samedi 22 juillet 2017

2 CORINTHIENS 1

INTRODUCTION

« Voilà le livre que je ne voulais pas écrire ! » s’exclame Ralph Shallis au début de son ouvrage polémique sur le don de parler diverses langues. Si ce n’était l’inspiration du Saint-Esprit, c’est aussi ce que Paul pourrait dire de la 2ème lettre aux Corinthiens qui se trouve dans nos Bibles. En vérité, cette lettre n’est pas, dans la chronologie des épitres que l’apôtre a adressées à cette Eglise, la seconde, mais, certainement la 4ème. Une 1ère lettre (1 Corinthiens 5,9) a précédé l’écriture de la 1ère qui se trouve dans l’Ecriture. Suite à la cette lettre, Timothée, de passage à Corinthe, dut rapporter à Paul des nouvelles alarmantes de l’Eglise. Il décida donc d’une première visite à l’Eglise au cours de laquelle l’apôtre fut vivement pris à parti, sans vraiment trouver de défenseur pour lui. La lettre que nous allons étudier rend compte des accusations portées contre Paul. De retour à Ephèse, Paul va écrire une 3ème lettre, dont le contenu ne nous est pas parvenu, à l’Eglise de Corinthe. Mais l’apôtre s’interroge : n’a-t-il pas été trop sévère dans cette lettre envers ses frères (2 Corinthiens 7,8) ? Celle-ci va-t-elle vraiment aider à régler les problèmes ? Dans le même temps, les choses se gâtent à Ephèse. Sous l’instigation de Démétrius, l’orfèvre, la ville se soulève contre l’apôtre dont le message met en péril le commerce local des divinités grecques (Actes 19,23-40). Paul échappe de peu à la mort, mais il doit quitter la ville. Il se rend à Troas où la porte s’ouvre pour l’Evangile. Mais Paul est troublé et se demande ce qui se passe à Corinthe. Il faudra la venue de Tite, porteur de bonnes nouvelles, pour le tranquilliser (2 Corinthiens 2,12-13). C’est à ce moment-là que Paul va écrire la 2ème lettre aux Corinthiens (en fait, la 4ème) qui annonce, entre autres, sa 3ème visite chez eux (2 Corinthiens 12,14 ; 13,1).

CHAPITRE 1

V 1 et 2 : salutations

Alors que la seconde lettre de Paul aux Corinthiens est, en partie, une défense de sa qualité d’apôtre, il est notable que, d’entrée, Paul s’affirme comme tel. Paul sait qui il est et, quoi que certains disent à son sujet, il n’a pas à le nier. C’est de la volonté de Dieu et de la grâce qu’il a reçue qu’il tient son mandat. Et même si, pour les raisons qu’il donne dans sa première lettre aux Corinthiens, il est un avorton dans l’ordre émérite des apôtres, il n’a pas à rougir, au vu de l’œuvre que la grâce de Dieu a opéré à travers lui, de ce titre (1 Corinthiens 15,8-10). Timothée est associé à l’apôtre dans la rédaction de la lettre. La raison en est double. La première est que Timothée est bien connu des Corinthiens : il était présent avec Paul dès le début de l’implantation de l’Eglise dans la ville (Actes 18,5). La seconde est que Timothée est celui qui est le plus informé des accusations qui ont été menées contre l’apôtre. Il était bon et juste qu’il soit avec lui cosignataire de sa défense.

Paul adresse sa lettre à l’Eglise de Dieu établie à Corinthe et à tous les saints de la province de l’Achaïe. L’Eglise de Corinthe ne rassemblait pas que des chrétiens de la ville. Elle avait un rayonnement régional. Si Paul est le père spirituel de l’Eglise (1 Corinthiens 4,15), il n’en est pas pour autant le propriétaire. Celle-ci reste le bien de Dieu, et c’est à Lui d’abord que ses membres sont redevables de leur attitude. Ce rappel est, d’une certaine façon aussi, salutaire à l’apôtre. Chacun qui implante une Eglise doit intégrer cette vérité. Si forts soient les liens qui l’attachent à elle, ils ne doivent jamais se convertir en chaînes. L’Eglise peut se détacher de celui qui l’a fait naître. Elle peut même, comme ce fut le cas ici, se tourner contre lui. L’apôtre peut en souffrir, mais il ne peut faire valoir aucun droit de propriété sur elle. Dans sa défense vigoureuse et affective, Paul s’en gardera toujours.

Comme il le fait dans presque toutes ses lettres, Paul souhaite à ses frères grâce et paix de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus-Christ. La formule peut paraître usée. Elle prend cependant tout son sens dans l’environnement conflictuel qui est le cadre de l’épître. La grâce oubliée, la paix ne peut que faire défaut dans l’Eglise de Jésus-Christ !

V 3 à 7 : Eloge au Dieu de la consolation

C’est par un éloge appuyé au Dieu et Père de Jésus-Christ que Paul débute sa lettre. A cause de l’épreuve par laquelle il vient de passer, et dont il témoigne ensuite, le contenu de la louange que l’apôtre adresse à Dieu diffère du caractère objectif qu’il revêt habituellement. Paul vient de faire l’expérience du secours et de la délivrance de Dieu dans une situation d’extrémité. Aussi loue-t-il ce Dieu qui, dans Sa grâce, fortifie, encourage, relève, soutient et console ceux qui passent par l’épreuve. En tant que croyant, nous avons, à cause de ce que Dieu est, mille raisons objectives de louer Dieu. Les perfections qui sont en Lui sont si nombreuses, si éclatantes qu’une vie humaine ne suffit pas pour les célébrer dans leur totalité. Nous avons cependant aussi mille raisons personnelles de louer Dieu, de Le bénir, comme Paul le fait ici, pour ce qu’Il est. Ses raisons nous viennent des expériences multiples par lesquelles Dieu nous fait passer afin que la grâce dont nous sommes l’objet de Sa part ne reste pas au niveau du concept, mais s’inscrive en lettres de feu dans la réalité de notre vécu. Paul l’a souvent dit : son ambition suprême est de connaître Christ. Le connaître ne signifie pas seulement saisir de mieux en mieux qui Il est. Mais c’est, selon ses propres mots, faire l’expérience de la puissance de Sa résurrection, de la communion de Ses souffrances pour être davantage configurés à Lui (Philippiens 3,10). Les épreuves sont le moyen pédagogique que Dieu utilise pour réaliser le noble désir du cœur de l’apôtre. Par l’épreuve, l’apôtre fait connaissance avec l’affliction. Mais avec l’affliction, il expérimente comme jamais la consolation, le support, la force que communique la grâce de Dieu pour le rendre conforme à Christ. Plus l’épreuve est difficile, plus les ressources que procure la grâce sont mobilisées. Il n’y a donc rien d’étonnant au final que Paul loue Dieu et Le bénisse pour ce qu’il vient de vivre.

Si la consolation que Dieu donne dans l’épreuve encourage celui qui la traverse, la finalité de l’exercice ne s’arrête pas à lui. Le but de Dieu, au travers des encouragements que Paul a reçu dans la difficulté, n’est pas seulement de répondre à son besoin. Il est, par le témoignage qu’il en rend, d’encourager ceux qui, comme lui, passent pour un temps par le même chemin. Une certitude habite le cœur de l’apôtre : qui a part, en tant que disciple, à la souffrance du Christ, a aussi part à Sa consolation. Il n’est aucune détresse par laquelle Dieu fait passer Ses enfants qui ne s’accompagne en cours ou en fin de course de l’expérience rafraîchissante et vivifiante de la consolation. Aussi les détresses par lesquelles nous passons dépasse largement le cadre de notre seule vie. Elles visent à l’encouragement du corps de Christ dans son entier. Car ce que vit l’un a valeur de jurisprudence pour tous. Que le Seigneur nous donne d’apprendre, en vue de notre équipement dans la foi pour l’avenir, des expériences de nos frères qui passent aujourd’hui, ou sont passés hier, par l’épreuve ! Soyons-en certain : la consolation qu’ils ont reçue sera aussi, à cause de la fidélité de Dieu dans Sa grâce, notre lot et notre part !

V 8 à 11 : le contexte de l’épreuve

Si le livre des Actes nous rapporte de quelle nature était l’épreuve qu’a enduré Paul (Actes 19,21 à 40), c’est ici que nous découvrons comment il l’a vécue. A la lecture des nombreuses tribulations qu’a connues l’apôtre, il est facile de faire de lui un super-héros de la foi. Mais Paul était un homme comme les autres. Il ressentait de la même manière que nous le ressentirions le danger et les menaces auxquels il était exposé. Bousculé, pris à parti avec violence à Ephèse, Paul se trouva soudainement plongé dans une détresse extrême. Il était si persuadé qu’il n’allait pas en sortir vivant qu’il avait fait sienne l’idée de terminer ici son parcours. Avec le recul, Paul considère que ce moment par lequel Dieu l’a fait passer était un exercice de foi. Dieu voulait enseigner à Paul à ne pas mettre sa confiance en lui-même, mais en Celui qui a le pouvoir de réveiller les morts. Une nouvelle fois, Paul nous indique le chemin par lequel les vérités objectives qui sont au cœur de notre foi se convertissent pour notre édification en expériences pratiques. Ce chemin est celui d’une mise en situation dans laquelle les mots que nous professons (la puissance de résurrection qui est en Dieu) deviennent des réalités vécues.

Selon le témoignage qu’il en donne, le résultat de l’expérience vécue par Paul est double. D’abord, la délivrance divine dont Paul a été l’objet a fortifié sa foi. Il peut affronter l’avenir avec plus de confiance. Le Dieu qui l’a délivré à Ephèse a le pouvoir de le délivrer encore si nécessaire. Et c’est là d’ailleurs ce qu’Il fera (2 Timothée 3,10-11). Ensuite, le secours divin vécu par l’apôtre sera pour plusieurs qui, dans cette circonstance, ont prié pour lui, une occasion réjouissante de Lui rendre grâces. En aucune chose, le bilan de l’épreuve traversée par l’apôtre ne sera négatif. Celle-ci aura contribué à fortifié sa foi. Elle aura suscité dans le cœur du peuple de Dieu de nombreuses actions de grâces. Enfin, elle aura contribué à magnifier le nom de Dieu et à rendre crédible les vérités constitutives de l’Evangile. Que ce vécu dont Paul rend témoignage ici soit aussi le moule sur lequel nous nous calquons dans la façon avec laquelle nous restituons la vérité de ce que nous vivons avec Dieu dans l’épreuve !

V 12 à 14 : les motivations qui animent Paul

Toujours dans la lignée du témoignage, Paul tient, avant de donner les raisons qui l’ont amené à ajourner sa visite chez eux, à partager à cœur ouvert les motivations qui ont toujours régenté sa conduite. Pour se faire, Paul en appelle à sa conscience, ce juge qui approuve ou condamne les pensées et les attitudes intérieures de tout homme (Romains 2,15). Devant elle, Paul l’affirme : jamais, nulle part, à aucun moment, il n’y a eu dans sa façon d’être et d’agir auprès des Corinthiens de duplicité ou d’hypocrisie. Ce qu’il a dit, ce qu’il a fait était l’expression exacte de ce qui était dans son cœur pour eux. En aucune manière, Paul n’a cherché à cacher, dissimuler ou feindre quoi que ce soit. Ce que les Corinthiens ont connu de lui était le reflet exact des sentiments et des intentions qui l’animaient pour eux. Le moteur de la vie et du comportement de Paul chez les Corinthiens n’était pas la chair, mais la grâce. Saisi par elle alors qu’il persécutait l’Eglise de Dieu, Paul n’avait qu’un souci : que celle-ci les transforme comme elle l’avait lui-même transformé. Paul avait agi pour se faire en collaborateur de Dieu pour eux, sans arrière-pensée ni motifs personnels.

Paul va s’expliquer sur le changement d’avis qui l’a fait renoncer à sa visite. Mais, au préalable, il demande que le crédit de la vérité et de la sincérité lui soit accordé. N’est-ce pas là le minimum que lui doivent les Corinthiens qui ont tant reçu de lui ? N’est-ce pas là aussi ce que l’on doit à tout homme qui, mis en accusation, cherche à rendre compte de ses attitudes ? Au lieu de mettre en doute l’apôtre, les Corinthiens devraient se souvenir que, devant Dieu, il fait partie de leur motif de fierté, comme ils le sont pour lui. Qu’est-ce qui, en effet, fait la gloire de chacun devant Dieu, si ce n’est ce que Sa grâce opère dans les uns et les autres par les uns et les autres ? Ce que les Corinthiens sont dans le cœur de Paul est le trésor que Dieu a amassé par l’œuvre de Sa grâce au travers de lui. Ce bien est à la fois celui de Dieu et de Paul, sa gloire devant Lui. Il en est de même dans l’autre sens ! En recevant l’Evangile de Paul, la gloire des Corinthiens est d’avoir accueilli ce serviteur qui leur a été envoyé par Dieu. Que chacun apprenne ainsi à considérer son frère, non pour ce qu’il est sur le plan humain, mais comme le cadeau de Dieu qui sera sa fierté devant Lui !

V 15 à 22 : Paul est-il charnel et versatile ?

Jugé par certains Corinthiens sur le revirement qui l’a conduit à renoncer à sa visite, Paul s’explique. C’est vrai ! Dans un premier temps, il avait décidé de se rendre chez eux pour les enrichir une nouvelle fois de ce que Dieu lui avait confié. Puis, de Corinthe, il comptait ensuite aller jusqu’en Macédoine et repasser une nouvelle fois chez eux. Les Corinthiens auraient ainsi bénéficié d’une double visite de l’apôtre, un double cadeau. Il espérait de plus que, partant de chez eux, ceux-ci lui rendent la grâce reçue en pourvoyant à ses besoins pour son voyage en Judée. Le projet de visite de Paul avait été conçu dans une période où le climat entre lui et les Corinthiens était encore bon. Même s’il leur avait déjà écrit une lettre où il mettait certaines choses au point, il n’y avait pas d’animosité de leur part, croyait-il, contre lui. Paul expliquera un peu plus loin que c’est la détérioration de ce climat qui sera la cause première de sa volte-face.

La nécessité qu’a Paul de s’expliquer, et les termes dans lesquels il le fait, témoigne de la fragilité des relations fraternelles entre enfants de Dieu. Le jugement porté par les Corinthiens sur lui nous rappelle le danger qu’il y a pour chacun de nous de mal interpréter les décisions ou le comportement d’un autre. Les Corinthiens qui accusaient Paul de versatilité auraient dû se souvenir de l’homme qu’il a été devant eux, de la fiabilité dont il a fait preuve et du caractère entier et radical du message dont il était le porteur. La teneur, le contenu du message dont nous sommes les hérauts, ne parle pas seulement de Celui qui en est l’objet, le Christ. Elle en dit long également sur le messager, la profondeur de son attachement et de son enracinement dans la vérité. Paul en appelle à la mémoire de ses frères : le message qu’il leur a délivré était-il ambigu ? Y avait-en lui à la fois du oui et du non, autrement dit du peut-être ? Ni lui, ni Silas et Timothée, ses compagnons de mission au moment où Paul vint à Corinthe, ne peuvent être accusés d’avoir été équivoques dans ce qu’ils ont proclamé. Avec force, ils ont attesté que c’est en Jésus-Christ et en Lui seul que s’accomplissent toutes les promesses de salut données par Dieu dans l’Ecriture. Comme Pierre face au sanhédrin, ils ont affirmé qu’il n’y a de salut en aucun autre que Jésus-Christ et que, sous le ciel, Dieu n’a donné le nom d’aucun homme par lequel nous puissions être sauvés (Actes 4,12). Convaincus par l’Esprit de vérité, les Corinthiens ont répondu « Amen » à la parole reçue. Or, cet Esprit qui les a établis dans le Christ, les Corinthiens ne devraient pas l’oublier, est le même qui a donné autorité à Paul pour le ministère qu’il leur a confié auprès d’eux. Il habite en lui comme en eux et les a marqués tous de son sceau.

Il est possible pour chacun de nous d’avoir des doutes sur la véracité des attitudes et des paroles d’un chrétien. Avant d’émettre un jugement que nous pourrions regretter, posons-nous certaines questions : est-ce que ce que je pense ici ressemble à ce que j’ai connu de la personne dans le passé ? Est-ce que je connais suffisamment cette personne pour que le doute que je porte soit justifié ? Que disent à son sujet ceux qui la connaissent le mieux ? Si l’homme en question est un homme de Dieu reconnu, soyons doublement prudents ! Il se peut qu’un serviteur de Dieu dérape, commette des fautes de comportement (cf Galates 2,11 à 14). Mais souvenons-nous, avant de le juger, que Dieu lui a donné Son Esprit ! Souvenons-nous des fruits qu’il a portés et des œuvres que Dieu a faites à travers lui ! Ne nous risquons pas à accuser ou juger sans certitude absolue ! Si jusqu’ici la personne sur laquelle des doutes se portent s’est montré fiable, vraie, digne de notre confiance, mieux vaut pour nous partir de l’idée qu’elle est intègre que l’inverse.

La franchise avec laquelle Paul s’exprime témoigne, quant à elle, de la confiance qu’il porte à ses frères. Les considérant comme sa famille, il n’hésite pas à parler avec eux à cœur ouvert. Il leur fait part avec simplicité de son attente de leur soutien fraternel pour ses projets futurs. Parce qu’il suppose qu’il a le crédit nécessaire pour le faire, Paul estime ne pas aller au-delà du convenable et du bienséant en espérant de leur part une aide matérielle pour le voyage en Judée qu’il avait initialement prévu après sa visite chez eux. La confiance dont Paul fait preuve ici témoigne du décalage qui peut exister entre ce qui se trouve dans le cœur d’un chrétien et en celui d’un autre quant à leur appréciation mutuelle… et du choc que cela peut être quand on le découvre. C’est ce que Paul explique maintenant !

V 23 et 24 : pourquoi Paul a ajourné sa visite

Mal jugé par certains de ses frères de Corinthe, Paul a commencé, dans sa défense, à prendre sa conscience à témoin (v 12). Il fait ici un pas de plus pour confirmer ses dires : c’est à la Personne de Dieu elle-même qu’il fait appel sur sa vie pour être le garant de ce qu’il affirme. Nous savons par l’Ecriture qu’un tel serment, dans la bouche d’un disciple de Jésus, est inutile. Quand un enfant de Dieu dit oui, c’est oui qu’il faut entendre, et inversement pour le non (Matthieu 5,37 ; Jacques 5,12). Le fait que Paul en vienne à cette nécessité témoigne du niveau de défiance auquel ses détracteurs sont parvenus à son égard. Paul, pour autant, ne transgresse pas l’enseignement du Seigneur. Ce n’est que contraint qu’il agit de la sorte. En plaçant ses contradicteurs face à Dieu, son ultime recours pour être cru, il les oblige également à s’examiner. Sont-ils capables d’aller aussi loin que lui dans sa prétention de dire toute la vérité, rien que la vérité à son sujet ?


Si Paul n’est pas venu, comme promis, à Corinthe, ce n’est pas pour se ménager lui-même. C’est plutôt pour épargner à ses frères une nouvelle visite difficile. Paul n’a qu’un désir quand il se rend dans une Eglise (surtout s’il en est l’implanteur) : il est de contribuer à son édification dans la joie du Christ. Si tel n’est pas le cas, la question se pose : sa venue vaut-elle la peine ? L’embarras dans lequel Paul s’est trouvé, et les conséquences qui en ont résulté, soulignent toute la difficulté qui revient à celui qui, malgré son honnêteté, est impliqué dans une situation conflictuelle, à adopter le bon comportement. Quelle qu’il soit, le risque d’une mauvaise interprétation est toujours là. Jésus Lui-même, qui était l’expression de la vérité, a fait les frais d’un tel inconfort. Parce qu’Il agissait différemment de Jean-Baptiste, qui était plutôt un ascète, Jésus s’est fait taxer par ses contemporains de glouton et de buveur. Ceux-ci ont oublié, lorsqu’ils l’ont fait, qu’ils avaient auparavant traité Jean de possédé par un démon (Matthieu 11,18-19). Quand le regard que quelqu’un porte sur un autre est faussé par la défiance et le préjugé, rien de ce que celui-ci fera pour les faire tomber ne réussit. Que Paul vienne à Corinthe, on l’accusera de vouloir dominer l’Eglise et exercer son contrôle sur la situation ! Qu’il s’abstienne, ses opposants se saisiront de sa décision pour donner aux autres la preuve de sa versatilité ! Seul Dieu peut ici faire valoir ce qui est vrai ! C’est pourquoi Paul fait appel à Lui pour que chacun, comme lui, ose se placer en conscience devant Lui !

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