sujet peut sembler caduc. C’est une erreur de le penser. Car d’autres questions liées à la culture de notre siècle peuvent poser les mêmes problèmes dans nos églises et diviser en partis ceux qui se prononcent sur elles. Ce n’est pas temps perdu de s’intéresser à la façon dont Paul répond ici à la question spécifique posée par les Corinthiens. Sa manière de traiter en profondeur le sujet nous aidera à trouver la bonne approche quant au procédé à suivre pour traiter les sujets culturels polémiques de notre temps.

Des chrétiens peuvent-ils participer à un repas dans lequel sont proposées des viandes qui, auparavant, ont servi à des sacrifices offerts à des idoles ? Ont-ils la liberté même d’en acheter sur le marché où elles étaient vendues pour la consommation ? Pour certains, le faire, c’était se rendre complice du culte pour lequel ces viandes ont servi. Pour d’autres, la viande reste de la viande. Quelle qu’ait été l’usage qui en a été faite avant qu’elle ne soit vendue, il n’y a rien de malsain au fait d’en consommer. Dans sa réponse, Paul ne va répondre ni oui ni non. Il va déplacer le débat sur les vraies questions que soulève le sujet : celles qui touchent à la relation avec Dieu d’abord, puis à la relation entre frères et sœurs en Christ ensuite.

En ce qui concerne la relation avec Dieu, Paul part du présupposé, qu’éclairés par le Saint-Esprit sur la réalité, tous les chrétiens ont une juste connaissance de ce qui est vrai et faux. Si certains dans le monde croient qu’il existe plusieurs divinités, pour l’enfant de Dieu cela n’est pas le cas. Le crédo chrétien affirme, en accord avec toute l’Ecriture, qu’il n’y a dans le ciel qu’un seul Dieu, le Créateur de qui tout vient et pour qui tout vit, et un seul Seigneur, Jésus-Christ par qui tout existe et tout subsiste. Si l’on juge de la question posée par les Corinthiens sur cet unique plan, le chrétien n’a pas à se poser de problème de conscience quant à l’utilisation qu’il peut faire pour sa propre consommation de viandes qui auraient été sacrifiées à des idoles. Celles-ci ne correspondant à aucune réalité, il n’y a pas de faute commise à l’égard de Dieu par le disciple de Jésus dans le simple acte de les manger. Pour autant, le fait d’avoir raison sur le plan de la connaissance ne suffit pas à le lui donner sur le plan de la pratique. Car, outre la connaissance, un autre facteur plus déterminant doit être pris en compte dans la résolution de la question : celui de l’amour.

La connaissance et l’amour sont, dans toute question culturelle polémique, les deux critères majeurs qui doivent être pris en compte. Des deux cependant, l’amour est le plus important. La cause en est dans les effets que l’un et l’autre produisent dans les vies. Car, dit Paul, tandis que le fait d’avoir raison gonfle d’orgueil, le fait d’agir avec justesse dans l’amour édifie. En accord avec la connaissance qu’ils avaient de Dieu, les Corinthiens qui avaient la liberté de manger des viandes sacrifiées aux idoles ne péchaient pas. Ils pouvaient cependant commettre une faute à l’égard de l’amour si leur liberté prêtait à confusion pour des frères plus faibles, moins affermis qu’eux dans la connaissance. Car, dit Paul, même si, en Christ, nous sommes devenus de nouvelles créatures, certaines habitudes culturelles tenaces peuvent subsister dans les vies. Quand, pendant des décennies peut-être, on a pratiqué certaines choses sur la base de certaines croyances, il n’est pas si aisé dans sa conscience de s’en débarrasser comme si elles n’étaient rien.

Que faire donc pour ne pas choquer ? Deux choses ! En ce qui concerne la connaissance, il ne faut pas cesser de dire et de redire ce qui est vrai sur le plan spirituel. C’est par la connaissance de la vérité que le mensonge perd sa force et son pouvoir de fascination dans la vie du chrétien. En ce qui concerne l’amour, privilégier le bien du frère plutôt que notre liberté. Si le fait, pour un chrétien de Corinthe, de voir son frère plus avancé dans la foi assis dans un temple consacré à des idoles pour manger de la viande qui leur a été consacrée, peut prêter à confusion, mieux vaut pour ce dernier s’en abstenir. Après tout, manger ou non de cette viande ne changera rien pour lui à sa vie avec Dieu. Cela peut, par contre, affecter celle de son frère qui y trouve là une confusion des genres préjudiciable. Outre ce trouble, Paul invite également les chrétiens à ne pas minimiser la capacité d’influence qu’exercent les chrétiens mûrs sur ceux qui ne le sont pas encore. Par imitation, le chrétien faible peut épouser dans les actes la liberté du chrétien fort, alors qu’intérieurement celle-ci ne correspond pas à la réalité de sa foi. La conséquence en sera que, par défaut d’amour, la connaissance du frère le plus fort aura nui à la vie du frère plus faible pour lequel le Christ est mort en vue de sa rédemption.


Que conclure ? Que dans le cadre de la communion fraternelle, la liberté, qui consiste essentiellement en la défense de ses droits, ne prévaut pas sur l’amour. Aimer, c’est essentiellement d’abord renoncer à soi, à ses droits en vue du bien et de l’édification de l’autre. Si cette règle prioritaire est appliquée partout, nul doute que de nombreux litiges se résoudront rapidement. Il se peut que l’abstinence au sujet de certaines choses ne soit pas mon choix personnel. Il peut le devenir par contre au regard de l’amour. Si nous agissons ainsi, nous ne perdrons rien, car c’est notre frère que nous aurons gagné ! 

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