vendredi 9 juin 2017

1 CORINTHIENS 12

V 1 à 11 : les dons divers de la grâce

Avec ce chapitre, Paul aborde un autre sujet qui, dans l’Eglise de Corinthe, prêtait à confusion : le sujet de la pratique des dons de la grâce. Comme il l’a fait jusque-là, l’apôtre va s’efforcer, avant d’aborder des points plus polémiques, de poser le cadre théologique de sa réflexion. Nous ne savons pas exactement ce qui pouvait sortir à Corinthe de la bouche de ceux qui se prétendaient inspirés. Mais d’entrée, l’apôtre donne un premier élément destiné à séparer le blé de l’ivraie, une parole qui procède de l’Esprit de Dieu d’une autre qui a sa source dans une inspiration contraire. Personne n’ayant l’Esprit de Dieu, dit Paul, ne dira jamais que Jésus est maudit. Du Saint-Esprit, qui a pour but premier de prendre ce qui est à Jésus pour Le glorifier parmi les hommes (Jean 16,14), ne sortira jamais aucune parole qui va à l’encontre de Son honneur. De même, ajoute Paul, personne ne peut proclamer que Jésus est Seigneur, si ce n’est par l’Esprit-Saint. Quel que soit le don que l’on possède, quelque parole que nous soyons amenés à apporter dans le cadre de l’assemblée, est reconnaissable comme venant de l’Esprit ce qui a pour objet de confesser qui est Jésus. Là est le premier but du don de l’Esprit par le Père et par le Fils (Jean 14,26 ; 15,26). L’obligation par laquelle l’apôtre se voit contraint, dès le début du traitement de ce sujet qui va couvrir trois chapitres de sa lettre, de préciser une telle évidence, dit Charles-Edouard Babut, nous en dit long sur la confusion qui pouvait régner à Corinthe à propos de la pratique des dons spirituels.

« La par­tie né­ga­tive de la règle apos­to­lique nous étonne par son trop d’é­vi­dence. Pou­vait-il ar­ri­ver qu’une voix s’é­le­vant dans une as­sem­blée chré­tienne dit: «Ana­thème à Jé­sus!» et l’Église avait-elle be­soin d’être aver­tie que l’au­teur d’un tel blas­phème ne par­lait pas par le Saint-Es­prit? Peut-être ne nous fai­sons-nous quune idée im­par­faite de l’é­trange fer­men­ta­tion qui se pro­dui­sait dans un mi­lieu tel que l’Église de Co­rinthe, où les élé­ments les plus im­purs pou­vaient se mé­lan­ger aux plus su­blimes…Il y avait de pré­ten­dus croyants qui niaient la ré­sur­rec­tion et la vie à ve­nir. D’autres, ou les mêmes peut-être, pou­vaient avoir des idées ana­logues à ce qu’on a ap­pelé plus tard le gnos­ti­cisme. Or, pour les gnos­tiques, Jé­sus de Na­za­reth n’é­tait qu’un simple homme au­quel un es­prit su­pé­rieur, qu’ils ap­pe­laient le Christ, s’é­tait uni au mo­ment de son bap­tême pour l’a­ban­don­ner avant sa pas­sion. À ce point de vue, l’homme Jé­sus n’est plus le vrai Sei­gneur, ni le vrai Sau­veur, il n’est plus un ob­jet de foi, et dans cet ordre d’i­dées, on pour­rait conce­voir que tel faux ins­piré fût allé dans son dé­lire jus­qu’à s’é­crier: «Je ne connais pas ce Jé­sus! Je lui dis Ana­thème![1]»

Le second élément du cadre théologique que pose l’apôtre au sujet des pratiques spirituelles rappelle que, quel que soit le don qu’un croyant a reçu, tout procède de la même source. La diversité des dons, des services et des opérations qui se manifeste dans l’Eglise trouve son unité dans la nature même du Dieu qui en est l’auteur, un Dieu à la fois Un et Trine. Aussi, quel que soit le type d’assemblée de laquelle nous faisons partie, nous sommes tous bénéficiaires des dons de la grâce (charismes) de l’Esprit ; nous sommes tous équipés pour le service par le même Seigneur ; c’est le même Dieu qui agit à travers nous et opère en vue de Sa gloire les œuvres qu’Il a préparées d’avance pour nous afin que nous les pratiquions (Ephésiens 2,10). Aussi nulle ne peut, d’entre les Eglises de Dieu, se prévaloir d’avoir reçu plus que les autres. Car c’est de Lui seul que toutes tirent leur vie et Le servent selon la grâce qu’Il leur accorde.

Le troisième élément du cadre théologique posé par Paul au sujet de la pratique des dons spirituels redit pour quel but ceux-ci sont octroyés aux croyants. Aucun des dons que l’Esprit communique aux enfants de Dieu n’a pour fin leur profit personnel. Tous sont communiqués, dit l’apôtre, en vue de l’édification et de l’utilité commune. De manière évidente, la suite de la lettre de Paul va le montrer, la perte de vue de cette finalité était l’une des causes majeures de la confusion qui régnait à Corinthe à ce propos. Comme certains, lors du repas du Seigneur, se servaient et mangeaient sans se soucier des autres, le même égoïsme absurde prévalait dans la pratique de certains dons de la grâce dans l’Eglise. Ainsi, par exemple, les uns lors du culte, parlaient en langues sans se préoccuper de savoir si ce qu’ils exprimaient servaient aux autres (1 Corinthiens 14,6). Or, dit Paul, rien n’est plus contraire à la pensée de Dieu que d’utiliser un don de Sa grâce pour soi uniquement. Tous les dons de l’Esprit, dans leur nature même, ont pour objet le bien d’autrui ou leur bénéfice : parole de sagesse, de connaissance, foi, don de guérison et de miracles, prophétie, discernement des esprits… Le don des langues et, son corollaire, celui d’interprétation, n’échappent pas à la règle.

Le quatrième et dernier élément du cadre théologique posé par Paul souligne, au sujet de l’attribution des dons, la totale souveraineté de l’Esprit dans leur distribution. L’apôtre le dira plus tard : il ne nous est pas interdit, en tant que croyant, d’aspirer être équipé de certains dons pour le service de Dieu et de l’Eglise (1 Corinthiens 14,1) Pour autant, exiger de Lui ou de tous qu’ils possèdent le même don dans l’assemblée est contraire à la volonté de Dieu et au caractère totalement libre et souverain de Sa grâce qui en décide.

V 12 à 30 : l’Eglise, un corps

Le cadre théologique de l’exercice des charismes établi, Paul va expliciter la manière avec laquelle l’Eglise peut, de manière pratique, en tirer le meilleur profit. Pour se faire, l’apôtre va s’appuyer sur la métaphore qui lui semble la plus appropriée pour illustrer le fonctionnement de l’Eglise dans tout ce qui la compose : la métaphore du corps. De celle-ci, Paul va tirer 5 principes qui valent aussi bien pour le bon fonctionnement de l’un que de l’autre :

1er principe : celui de l’unité du tout : v 12 et 13

Même s’il est fait de différentes parties, le corps est un organisme qui forme un tout indissociable. Quels que soient leur nombre et leur diversité, les membres du corps n’existent que pour une seule chose : leur contribution à la formation de l’organisme auquel ils appartiennent. Ainsi, dit Paul, en est-il de Christ. L’origine de ceux qui composent Son corps qui est l’Eglise est infiniment variée. Rien qu’à Corinthe, cette diversité était notoire. Certains étaient de nationalité grecque, d’autres étaient Juifs, certains étaient des citoyens libres, d’autres avaient le statut d’esclaves. Tous cependant avaient une chose en commun qui était le fondement de l’identité de leur communauté. Ils avaient été abreuvés du même Esprit et participé au même baptême en Christ. Les dons que les uns ou les autres exerçaient ne prévalaient en rien sur ce don initial de Dieu qui avait comme pouvoir d’intégrer ceux qui l’avaient reçu dans le corps de Christ.

2ème principe : celui de la diversité dans l’unité : v 14 à 20

Si le corps est une unité, il n’est pas pour autant uniforme. Il est une unité qui s’exerce dans la diversité des membres qui le composent. Aussi est-il vital que la fonction de chacun soit reconnue pour la bonne marche du corps. La particularité de chaque membre dans le corps n’est pas un obstacle à son bon fonctionnement, mais, au contraire, un atout et une richesse. Aussi chacun doit-il se garder d’envier l’autre ou de se comparer à lui dans l’Eglise. Le pied n’a pas la même fonction que la main, ni l’œil que l’oreille. Mais, dit Paul, si tout le corps était une main, il ne serait plus un corps, ou s’il était seulement œil, ou serait l’ouïe qui lui permettrait d’entendre ? Soyons conscients que la diversité des dons dans l’Eglise est bonne et voulue de Dieu. Si donc il y avait confusion dans l’Eglise de Corinthe, elle ne venait pas de la richesse dont elle avait été pourvue dans ce domaine (1 Corinthiens 1,4 et 5).

3ème principe : celui de la souveraineté de Dieu dans l’attribution des dons : v 18

Comme il l’a déjà dit précédemment (v 11), ce n’est pas le chrétien qui décide de sa place et de sa fonction dans l’Eglise, mais Dieu en vertu de Sa souveraineté. Il le fait par le don particulier par lequel Il qualifie le croyant en vue du service auquel Il l’appelle. L’intention de Dieu dans l’attribution des dons qu’Il octroie a pour objectif premier, non la satisfaction des membres, mais leur utilité pour le corps. C’est la vision de la bonne marche de l’ensemble qui doit nous préoccuper dans l’exercice de nos dons, non le profit, la satisfaction ou la gloire que nous pouvons en tirer par leur exercice.

4ème principe : celui de l’interdépendance et de la complémentarité : v 21 à 26

Aucun chrétien, si doué de Dieu soit-il, n’est autosuffisant. Aucun autre, si ordinaire paraisse-t-il, n’est inutile ou sans valeur. Pour que le corps fonctionne de la façon la plus efficace, chaque partie qui le constitue est nécessaire. Il arrive que, suite à une amputation, un membre du corps en remplace un autre dans l’exercice de sa fonction. Mais une telle substitution a ses limites et, dans certains cas, elle est impossible. L’œil ne peut pas être remplacé par la main et l’oreille par le pied. Chaque membre a sa particularité et une spécificité telle que personne ne fera mieux que lui ce pour quoi Dieu l’a fait.

Dans le corps de Christ, les dons reçus de la grâce de Dieu ne sont pas concurrents mais complémentaires. Pour le bien du corps, et donc de chaque membre qui le compose, chacun est utile à l’autre pour que celui-ci donne le meilleur de lui-même. La complémentarité et l’interdépendance des membres dans le corps est le secret de l’efficacité du service de chacun et de la productivité maximale de l’organisme tout entier. Aussi l’honneur rendu à chaque membre pour sa contribution à la bonne marche de l’ensemble doit-il être également partagé. Certains, par leur fonction, reçoivent naturellement plus de considération que d’autres. Ils n’oublieront pas, au moment de remercier ceux qui les félicitent, de mentionner à quel point ils dépendent de leurs frères moins exposés à la lumière pour la réussite de leur ministère. Que serait l’Eglise de Christ sans les veuves ou les vieillards qui prient en secret dans leur chambre ? Que serait le culte sans ceux qui préparent pratiquement son organisation, se soucient du fait que rien ne manque à son bon déroulement ? Tant de petites mains travaillent au service de Dieu avec amour ! Veillons à ce que chacun soit considéré à juste titre pour la valeur de son service !

L’interdépendance des membres dans le corps n’est jamais aussi manifeste que dans les moments où l’un de ceux-ci souffre. Un frère, une sœur passe-t-elle par la maladie, la perte d’un proche ? C’est tout le corps qui souffre. La souffrance, l’épreuve sont souvent les moyens par lesquels Dieu agit pour mettre en évidence que nous sommes un seul corps. Quand le corps entier se porte bien, nous ne sommes pas conscients du lien organique qui nous attache aux autres. Qu’un membre souffre et, rapidement, nous réalisons que le corps entier en est affecté. Heureusement pour lui, cette interdépendance des membres ne se vit pas seulement dans la douleur. Elle est aussi une réalité dans les moments de bonne nouvelle, de joie et d’allégresse. Le corps est un lieu d’échange permanent. C’est la raison pour laquelle tant de fois dans l’Ecriture, l’expression « les uns les autres » qualifie les rapports étroits qui lient les frères et sœurs dans leur communion.

5ème principe : celui de la primauté dans le degré d’importance : v 27 à 30

Si, ensemble, nous sommes le corps de Christ dans lequel chaque membre a sa place, il n’en est pas moins vrai que le degré d’importance de chacun varie selon le ministère ou le charisme reçu. A ce sujet, dit Paul, les apôtres occupent dans l’Eglise de Jésus-Christ la première place. Compagnons du Christ en Son temps, ils font partie avec les prophètes, cités en second, du fondement même de l’édifice qu’est l’Eglise (Ephésiens 2,20). L’évidence de l’importance de ces deux ministères est telle que Paul les citera exactement dans cet ordre dans l’autre liste de dons qu’il établira dans sa lettre aux Ephésiens consacrée à l’Eglise (Ephésiens 4,11). Paul précisera dans le chapitre 14 de sa lettre ce qu’il entend par prophète. Le 3ème ministère mentionné ici est celui de docteur. Leur tâche principale consistait à instruire les croyants dans les vérités de l’Ecriture. Ensuite seulement, dit Paul, viennent les autres dons, ceux de produire des miracles, de guérir, de secourir, de diriger et de parler diverses langues… La liste n’est sans doute pas ici exhaustive.

Dieu ayant voulu la diversité et la complémentarité dans le corps, il serait pure folie, dit Paul, de vouloir que chaque membre de l’Eglise exerce le même service ou possède le même don. Non, il n’est pas donné à tout chrétien d’être apôtre, de faire des miracles, de guérir ou de parler en langues ! Promouvoir cet enseignement, c’est s’élever contre le projet esthétique de Dieu pour l’Eglise, un projet qui est le reflet de Sa nature. « Insister sur un don (celui des langues) aux dépens des autres, dit Ralph Shallis, et, pis encore, aux dépens des multiples aspects des autres opérations de l’Esprit, c’est comme si on voulait composer une mélodie avec une seule note ou deux. On se lasse vite d’une telle musique.[2]

Reconnaissons plutôt la valeur et l’utilité de chacun des dons que Dieu distribue à l’Eglise ! Et apprenons à les vivre ensemble pour le bien de tous ! C’est là ce que doit tout enfant de Dieu !

V 31 : conclusion

Le cadre théologique de la pratique des dons spirituels reposé, Paul conclut en invitant ses frères de Corinthe à se passionner pour les charismes les meilleurs. Auxquels pense-t-il ? Il va y répondre au chapitre 14. Avant de le faire, l’apôtre tient à dépasser le sujet. Il y a, au-delà de la question des dons, une voie qui, dans l’Eglise de Jésus-Christ, surpasse tout et en-dehors de laquelle rien n’a ni sens, ni valeur. C’est de cette voie primordiale dont Paul va parler maintenant.



[1] Charles-Edouard Babut, Sermons 1, page 281
[2] Ralph Shallis : le don de parler diverses langues : Editions du CCBP

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