vendredi 7 juillet 2017

1 CORINTHIENS 15

V 1 à 8 : le cœur de l’Evangile

L’Evangile a un contenu précis. Il se trouve qu’à l’Eglise de Corinthe, outre les désordres éthiques et doctrinaux traités par Paul, les termes fondamentaux qui le définissent étaient eux aussi remis en cause. Or, l’Evangile ne peut être ni amendé, ni interprété. Parce qu’il est la bonne nouvelle de laquelle dépend le salut de ceux qui croient, l’Evangile doit être reçu et transmis tel qu’il a été formulé dès son origine. Toucher à un seul mot de l’Evangile, modifier le sens d’une seule des expressions qui en constituent le cœur, c’est détruire tout ce qui fait l’espérance du chrétien. C’est plonger ceux que l’on enseigne dans ce sens dans la plus terrible des illusions. Paul avertit avec solennité ceux qui se risquent à une telle profanation : « Si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait une bonne nouvelle différente de celle que nous vous avons annoncée, qu’il soit anathème (maudit) ! (Galates 1,8). »

Qu’est-ce que l’Evangile ? Par quelles propositions se résume-t-il ? Quelles sont les vérités qui en sont le cœur ? C’est ce que Paul rappelle ici à ses frères de Corinthe !

1ère vérité : L’Evangile a pour objet une Personne : Jésus-Christ

Cela peut, pour qui est habitué à sa lecture, relever de l’évidence. Il nous faut pourtant toujours revenir à cette vérité première. L’Evangile n’est pas une morale, des idées ou une philosophie. L’Evangile n’existe pas sans Jésus-Christ. De nombreuses philosophies ou religions (tel l’Islam) peuvent exister sans leur fondateur. Il suffit de mettre en pratique leurs préceptes pour se définir comme pratiquant de celles-ci. Rien de tel ne peut se faire avec l’Evangile. Quand bien même quelqu’un croirait aux vérités de l’Evangile et pratiquait les préceptes moraux enseignés par le Christ, rien n’assure à ce niveau qu’il est un disciple authentique de Jésus. Pour être disciple de Jésus, il faut s’approprier dans la foi ce que Jésus est et ce qu’Il a fait pour nous en vue de notre salut.

2ème vérité : L’Evangile est centré sur la mort de Jésus

Certes, la vie de Jésus est admirable. Et bien des hommes dans le monde qui ne croient pas à ce qu’Il est, y trouve une source d’inspiration pour toutes sortes de sujets : non-violence, leadership, pédagogie, comportement social… Mais ce qui est le cœur de l’Evangile est le fait de Sa mort et la raison de celle-ci. Jésus-Christ, rappelle Paul, est mort pour nos péchés. La raison majeure de la venue de Jésus est de réconcilier l’homme pécheur, séparé de Dieu, avec Dieu. Or, pour se faire, une seule possibilité existait : il fallait que Jésus meure et subisse dans Sa Personne la sanction que méritait le péché à l’égard de la justice de Dieu. La valeur salvatrice de la mort de Jésus tient à une chose : sa double nature. Si Jésus ne partageait pas la Divinité avec Son Père, Son sacrifice ne saurait assurer une rédemption éternelle à ceux qui croient en Lui pour leur salut (Hébreux 9,12). S’Il ne partageait pas avec nous une pleine humanité, Il n’aurait pu être notre représentant devant Dieu (Romains 8,3-4). L’Evangile ne peut se comprendre que dans une certaine vision du monde : celle que nous partage l’Ecriture. Sans le Dieu Créateur et l’irruption du péché comme explication à l’état de corruption de l’humanité, l’Evangile n’a aucun sens.

3ème vérité : l’Evangile est crédibilisé par la résurrection de Jésus

Nombre de personnes peuvent se prétendre être des envoyés de Dieu pour le salut des autres. Ce qui crédibilise le fait que Jésus est le Christ de Dieu, c’est Sa résurrection trois jours après qu’Il fut enseveli. Par elle, dit Paul, Jésus est institué Fils de Dieu avec puissance (Romains 1,3). La résurrection de Jésus est l’œuvre unique de Dieu. Elle ne peut s’expliquer d’aucune autre manière (Actes 2,32). Elle est la signature divine qui atteste, contre le verdict des hommes, que Jésus est bien ce qu’Il a dit être et que Sa mort a bien valeur de rédemption pour qui y croit en vue de son salut (Actes 2,36 ; 3,13 ; 5,30-31). Aussi, la résurrection de Jésus est indissociablement liée à la proclamation de Sa mort pour le péché. Elle en est la validation suprême. Paul le dira plus loin : si le Christ n’est pas ressuscité, tout l’Evangile perd son sens. Notre foi est vaine et nous sommes toujours dans nos péchés (1 Corinthiens 15,14 et 17).

4ème vérité : l’Evangile est authentifié par l’Ecriture

Si l’Evangile est totalement lié à la venue de Jésus, il ne fait pas irruption dans l’histoire de manière sauvage. Toute l’Ecriture proclame et annonce d’avance la venue et l’œuvre salvatrice du Christ. Elle le fait de diverses manières :

-          Par des prophéties directes au sujet de Sa mort et de Sa résurrection (Esaïe 53,5-6.10-12 ; Psaume 16,8 à 11)
-          Par des symboles, tels les sacrifices (Jean 1,29), ou des types, tel Jonas (Matthieu 12,39-40).

Toute l’Ecriture, disait Jésus, rend témoignage de Lui (Jean 5,39). Si nouveau soit-il à cause des faits dont Il est le témoin, l’Evangile ne l’est pas du point de vue de la prophétie. Le témoignage de Jésus est l’esprit même de la prophétie biblique (Apocalypse 19,10.

5ème vérité : l’Evangile est corroboré par de multiples témoins oculaires

La résurrection de Jésus n’est pas un fait qui s’est produit en catimini. Le Christ ressuscité est apparu à de multiples reprises et à nombre de personnes dont Paul établit la liste par ordre chronologique. Il est apparu d’abord à Pierre, le 1er des apôtres (Luc 24,34), puis aux Douze (expression qui symbolise le groupe des apôtres) (Jean 20,19-20). Ensuite il est apparu à plus de cinq cent frères réunis, dont bon nombre sont toujours en vie au moment où Paul écrit. Qui veut vérifier la véracité de ce témoignage peut donc le faire. Puis il s’est encore révélé à Jacques, le fils de Marie, l’un des frères de Jésus qui ne croyaient pas en lui avant Sa résurrection (Jean 7,5 ; Actes 1,14) Ensuite, Il apparaîtra encore à Paul, ce qui sera la cause même de sa conversion si spectaculaire (Actes 9,1 à 9). Si l’on tient compte du fait que, dans la Parole de Dieu, un fait est considéré comme véridique sur la déclaration de deux ou trois témoins (Deutéronome 19,15 ; 1 Timothée 5,19), nous pouvons affirmer que la résurrection de Jésus figure parmi ceux qui sont les plus authentifiés au monde !

V 9 à 11 : le cas particulier de Paul

Ce n’est pas pour rien que, se citant parmi ceux qui ont bénéficié d’une révélation personnelle du Christ ressuscité, Paul se positionne en queue de liste. La première raison est que cette place correspond à la réalité chronologique des différentes apparitions de Jésus après Sa mort. La seconde tient au cas particulier de Paul en ce qui concerne le statut d’apôtre qu’il partage avec les Douze choisis par Jésus. Paul sait que, parmi eux, il occupe une place bien à part. Alors que les Douze ont vécu physiquement avec Jésus, lui ne L’a jamais connu dans Son humanité. Paul, cependant, fait bien partie du groupe des apôtres et il est reconnu comme tel. Mais à l’intérieur de celui-ci, il est semblable, dit-il, à un avorton, un enfant né hors terme, bien après que la famille soit déjà constituée.

Une autre raison, liée à sa conscience, pousse Paul à se définir comme tel. L’avorton n’est pas seulement un enfant né hors terme. C’est aussi, dit le dictionnaire, un gringalet, une demi-portion, un nabot. Le terme est un terme de mépris que l’apôtre s’attribue volontairement. Il en connaît la raison. Si les autres apôtres peuvent revendiquer la gloire d’avoir, dès leur appel, toujours servi Christ, Paul sait qu’il ne peut pas en dire autant. Avant que le Christ ne se révèle à lui, Paul était connu comme l’un de Ses opposants les plus farouches. Paul ravageait l’Eglise. Pénétrant dans les maisons, il en arrachait hommes et femmes, et les jetait en prison (Actes 8,3). Lorsqu’Etienne mourut en martyr sous les pierres des Juifs qui le lapidaient, Paul s’était associé à leur verdict (Actes 7,58). Dans sa rage contre les disciples de Jésus, Paul témoigne qu’il est allé jusqu’à les forcer à blasphémer et à les persécuter dans les villes étrangères (Actes 26,11). Au fond de lui, bien que pardonné, Paul n’a pas oublié. S’il est apôtre, il le doit, plus que les autres encore, à la grâce de Dieu seule. Cette grâce extraordinaire dont il a été l’objet ne lui a pas, dit-il, été faite pour rien. Au contraire ! Elle a décuplé son énergie, son zèle pour faire connaître le plus loin possible le beau nom du Christ, son Sauveur. Que l’apôtre n’a-t-il pas fait, connu, souffert, comparé à un autre apôtre (2 Corinthiens 11,23) Oui ! L’apôtre Paul reste, parmi les autres apôtres, l’avorton, celui qui est venu après les autres, l’indigne ! Mais il a largement compensé par sa dévotion extrême à son maître le déficit d’honneur inhérent à la position unique qu’occupent les Douze dans le choix de Dieu. Porteur de la même bonne nouvelle, ils proclament avec eux les mêmes faits qui sont le cœur de l’Evangile : la mort du Christ pour nos péchés, suivie de sa résurrection glorieuse !

V 12 à 19 : si Christ n’était pas ressuscité des morts

Malgré l’évidence du fait de la résurrection du Christ et les nombreux témoins toujours vivants qui le confirment, il était des hommes à Corinthe qui ne croyaient pas qu’une résurrection des morts puisse avoir lieu. Au regard de la foi qui l’habite, Paul tire les conclusions logiques d’une telle ineptie :

-          S’il n’y a pas de résurrection des morts, alors le Christ non plus n’est pas ressuscité. Si aucun mort ne peut revenir à la vie, il n’y a pas de raison que cette règle ne s’applique pas à Christ. Si, par contre, Christ est ressuscité, le fait valide, au minimum, qu’il peut en être (et qu’il en sera) de même pour nous.

-          Si Christ n’est pas ressuscité, alors l’Evangile se vide totalement de son contenu. Car, comme nous l’avons vu, la résurrection de Jésus est la confirmation suprême du fait qu’Il est le Fils de Dieu mort pour nos péchés. Qu’avons-nous encore à proclamer s’il n’y a plus de preuve certaine, indéniable que Jésus est bien le Christ envoyé de Dieu pour notre rédemption ?

-          Si Christ n’est pas ressuscité, toute notre foi et l’espérance que nous avons mise en Lui pour notre salut sont un leurre. Il n’y a pour nous aucun espoir de pardon ou de rémission des péchés. Nous nous trompons nous-mêmes et nous sommes les plus pitoyables des hommes. Nous avons pris pour réalité la fable de la plus formidable nouvelle que le monde puisse entendre. Mais nous devons nous détromper : nos péchés ne sont pas effacés et, au jour du jugement, nous devrons les assumer.

-          Si Christ n’est pas ressuscités, non seulement nous nous sommes trompés nous-mêmes en le croyant, mais nous avons aussi dupés tous ceux que nous avons invités à adhérer à cette bonne nouvelle. Pire ! Nous avons commis le plus grave péché qui soit. Nous avons pris Dieu à témoin devant les hommes d’un fait que ne se serait pas produit et que Lui seul est en mesure d’accomplir.

La résurrection des morts fait partie intégrante des doctrines fondamentales de l’Evangile (Hébreux 6,2 ; Actes 23,6). Qui n’y croit pas, même s’il se prétend chrétien, ne croit tout simplement pas à Jésus-Christ. Car le Christ est le Christ essentiellement à cause de la résurrection (Romains 1,3). D’où la raison pour laquelle celle-ci fera partie intégrante de chaque proclamation de l’Evangile par les apôtres : Actes 2,24.31 ; 3,15 ; 4,10 ; 7,56 ; 10,40 ; 13,30 ; 17,3.31 ; 23,6 ; 24,15.21 ; 26,23.

V 20 à 28 : mais Christ est ressuscité des morts

Mais, gloire à Dieu, le Christ-Jésus est bel et bien ressuscité des morts. Et ce fait est si crucial qu’il constitue la pierre d’angle de la perspective de l’aboutissement de l’histoire :

-          Si Christ est ressuscité d’entre les morts, tous ceux qui se sont endormis dans la mort ressusciteront avec Lui. Car le Christ, en tant que premier homme ressuscité pour toujours, est notre précurseur, les prémices de l’abondante moisson finale qui concerne toute l’humanité. C.S Lewis apporte à ce sujet une réflexion intéressante destinée à ceux qui croient au processus de l’évolution. « L’idée sous-jacente à ce concept est que l’homme est le résultat d’une évolution partant de types de vie inférieurs. En conséquence, on se demande : « Quel est le prochain cycle ? Qu’est-ce qui va apparaître après l’homme ? »… Si l’on considère l’événement sous cet angle, le point de vue chrétien est précisément que cette nouvelle étape est déjà entamée. Et elle est vraiment nouvelle ! Ce n’est pas la transformation d’hommes intelligents en hommes plus intelligents. Ce changement s’opère dans une voie totalement différente et s’associe à la mutation de créatures de Dieu en fils de Dieu. La manifestation initiale se produit en Palestine voici deux mille ans.[1] » Oui ! Dans la résurrection du Christ, nous avons plus que la proclamation d’un fait passé. Nous avons l’annonce d’une réalité future qui nous implique tous. L’avenir de ceux qui sont à Christ n’est pas de rester au niveau de la créature, mais d’être haussés à la dignité du Fils de Dieu. « Bien-aimés, dit Jean, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est (1 Jean 3,2). La résurrection de Jésus homme en est la garantie.

-           En tant qu’homme, Christ est le chef d’une nouvelle humanité, le nouvel Adam (v 45). Solidaires à Adam dans le péché et la mort, nous le serons avec Christ dans la résurrection. Comme la mort est entrée dans l’humanité par un homme, c’est aussi par la même voie qu’entre la résurrection pour tous. Bien que notre vie soit individuelle, elle est aussi collective. Nous ne fonctionnons pas sur le plan de l’humanité de manière autonome, mais organique. De même que nous avons hérité du péché d’Adam et de ses conséquences, nous héritons tous de la réalité qui touche au second Adam, qui est Christ.

-          Si la résurrection est une réalité qui sera partagée par tous, elle ne sera pas vécue au même moment par chacun. Le Christ est et restera le premier homme ressuscité pour toujours. Ensuite et après Lui, ressusciteront tous ceux qui Lui appartiennent, au moment de Sa seconde venue. Paul précise ailleurs qu’en ce jour, les morts en Christ ressusciteront et ceux qui seront en vie seront immédiatement transformés pour être enlevés avec Lui, sans passer par la mort (1 Thessaloniciens 4,15 à 18). C’est ici la première résurrection à laquelle seuls les saints participent (Apocalypse 20,5-6). Puis vient, au moment de la fin et du jugement dernier, la seconde résurrection qui inclut les hommes restés incrédules et fermés à la grâce de Dieu (Apocalypse 20,11 à 15). Comme Jésus l’a dit à Son époque, la résurrection sera pour chacun le moment de la rétribution : les uns ressusciteront pour la vie, les autres pour le jugement et la perdition (Jean 5,29).

-          La fin de l’histoire correspondra au rétablissement de toutes choses dans leur ordre divin et légitime. Les perturbations qui se produisent dans l’univers et dans l’humanité ont toutes leur origine dans une seule cause : la rébellion d’une partie des créatures célestes contre Dieu. Le moment où le Christ-Jésus prendra définitivement possession de Sa royauté sera aussi celui où tout pouvoir et toute puissance hostile Lui seront assujettis. Tout genou dans les cieux et sur la terre fléchira alors devant Lui et toute langue confessera qu’Il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père (Philippiens 2,10-11). Le Christ ayant tout mis sous Ses pieds, le moment sera venu pour Lui de remettre à Son Père ce qui Lui revient de droit : la domination sur toutes choses. Il n’y aura dès lors plus de place dans l’univers entier pour une seule parcelle de vie autonome en-dehors de Dieu. Se réalisera alors le dessein pour lequel Dieu avait créé à la fois les anges et les hommes : l’intégration des êtres créés dans l’intimité de la Divinité.

« Ce que l’Evangile nous a enseignés, c’est comment nous, humains, pouvons être amenés au Christ, devenir participants de ce merveilleux cadeau que le jeune Prince de l’univers veut offrir à Son Père – ce présent qu’Il est Lui-même – et que nous sommes nous-mêmes à travers Lui. C’est le dessein ultime qui motiva notre création. Dans la Bible, des allusions étranges et exaltantes nous disent que, lorsque nous serons intégrés au Christ, nombre d’autres choses dans la nature commencent à se rétablir. Le mauvais rêve prendra fin ; ce sera le matin. »[2]

V 29 à 34 : soyez logiques, Corinthiens !

Le Christ-Jésus est bien ressuscité ! C’est là la certitude qui fonde l’espérance de tout chrétien. Les implications de celle-ci ne se limite pas cependant à une attente de la gloire à venir. Elle impacte dès maintenant nombre d’actes que les chrétiens de Corinthe pratiquaient ou de motivations qui sont à l’origine des engagements de Paul. L’apôtre en cite deux pour exemple :

-          Pourquoi, demande Paul à ses frères, certains parmi eux se font-ils baptiser en place des croyants décédés avant qu’ils ne puissent le faire, s’il n’y a pas de résurrection des morts ? Nous ne savons rien de plus sur cette coutume propre à Corinthe que Paul ne commente pas. Ce que l’apôtre veut juste souligner est le caractère contradictoire de sa pratique si la résurrection ne fait pas partie de la foi des croyants.

-          Pourquoi lui-même risquerait-il chaque jour sa vie pour l’Evangile, si aucun avantage n’y est à trouver dans l’éternité ? Oter la perspective d’une résurrection glorieuse au croyant, c’est le dépouiller de la force qui le rend prêt à sacrifier sa vie pour la cause qu’il sert. Si le Christ n’est pas ressuscité et que, par conséquent, il n’y a pas non plus de résurrection des morts, alors celui qui y croit est non seulement le plus malheureux des hommes (v 19), mais aussi le plus fou. Mieux vaudrait pour lui, au lieu d’endurer la souffrance à cause de sa foi, adopter la mentalité des hédonistes et profiter au maximum de la vie présente.

Paul appelle les chrétiens de Corinthe à se ressaisir ! Si le Christ est venu, c’est bel et bien pour nous arracher au siècle présent et à son mode de vie insensé (Galates 1,4). C’est pour faire entrer notre vie dans la perspective glorieuse du dessein de Dieu à notre égard. Nous sommes appelés dès aujourd’hui, en tant que disciples de Christ, à prendre de la hauteur. Pour cela, il nous faut veiller à nos fréquentations, car « les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs.[3] » A côtoyer de trop près des impies, il ne faut pas s’étonner si certains se laissent gangréner par leur incrédulité. Le chrétien est un homme qui doit faire preuve dans le monde de Sa connaissance personnelle de Dieu et des réalités qui y sont attenantes. Que notre fierté soit d’être témoin du Christ ressuscité et de l’espérance que ce fait induit pour nous !

V 35 à 49 : avec quel corps ressusciterons-nous ?

La question de la résurrection traitée, une autre question la suit de près : comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps ? Serons-nous, à la résurrection, identiques à ce que nous étions avant la mort ? Pour le comprendre, nul besoin d’inventer. La création de Dieu nous fournit des analogies suffisamment explicites pour y répondre.

1.        Observation : v 35 à 41

1ère constatation tirée de l’observation de ce qui se passe dans la nature : ce qui est semé en terre, et qui passe par la mort, n’est pas analogue à ce qui sort de terre suite à ce processus. Le paysan qui sème un grain de blé ne s’attend pas à le voir renaître tel quel. Du grain de blé semé, Dieu fait lever une plante nouvelle avec un corps tout à fait différent de celui qui a été mis en terre. L’épi sort bien du grain semé : il y a bien continuité entre ce qui est jeté en terre et ce qui en sort. Mais les corps du grain (avant la mort) et de l’épi (ce qui ressuscite) sont totalement autres. Ainsi en est-il de toutes les semences !

2ème constatation tirée de l’observation des espèces : hommes, animaux, poissons, oiseaux sont tous des êtres de chair, mais la chair de chaque espèce diffère de l’autre. Les caractéristiques communes des espèces ne sont pas un obstacle à leur différenciation. Le fait de ressusciter en tant qu’homme ne veut pas dire que nous nous ressemblerons tous. Ce qui fait la particularité de chacun déjà ici-bas sera conservé lors de la résurrection.

3ème constatation tirée de l’observation de la matière : dans ce monde aussi, la diversité est de mise. Les corps terrestres (montagnes, volcans, roches, etc…) ressemblent aux corps célestes (lune, étoile, soleil) en ce qui touche à la composition de leur matériau. Mais la gloire des uns et des autres, leur éclat, ne sont pas similaires. L’éclat du soleil n’est pas le même que celui de la lune ou des étoiles. Et même entre chaque étoile, des différences d’intensité sont visibles.

Des trois analogies utilisées par Paul, on retiendra trois enseignements au sujet de la résurrection des corps :

-          Le corps qui est semé en terre n’est pas identique à ce qui sortira de la terre au jour de la résurrection.
-          Les particularités caractéristiques de chaque personne ne seront pas effacées au jour où elles reviendront à la vie.
-          La gloire, le rayonnement, l’éclat de chacun seront dans l’éternité autres que ceux de son voisin (cf Daniel 12,3).

2.       Application : v 42 à 49

L’application principale que Paul fait pour nous-mêmes de l’observation des corps dans la nature est que nous devons nous attendre à ressusciter sous une forme différente de celle sous laquelle nous avons vécu jusqu’à la mort. Notre corps était soumis à la faiblesse, la honte, la corruption. Il va se relever glorieux, puissant et impérissable. Ce qui est passé par la mort est notre corps naturel, celui que nous avons reçu par notre héritage adamique. Celui qui nous sera donné à la résurrection sera spirituel, de l’ordre de celui du nouvel Adam, Jésus-Christ.

Le récit de la création dans la genèse est explicite à ce sujet. L’homme tiré de la terre devint un être humain par le souffle de Dieu. Mais cet état n’est pas l’état final dans lequel il doit vivre. Ce qui est de la terre reste de la terre, de la poussière.  Pour vivre dans le céleste, il faut un corps adapté à cette dimension, un corps spirituel. Comme nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons, à cause de notre solidarité spirituelle organique avec Jésus-Christ, celle du céleste. Dans notre expérience, le naturel vient en premier. Mais cet état n’est que provisoire. Notre condition définitive implique que nous revêtions tous les attributs de l’incorruptibilité et de l’immortalité. C’est ce que nous recevrons au jour de la résurrection.

V 50 à 58 : le mystère de notre mutation finale

Arrivé au terme de son argumentaire sur le fait de la résurrection, Paul en fait ressortir les grandes lignes touchant à ce qui se trouve devant les croyants et qui constitue l’objet de leur attente dans la foi :

1.        Il est indispensable que, pour avoir accès au royaume de Dieu, notre corps subisse une mutation. La chair et le sang, ce qui compose notre corps aujourd’hui, sont inadéquats pour le céleste. Une métamorphose s’impose.

2.       Si nous passons par la mort, cette métamorphose se produira au moment de la résurrection des croyants. Si nous sommes encore en vie à ce jour, nous serons transformés en un atome d’instant et pris immédiatement pour être pour toujours avec le Seigneur (1 Thessaloniciens 4,16-17). Ce jour se produira pour nous au moment où sonnera la dernière trompette, celle qui rassemblera les élus de toute la terre et signera la fin de l’œuvre de rédemption pour le monde (Matthieu 24,30-31). Ce temps correspond à la 7ème trompette de l’Apocalypse, moment où le royaume du monde passe définitivement aux mains de notre Seigneur et à son Christ pour un règne éternel (Apocalypse 11,15 à 19).

3.       Le temps de la résurrection des croyants et de leur enlèvement signe la victoire complète du Seigneur sur la mort, dernier ennemi qu’Il vaincra (v 26). La puissance de la mort se trouve dans son aiguillon qu’est le péché (Romains 6,23). Le péché tire sa force de la loi qui, par le commandement, l’excite et rend condamnable le croyant (Romains 7,7 à 10). Par Jésus-Christ, nous sommes dégagés de la loi, et donc libres de la condamnation qui en résulte (Romains 7,1 à 6). Unis à Lui, nous participons à Sa victoire dont nous toucherons les dividendes par la résurrection.

Forts de cette certitude, l’apôtre conclut en appelant les Corinthiens à demeurer fermes et inébranlables dans la foi au Christ mort pour leurs péchés et ressuscité pour leur justification. Il les exhorte dans leur vie présente à travailler de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur pour se former un capital solide qui sera leur bien éternel. Car, nous ne serons pas nus au jour de la résurrection, mais parés des œuvres bonnes que l’Esprit de Dieu nous aura conduits à pratiquer ici-bas (Apocalypse 14,13 ; 19,8). Que la perspective glorieuse de notre réunion éternelle avec Christ soit la motivation première de notre persévérance en Lui !



[1] C.S. Lewis : les fondements du christianisme : Editions LLB
[2] C.S. Lewis : Les fondements du christianisme : Editions LLB
[3] Cette citation est une réplique de la comédie grecque Thaïs, écrite par le poète Ménandre.

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