mardi 8 août 2017

2 CORINTHIENS 3

V 1 à 3 : les Corinthiens, une lettre de Christ

En faisant l’apologie des mobiles qui le motivent dans son ministère, Paul cherche-t-il à se recommander lui-même auprès des Corinthiens ? La question, nous allons le voir, ne mérite pas d’être posée. L’apôtre sait seulement que lorsque le regard d’une personne sur une autre est faussée, tout ce que dira ou fera cet autre risque d’être sujet d’interprétation. Aussi Paul préfère-t-il prendre les devants. Puisque c’est là la nouvelle accusation que ses propos sont susceptibles de soulever, autant chercher à y répondre immédiatement. C’est encore là le meilleur moyen de couper l’herbe sous les pieds de ses contradicteurs.

Non, Paul ne cherche pas à se recommander lui-même. Il n’a d’ailleurs nul besoin de lettres de recommandation par lesquelles il devrait être attesté pour ce qu’il est auprès des Corinthiens. Car ils sont eux-mêmes la lettre lue et connue par tous qui accrédite, mieux que tout écrit, l’œuvre que Dieu a faite au-travers du ministère de Paul. Il peut y avoir parmi les Corinthiens une faction qui n’a pas connu Paul ou qui ne soit pas le fruit direct de son ministère. Mais cela ne change rien aux faits. C’est par le ministère de l’apôtre et de son équipe que l’Eglise de Corinthe est née. Ce lien de parentalité porte en lui une légitimité, quant à la reconnaissance de l’autorité, que rien ne peut concurrencer.

Qu’est-ce qui recommande un apôtre ? Qu’est-ce qui donne du crédit à un ministère ? Paul y répond ici : les fruits visibles qui en découlent. En terre étrangère, on comprend que certains, pour être reconnus et ne pas avoir à prouver ce qu’ils sont, soient munis de lettres de recommandation qui permettent aux Eglises qui les accueillent de savoir à qui elles ont à faire. L’écrit qui recommande Paul, c’est le témoignage de ce que la grâce de Dieu a accompli à travers lui. C’est l’histoire de toutes les vies transformées par Christ au travers de la prédication de son Evangile. Ce sont toutes les Eglises locales nouvelles, les chandeliers qui, dans toutes les provinces où l’apôtre s’est rendu, rayonnent de la lumière de Christ.

Quelqu’un peut, à juste titre ou non, être mandaté par un homme en vue d’être bien accueilli par ses frères qui ne le connaissent pas. Mais la vraie lettre de recommandation d’un ministère est celle qui est écrite par Christ. Elle ne l’est pas avec de l’encre, mais avec l’Esprit de Dieu, non sur des tablettes de pierre, mais sur des cœurs. L’encre peut s’effacer, s’altérer, mais l’œuvre que Dieu a faite par Son Esprit demeure. Elle perdure pendant des années, jusque dans l’éternité. Le temps ne la ternit pas. Au contraire, plus il passe, plus il rend évident la source qui est l’origine. Les tablettes de pierre, matériau de l’écriture, peuvent se briser ou se perdre. Ce qui a été gravé dans les cœurs par l’Esprit de Dieu ne peut être effacé. Ce que Christ a écrit par lui dans l’histoire est la lettre de recommandation du ministère apostolique de Paul. Que, par Sa grâce, nous ne cherchions pas en avoir d’autre auprès des hommes !

V 4 à 6 : notre capacité vient de Dieu

Quoi que ce soit de glorieux et de spirituel que Paul puisse accomplir, il ne voudrait pas, une fois de plus, que ses détracteurs se méprennent sur ses paroles. L’apôtre sait que, par lui-même, il n’est capable de rien. Tout ce que Dieu peut réaliser à travers lui ne vient pas de Paul, mais de Dieu. C’est Lui qui est à la fois la source et la force qui permettent à Ses serviteurs d’accomplir ici-bas une œuvre dont la portée dépasse le temps et l’histoire, mais qui perdure jusque dans l’éternité. Qui est capable de réaliser la mission pour laquelle Dieu l’appelle, avait demandé Paul (2 Corinthiens 2,16). Il nous fournit ici la réponse. Jésus l’avait déjà dit à Ses disciples : hors de Lui, ils ne pourront rien faire (Jean 5,5). Certains l’écoutant, comme Pierre, ont pu penser que Jésus exagérait. Certes, le groupe des disciples se montrait parfois faible, couard. Mais réduire à l’impuissance totale leur capacité à Le suivre et Lui être utile relevait de l’extrémisme. Il faudra la croix, et les événements qui l’entourèrent, pour que chacun reconnaisse la validité des paroles du Seigneur. Là se brisèrent dans un échec douloureux toutes les prétentions de ceux qui se croyaient forts (Matthieu 26,75). C’est par ce chemin, souvent, que le Seigneur doit aussi nous faire passer pour que nous apprenions nous aussi la leçon. Notre capacité à servir Dieu et à réaliser la mission à laquelle Il nous appelle ne peut venir de nous-mêmes, de nos forces propres. C’est de Lui et par Lui que sont toutes choses afin qu’elles soient aussi pour Lui !

Ministres de Jésus-Christ, nous ne le sommes pas de la même manière que ceux qui servirent Dieu sous l’ancienne alliance. L’ancienne alliance était celle de la lettre. Centrée sur la loi, elle insistait sur les exigences à remplir pour satisfaire la justice de Dieu. Cette alliance était incapable d’apporter la vie. Elle ne fit qu’écraser sous un joug mortel tous ceux qui essayèrent de satisfaire ses ordonnances (cf Actes 15,10). Le ministère qu’ont reçu ceux qui ont été régénérés par le Christ est tout autre. C’est d’une alliance nouvelle, dont la force pour la pratiquer est communiquée par l’Esprit, que les disciples de Christ sont les ministres. Le but n’est plus désormais que nous fassions par nous-mêmes ce qui est en notre pouvoir pour obéir à Dieu, ce qui ne mène qu’à l’échec. Il est que, par la vie que donne l’Esprit, nous marchions en nouveauté de vie. Les deux ministères, comme les deux alliances, sont à l’opposé l’une de l’autre : ce que Paul va expliquer maintenant !

V 7 à 18 : ministres d’une alliance nouvelle

a.       Supérieure à l’ancienne quant à la gloire : v 7 à 11

Sans conteste, le ministère de l’ancienne alliance a été un ministère glorieux. Songeons aux coups d’éclat et aux manifestations puissantes qui accompagnèrent le don de la loi fait à Moïse par Dieu sur le mont Sinaï (Exode 19). Suite à sa seconde rencontre avec le Très-Haut, Paul rappelle que la lumière qui rayonnait du visage de Moïse était telle que les Israélites ne pouvaient le regarder en face et craignaient de s’approcher de lui (Exode 34,29 à 35). Cependant, malgré la gloire qui l’entoura, le rayonnement du ministère de l’ancienne alliance n’est pas comparable à celui de la nouvelle. Car, ce ministère que Moïse a reçu était un ministère qui conduisait à la mort. Pour preuve, le jour où Moïse redescendit de la montagne avec les tablettes de pierre portant les dix lois gravées du doigt de Dieu, trois mille hommes périrent (Exode 32,28). A contrario, parallèle saisissant, le jour où l’Evangile fut proclamé pour la première fois aux Israélites à la Pentecôte, trois mille reçurent la vie (Actes 2,41). De plus, alors que le ministère de l’Evangile a pour objet d’apporter aux pécheurs la justice, celui de Moïse et de la loi conduit invariablement à la condamnation (Romains 7,7 à 11). D’autre part enfin, Paul le dit à plusieurs reprises, le ministère de la loi confié par Dieu à Moïse n’était pas appelé à durer. Il était passager. Il fut donné à Israël jusqu’au temps où devait paraître Celui par qui toutes les promesses de salut, antérieures à la loi et données par Dieu dès la genèse, s’accompliraient (Galates 3,23 à 25).

Résumons ce que dit Paul ici ! Pour trois raisons, la gloire du ministère de l’Evangile (l’alliance nouvelle) confiée aux disciples de Christ est infiniment supérieure à celle du ministère de la loi (l’alliance ancienne) confié à Moïse. Le ministère confié à Moïse était un ministère qui aboutit à la mort de ceux vers qui il s’orientait. Le ministère confié aux apôtres de Jésus-Christ sera un ministère qui procurera la vie et régénèrera puissamment ceux qui en seront l’objet. Le ministère de la loi porte en lui la condamnation de ceux qui transgressent les ordonnances qui la constituent. Le ministère de l’Evangile apporte pour toujours à ceux qui y croient une justice qui vient de Dieu. Le ministère de la loi était un ministère essentiel mais provisoire dans le déroulement du dessein de Dieu. Il a été donné à Israël et à l’humanité pour que chacun soit conscient de son péché et de son incapacité à satisfaire par lui-même la justice de Dieu. Le ministère de la loi rend indispensable et incontournable pour chacun le besoin de la venue de Christ en vue de son salut. Car, dit Jean, la loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ (Jean 1,17).

Que les ministres de l’Evangile n’aient pas honte du message dont ils sont les porteurs (Romains 1,16). Il est le seul message qui ait l’impact de modifier le cours d’une vie pour l’éternité. Une gloire sans pareille est attachée au ministère de l’alliance nouvelle dont les témoins de Christ sont ici-bas les représentants. Sous ce rapport, dit Paul, ce qui porte une gloire passagère n’est rien en comparaison de la gloire beaucoup plus éminente dont le ministère de l’Evangile est porteur !

b.       Supérieure quant à la liberté qu’elle confère : v 12 à 18

Forts de l’espérance vivante et éternelle dont ils sont les porteurs, les ministres de l’Evangile sont habités par une assurance qui leur procure une liberté que Moïse ne connaissait pas. En témoigne le voile que Moïse mettait sur son visage lorsque, sortant de la présence du Seigneur, il finissait d’adresser aux Israélites ce que Celui-ci leur avait transmis (Exode 34,31 à 35). Cette pratique de Moïse, dit Paul, avait une raison essentielle. L’homme de Dieu ne voulait pas que les Israélites constatent que la gloire qui rayonnait de lui était passagère. Les effets de la gloire de l’ancienne alliance étaient comme ceux du bronzage. Soustraite à l’influence des rayons du soleil, très vite, la peau retrouve son aspect mat d’origine. Il en est de même du caractère éphémère de la gloire qui se reflétait sur le visage de Moïse, qui n’était pas un facteur d’incitation à s’attacher à l’alliance dont il était le médiateur. Il témoignait déjà, par avance, de l’état provisoire de celle-ci. Ce voile que Moïse portait, les Israélites qui le lisent et s’attachent à lui, dit Paul, le portent toujours. Ils n’ont toujours pas compris, en effet, que les Ecritures de l’Ancien Testament n’existent pas pour elles-mêmes, mais qu’elles ne deviennent intelligibles que lorsqu’elles sont perçues comme une prédiction et une préfiguration de Christ. Aussi, comme le leur disait déjà Jésus, restent-ils aveugles. Chaque jour, ils sondent les Ecritures parce qu’ils pensent trouver en elles la vie éternelle. Mais, ne voyant pas que c’est de Lui qu’elles témoignent, ils passent à côté de la vie (Jean 5,39-40).

Tous les chrétiens, juifs ou non, peuvent en témoigner. Le miracle de la compréhension de l’Ecriture s’est produit pour chacun au même moment : celui de la conversion. Il est difficile pour nous d’imaginer les effets qu’une telle révélation, celle de Christ, objet et centre de l’Ecriture, produisit sur un Juif pieux comme Paul. Mais le plus marquant fut celui de la liberté reçue. Alors que la crainte et l’incertitude habitaient jusque-là son cœur, Paul pouvait enfin librement s’approcher de Dieu, Le contempler dans l’Ecriture par les yeux de l’Esprit. Il n’y avait plus de voile, de barrière entre Dieu et lui. Jusque-là, par ses propres efforts, Paul avait tenté de se réformer. Mais c’était peine perdue. Ses tentatives de se conformer à la loi ne l’avaient pas changé. Elles n’avaient fait que mettre davantage en évidence son péché. Au bénéfice de la grâce, Paul avait accès par l’Esprit à la vision de la gloire de Dieu. Nul besoin d’effort désormais pour se transformer. Ce face à face quotidien avec Dieu suffit pour le transfigurer, le configurer chaque jour davantage à Son image. C’est là, dit Paul, l’œuvre principale de l’Esprit dans le cœur de chaque chrétien. Tel un portraitiste qui, touche par touche, dessine le visage de la personne qu’il cherche à reproduire, l’Esprit, par la révélation de Christ, agit en nous de telle manière, que de gloire en gloire, nous sommes transformés à Sa ressemblance.


Ne nous privons jamais de l’Ecriture ! A travers elle, ne nous lassons jamais de chercher Christ ! Prions avec foi et ferveur que l’Esprit nous le révèle toujours plus. ! C’est là le plus sûr chemin pour nous pour Lui ressembler !

mardi 1 août 2017

2 CORINTHIENS 2

V 1 à 4 : l’amour triste de Paul pour les Corinthiens

Face au dilemme dans lequel il se trouvait, Paul réaffirme qu’il a volontairement choisi de ne pas se rendre à Corinthe. Il estime que, ni chez lui, ni chez eux, les conditions n’étaient réunies pour que leur rencontre soit fructueuse. La tonalité de toute rencontre entre frères se doit d’être la joie. Parce que, d’avance, Paul savait qu’elle ferait défaut, il a jugé préférable de ne pas venir et d’attendre que ce qui était cause de son absence soit réglé. Se faisant, l’apôtre nous donne ici une grande leçon de sagesse. Combien de fois nous arrive-t-il, dans une situation de conflit, de vouloir absolument et rapidement régler les choses. Comme Paul l’a fait, ce qui devait être dit l’a été. Nous espérions après cela que, l’Esprit de Dieu aidant, la résolution du problème se produise. Mais cela n’a pas été le cas. Au contraire ! Notre démarche n’a fait qu’aggraver la situation. Au lieu de la joie, c’est la tristesse, voire le découragement, qui a envahi nos cœurs. Devons-nous intervenir à nouveau, prendre l’initiative d’une nouvelle démarche ? Si ce qui a été dit auparavant n’a pas porté de fruit, que pouvons-nous dire de plus ?

La seconde lettre de Paul aux Corinthiens nous montre que les délais de Dieu ne sont pas toujours les nôtres. Voulant faire bien, nous courrons parfois le risque d’empirer les situations. Si la raison ne l’emporte pas, Paul nous invite ici à écouter nos sentiments. La tristesse n’est pas bonne conseillère. Si aucune lueur de joie n’est à l’horizon, mieux vaut faire jouer la vertu de la patience. Ainsi en a décidé Paul. Si aller à Corinthe signifiait pour lui être davantage peiné que ce qu’il l’était déjà, alors il valait mieux renoncer. Quel fruit de joie pouvait-il espérer récolter si sa venue aurait attristé ceux qui, normalement, étaient censés le lui procurer ? Les Corinthiens n’étaient-ils pas sa couronne de gloire devant Dieu (1,14) ? Leur joie ne devrait-elle pas être au diapason de celle de Paul lorsqu’il pense à eux ? Malgré tout, l’apôtre garde confiance en eux que, pour la majorité, tel est le cas ! Paul le dit : sa décision de différer sa venue n’est en rien un indicateur négatif d’une baisse de son amour pour eux. Dieu connait son cœur : Il sait les larmes, la peine, la détresse qui furent les siennes lorsqu’il a rédigé la lettre sévère qu’il leur a écrite. Elles sont les témoins des sentiments de Paul à leur égard.

V 5 à 11 : appel au pardon pour le coupable

Le résultat de la décision de Paul d’ajourner sa visite chez les Corinthiens prouve que celle-ci était la bonne. Placés devant le choix de donner raison à l’apôtre ou à ses accusateurs, la majorité, saisie d’une sainte indignation (2 Corinthiens 7,11) a pris fait et cause pour lui. Elle a discipliné avec fermeté le chef de file de la révolte en lui infligeant un blâme public. De quel nature était celui-ci ? Nous ne le savons pas. Mais, certainement, celui-ci dut être exclu de la communion de l’assemblée et ordre fut donné à tous de ne plus entretenir de relation avec lui (Tite 3,10 ; 1 Corinthiens 5,11). La sanction disciplinaire ayant porté son fruit, Paul encourage désormais ses frères à manifester la grâce envers le coupable. Le but de la discipline fraternelle ne sera jamais d’exposer un fautif à l’éloignement définitif. Il est de le conduire à s’examiner lui-même en vue de la repentance et de la restauration. C’est cet objectif que l’apôtre invite désormais ses frères à atteindre avec lui.

Le témoignage qui nous est rapporté ici au sujet de cet homme démontre qu’il suffit parfois d’un tout petit nombre dans une communauté pour créer un grand désordre. Ne savez-vous pas, disait Paul dans sa première lettre, qu’un peu de levain fait lever toute la pâte (1 Corinthiens 5,6). Aussi, les bergers de la communauté chrétienne se doivent, par amour pour le plus grand nombre, d’être sans faiblesse envers les rebelles et les agitateurs. Ceux-ci doivent être traités avec fermeté et sans égard pour leur rang. Car dans la situation, ce n’est pas de leur survie qu’il s’agit en premier, mais de celle de l’assemblée elle-même.

Les conseils donnés ici par Paul au sujet de l’attitude à adopter par l’assemblée au sujet du fautif témoigne du fragile équilibre à trouver dans l’application de la discipline. Celle-ci ne doit pas faire preuve de faiblesse. Elle doit être suffisamment significative pour que celui qui en est l’objet comprenne ce qu’elle est : une correction disciplinaire. En même temps, il doit y être mis fin par toute l’assemblée à partir du moment où le fruit attendu s’est visiblement produit. Le coupable s’est amendé et a reconnu ses torts. L’heure est venue de lui faire grâce, comme Dieu aussi lui a fait grâce. Si tel n’est pas le cas, un double risque peut s’ensuivre. Le premier concerne la personne du frère isolé. Rejeté, il devient une proie facile pour le diable qui peut le conduire à un découragement fatal. Le second concerne le témoignage de Christ dans l’Eglise. Quelle preuve donnerait-elle qu’elle vit de la grâce si elle-même est incapable de la donner à l’un de ses fils qui s’est égaré ?

Les Corinthiens ayant obéi aux instructions données par Paul dans sa lettre quant à la sanction à appliquer au coupable, il a confiance que celles touchant à sa restauration seront suivies aussi. En exigeant des choses concrètes de l’Eglise de Corinthe, Paul a mis à l’épreuve avec succès son allégeance à son autorité paternelle. Il le fallait car, acculé à un choix radical, c’était pour elle la seule façon de trancher la question. Nul doute que ce fut ici pour l’apôtre le côté le plus éprouvant de son ministère d’apôtre. Il est cependant tout à son honneur car, comme il le dit ailleurs, servir Christ, ce n’est pas plaire aux hommes, mais à Dieu (Galates 1,10).

V 12 et 13 : inquiétude de Paul à Troas

Le livre des Actes des apôtres nous rapporte dans le détail l’itinéraire suivi par Paul dans ses voyages missionnaires. Mais il ne nous dit pas toujours ce qui a été la cause de la décision de tel ou tel déplacement. La plupart du temps, il est vrai, Paul n’avait guère le choix de rester ou non à un endroit. Sa prédication provoquait tant de réactions violentes de la part des Juifs ou des païens qu’il était contraint de partir. Mis à part ce fait, Paul nous fait part d’une autre raison pour laquelle il lui arrivait, malgré la porte qui lui était ouverte d’annoncer l’Evangile, de quitter le lieu où il était. Cette raison est liée aux nombreux soucis que l’apôtre se faisait pour les Eglises déjà implantées (2 Corinthiens 11,28). Ce fut le cas, dit-il, lorsqu’il était à Troas. Alors qu’il espérait y trouver Tite qui, venant de Corinthe, devait lui apporter des nouvelles de l’Eglise, Paul ne put, face à son absence, trouver la paix. L’inquiétude qui le rongeait fut, malgré l’ouverture à l’Evangile de la population locale, la plus forte. Paul décida de quitter Troas. A cause de l’attachement qui était le sien à l’Eglise de Corinthe (il y avait passé 18 mois), il lui fallait savoir quelles réactions avait produit sa lettre. Il se rendit donc en Macédoine pour rencontrer Tite et entendre de sa bouche le compte-rendu de sa visite chez eux.

Il faut être investi comme l’apôtre dans l’implantation d’une Eglise pour se rendre compte de la charge mentale et émotionnelle que représente un tel ministère. Implanter une Eglise, c’est être à la fois comme un père et une mère pour la communauté (1 Corinthiens 4,15 ; 1 Thessaloniciens 2,7 ; Galates 4,19). Or, si l’on peut s’inquiéter de la situation d’un voisin ou d’un étranger, tout parent sait que ce qui ronge le plus est de ne pas savoir comment vont ses enfants. Paul en témoignera plus tard dans sa lettre. Le visage de chacun des bien-aimés qu’il a vus se tourner vers le Christ est gravé dans son cœur. Que l’un d’eux vienne à tomber, et, aussitôt, c’est son cœur qui souffre (1 Corinthiens 11,29). Non, Paul n’a pas manqué d’amour envers ses frères de Corinthe en ajournant sa visite chez eux. Au contraire ! Alors qu’il aurait pu se consoler par les encouragements qu’il recevait sur place, il ne put se réjouir tant qu’il ne savait pas ce qui se passait chez eux. Paul partageait les souffrances de Christ pour Son Eglise (Colossiens 1,24). Que son exemple nous aide aussi à supporter les peines et les soucis que nous pouvons connaître dans la même charge !

V 14 à 17 : triomphal en Christ

Après avoir fourni toutes les explications nécessaires à la juste compréhension de sa décision, Paul ressent le besoin de quitter le plan horizontal des vicissitudes de la vie pour entonner un hymne à la gloire de la grâce triomphale de Dieu en Christ. Dans le quotidien difficile de chacun, ce recul bienfaisant est nécessaire. Car, loin de là, la vie des enfants de Dieu ne se limite pas aux soucis auxquels ils doivent faire face chaque jour. Entremêlée à eux, l’œuvre triomphale de la grâce de Dieu en Christ se poursuit partout dans le monde. Aussi, avec Paul, devons-nous apprendre, au-delà des tracas que nous pose la vie, à prendre de la hauteur pour contempler dans la foi la marche inexorable de l’Evangile. Il nous faut le savoir : si pesantes soient pour nous les difficultés auxquelles nous avons maintenant à faire face, celles-ci ne seront toujours que passagères et momentanées. Notre vie est, parmi des milliers d’autres, un fil avec lequel le divin tisserand fait son œuvre glorieuse, le chef-d’œuvre de Sa grâce. C’est ce tableau, et non celui de la grisaille du quotidien, que nous devons garder devant nos yeux. Car le reste ne sera plus, mais lui subsistera.

Les soucis et les tracas de Paul au présent sont toujours là. Mais son regard a changé. Ce ne sont plus eux, mais Christ qui est au centre de sa vision. Or, Lui, parce qu’il a triomphé ne peut être arrêté par quoi que ce soit. Quelles que soient les circonstances par lesquelles passent Ses serviteurs, à cause de Son nom, Il les en fait sortir vainqueurs. Partout où ils sont, Il répand par eux l’odeur de Sa connaissance. Pour qui les côtoie, il est impossible d’y échapper. Le parfum de Christ et de Sa présence est si fort que celui qui le respire ne peut y rester insensible. Pour qui se trouve sur la voie du salut, ce parfum est celui de la vie. En Christ, enfin, l’âme a trouvé ce à quoi elle aspirait. Mais pour celui qui va à sa perte, cette senteur est celle de la mort. Elle parle d’avance à la conscience du réprouvé de sa condamnation et de son jugement.


Conscient de l’enjeu éternel qu’a pour les âmes le témoignage rendu à Christ, Paul nous fait part de sa double réaction à ce sujet. La première touche à son insuffisance quant à la portée de sa mission. Paul y reviendra un peu plus loin. Tout serviteur de Dieu le sait : la capacité de bien remplir son ministère ne vient pas de lui, mais de Dieu (2 Corinthiens 3,4-5). La seconde touche à sa conscience. Le ministère est quelque chose de solennel qui porte la marque du sacré. C’est devant Dieu et de la part de Dieu qu’il est exercé. Aussi chacun doit-il veiller aux motivations qui l’animent et se garder de toute duplicité. Le ministère n’est ni une source de profit, ni un moyen de se faire un nom ici-bas. C’est en toute sincérité, sans masquer ses propres faiblesses, qu’il doit être vécu. Il ne s’agit pas, comme Paul le dénoncera plus loin, de se faire passer pour un super-apôtre aux yeux des autres, mais de magnifier la grâce de Dieu en Christ dans sa vie. Que tel soit le souvenir que laisse notre vie de serviteur auprès de ceux qui nous connaissent !