mardi 27 juin 2017

1 CORINTHIENS 14

V 1 à 19 : le critère de l’utilité

Aussi préoccupé soit le chrétien par la pratique des dons spirituels, sa recherche fondamentale doit rester celle de l’amour. Dévier de ce but, c’est perdre ce qui est l’essentiel du témoignage chrétien (cf Jean 13,34-35). C’est pourquoi aussi le sujet de l’amour est central dans les trois chapitres que l’apôtre consacre dans sa lettre sur la question des charismes. Plus un don sert le bien commun de l’Eglise, plus il doit être recherché et encouragé. Moins il est utile pour l’édification de l’ensemble, moins il doit être mis en avant. A l’aune de ce critère, entre le don des langues et celui de prophète, il n’y a pas débat sur le sujet : le don de prophète surpasse de loin en valeur celui des langues. Paul va ici en donner les 3 raisons principales :

1ère raison : le public à qui le don s’adresse : v 2 à 5

Parce qu’il parle une langue inconnue de ceux avec qui il se trouve, celui qui parle en langue ne leur sert de rien. Le seul qui soit en mesure de le comprendre dans l’Eglise, c’est Dieu. Or, s’il est bon que chaque chrétien parle à Dieu, le but premier de tout rassemblement chrétien est de s’édifier ensemble dans la foi qui nous est commune. Qui parle en langue s’exprime, dit Paul, en esprit. La faculté qui lui permet d’exprimer son don n’est pas du domaine de l’intelligence qui ne participe en rien à l’exercice de ce don. Il peut dire des choses merveilleuses, mais aussi longtemps qu’elles restent inaccessibles à l’entendement de ses frères, elles ne sont que des mystères qui n’apportent rien. Celui qui parle en langue peut, certes, témoigner que la pratique de son don l’édifie. C’est une bonne chose, mais dans la vie de l’Eglise, nous ne sommes pas là pour nous, mais pour les autres.

Tout autre est l’apport pour l’assemblée de la pratique du don de prophète. Le prophète a pour objet d’apporter à ses frères une parole inspirée en termes intelligibles pour eux. Le prophète a pour cible l’édification de ses frères. En cela, l’exercice de son don s’aligne parfaitement à l’objectif pour lequel il a été octroyé (1 Corinthiens 12,7). Si la parole de celui qui s’exprime en langue n’a aucun effet sur son entourage, Paul estime que l’effet de celle du prophète est triple. Par ses messages, le prophète édifie, construit ses frères dans la foi. Il les fortifie, les encourage, les exhorte en vue de la persévérance. Enfin, il les console, les réconforte en affermissant leur espérance. A cause de l’utilité pratique qu’il a pour l’Eglise, le don des prophètes est supérieur à celui des langues.

2ème raison : la nécessité de paroles intelligibles à tous : v 6 à 12

Reprenant comme pierre d’angle de son argumentation le seul critère qui vaille pour juger de la valeur de l’exercice d’un don dans la communauté des disciples du Christ, l’utilité, Paul conduit les chrétiens de Corinthe à s’interroger. De quel apport leur serait-il si, venant de loin, l’apôtre les visite pour leur délivrer un message dans une langue qu’ils ne saisissent pas ? Ne leur serait-il pas plus profitable si, conduit par l’Esprit, il leur communique une parole de révélation ou de connaissance, un exposé sur une doctrine ou un message qui les exhorte et les fortifie dans leur foi ? La réponse est évidente !

Dans l’expérience humaine, il en est, dit Paul, du langage comme de la musique. Chaque instrument dans le monde a un son distinct reconnaissable entre mille. Qui écoute une flûte sait immédiatement que le type de tonalité qu’il entend n’est pas celui du violon. Il ne suffit pas d’ailleurs pour certains instruments que leur son soit reconnu. Il faut encore que celui-ci soit clair, car de lui dépend l’action qui sera menée. Tel est, par exemple, le rôle que joue la trompette pour le soldat. Selon ce qu’il entend venant d’elle, soit il se préparera au combat, soit il fera autre chose. Il en est ainsi dans l’Eglise des charismes qui relèvent de la parole. Si celle-ci n’est aucunement significative, elle ne sert de rien. Le but de tout langage, quel qu’il soit, est de communiquer une information qui a du sens pour celui à qui il est destiné. Si ce n’est le cas, il perd de facto sa raison d’être. L’épisode de la tour de Babel le démontre avec force. Tant que les différentes composantes de la descendance d’Adam se comprenaient, l’humanité était maintenue dans une certaine cohésion. Le langage commun était le premier facteur d’unité de la pensée. Dès que ce ne fut plus le cas, la confusion les sépara et mit fin à l’unanimité de leur projet. L’Eglise de Jésus-Christ est une famille. Ses liens ont besoin d’être affermis en vue d’une unité de cœur et d’esprit. Seule une parole claire et significative en a le pouvoir. La pratique du don des langues dans l’Eglise ne fait pas de celui qui l’exerce un frère que je comprends, mais un étranger pour moi. Au lieu de rapprocher les membres de la famille, elle les sépare et les éloigne les uns des autres. A partir de là se pose la question du sens et du but du rassemblement du corps de Christ. A quoi me sert de me retrouver avec mes frères si chacun de nous, parlant une langue insaisissable pour l’autre, est cloisonné dans son propre univers mental ? Ne sommes-nous pas ensemble pour nous édifier ? Ne devrions-nous pas exceller dans ce qui nous rapproche et nous construit ? Il y a quelque chose d’antinomique à la raison d’être même de l’Eglise au fait de s’isoler en son sein dans une pratique qui ne sert qu’à soi !

3ème raison : l’obligation d’une interprétation : v 13 à 19

Ces choses dites, de quelle manière l’exercice du parler en langues peut-il être utile à l’Eglise ? Il ne le peut, dit Paul, que si celui qui l’exerce peut interpréter pour les autres la parole qui lui est donnée par l’Esprit. Il faut donc que celui qui parle en langues prie pour que Dieu lui donne en plus de son don celui de l’interprétation de la langue dans laquelle il s’exprime, sans quoi le « charabia » qu’il prononce est sans utilité aucune. Car, comme l’a déjà dit l’apôtre, ce dont une assemblée a besoin est d’abord du ressort de l’intelligence. Qui parle en langues peut formuler de belles prières. Mais le but de la prière en assemblée est que chacun qui y participe puisse souscrire par un « Amen ! » à ce qui est exprimé devant Dieu. Qui parle en langues peut, par l’Esprit, louer Dieu par des chants. Mais s’il est le seul à le faire et que les autres ne peuvent reprendre avec lui les paroles exprimées pour célébrer Dieu, sa louange est sans intérêt.

A la lecture de toutes les limites que Paul pose en ce qui concerne l’exercice du parler en langues, on pourrait se demander si celui-ci n’est pas totalement opposé à sa pratique dans l’Eglise. L’apôtre ne va pas jusqu’à ce point. Pratiquant lui-même ce don qu’Il a reçu de Dieu (on ne le découvre qu’ici !), Paul ne le rejette pas. Au contraire ! S’il y a quelqu’un qui pratique ce don plus que les autres, c’est bien lui ! Et l’apôtre loue Dieu pour cela ! Mais dans l’Eglise, qui n’est pas le lieu où ce don doit s’exercer (l’apôtre va en donner la raison par la suite), mieux vaut, dit-il, dire cinq paroles intelligibles plutôt que dix mille en langues (ce qui fait un rapport de 1/2000). Le poids de la comparaison est donc sans appel. C’est bien l’exercice de la prophétie, l’apport d’une parole inspirée en termes intelligibles par tous, qui doit prévaloir dans l’Eglise, non celui du parler en langues.

V 20 à 25 : la clé de l’argumentation de Paul

Quelle place donner au parler en langues dans l’Eglise ? Pour répondre à cette question, l’apôtre appelle les Corinthiens à ne pas être enfantin dans leur appréciation sur le sujet. Le fait et la doctrine du parler en langues ont une assise vétérotestamentaire forte qu’il est fondamental de connaître si l’on veut en juger objectivement. Or c’est là ce qui, la plupart du temps, fait défaut à ceux qui en dissertent. Ne considérant que le bien subjectif que la pratique du don leur procure, ils en oublient le sens et sa signification dans l’histoire. Si naïveté il doit y avoir dans la vie du chrétien, ce ne sera jamais dans le domaine des racines théologiques d’une doctrine. Elle peut être là pour ce qui est de la manière dont le chrétien se prémunit du mal. Mais pour ce qui est des fondements sur lesquels repose nos pratiques, c’est en adulte à la réflexion mûre que nous devons juger des choses.

Dans quel cadre théologique se situe la manifestation du parler en langue telle qu’il s’est produit dans les Actes ? Pour nous amener à le comprendre, Paul nous reporte à une citation qui se trouve dans le livre d’Esaïe. Dans ce chapitre, le prophète évoque ce qui sera, de la part de l’Eternel, le signe du jugement qu’Il va produire pour Son peuple devenu incrédule. Puisqu’Israël ne veut plus écouter la parole de son Dieu, c’est, dit-il, par des lèvres balbutiantes dans une autre langue qu’il parlera à ce peuple (Esaïe 28,11). Israël ne le sait pas encore à ce moment, mais la prophétie d’Esaïe vise un événement imminent : l’invasion du pays par les babyloniens dont les Israélites ne connaissent pas la langue. Aux jours où celle-ci se produira, le peuple de Dieu comprendra la parole du prophète : le fait qu’on ne parle plus hébreu en Israël, mais dans une langue étrangère, sera le signe du jugement de Dieu sur l’Israël incrédule.

Si Paul cite Esaïe, il est à remarquer qu’il fait remonter la parole du prophète à un temps plus éloigné que le sien, celui de la loi. Comme tout prophète digne de ce nom, Esaïe n’invente pas. Il ne fait que rappeler ce qui, par ailleurs, a déjà été dit par Moïse dans le discours prophétique final qui conclut son ministère auprès du peuple de Dieu. Anticipant la désobéissance d’Israël, Moïse prédit que « le Seigneur susciterait contre toi de loin, des extrémités de la terre, une nation qui fondra sur toi comme l’aigle sur sa proie, une nation dont tu ne comprendras pas la langue, une nation au visage farouche… (Deutéronome 28,49). » Tous les précédents de l’histoire sont unanimes sur le sujet, y compris celui qui remonte jusqu’à la tour de Babel : l’irruption d’une langue étrangère invasive dans le champ d’action du peuple de Dieu est toujours un signe de jugement pour lui. La venue des babyloniens, s’exprimant dans une langue étrangère incompréhensible pour Israël, était, dit Esaïe, le moyen par lequel Dieu allait parler à « ce peuple », Israël. Le même phénomène se produira dans l’histoire aussi pour l’Eglise, ose avancer Ralph Shallis : « Face à l’apostasie de la chrétienté, Dieu a de nouveau parlé à l’Eglise par « l’épée de sa bouche ». Cette fois-ci, le châtiment a été infiniment plus sévère : Dieu a permis à nouveau qu’une nation au visage farouche et à la langue incompréhensible se précipite sur la chrétienté : l’Islam, armé d’une caricature des trois grandes vérités que l’Eglise avaient perdues, a rayé de la terre, en une génération ou deux, la moitié du monde chrétien. »[1]

Que conclure du verset-clé qu’utilise Paul pour situer le cadre théologique de la pratique du parler en langues ? Deux choses au moins ! La première est que les langues dont Paul parle sont toutes des langues connues, ce qui est en accord avec le phénomène décrit dans les Actes. Elles sont, certes, étrangères, mais ne sont pas sans signification, comme Paul le souligne auparavant (v 10). Parce qu’il en est ainsi, on comprend aussi pourquoi l’apôtre prétend parler en langues plus que tous (v 18). Grand voyageur, l’apôtre était un polyglotte équipé pour parler de nombreuses langues. La seconde est que le parler en langues n’est pas un signe destiné aux croyants, mais aux incroyants. La cible première du don des langues dans les Actes fut les Juifs incrédules qui avaient crucifié le Seigneur de gloire. En utilisant des Juifs exprimer dans d’autres langues que l’hébreu les œuvres grandioses de Dieu (Actes 2,11), Dieu signait la condamnation de l’Israël demeuré incrédule. Quarante plus tard, comme il en fut aussi au temps d’Esaïe, Israël perdra sa terre et son temple.

Signe de condamnation pour les Juifs incroyants, le don des langues inaugurera du même coup l’ouverture des portes du royaume de Dieu aux païens, jusque-là en-dehors. Par la vertu de la grâce de Dieu, la malédiction de Babel sera, à ce moment-là, changée pour le monde en bénédiction (cf Genèse 11). Le phénomène de la Pentecôte devient ainsi le moyen par lequel la promesse de Dieu donnée à Abraham, père des croyants, se réalise pour tous les peuples (Genèse 12,1 à 3). La cible prioritaire du don des langues est donc bien les incroyants, non les croyants. Le don de prophète, quant à lui, ne vise pas d’abord les incroyants, mais les croyants en vue de leur édification. Si donc dans un rassemblement de l’Eglise, dit Paul, un incroyant entre et entend les croyants parler dans des langues diverses et incompréhensibles, ne dira-t-il pas qu’il est tombé dans une assemblée de fous ? Que font donc ses gens ensemble ? A quoi leur sert-il de se retrouver si ce n’est pas pour se communiquer des paroles qui les construit ? Si, par contre, il arrive dans une rencontre où, par le partage, il entend des témoignages et des messages qui touchent sa conscience et mettent en lumière les secrets bien gardés de son cœur, alors le résultat sera tout autre. « Tombant face contre terre, il adorera Dieu en déclarant : Dieu est réellement parmi vous ! : v 29 Puissent nos assemblées exalter l’intelligence de Dieu et non la folie de Ses enfants !

V 26 à 35 : l’ordre dans les assemblées

Après toutes les mises au point que Paul vient de faire, il est maintenant temps pour lui de conclure. Comment, de quelle manière doivent se dérouler les cultes ou les rencontres des assemblées en vue de leur édification ? Il faut que tout se fasse avec ordre et bienséance (v 40) :

a.       En ce qui concerne la pratique des charismes : v 26 à 32

Quelle que soit la nature de la participation d’un membre de l’assemblée, que tout soit fait en vue d’édifier les autres. Quelqu’un a peut-être sur le cœur un chant qu’il veut entonner, un autre voudrait apporter de la part de Dieu une parole reçue ou un enseignement : que chacun, tour à tour, s’exprime en vue de l’édification de tous. Si certains frères veulent parler en langues, qu’ils le fassent. Mais que leur nombre soit limité à deux ou trois et que, surtout, ils s’assurent que quelqu’un puisse interpréter leur message. Si ce n’est le cas, il faut alors qu’ils se taisent. Car, sans interprétation, le parler en langues étrangères est inutile. Pour ce qui est des prophètes, là aussi, dit Paul, que deux ou trois s’expriment.  Pendant que l’un parle, que les autres jugent de l’à-propos et de la pertinence biblique de ce qui est dit. N’oublions pas qu’au temps où Paul écrit, le Nouveau Testament n’était pas constitué. L’enseignement des vérités évangéliques était, par conséquent, uniquement oral. Il était donc nécessaire que les messages des prophètes soient éprouvés par les autres prophètes. Si, pendant que l’un parlait, un autre recevait une révélation destinée à compléter ce que disait son frère, celui-ci devait se taire pour lui laisser la place. C’est par la contribution de tous que l’Eglise, corps de Christ, s’édifiait. Quel que soit le don que chacun possède, celui-ci, dit Paul, ne pouvait s’exercer de façon incontrôlable. Les esprits des prophètes devaient rester soumis au contrôle de ceux-ci.

b.       En ce qui concerne la participation des femmes : v 33 à 35

L’épître de Paul aux Corinthiens nous a montré que le désordre dans l’Eglise ne touchait pas qu’à la pratique des charismes. Il concernait aussi la façon avec laquelle les femmes se comportaient dans l’assemblée. Comme il l’a fait dans toutes les Eglises, Paul exige que les femmes se taisent dans les réunions de la communauté. L’interdiction de Paul à ce sujet n’est pas absolue, vu que, par ailleurs, il leur permet de prier, voire même de prophétiser (1 Corinthiens 11,5). Ce que Paul combat ici, c’est l’excès, le babillage intempestif des femmes dans l’assemblée. Il se peut qu’au cours du culte, une femme de l’assemblée ne comprenne pas ce qui est dit ou désire avoir des précisions sur l’enseignement apporté. Qu’elle ne le fasse pas pendant le culte en interrompant celui qui parle. Qu’elle attende plutôt d’être rentrée chez elle pour interroger son mari à ce sujet.

V 36 à 40 : conclusion finale

Au-delà des désordres nombreux qu’il fallait corriger, les Corinthiens avaient besoin d’apprendre une chose : c’est que l’Eglise de Jésus-Christ dépassait les limites de leur congrégation. Ils n’étaient pas les premiers à vivre en Eglise car, avant eux, d’autres avaient été constituées par le ministère de Paul ou d’autres. Par humilité, ils seraient bien inspirés, pour résoudre leurs problèmes, de regarder comment ailleurs, en d’autres lieux et dans des assemblées plus mûres, la vie d’Eglise se déroulait. Les Eglises de Jésus-Christ ne sont pas appelées à se construire en autodidacte.  Les traditions venues d’ailleurs ne sont pas mauvaises. Elles témoignent d’une manière de faire, d’un ordre construit sur l’expérience et issu de la sagesse de ceux qui les ont réfléchies. Ce n’est jamais faire preuve de celle-ci de croire que, parce que l’on vient de naître, on doit tout inventer.

Si donc quelqu’un se pense spirituel ou inspiré, qu’il reconnaisse dans ce que dit Paul un commandement du Seigneur. S’il ne le peut, cet homme peut prétendre ce qu’il veut à son sujet : il ne saurait être reconnu par les autres pour ce qu’il dit être. La marque véritable d’un homme de Dieu sera toujours en premier l’humilité, cette capacité à reconnaître ses limites et son besoin des autres pour être complet. Si quelqu’un vise le meilleur, qu’il aspire plutôt à exercer le don de prophète. Le prophète, comme l’a déjà dit Paul, édifie, encourage, instruit, réconforte ses frères (v 3). Il fait l’œuvre la plus utile qui soit au bien de l’Eglise. Si quelqu’un veut parler en langues, qu’on ne l’empêche pas ! Mais que ce soit dans les limites et sous les conditions définies ici par l’apôtre. Dieu, le Dieu de l’Eglise de Jésus-Christ, n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix (v 33).




[1] Ralph Shallis : le Don de parler diverses langues : Editions du C.C.B.P (page 342)

jeudi 15 juin 2017

1 CORINTHIENS 13

La mise au point de l’apôtre Paul sur la pratique des dons à Corinthe était nécessaire. Elle répondait à un état d’urgence. Si l’enseignement qu’il vient de délivrer avait été compris, Paul n’aurait pas même eu besoin de le donner. Les Corinthiens auraient exercé leurs dons dans l’unité et la complémentarité sans qu’aucune confusion n’en résulte. D’un autre ordre est le sujet qu’il aborde dans ce chapitre, à côté duquel celui de la pratique des charismes est relégué au rang de l’accessoire. Preuve en est par le fait que, si Paul n’évoque que rarement le sujet des dons dans ses lettres, celui qu’il promeut ici en est l’objet partout. Avec diligence, mettons-nous à l’écoute du magnifique hymne à l’amour rendu par l’apôtre !

V 1 à 3 : le caractère essentiel de l’amour

Un homme, dit Paul, peut être pourvu des dons les plus excellents : s’il n’a pas l’amour, non seulement il n’est rien, mais cela ne lui sert à rien. Les langues sont toutes un merveilleux véhicule de la pensée. Mais, quelle qu’elle soit, toute parole qui n’est pas portée par l’amour n’est que bruit et vacarme désagréable à l’oreille. De même, on peut faire forte impression aux autres par la connaissance dont on fait étalage. Mais sans l’amour, sans cette preuve que l’on donne à ceux à qui l’on s’adresse, que notre préoccupation première est leur bien, tout ce savoir dispensé est vain. Il entrera par une oreille, sortira par l’autre et ne laissera aucune marque durable dans leur cœur. Quelqu’un parmi le peuple de Dieu peut être animé d’une foi qui déplace l’impossible. Mais s’il y manque l’amour, dit Paul, il n’est pas mieux que l’incrédule. Un autre peut être si convaincu de la vérité d’une chose qu’il est prêt à donner tous ses biens ou sacrifier sa vie et mourir martyr pour la défendre. Mais, dit Paul, si l’amour n’est pas à la base de ces sacrifices, ceux-ci ne valent rien.

Notons que si, dans mon commentaire, je fais référence à plusieurs personnes différentes, telle n’est pas la façon de s’exprimer de Paul. L’apôtre s’identifie lui-même aux cas qu’il vient d’évoquer. S’il y avait, en effet, quelqu’un qui, de son temps, cumulait les dons et les qualités qu’il vient d’évoquer, c’était lui. Or, Paul le sait. On peut être hyperdoué de Dieu et consacrer sa vie à ce que l’on croit : si l’amour fait défaut à l’exercice de ses dons et à ses engagements, l’essentiel est absent. L’amour est ce qui donne vie, valeur, sens et beauté à toutes choses. Il suffit pour s’en convaincre d’en étudier les qualités.

V 4 à 7 : les qualités de l’amour

La première qualité que Paul reconnaît à l’amour est la patience. La patience est la capacité à supporter de grandes tensions sans verser dans la colère ou l’irritation. Seul celui qui aime est capable de maîtriser son impatience et d’attendre l’heure de Dieu ou le moment où les choses iront autrement que ce qu’elles sont. Souvenons-nous, pour nous exercer à la patience, de celle dont Dieu fait usage à notre égard. Que de fois ne L’avons-nous pas déçu par nos inconséquences et nos infidélités ! Si ce n’est Son amour, depuis longtemps Il se serait à juste titre lassé de nous !

La seconde qualité que Paul reconnaît à l’amour est la bonté ou la bienveillance. C’est là aussi un des traits majeurs de la nature de Dieu. Il lui est si caractéristique que Jésus conduira le jeune homme riche, qui Le qualifiait de bon, à réfléchir à la portée de sa déclaration. Si Lui, Jésus, est bon, alors son interlocuteur doit admettre qu’Il est Dieu, car Dieu seul est bon (Marc 10,17-18). Parce que Dieu est amour, toute la nature de Dieu est portée vers la bienveillance (cf Actes 14,17). Une des preuves données au monde que quelqu’un connaît Dieu est qu’il est capable d’aimer comme Dieu aime, avec bienveillance.

Après avoir énoncé les deux qualités majeures de l’amour, Paul poursuit en listant ce avec quoi l’amour est incompatible. Puisque la nature de l’amour est d’être patient et bienveillant, celui qui aime, dit l’apôtre :

-          N’est pas envieux ou jaloux. Qui convoite ce qu’un autre possède ou ne cherche qu’à s’accaparer pour lui les biens ou les personnes ne fait pas preuve d’amour, mais d’égoïsme. Celui qui aime est libre à l’égard des autres. Il ne souffre ni de leur bonheur, ni de leur succès ou de leur réussite. Sa satisfaction n’est pas dans ce qu’il pourrait avoir, mais dans ce qu’il a déjà par la grâce de Dieu. Qui est conscient de l’amour de Dieu pour soi n’a nul besoin d’autre chose pour être satisfait et en capacité d’aimer.

-          N’est pas vantard ou gonflé d’orgueil. Qui aime n’a pas le souci de se mettre en avant, mais suit les traces de Jésus qui, de Dieu qu’Il était, s’est fait homme pour servir les hommes et donner Sa vie en sacrifice pour eux (cf Philippiens 2,5 à 8). L’humilité seule convient à l’amour ! Qui en est dépourvu témoigne qu’il n’aime pas, mais qu’il cherche juste à attirer le regard des autres sur lui-même.

-          Ne fait rien d’inconvenant ou de choquant. Qui aime a le souci de ne pas scandaliser les autres par sa conduite, ses actes ou ses paroles. Paul le dira en d’autres termes ailleurs. Qui se revendique du Christ doit s’abstenir de tout propos extravagant, de bouffonneries ou de tout ce qui est malséant. De telles choses ne conviennent pas à des saints (Ephésiens 5,4). Amour et vulgarité ou grossièreté sont incompatibles.

-          Ne cherche pas son intérêt. Qui aime n’est pas d’abord préoccupé de lui-même, mais des autres. Amour et égocentrisme sont à l’opposé l’un de l’autre. Dans le cadre de la vie de l’Eglise, celui qui aime se remarque par le fait que tout ce qu’il fait vise l’intérêt de l’ensemble, et non le sien propre. Aimer, comme Jésus l’a démontré peu de jours avant Sa mort, c’est se faire le serviteur de tous. C’est consentir à occuper la place la plus humble pour le bien de chacun.

-          Ne s’irrite pas. S’il y a une colère qui n’est pas antinomique à l’amour, il en est une autre qui n’a rien de commun avec lui. C’est l’irritation due à la contrariété. Comme il en est des propos choquants, Paul ordonnera aux éphésiens que toute animosité, colère, clameur soient ôtées du milieu d’eux (Ephésiens 4,31). L’irritation est preuve d’agacement, d’impatience, toutes réactions contraires au caractère patient de l’amour.

-          Ne tient pas compte du mal. La preuve que quelqu’un aime tient à sa capacité de pardonner aux autres les torts subis. Qui garde en mémoire le souvenir des fautes et des manquements des autres n’agit pas par amour, mais par rancune. L’amour pour autrui est le fruit de l’amour reçu de Dieu en vertu de Sa grâce. Qui pourrait garder rancœur envers son frère pour un mal subi quand lui-même s’est vu remettre tant de choses par le Dieu de justice ?

-          Ne se réjouit pas de l’injustice, mais de la vérité. Ce qui fait notre joie au plus profond de nous témoigne de ce qui nous anime. Si notre plaisir est dans le malheur d’autrui, ce n’est pas l’amour qui habite notre cœur, mais la méchanceté. Qui aime vraiment a le souci que le droit, la vérité et la justice soient établis.

L’amour, conclut Paul, est le moteur de la grâce : il pardonne tout. Il est aussi le ressort et la force qui soutient la foi. Qui aime ne s’attend pas au pire, mais au meilleur : il croit tout. L’amour est encore le soutien de l’espérance. La méchanceté, le mal, le crime peuvent pour un temps sembler avoir le dessus. Celui qui connaît l’amour sait qu’ils ne triompheront pas à jamais. Qui aime espère tout. L’amour est enfin le secret de la persévérance. Bien des revers et des vents contraires attendent celui qui a choisi d’aimer plutôt que de haïr ou de servir en priorité ses intérêts. Mais l’amour ne s’arrête pas à cela. Parce qu’il sait que la finalité qu’il sert gagnera, il est prêt à tout endurer. L’amour est ce qui a caractérisé, plus que celle de tout autre, la vie de Jésus. Nous pouvons relire le portrait de l’amour que dresse ici Paul en y mettant Son nom. Nous verrons que rien ne jure ni ne détonne. Aimer, c’est viser la ressemblance avec Lui. Que, par Son Esprit, Dieu nous donne de tendre toujours plus à la perfection de l’amour !

V 8 à 12 : la pérennité de l’amour

Alors qu’il dresse le portrait exaltant de l’amour, Paul ne perd pas de vue le cadre dans lequel s’inscrit l’aparté qu’il lui consacre. Les dons spirituels sont des cadeaux merveilleux de la grâce de Dieu. Mais, si appréciables soient-ils, ils ne peuvent rivaliser en valeur avec l’amour. La prophétie comme les langues sont très utiles aux chrétiens, mais la durée de cette utilité est limitée dans le temps. Le jour où le royaume de Dieu sera établi, tous ces dons, automatiquement seront caducs. Tout ce qui aura servi à notre vie avec Dieu ici-bas sera révolu… sauf une seule chose : l’amour. L’amour est la seule vertu qui, déjà présente dans nos cœurs ici-bas, perdurera dans l’éternité. Aussi Paul, qui l’a compris, ne cesse-t-il de prier dans plusieurs de ses lettres que les chrétiens croissent dans l’amour (2 Corinthiens 8,7 ; Ephésiens 3,17 à 19 ; Philippiens 1,9 ; 1 Thessaloniciens 4,9-10). Car c’est ce capital seul qui sera notre richesse auprès de Dieu.

Si passionnante soit notre vie avec Dieu ici-bas, nous devons nous souvenir que celle-ci ne dépasse pas en réalité le stade de l’enfance. Certes, déjà, nous connaissons la vérité et la vie. Nous goûtons à la bonté de Dieu. Nous saisissons par l’Esprit et par la foi quelque chose des puissances du siècle à venir. Mais tout ceci n’est encore que partiel. Qui est devenu adulte sait que, si magique soit la période de l’enfance, elle reste celle de l’immaturité. La façon de parler et de raisonner de l’enfant en témoigne. Ce qui fait ses centres d’intérêt à ce stade de sa croissance a grande valeur pour lui. Mais au jour où il mûrira, il les délaissera sans peine. Ayant accès à ce qui est supérieur, il en viendra à mépriser ce qui était moindre. Il en sera ainsi pour nous au jour, dit Paul, où ce qui est parfait sera venu. En ce jour, nous ne verrons plus la réalité de manière confuse, comme au travers d’un miroir (les miroirs du temps de l’apôtre n’étaient pas comme ceux d’aujourd’hui. Constitués d’une surface polie, fait de bronze, ils ne renvoyaient qu’une image imparfaite du visage de celui qui s’y mirait). Mais, dit Paul, nous serons face à notre véritable reflet. L’image que nous aurons de nous-mêmes ne sera plus altérée par quoi que ce soit. Nous nous verrons, non plus tels que nous pensons ou supposons être, mais tels que Dieu nous connaît.

V 13 : conclusion


Nul doute que la question de la juste pratique des dons spirituels dans l’Eglise est importante à traiter. Mais, au regard de ce qui perdurera en éternité, elle est relative et secondaire. Trois choses sont, au regard de la réalité, supérieures à toutes les autres. La première, dit Paul, est la foi, cette appropriation personnelle de la vérité qui nous est révélée par Dieu et par l’Esprit. La seconde est l’espérance. Elle est l’attente confiante de la réalisation de ce à quoi nous avons cru. La troisième est l’amour. Elle est l’essence de notre relation avec Dieu, la valeur suprême qui a cours dans le royaume de Dieu. Elle est, comme le sang, ce qui lie les membres du corps les uns aux autres et les fait vivre ensemble. De tout, ne l’oublions jamais, l’amour est le plus grand !

vendredi 9 juin 2017

1 CORINTHIENS 12

V 1 à 11 : les dons divers de la grâce

Avec ce chapitre, Paul aborde un autre sujet qui, dans l’Eglise de Corinthe, prêtait à confusion : le sujet de la pratique des dons de la grâce. Comme il l’a fait jusque-là, l’apôtre va s’efforcer, avant d’aborder des points plus polémiques, de poser le cadre théologique de sa réflexion. Nous ne savons pas exactement ce qui pouvait sortir à Corinthe de la bouche de ceux qui se prétendaient inspirés. Mais d’entrée, l’apôtre donne un premier élément destiné à séparer le blé de l’ivraie, une parole qui procède de l’Esprit de Dieu d’une autre qui a sa source dans une inspiration contraire. Personne n’ayant l’Esprit de Dieu, dit Paul, ne dira jamais que Jésus est maudit. Du Saint-Esprit, qui a pour but premier de prendre ce qui est à Jésus pour Le glorifier parmi les hommes (Jean 16,14), ne sortira jamais aucune parole qui va à l’encontre de Son honneur. De même, ajoute Paul, personne ne peut proclamer que Jésus est Seigneur, si ce n’est par l’Esprit-Saint. Quel que soit le don que l’on possède, quelque parole que nous soyons amenés à apporter dans le cadre de l’assemblée, est reconnaissable comme venant de l’Esprit ce qui a pour objet de confesser qui est Jésus. Là est le premier but du don de l’Esprit par le Père et par le Fils (Jean 14,26 ; 15,26). L’obligation par laquelle l’apôtre se voit contraint, dès le début du traitement de ce sujet qui va couvrir trois chapitres de sa lettre, de préciser une telle évidence, dit Charles-Edouard Babut, nous en dit long sur la confusion qui pouvait régner à Corinthe à propos de la pratique des dons spirituels.

« La par­tie né­ga­tive de la règle apos­to­lique nous étonne par son trop d’é­vi­dence. Pou­vait-il ar­ri­ver qu’une voix s’é­le­vant dans une as­sem­blée chré­tienne dit: «Ana­thème à Jé­sus!» et l’Église avait-elle be­soin d’être aver­tie que l’au­teur d’un tel blas­phème ne par­lait pas par le Saint-Es­prit? Peut-être ne nous fai­sons-nous quune idée im­par­faite de l’é­trange fer­men­ta­tion qui se pro­dui­sait dans un mi­lieu tel que l’Église de Co­rinthe, où les élé­ments les plus im­purs pou­vaient se mé­lan­ger aux plus su­blimes…Il y avait de pré­ten­dus croyants qui niaient la ré­sur­rec­tion et la vie à ve­nir. D’autres, ou les mêmes peut-être, pou­vaient avoir des idées ana­logues à ce qu’on a ap­pelé plus tard le gnos­ti­cisme. Or, pour les gnos­tiques, Jé­sus de Na­za­reth n’é­tait qu’un simple homme au­quel un es­prit su­pé­rieur, qu’ils ap­pe­laient le Christ, s’é­tait uni au mo­ment de son bap­tême pour l’a­ban­don­ner avant sa pas­sion. À ce point de vue, l’homme Jé­sus n’est plus le vrai Sei­gneur, ni le vrai Sau­veur, il n’est plus un ob­jet de foi, et dans cet ordre d’i­dées, on pour­rait conce­voir que tel faux ins­piré fût allé dans son dé­lire jus­qu’à s’é­crier: «Je ne connais pas ce Jé­sus! Je lui dis Ana­thème![1]»

Le second élément du cadre théologique que pose l’apôtre au sujet des pratiques spirituelles rappelle que, quel que soit le don qu’un croyant a reçu, tout procède de la même source. La diversité des dons, des services et des opérations qui se manifeste dans l’Eglise trouve son unité dans la nature même du Dieu qui en est l’auteur, un Dieu à la fois Un et Trine. Aussi, quel que soit le type d’assemblée de laquelle nous faisons partie, nous sommes tous bénéficiaires des dons de la grâce (charismes) de l’Esprit ; nous sommes tous équipés pour le service par le même Seigneur ; c’est le même Dieu qui agit à travers nous et opère en vue de Sa gloire les œuvres qu’Il a préparées d’avance pour nous afin que nous les pratiquions (Ephésiens 2,10). Aussi nulle ne peut, d’entre les Eglises de Dieu, se prévaloir d’avoir reçu plus que les autres. Car c’est de Lui seul que toutes tirent leur vie et Le servent selon la grâce qu’Il leur accorde.

Le troisième élément du cadre théologique posé par Paul au sujet de la pratique des dons spirituels redit pour quel but ceux-ci sont octroyés aux croyants. Aucun des dons que l’Esprit communique aux enfants de Dieu n’a pour fin leur profit personnel. Tous sont communiqués, dit l’apôtre, en vue de l’édification et de l’utilité commune. De manière évidente, la suite de la lettre de Paul va le montrer, la perte de vue de cette finalité était l’une des causes majeures de la confusion qui régnait à Corinthe à ce propos. Comme certains, lors du repas du Seigneur, se servaient et mangeaient sans se soucier des autres, le même égoïsme absurde prévalait dans la pratique de certains dons de la grâce dans l’Eglise. Ainsi, par exemple, les uns lors du culte, parlaient en langues sans se préoccuper de savoir si ce qu’ils exprimaient servaient aux autres (1 Corinthiens 14,6). Or, dit Paul, rien n’est plus contraire à la pensée de Dieu que d’utiliser un don de Sa grâce pour soi uniquement. Tous les dons de l’Esprit, dans leur nature même, ont pour objet le bien d’autrui ou leur bénéfice : parole de sagesse, de connaissance, foi, don de guérison et de miracles, prophétie, discernement des esprits… Le don des langues et, son corollaire, celui d’interprétation, n’échappent pas à la règle.

Le quatrième et dernier élément du cadre théologique posé par Paul souligne, au sujet de l’attribution des dons, la totale souveraineté de l’Esprit dans leur distribution. L’apôtre le dira plus tard : il ne nous est pas interdit, en tant que croyant, d’aspirer être équipé de certains dons pour le service de Dieu et de l’Eglise (1 Corinthiens 14,1) Pour autant, exiger de Lui ou de tous qu’ils possèdent le même don dans l’assemblée est contraire à la volonté de Dieu et au caractère totalement libre et souverain de Sa grâce qui en décide.

V 12 à 30 : l’Eglise, un corps

Le cadre théologique de l’exercice des charismes établi, Paul va expliciter la manière avec laquelle l’Eglise peut, de manière pratique, en tirer le meilleur profit. Pour se faire, l’apôtre va s’appuyer sur la métaphore qui lui semble la plus appropriée pour illustrer le fonctionnement de l’Eglise dans tout ce qui la compose : la métaphore du corps. De celle-ci, Paul va tirer 5 principes qui valent aussi bien pour le bon fonctionnement de l’un que de l’autre :

1er principe : celui de l’unité du tout : v 12 et 13

Même s’il est fait de différentes parties, le corps est un organisme qui forme un tout indissociable. Quels que soient leur nombre et leur diversité, les membres du corps n’existent que pour une seule chose : leur contribution à la formation de l’organisme auquel ils appartiennent. Ainsi, dit Paul, en est-il de Christ. L’origine de ceux qui composent Son corps qui est l’Eglise est infiniment variée. Rien qu’à Corinthe, cette diversité était notoire. Certains étaient de nationalité grecque, d’autres étaient Juifs, certains étaient des citoyens libres, d’autres avaient le statut d’esclaves. Tous cependant avaient une chose en commun qui était le fondement de l’identité de leur communauté. Ils avaient été abreuvés du même Esprit et participé au même baptême en Christ. Les dons que les uns ou les autres exerçaient ne prévalaient en rien sur ce don initial de Dieu qui avait comme pouvoir d’intégrer ceux qui l’avaient reçu dans le corps de Christ.

2ème principe : celui de la diversité dans l’unité : v 14 à 20

Si le corps est une unité, il n’est pas pour autant uniforme. Il est une unité qui s’exerce dans la diversité des membres qui le composent. Aussi est-il vital que la fonction de chacun soit reconnue pour la bonne marche du corps. La particularité de chaque membre dans le corps n’est pas un obstacle à son bon fonctionnement, mais, au contraire, un atout et une richesse. Aussi chacun doit-il se garder d’envier l’autre ou de se comparer à lui dans l’Eglise. Le pied n’a pas la même fonction que la main, ni l’œil que l’oreille. Mais, dit Paul, si tout le corps était une main, il ne serait plus un corps, ou s’il était seulement œil, ou serait l’ouïe qui lui permettrait d’entendre ? Soyons conscients que la diversité des dons dans l’Eglise est bonne et voulue de Dieu. Si donc il y avait confusion dans l’Eglise de Corinthe, elle ne venait pas de la richesse dont elle avait été pourvue dans ce domaine (1 Corinthiens 1,4 et 5).

3ème principe : celui de la souveraineté de Dieu dans l’attribution des dons : v 18

Comme il l’a déjà dit précédemment (v 11), ce n’est pas le chrétien qui décide de sa place et de sa fonction dans l’Eglise, mais Dieu en vertu de Sa souveraineté. Il le fait par le don particulier par lequel Il qualifie le croyant en vue du service auquel Il l’appelle. L’intention de Dieu dans l’attribution des dons qu’Il octroie a pour objectif premier, non la satisfaction des membres, mais leur utilité pour le corps. C’est la vision de la bonne marche de l’ensemble qui doit nous préoccuper dans l’exercice de nos dons, non le profit, la satisfaction ou la gloire que nous pouvons en tirer par leur exercice.

4ème principe : celui de l’interdépendance et de la complémentarité : v 21 à 26

Aucun chrétien, si doué de Dieu soit-il, n’est autosuffisant. Aucun autre, si ordinaire paraisse-t-il, n’est inutile ou sans valeur. Pour que le corps fonctionne de la façon la plus efficace, chaque partie qui le constitue est nécessaire. Il arrive que, suite à une amputation, un membre du corps en remplace un autre dans l’exercice de sa fonction. Mais une telle substitution a ses limites et, dans certains cas, elle est impossible. L’œil ne peut pas être remplacé par la main et l’oreille par le pied. Chaque membre a sa particularité et une spécificité telle que personne ne fera mieux que lui ce pour quoi Dieu l’a fait.

Dans le corps de Christ, les dons reçus de la grâce de Dieu ne sont pas concurrents mais complémentaires. Pour le bien du corps, et donc de chaque membre qui le compose, chacun est utile à l’autre pour que celui-ci donne le meilleur de lui-même. La complémentarité et l’interdépendance des membres dans le corps est le secret de l’efficacité du service de chacun et de la productivité maximale de l’organisme tout entier. Aussi l’honneur rendu à chaque membre pour sa contribution à la bonne marche de l’ensemble doit-il être également partagé. Certains, par leur fonction, reçoivent naturellement plus de considération que d’autres. Ils n’oublieront pas, au moment de remercier ceux qui les félicitent, de mentionner à quel point ils dépendent de leurs frères moins exposés à la lumière pour la réussite de leur ministère. Que serait l’Eglise de Christ sans les veuves ou les vieillards qui prient en secret dans leur chambre ? Que serait le culte sans ceux qui préparent pratiquement son organisation, se soucient du fait que rien ne manque à son bon déroulement ? Tant de petites mains travaillent au service de Dieu avec amour ! Veillons à ce que chacun soit considéré à juste titre pour la valeur de son service !

L’interdépendance des membres dans le corps n’est jamais aussi manifeste que dans les moments où l’un de ceux-ci souffre. Un frère, une sœur passe-t-elle par la maladie, la perte d’un proche ? C’est tout le corps qui souffre. La souffrance, l’épreuve sont souvent les moyens par lesquels Dieu agit pour mettre en évidence que nous sommes un seul corps. Quand le corps entier se porte bien, nous ne sommes pas conscients du lien organique qui nous attache aux autres. Qu’un membre souffre et, rapidement, nous réalisons que le corps entier en est affecté. Heureusement pour lui, cette interdépendance des membres ne se vit pas seulement dans la douleur. Elle est aussi une réalité dans les moments de bonne nouvelle, de joie et d’allégresse. Le corps est un lieu d’échange permanent. C’est la raison pour laquelle tant de fois dans l’Ecriture, l’expression « les uns les autres » qualifie les rapports étroits qui lient les frères et sœurs dans leur communion.

5ème principe : celui de la primauté dans le degré d’importance : v 27 à 30

Si, ensemble, nous sommes le corps de Christ dans lequel chaque membre a sa place, il n’en est pas moins vrai que le degré d’importance de chacun varie selon le ministère ou le charisme reçu. A ce sujet, dit Paul, les apôtres occupent dans l’Eglise de Jésus-Christ la première place. Compagnons du Christ en Son temps, ils font partie avec les prophètes, cités en second, du fondement même de l’édifice qu’est l’Eglise (Ephésiens 2,20). L’évidence de l’importance de ces deux ministères est telle que Paul les citera exactement dans cet ordre dans l’autre liste de dons qu’il établira dans sa lettre aux Ephésiens consacrée à l’Eglise (Ephésiens 4,11). Paul précisera dans le chapitre 14 de sa lettre ce qu’il entend par prophète. Le 3ème ministère mentionné ici est celui de docteur. Leur tâche principale consistait à instruire les croyants dans les vérités de l’Ecriture. Ensuite seulement, dit Paul, viennent les autres dons, ceux de produire des miracles, de guérir, de secourir, de diriger et de parler diverses langues… La liste n’est sans doute pas ici exhaustive.

Dieu ayant voulu la diversité et la complémentarité dans le corps, il serait pure folie, dit Paul, de vouloir que chaque membre de l’Eglise exerce le même service ou possède le même don. Non, il n’est pas donné à tout chrétien d’être apôtre, de faire des miracles, de guérir ou de parler en langues ! Promouvoir cet enseignement, c’est s’élever contre le projet esthétique de Dieu pour l’Eglise, un projet qui est le reflet de Sa nature. « Insister sur un don (celui des langues) aux dépens des autres, dit Ralph Shallis, et, pis encore, aux dépens des multiples aspects des autres opérations de l’Esprit, c’est comme si on voulait composer une mélodie avec une seule note ou deux. On se lasse vite d’une telle musique.[2]

Reconnaissons plutôt la valeur et l’utilité de chacun des dons que Dieu distribue à l’Eglise ! Et apprenons à les vivre ensemble pour le bien de tous ! C’est là ce que doit tout enfant de Dieu !

V 31 : conclusion

Le cadre théologique de la pratique des dons spirituels reposé, Paul conclut en invitant ses frères de Corinthe à se passionner pour les charismes les meilleurs. Auxquels pense-t-il ? Il va y répondre au chapitre 14. Avant de le faire, l’apôtre tient à dépasser le sujet. Il y a, au-delà de la question des dons, une voie qui, dans l’Eglise de Jésus-Christ, surpasse tout et en-dehors de laquelle rien n’a ni sens, ni valeur. C’est de cette voie primordiale dont Paul va parler maintenant.



[1] Charles-Edouard Babut, Sermons 1, page 281
[2] Ralph Shallis : le don de parler diverses langues : Editions du CCBP

vendredi 2 juin 2017

1 CORINTHIENS 11

V 1 : imitez-moi !

Il fait nul doute que le premier verset de ce chapitre se rattache à la section précédente. Si toute l’Ecriture est inspirée de Dieu, les divisions qui séparent le texte biblique en chapitres et versets sont de source humaine. Pour la cohérence du développement de l’argumentaire de Paul sur le sujet éthique de l’usage de notre liberté en Christ, peut-être eut-il mieux fallu inclure ce verset dans le chapitre précédent.

Pour être le plus complet possible, l’enseignement de la Parole de Dieu a besoin de modèles qui l’incarnent. Jésus, qui a passé beaucoup de temps à enseigner Ses disciples, le savait : rien ne valait l’exemple pour faire entrer dans le cœur de ceux qu’Il voulait former les principes par lesquels ils Lui ressembleraient (Jean 13,2 à 4.12 à 15). Il est possible que, par manque d’intelligence, quelqu’un ne comprenne pas toute la finesse et la cohérence de la logique suivie par Paul pour répondre aux questions qui lui ont été posées. Il n’y a pas de raison pour autant de passer à côté de ce que dit l’apôtre. Car s’il arrive que l’on ne puisse tout comprendre, on peut voir et imiter. Autant l’enseignement est important, autant la vie qui l’incarne compte. C’est pourquoi la priorité première du Christ en appelant Ses disciples ne sera pas de dire : « Asseyez-vous à Mes pieds et prenez note de ce que Je vais vous dire ! », mais « Venez et voyez ! » (Jean 1,39). Le but de la sélection du Christ, en appelant les douze, n’était pas d’en faire des étudiants, mais des disciples qui apprennent par la méthode de la vie partagée (Marc 3,14). C’est aussi cette méthode qu’emploiera Paul pour former les chrétiens à ressembler de plus en plus à Christ (Philippiens 3,17).

Sans négliger la valeur de l’enseignement, l’apôtre Paul nous rappelle ici l’importance de la transmission du modèle qu’est Christ par les imitateurs que sont Ses disciples. Le modèle suprême que nous avons à imiter est bien celui de Jésus. Mais le Seigneur n’étant plus parmi nous physiquement, il se peut que, pour beaucoup, la formule reste trop abstraite. Si nous ne pouvons plus voir Jésus, il nous reste une chose : porter les regards sur ceux qui, parmi nous, marchent sur Ses traces et reproduisent à l’identique les traits qui ont marqué Sa vie. Jésus était un serviteur. Il nous faut donc servir comme Il a servi, de manière à ceux qui sont des apprenants du Christ sachent que c’est cette voie qu’ils doivent emprunter s’ils veulent Lui ressembler. Jésus était un homme sans compromis, d’une fidélité sans faille dans l’obéissance à la volonté de Son Père. C’est aussi cet exemple que nous devons dupliquer de manière à ce que, dans chaque génération, ce modèle d’intégrité soit perpétué dans Son Eglise. Si notre mission est de former et d’enseigner, notre tâche première est d’imiter Jésus ou le modèle de ceux qui le font.

« Lorsque nous parlons de la vie du disciple chrétien comme « d’une ressemblance au Christ », nous ne voulons pas dire que les chrétiens sont obligés d’imiter la vie terrestre du Jésus galiléen du 1er siècle dans ses moindres détails. Il nous arrive souvent de composer, à partir des récits de Jésus, un portrait de son caractère, de son comportement, de ses priorités, de ses valeurs, de ses réactions et de ses intentions. Nous cherchons alors à être « à l’image du Christ » en reflétant ce que nous savons de Jésus dans nos propres choix, comportements et réactions. Paul invoque ce genre de raisonnement en Philippiens 2 à propos de la question de l’humilité et de la priorité des autres : « Ayez en vous les dispositions qui sont en Jésus-Christ. »[1]

 Que Dieu nous donne de nous d’être des reflets de Jésus dans ce temps où tant de confusion règne au sujet de ce que le terme chrétien signifie (cf Actes 11,26).

V 2 à 16 : l’homme et la femme devant Dieu

Si Paul a la liberté d’être franc dans les reproches qu’il adresse aux Corinthiens, il est aussi capable de les féliciter lorsqu’il y a lieu de le faire. C’est ce qu’il fait ici au sujet du respect dont les Corinthiens font preuve à l’égard des traditions qu’il leur a transmis, dont il va maintenant aborder le sujet. Si Paul va en corriger la mauvaise pratique, il veut par son introduction signifier clairement qu’il ne fait pas de généralisation. Les Corinthiens dans leur majorité n’étaient pas des rebelles. Mais il y avait parmi eux une frange de contestataires notoires qu’il fallait reprendre. C’est ce à quoi s’emploie l’apôtre dans sa lettre.

La première tradition à laquelle Paul fait référence est celle qui touche à la tenue de la femme dans l’assemblée. « Dans tout l’Orient et aussi en Grèce, les mœurs voulaient que les femmes ne parussent en public que voilées et avec les cheveux longs, tandis que les hommes les portaient courts. On attachait aux usages contraires des idées d’inconvenance, sinon d’immoralité. Or, à Corinthe, on avait commencé à mépriser sur ce point l’opinion publique. Les femmes assistaient sans voile aux assemblées de l’Eglise, se fondant sans doute sur le principe de liberté chrétienne prêché par Paul lui-même, et sur celui de l’égalité entre homme et femme devant Dieu (Galates 3,28).[2] » Comme à son habitude, Paul ne va pas polémiquer sur le sujet. C’est de l’Ecriture qu’il va tirer les arguments justifiant la conduite qu’il va indiquer comme règle à suivre aux chrétiennes de Corinthe.

En premier lieu, Paul rappelle les principes d’autorité intangibles qui gouvernent les relations humaines en Dieu. Si une réflexion doit être menée sur la tenue de la femme dans les assemblées, c’est dans ce cadre établi par Dieu qu’elle doit l’être. Aucune question liée à la conduite du chrétien, si triviale puisse-t-elle paraître, ne saurait être détachée du cadre théologique posé par l’Ecriture pour notre relation avec Lui et dans la communauté. En son sein, le chef de tout homme, dit Paul, est le Christ. C’est à Lui que, pour sa conduite, le chrétien, qui il soit, est redevable. Le chef de la femme, par contre, est l’homme. Comme l’homme n’est pas libre d’agir comme il l’entend, à cause de Christ, la femme n’a pas la liberté, à cause de l’homme qui est son référent, de se conduire comme il lui plaît. Dans tout ce qu’elle est et ce qu’elle fait, la femme doit chercher à rendre honneur à l’homme, comme l’homme à Christ. Pour que l’homme et la femme saisissent la portée de ce qu’il veut dire, Paul donne comme modèle de conduite à ce sujet le Christ. Car Christ aussi avait un chef qui était Dieu, Son Père. De même que le Christ ne s’est pas complu en Lui-même, mais, qu’à chaque moment, dans chaque détail et aspect de Sa vie, Il a cherché à honorer Son Père, l’homme doit agir de même envers Lui et la femme envers l’homme.

Que signifie, qu’implique le respect de ce cadre d’autorité pour ce qui touche à la tenue de l’homme et de la femme dans l’assemblée ? Paul l’explicite clairement ! Tout homme qui prie ou prophétise la tête couverte fait preuve d’un comportement irrespectueux et inconvenant qui fait honte à Christ, son chef. Aussi libre que soit le chrétien, il ne l’était pas au point d’aller contre les coutumes de l’époque qui voulaient que, par respect, on se découvre la tête lorsqu’on s’adresse à Dieu ou qu’on participe à des cérémonies religieuses. De même, toute femme qui prie ou se pose en prophétesse dans la communauté déshonore son chef, l’homme, si elle le fait sans porter un voile sur sa tête. Si les privilèges spirituels des femmes sont les mêmes que ceux des hommes en Christ, cette vérité ne les dispense pas de se conformer aux marqueurs culturels de la société dans laquelle elles vivent, cela d’autant plus s’ils valident la pensée de Dieu sur l’ordre qu’Il a voulu établir pour le bon fonctionnement des relations des êtres humains avec Lui et entre eux.

La question donc n’est pas discutable. A l’époque où Paul s’exprime, dans la culture dans laquelle vivaient les Corinthiens, voir une femme sans voile dans le cadre d’une assemblée cultuelle ne pouvait que choquer. C’était, aux yeux de ceux qui la côtoyaient, comme si elle avait les cheveux courts, ce qui était inconcevable en ce temps. La tenue de l’homme chrétien dans l’assemblée ne doit tendre qu’à un seul but : être le reflet, l’image de la gloire de Celui qu’il a pour but de vénérer : Dieu. La vocation première de la femme, quant à elle, vise dans l’ordre créationnel une seule chose : qu’elle soit la gloire de l’homme, son mari. Si, par elle, dit le livre des proverbes, la réputation de son mari en est grandie aux portes de la ville, elle aura atteint le but que Dieu avait en vue pour elle (Proverbes 21,23).

Pourquoi en est-il ainsi ? Quelle autorité, pourrait alléguer des contestataires, fonde la légitimité d’un tel ordre ? Celle-ci, dit Paul, repose sur une seule réalité : celle de l’ordre dans lequel la création de l’homme et la femme s’est faite. En effet, rappelle Paul, à la genèse de l’humanité, ce n’est pas la femme qui a été faite en premier, mais l’homme. Celui-ci a de fait prééminence sur la femme. De plus, la femme n’a pas été faite comme l’homme, à partir de rien. Mais, selon le texte biblique, elle a été tirée de lui, après que celui-ci ait été endormi par Dieu (Genèse 2,21-22). Parce qu’elle procède de lui, la femme est appelée à porter sur elle une marque de l’autorité dont elle dépend. Dans la culture corinthienne et orientale de l’époque, le port du voile était ce marqueur. Il était le signe manifeste, pour les autorités visibles et invisibles, de la soumission de la femme à l’ordre créée et du respect qu’elle portait à son mari. Certes, la dépendance de la femme envers l’homme n’est pas unilatérale. Si la première femme a été tirée de l’homme, tous les hommes qui ont suivi sont nés de femmes, si bien que les uns (les hommes) sont indissociables des autres (les femmes) pour leur existence. Tout cela, dit Paul, vient de Dieu qui a voulu que tous dépendent de Lui et de l’altérité sexuelle qui marque l’humanité pour leur existence.

Que conclure ? Que la liberté dont jouissent les enfants de Dieu ne s’exerce pas au mépris des convenances. La culture de l’époque de Paul exigeait qu’une femme qui s’adresse à Dieu soit voilée. Qu’elle se voile ! Ce marqueur est-il valable pour toutes les générations et dans toutes les cultures ? Ou faut-il plutôt réfléchir à l’application du principe défendu ici par Paul dans la culture à laquelle nous appartenons ? Quoi que penchant vers la seconde proposition je ne vais pas trancher ici. La nature, dit Paul d’autre part, enseigne que, même sans voile, les cheveux longs sont l’ornement donnée par Dieu aux femmes, une marque de la féminité. En contraste, les cheveux courts sont l’apanage de la masculinité, une caractéristique de l’identité de l’homme. Le chrétien, la chrétienne doivent être les premiers dans la société à promouvoir l’ordre voulu par Dieu dans la création. Ils ne sont appelés dans leur comportement à n’être ni des révolutionnaires, ni des contestataires de cet ordre. Que toute leur conduite, leur tenue, leur habillement reflètent leur volonté de rendre à Dieu la gloire qui Lui est due pour Ses bienfaits pour eux !

V 17 à 34 : sur la conduite lors de la Cène

Après l’instruction qui touche à la tenue de la femme et aux convenances qui ont cours dans l’assemblée, Paul aborde la pratique d’une autre tradition pour laquelle, dit-il, il ne félicite pas les Corinthiens. Il s’agit de la tradition éminemment significative du repas du Seigneur en souvenir de Son sacrifice expiatoire pour le salut de Ses élus. A cause de la charge symbolique qui lui est inhérente, la pratique du repas du Seigneur était indissociable d’un état d’esprit adéquat. Les fêtes commémoratives de l’œuvre de Dieu dans l’histoire ont un sens qui dépasse le simple souvenir. Elles impliquent chacun de ceux qui y participent à se positionner personnellement face à ce que Dieu, dans Sa grâce, a fait pour lui. Qui ne vit ses commémorations que comme une tradition formaliste ferait mieux de s’abstenir. Car, disent les prophètes, c’est faire injure à Dieu et provoquer Sa colère que de signifier par une tradition une réalité spirituelle de laquelle on ne tient par ailleurs nullement compte dans sa vie (Amos 5,21 à 24 ; Esaïe 1,13 à 17). Or, c’est là ce qui se produisait chez les Corinthiens.

Le premier reproche que fait Paul quant à la façon d’agir des Corinthiens, est de venir divisés à la table du Seigneur. Comme il l’a déjà souligné, participer au repas du Seigneur est un moyen pour le corps de Christ (l’Eglise) de rendre témoignage de son unité (1 Corinthiens 10,17). Tout le début de l’épître de Paul à ses frères de Corinthe témoigne que tel n’était pas le cas. Des factions rivales déchiraient l’Eglise et des frères mettaient en procès d’autres frères devant des incroyants (1 Corinthiens 1,11-2 ; 6,1). Si Paul déplore cet état de fait, il y voit cependant une nécessité inévitable. Il y a et il y aura toujours des scissions qui se produiront dans les Eglises. Elles sont, d’une certaine façon, le moyen que Dieu utilise pour faire le tri entre ceux qui sont fidèles à Dieu, Sa Parole, Son enseignement, et les autres. Si l’unité dans les Eglises ne sera jamais parfaite ici-bas, il convient cependant qu’au moment où les enfants de Dieu la célèbrent par le repas du Seigneur, ils ne mentent pas sciemment à son sujet.

Le second reproche que Paul formule à l’encontre de ses frères de Corinthe touche à leur comportement lors du repas fraternel où se prenait la Cène (le repas du Seigneur). Au lieu d’être un moment convivial de partage, ce repas donnait cours aux pires excès de la chair et de l’égoïsme. Les uns se dépêchaient de manger leur propre dîner goulûment, assis à côté d’autres qui avaient faim parce qu’ils n’avaient pas les moyens d’apporter quelque chose. D’autres buvaient plus que de mesure, s’approchant de la table du Seigneur dans un état d’ébriété avancé. Alors qu’elles avaient pour but de manifester l’amour fraternel, les agapes de Corinthe étaient devenues des rassemblements où chacun se montrait sous son pire aspect. Or, rappelle Paul, l’Eglise n’est pas le lieu où chacun se comporte comme s’il serait chez lui. L’Eglise est la maison de la communauté, l’endroit où la famille de Dieu se rassemble dans sa diversité. Nul dans l’Eglise ne devrait être mis de côté ou se sentir honteux de ce qu’il est. L’Eglise est le lieu où les clivages sociaux ne doivent plus avoir cours, où ce qui manque à l’un est fourni par l’autre. Venir à la table du Seigneur dans un esprit qui n’est pas communautaire, c’est faire injure à Celui qui est mort pour rassembler les enfants de Dieu dispersés en un seul corps (Jean 11,52).

Pour être dans l’esprit qui doit prévaloir lors du repas du Seigneur, rien de tel que de nous transporter au moment où Jésus le célébra avec Ses disciples. Cette connaissance des faits qui se produisirent à cet instant précis, Paul affirme l’avoir reçu, non par une transmission orale, mais par une révélation directe du Seigneur. Aussi, bien que n’étant pas présent physiquement ce jour-là, c’est malgré tout avec l’autorité d’un témoin que Paul s’adresse aux Corinthiens et les enseigne à ce sujet. Ce que Paul a reçu du Seigneur corrobore les récits de l’Evangile. La nuit où il fut livré, alors qu’Il prenait Son dernier repas avec Ses disciples, Jésus prit le pain qui se trouvait sur la table. Après avoir rendu grâce à Son Père pour cette nourriture, Il le rompit. Puis Il commenta le geste qu’Il venait de faire pour en donner la signification symbolique à Ses disciples. « Ceci, dit-il, est Mon corps qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de Moi. » Le moment est plus que solennel. Il est le prélude, l’annonce ouverte de la part du Seigneur du drame qui va se produire sous peu. Chacun est ici placé face à lui-même et au prix que le Fils de Dieu, dans Son amour, est prêt à payer pour Son rachat. Après ce premier geste, le dîner se poursuivit. Jésus, pour autant, n’en avait pas fini avec la symbolique du mémorial qu’Il voulait que Ses disciples perpétuent jusqu’à Son retour. Avant de se séparer, Jésus prit une coupe dans laquelle se trouvait du vin. Puis Il dit à Ses amis rassemblés autour de Lui : « Cette coupe est l’alliance nouvelle en Mon sang ; faites ceci en mémoire de Moi, toutes les fois que vous en boirez. » Si le premier geste n’avait pas été compris, il n’y avait, pour les disciples pétris de culture judaïque, plus d’ambiguïté possible sur le sens de ce qui allait advenir de Jésus. Tous les sacrifices et les holocaustes qui rendaient jadis le peuple de Dieu propice à son Dieu venaient du sang versé d’un animal. Ici, Jésus, dit que c’est Son propre sang versé qui va désormais jouer ce rôle pour eux. Jusqu’au jour où Christ reviendra dans Son règne, la communauté de Ses rachetés se doit de ne jamais oublier le prix qu’a payé son Maître pour sa rédemption. C’est dans ce but que, comme s’ils y étaient, les disciples de Jésus de toutes les générations prennent le repas du Seigneur, font les gestes que le Maître a fait et redisent les mots qu’Il a prononcés à cet instant-là.

Même si cela s’est produit il y a des siècles, nous sommes, au moment où nous prenons la Cène, assis à table avec Jésus. Dans quel état d’esprit sommes-nous ? Paul nous invite à nous examiner ! Avons-nous conscience de la gravité, du sérieux, de la symbolique et de la portée qu’a l’événement pour notre Seigneur et pour nous ? Ne nous trompons pas nous-mêmes ! N’imaginons pas que, parce le corps de Christ a été brisé et Son sang a été versé, le péché soit désormais pour lui chose sans importance. Ayons, au contraire, le cœur rempli d’effroi à l’idée que ce sont nos fautes, nos iniquités qui ont exigé de Lui une telle rançon ! Quiconque, prenant la Cène, ne se solidarise pas avec le Maître dans le jugement qu’Il a subi pour Son salut, n’est pas digne d’y participer. L’examen de soi auquel nous appelle l’apôtre a un but : que, de nouveau, nous saisissions dans nos vies toute l’horreur, tout le prix qu’a coûté pour notre Seigneur le péché. Que la repentance à la table du Seigneur jaillisse de nos cœurs de manière à ce que la joie de l’obéissance et de la communion retrouvée soit de nouveau le moteur de nos vies !

Ayant pris la grâce coûteuse de Dieu pour leur salut trop à la légère, les Corinthiens ne doivent pas s’étonner des conséquences dramatiques qui les atteignirent : grand nombre de malades, décès inattendus de plusieurs… On ne peut se moquer de Dieu ! Ce qu’un homme sème, il le récolte sûrement. Si nous nous jugions nous-mêmes, dit Paul, le Seigneur n’aurait pas besoin de le faire. Le châtiment de Dieu ne nous atteint que parce que nous refusons l’autodiscipline qui nous l’aurait épargné. Par Ses jugements, le Seigneur n’a en vue pour nous que la même passion qui L’a conduit à la croix : notre salut. Il nous sauve de nous-mêmes pour que nous n’ayons pas à périr condamnés, comme les pécheurs hostiles à la repentance et à Sa grâce. Que les Corinthiens reviennent à la raison ! Qu’ils se souviennent de l’esprit qui est la source de la tradition que le Seigneur a instaurée et qu’Il a appelé Ses disciples à perpétuer ! Que dans ce moment destiné à commémorer l’amour infini de leur Maître pour eux, toute marque d’égoïsme soit bannie ! Qui dit : « J’aime Dieu » et ne fait pas preuve d’amour envers son frère est un menteur (1 Jean 4,20).



[1] L’éthique de l’Ancien Testament : Christopher j. h. Wright : Editions Excelsis
[2] La Bible annotée : NT3 : Les épîtres de Paul : Editions P.E.R.L.E.