jeudi 15 juin 2017

1 CORINTHIENS 13

La mise au point de l’apôtre Paul sur la pratique des dons à Corinthe était nécessaire. Elle répondait à un état d’urgence. Si l’enseignement qu’il vient de délivrer avait été compris, Paul n’aurait pas même eu besoin de le donner. Les Corinthiens auraient exercé leurs dons dans l’unité et la complémentarité sans qu’aucune confusion n’en résulte. D’un autre ordre est le sujet qu’il aborde dans ce chapitre, à côté duquel celui de la pratique des charismes est relégué au rang de l’accessoire. Preuve en est par le fait que, si Paul n’évoque que rarement le sujet des dons dans ses lettres, celui qu’il promeut ici en est l’objet partout. Avec diligence, mettons-nous à l’écoute du magnifique hymne à l’amour rendu par l’apôtre !

V 1 à 3 : le caractère essentiel de l’amour

Un homme, dit Paul, peut être pourvu des dons les plus excellents : s’il n’a pas l’amour, non seulement il n’est rien, mais cela ne lui sert à rien. Les langues sont toutes un merveilleux véhicule de la pensée. Mais, quelle qu’elle soit, toute parole qui n’est pas portée par l’amour n’est que bruit et vacarme désagréable à l’oreille. De même, on peut faire forte impression aux autres par la connaissance dont on fait étalage. Mais sans l’amour, sans cette preuve que l’on donne à ceux à qui l’on s’adresse, que notre préoccupation première est leur bien, tout ce savoir dispensé est vain. Il entrera par une oreille, sortira par l’autre et ne laissera aucune marque durable dans leur cœur. Quelqu’un parmi le peuple de Dieu peut être animé d’une foi qui déplace l’impossible. Mais s’il y manque l’amour, dit Paul, il n’est pas mieux que l’incrédule. Un autre peut être si convaincu de la vérité d’une chose qu’il est prêt à donner tous ses biens ou sacrifier sa vie et mourir martyr pour la défendre. Mais, dit Paul, si l’amour n’est pas à la base de ces sacrifices, ceux-ci ne valent rien.

Notons que si, dans mon commentaire, je fais référence à plusieurs personnes différentes, telle n’est pas la façon de s’exprimer de Paul. L’apôtre s’identifie lui-même aux cas qu’il vient d’évoquer. S’il y avait, en effet, quelqu’un qui, de son temps, cumulait les dons et les qualités qu’il vient d’évoquer, c’était lui. Or, Paul le sait. On peut être hyperdoué de Dieu et consacrer sa vie à ce que l’on croit : si l’amour fait défaut à l’exercice de ses dons et à ses engagements, l’essentiel est absent. L’amour est ce qui donne vie, valeur, sens et beauté à toutes choses. Il suffit pour s’en convaincre d’en étudier les qualités.

V 4 à 7 : les qualités de l’amour

La première qualité que Paul reconnaît à l’amour est la patience. La patience est la capacité à supporter de grandes tensions sans verser dans la colère ou l’irritation. Seul celui qui aime est capable de maîtriser son impatience et d’attendre l’heure de Dieu ou le moment où les choses iront autrement que ce qu’elles sont. Souvenons-nous, pour nous exercer à la patience, de celle dont Dieu fait usage à notre égard. Que de fois ne L’avons-nous pas déçu par nos inconséquences et nos infidélités ! Si ce n’est Son amour, depuis longtemps Il se serait à juste titre lassé de nous !

La seconde qualité que Paul reconnaît à l’amour est la bonté ou la bienveillance. C’est là aussi un des traits majeurs de la nature de Dieu. Il lui est si caractéristique que Jésus conduira le jeune homme riche, qui Le qualifiait de bon, à réfléchir à la portée de sa déclaration. Si Lui, Jésus, est bon, alors son interlocuteur doit admettre qu’Il est Dieu, car Dieu seul est bon (Marc 10,17-18). Parce que Dieu est amour, toute la nature de Dieu est portée vers la bienveillance (cf Actes 14,17). Une des preuves données au monde que quelqu’un connaît Dieu est qu’il est capable d’aimer comme Dieu aime, avec bienveillance.

Après avoir énoncé les deux qualités majeures de l’amour, Paul poursuit en listant ce avec quoi l’amour est incompatible. Puisque la nature de l’amour est d’être patient et bienveillant, celui qui aime, dit l’apôtre :

-          N’est pas envieux ou jaloux. Qui convoite ce qu’un autre possède ou ne cherche qu’à s’accaparer pour lui les biens ou les personnes ne fait pas preuve d’amour, mais d’égoïsme. Celui qui aime est libre à l’égard des autres. Il ne souffre ni de leur bonheur, ni de leur succès ou de leur réussite. Sa satisfaction n’est pas dans ce qu’il pourrait avoir, mais dans ce qu’il a déjà par la grâce de Dieu. Qui est conscient de l’amour de Dieu pour soi n’a nul besoin d’autre chose pour être satisfait et en capacité d’aimer.

-          N’est pas vantard ou gonflé d’orgueil. Qui aime n’a pas le souci de se mettre en avant, mais suit les traces de Jésus qui, de Dieu qu’Il était, s’est fait homme pour servir les hommes et donner Sa vie en sacrifice pour eux (cf Philippiens 2,5 à 8). L’humilité seule convient à l’amour ! Qui en est dépourvu témoigne qu’il n’aime pas, mais qu’il cherche juste à attirer le regard des autres sur lui-même.

-          Ne fait rien d’inconvenant ou de choquant. Qui aime a le souci de ne pas scandaliser les autres par sa conduite, ses actes ou ses paroles. Paul le dira en d’autres termes ailleurs. Qui se revendique du Christ doit s’abstenir de tout propos extravagant, de bouffonneries ou de tout ce qui est malséant. De telles choses ne conviennent pas à des saints (Ephésiens 5,4). Amour et vulgarité ou grossièreté sont incompatibles.

-          Ne cherche pas son intérêt. Qui aime n’est pas d’abord préoccupé de lui-même, mais des autres. Amour et égocentrisme sont à l’opposé l’un de l’autre. Dans le cadre de la vie de l’Eglise, celui qui aime se remarque par le fait que tout ce qu’il fait vise l’intérêt de l’ensemble, et non le sien propre. Aimer, comme Jésus l’a démontré peu de jours avant Sa mort, c’est se faire le serviteur de tous. C’est consentir à occuper la place la plus humble pour le bien de chacun.

-          Ne s’irrite pas. S’il y a une colère qui n’est pas antinomique à l’amour, il en est une autre qui n’a rien de commun avec lui. C’est l’irritation due à la contrariété. Comme il en est des propos choquants, Paul ordonnera aux éphésiens que toute animosité, colère, clameur soient ôtées du milieu d’eux (Ephésiens 4,31). L’irritation est preuve d’agacement, d’impatience, toutes réactions contraires au caractère patient de l’amour.

-          Ne tient pas compte du mal. La preuve que quelqu’un aime tient à sa capacité de pardonner aux autres les torts subis. Qui garde en mémoire le souvenir des fautes et des manquements des autres n’agit pas par amour, mais par rancune. L’amour pour autrui est le fruit de l’amour reçu de Dieu en vertu de Sa grâce. Qui pourrait garder rancœur envers son frère pour un mal subi quand lui-même s’est vu remettre tant de choses par le Dieu de justice ?

-          Ne se réjouit pas de l’injustice, mais de la vérité. Ce qui fait notre joie au plus profond de nous témoigne de ce qui nous anime. Si notre plaisir est dans le malheur d’autrui, ce n’est pas l’amour qui habite notre cœur, mais la méchanceté. Qui aime vraiment a le souci que le droit, la vérité et la justice soient établis.

L’amour, conclut Paul, est le moteur de la grâce : il pardonne tout. Il est aussi le ressort et la force qui soutient la foi. Qui aime ne s’attend pas au pire, mais au meilleur : il croit tout. L’amour est encore le soutien de l’espérance. La méchanceté, le mal, le crime peuvent pour un temps sembler avoir le dessus. Celui qui connaît l’amour sait qu’ils ne triompheront pas à jamais. Qui aime espère tout. L’amour est enfin le secret de la persévérance. Bien des revers et des vents contraires attendent celui qui a choisi d’aimer plutôt que de haïr ou de servir en priorité ses intérêts. Mais l’amour ne s’arrête pas à cela. Parce qu’il sait que la finalité qu’il sert gagnera, il est prêt à tout endurer. L’amour est ce qui a caractérisé, plus que celle de tout autre, la vie de Jésus. Nous pouvons relire le portrait de l’amour que dresse ici Paul en y mettant Son nom. Nous verrons que rien ne jure ni ne détonne. Aimer, c’est viser la ressemblance avec Lui. Que, par Son Esprit, Dieu nous donne de tendre toujours plus à la perfection de l’amour !

V 8 à 12 : la pérennité de l’amour

Alors qu’il dresse le portrait exaltant de l’amour, Paul ne perd pas de vue le cadre dans lequel s’inscrit l’aparté qu’il lui consacre. Les dons spirituels sont des cadeaux merveilleux de la grâce de Dieu. Mais, si appréciables soient-ils, ils ne peuvent rivaliser en valeur avec l’amour. La prophétie comme les langues sont très utiles aux chrétiens, mais la durée de cette utilité est limitée dans le temps. Le jour où le royaume de Dieu sera établi, tous ces dons, automatiquement seront caducs. Tout ce qui aura servi à notre vie avec Dieu ici-bas sera révolu… sauf une seule chose : l’amour. L’amour est la seule vertu qui, déjà présente dans nos cœurs ici-bas, perdurera dans l’éternité. Aussi Paul, qui l’a compris, ne cesse-t-il de prier dans plusieurs de ses lettres que les chrétiens croissent dans l’amour (2 Corinthiens 8,7 ; Ephésiens 3,17 à 19 ; Philippiens 1,9 ; 1 Thessaloniciens 4,9-10). Car c’est ce capital seul qui sera notre richesse auprès de Dieu.

Si passionnante soit notre vie avec Dieu ici-bas, nous devons nous souvenir que celle-ci ne dépasse pas en réalité le stade de l’enfance. Certes, déjà, nous connaissons la vérité et la vie. Nous goûtons à la bonté de Dieu. Nous saisissons par l’Esprit et par la foi quelque chose des puissances du siècle à venir. Mais tout ceci n’est encore que partiel. Qui est devenu adulte sait que, si magique soit la période de l’enfance, elle reste celle de l’immaturité. La façon de parler et de raisonner de l’enfant en témoigne. Ce qui fait ses centres d’intérêt à ce stade de sa croissance a grande valeur pour lui. Mais au jour où il mûrira, il les délaissera sans peine. Ayant accès à ce qui est supérieur, il en viendra à mépriser ce qui était moindre. Il en sera ainsi pour nous au jour, dit Paul, où ce qui est parfait sera venu. En ce jour, nous ne verrons plus la réalité de manière confuse, comme au travers d’un miroir (les miroirs du temps de l’apôtre n’étaient pas comme ceux d’aujourd’hui. Constitués d’une surface polie, fait de bronze, ils ne renvoyaient qu’une image imparfaite du visage de celui qui s’y mirait). Mais, dit Paul, nous serons face à notre véritable reflet. L’image que nous aurons de nous-mêmes ne sera plus altérée par quoi que ce soit. Nous nous verrons, non plus tels que nous pensons ou supposons être, mais tels que Dieu nous connaît.

V 13 : conclusion


Nul doute que la question de la juste pratique des dons spirituels dans l’Eglise est importante à traiter. Mais, au regard de ce qui perdurera en éternité, elle est relative et secondaire. Trois choses sont, au regard de la réalité, supérieures à toutes les autres. La première, dit Paul, est la foi, cette appropriation personnelle de la vérité qui nous est révélée par Dieu et par l’Esprit. La seconde est l’espérance. Elle est l’attente confiante de la réalisation de ce à quoi nous avons cru. La troisième est l’amour. Elle est l’essence de notre relation avec Dieu, la valeur suprême qui a cours dans le royaume de Dieu. Elle est, comme le sang, ce qui lie les membres du corps les uns aux autres et les fait vivre ensemble. De tout, ne l’oublions jamais, l’amour est le plus grand !

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