mercredi 12 juillet 2017

1 CORINTHIENS 16

Tous les points prêtant à controverse dans l’Eglise de Corinthe traités, Paul conclut sa lettre par diverses recommandations pratiques, le partage de ses projets pour le futur et des salutations.

V 1 à 4 : au sujet de la collecte pour l’Eglise de Jérusalem

Alors qu’il était à Ephèse, essentiellement préoccupé par son ministère d’apôtre auprès des païens, Paul avait eu vent des difficultés matérielles ponctuelles par lesquelles passait l’Eglise de Jérusalem. On sait par le livre des Actes des apôtres qu’une famine frappait la ville. Dans Son amour pour les Siens, Dieu n’avait pas voulu que l’Eglise soit prise au dépourvu par le fléau qui allait s’abattre sur la cité. Par la bouche d’Agabus, un prophète, Paul et Barnabas, qui se trouvaient alors à Antioche, en furent prévenus. Les frères sur place n’attendirent pas que la difficulté survienne. Aussitôt avertis, ils organisèrent un service d’entraide destinés à leurs frères juifs éprouvés. Les dons récoltés furent transmis aux anciens par l’entremise de Paul et Barnabas (Actes 11,27 à 30).

Manifestement, ce premier geste ne fut pas le seul. Les indications fournies par les deux lettres de Paul aux Corinthiens témoignent que, les difficultés persistantes, une collecte plus vaste fut organisée en direction d’autres Eglises d’origine païenne. La 2ème lettre de Paul aux Corinthiens y consacre une large place et témoigne de l’esprit qui anime l’apôtre dans la prise en charge de cette campagne de soutien en direction de ses frères juifs (2 Corinthiens 8 et 9). Pour l’heure, Paul répond à la question pratique que durent lui poser ses frères de Corinthe sur la façon d’agir qui doit être la leur en vue du ramassage des fonds collectés au moment voulu. L’apôtre appelle ses frères à ne pas attendre le dernier moment pour procéder à cette quête. Il recommande au contraire, comme il le fera dans toutes les Eglises où il sera passé pour organiser ce service, que chacun choisisse plutôt chaque premier jour de la semaine (le dimanche), pour mettre à part ce qui est possible en vue de cette bonne œuvre. L’objectif de Paul, en organisant les choses de cette manière, est double. D’abord, l’apôtre ne souhaite pas que la solidarité soit perçue dans l’Eglise de Jésus-Christ comme un geste fort mais ponctuel. Elle devrait faire partie des disciplines spirituelles régulières et des préoccupations hebdomadaires du chrétien. Ensuite, Paul est persuadé que « ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. » Il est possible de faire beaucoup plus par de petits efforts réguliers que par un engagement plus conséquent, mais unique. L’apôtre prévoit enfin, quand il sera là, d’envoyer les émissaires que les Corinthiens auront choisi, munis de lettres de recommandation, auprès des frères éprouvés de Judée. S’il le juge bon, Paul dit qu’il ira lui-même à Jérusalem avec eux pour que l’affaire soit conclue dans les meilleures conditions de probité.

Du témoignage rendu ici par Paul sur sa façon d’organiser cette œuvre de solidarité à destination de ses frères juifs en difficulté, nous pouvons retenir plusieurs leçons utiles pour nous aujourd’hui :

-          La 1ère touche à la vision qu’a Paul de l’Eglise. L’Eglise de Jésus-Christ n’est pas, aux yeux de l’apôtre, l’assemblage d’Eglises locales éparpillées sur de nombreux territoires. L’Eglise de Jésus-Christ est une seule famille, un seul corps. Les souffrances de l’une sont les souffrances de toutes et les joies de l’une sont celles de toutes. L’enseignement de Paul donné dans l’épître sur les liens organiques qui lient les différents membres du corps ne sont pas théoriques. Ils sont appelés dans la difficulté à se traduire de manière concrète et pratique par la solidarité (1 Corinthiens 12,26).

-          La seconde touche à la vision qu’a Paul de son implication pour le bien de l’Eglise. Paul ne faisait pas partie de l’Eglise de Jérusalem. Il n’était pas l’apôtre des circoncis (ce ministère était celui de Pierre), mais des incirconcis (Galates 2,8). Pour autant, Paul n’estimait pas que leurs difficultés ne le regardaient pas. Au contraire, il agit pour eux comme il l’aurait fait pour une Eglise qu’il aurait lui-même implanté, appliquant à l’égard de ses frères la règle d’amour royale énoncée par Jésus (Matthieu 7,12).

-          L’implication personnelle de Paul dans l’organisation pratique de cette collecte témoigne de la polyvalence de ses dons et des activités qui relèvent de son ministère. Il serait dommageable pour chacun qui exerce une charge spirituelle de limiter celle-ci à quelques responsabilités et prétendre que d’autres, plus prosaïques, ne relèvent pas de sa compétence. Le serviteur de Dieu doit apprendre que « tout ce que sa main trouve à faire avec sa force doit être fait (Ecclésiaste 9,10) ». Il n’est nullement inconvenant ou inapproprié à un serviteur de Dieu de nettoyer les toilettes ou de servir à une table.

-          Les questions d’argent étant toujours délicates, Paul tient à tout ce que soit fait dans la lumière et la transparence. Les précautions les plus élémentaires doivent ainsi être prises pour que, quoi que ce soit qui se produise, la probité des acteurs d’une œuvre de bienfaisance ne puisse d’aucune manière être sujette à suspicion. Dans l’Eglise de Jésus-Christ, il doit être évident pour tous que, quel que soit le montant des sommes qui passent entre nos mains, nous ne sommes pas au service de nos intérêts propres, mais du bien commun.

V 5 à 12 : projets au sujet de Paul, Timothée et Apollos

Comme il le fait souvent dans ses épîtres, Paul informe ses frères de Corinthe de ses futurs projets de voyage. Connu pour être quelqu’un d’entreprenant, Paul ne fait cependant pas preuve de présomption en la matière. Il sait et a appris que, pour ce qui concerne le futur, l’homme propose, mais c’est Dieu qui dispose (Proverbes 19,21). Aussi agit-il avec la prudence et l’humilité recommandée par l’apôtre Jacques à ce sujet (Jacques 4,13-16). Paul formule ainsi le projet de visiter l’Eglise de Corinthe, mais il ne peut pas dire combien de temps il va rester. Il espère demeurer chez eux quelque temps, peut-être les mois de la saison hivernale. Avec la liberté qui le caractérise, il leur demande, non seulement de le recevoir, mais de lui fournir tout ce dont il aura besoin en ressources pour poursuivre son voyage plus loin. L’apôtre le fait à double titre. D’abord, en tant que père spirituel : Paul est celui par qui les Corinthiens ont connu l’Evangile. C’est lui qui les a engendrés dans la foi (1 Corinthiens 4,15). Or, il est de l’ordre de l’équité que celui à qui on a apporté les biens spirituels fasse participer à tous ses biens matériels celui qui l’a enseigné (Galates 6,6). Ensuite, en tant que frère en Christ : la règle d’amour est que nous nous devons de pourvoir aux besoins de nos frères dans le besoin, surtout si ceux-ci sont en service commandé pour notre Seigneur.

Pour l’heure, dit Paul, il est à Ephèse et pense y rester jusqu’à la fête de la Pentecôte. Aussi demande-t-il aux Corinthiens d’accueillir son collaborateur Timothée, s’il arrive chez eux, comme il se doit. Certes, parmi les apôtres, Paul est la figure la plus marquante de l’histoire des Corinthiens avec l’Evangile. Mais pour ce qui concerne l’accueil et l’honneur à rendre aux serviteurs, aucune distinction ne doit être faite. Timothée a aussi œuvré pour le Seigneur au milieu d’eux (Actes 18,4-5), et il continue à le faire en d’autres lieux. Il serait bon, par conséquent, que l’Eglise de Corinthe fasse pour lui ce qu’elle ferait pour Paul.

Paul informe enfin les Corinthiens que, malgré ses encouragement répétés, Apollos a choisi de ne pas se rendre chez eux. L’information communiquée ici témoigne de plusieurs choses. La première touche à l’attitude spirituelle des deux hommes. Si les Corinthiens s’opposent au sujet de Paul et Apollos (1 Corinthiens 1,12), il n’y a entre les deux hommes aucune rivalité. Paul n’a pas peur de voir par Apollos son influence diminuer parmi ses frères. Aussi n’hésite-t-il pas, pour leur bien, d’encourager son frère à se rendre à Corinthe. Apollos a bien entendu le message de confiance que lui adresse l’apôtre. Mais, par sagesse, il estime qu’il est préférable pour lui, à cause du climat délétère qui règne dans l’Eglise, de s’abstenir de ce déplacement. La seconde témoigne de la juste vision qu’ont les deux hommes de leur place au service de Dieu et de l’Eglise. Ni Paul, ni Apollos ne sont là pour se faire un nom. C’est celui de Christ seul qu’ils veulent voir honoré et glorifié parmi les Corinthiens. Que ceux-ci apprennent de leur exemple !

V 13 à 18 : dernières recommandations

Alors qu’au début de sa lettre Paul a reproché aux Corinhiens leur infantilisme spirituel (1 Corinthiens 3,1), il les appelle, après ce qu’il leur a écrit, à se comporter désormais comme des hommes. « Voir un enfant naître, disait Ralph Shallis, est merveilleux. Mais voir un adulte se comporter comme un tout-petit est chose horrible. » Le but de Dieu n’est pas uniquement que, par Jésus-Christ, nous naissions d’en-haut pour intégrer Sa famille. Il est de se former parmi Son peuple une communauté d’hommes faits à la mesure de la stature parfaite du Christ (Ephésiens 4,13). C’est là ce à quoi, inlassablement, travaillait Paul, visant à porter tout être humain à son accomplissement dans le Christ (Colossiens 1,28). Que les Corinthiens apprennent ainsi à tenir fermes dans la foi, à tout faire, non par parti-pris, mais par amour et deviennent les hommes mûrs, forts et stables qu’ils sont appelés à être par la grâce de Dieu.

Dans cette perspective, Paul tient à adresser à ses frères une dernière recommandation. Il en a d’autant plus la liberté qu’elle ne le concerne pas lui-même, mais certains frères qui sont parmi eux. Si Paul peut communiquer avec les Corinthiens, c’est parce que, de chez eux, sont partis plusieurs hommes venus l’informer de la situation de l’Eglise et soumettre à son conseil plusieurs questions qui se posent chez eux. De ce groupe, Paul cite trois noms : Stéphanas, Fortunatus et Achaïcus. Paul inclut dans sa lettre la demande que ses frères de Corinthe fassent preuve de considération et d’écoute de tels hommes. Comme nous l’avons vu au début de la lettre, les Corinthiens ont été, par rapport à d’autres Eglises, très privilégiés. Ils ont bénéficié pour un temps assez long du ministère d’éminents serviteurs de Dieu : Paul, Apollos, Pierre peut-être (1 Corinthiens 1,12) Cet avantage, au lieu d’être un bien, est devenu parmi eux un mal. Au lieu de magnifier la richesse de Christ, elle les a conduits à se diviser en partis. Eblouis par les « super-apôtres » qui les ont servis, les Corinthiens sont devenus aveugles quant aux richesses qui sont au milieu d’eux : ces trois hommes et d’autres sans doute… Une fois de plus, ils démontrent qu’ils n’ont compris que bien peu de choses à ce qu’est l’Eglise, corps de Christ.

L’avertissement de Paul à ses frères vaut pour nous. Il est toujours dangereux et nuisible au développement du corps de Christ lorsque ses membres mettent leur gloire dans les hommes plus que dans le Seigneur qui les envoie et les qualifie (1 Corinthiens 3,21). L’Eglise locale du Christ doit apprendre, là où elle est, à vivre dans le présent avec le potentiel et les ressources qui se trouvent en son sein. Sa situation peut changer. Elle a ses saisons. D’une période favorable, elle peut glisser vers une autre plus difficile. Elle manifestera sa solidité en faisant face et en s’adaptant à chaque nouvelle étape de son parcours. Que la grâce de Dieu nous apprenne tous à tirer notre force de Lui !

V 19 à 23 : salutations finales

Comme il le fait toujours, l’apôtre conclut sa missive par ses salutations, écrites cette fois de sa propre main. Il y associe également celles de ses plus proches collaborateurs connus des Corinthiens, Priscille et Aquilas (Actes 18,1-2), et d’autres qui sont avec lui. Il y joint aussi celles des Eglises de la province d’Asie où il se trouve. Il rappelle pour finir à ses frères que leur préoccupation ne doit pas être d’être le disciple ou l’ami d’un homme, fût-il apôtre, mais du Seigneur. Qui est l’ami du Seigneur l’aime et a le cœur au bon endroit. Qui ne l’est pas peut prétendre ce qu’il veut : il est maudit !


Assurant de son amour ses frères, amour qui l’oblige à être aussi vrai que possible dans ses échanges avec eux, Paul les recommande à la grâce du Seigneur Jésus, seule source d’espoir pour chacun !

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