mardi 1 août 2017

2 CORINTHIENS 2

V 1 à 4 : l’amour triste de Paul pour les Corinthiens

Face au dilemme dans lequel il se trouvait, Paul réaffirme qu’il a volontairement choisi de ne pas se rendre à Corinthe. Il estime que, ni chez lui, ni chez eux, les conditions n’étaient réunies pour que leur rencontre soit fructueuse. La tonalité de toute rencontre entre frères se doit d’être la joie. Parce que, d’avance, Paul savait qu’elle ferait défaut, il a jugé préférable de ne pas venir et d’attendre que ce qui était cause de son absence soit réglé. Se faisant, l’apôtre nous donne ici une grande leçon de sagesse. Combien de fois nous arrive-t-il, dans une situation de conflit, de vouloir absolument et rapidement régler les choses. Comme Paul l’a fait, ce qui devait être dit l’a été. Nous espérions après cela que, l’Esprit de Dieu aidant, la résolution du problème se produise. Mais cela n’a pas été le cas. Au contraire ! Notre démarche n’a fait qu’aggraver la situation. Au lieu de la joie, c’est la tristesse, voire le découragement, qui a envahi nos cœurs. Devons-nous intervenir à nouveau, prendre l’initiative d’une nouvelle démarche ? Si ce qui a été dit auparavant n’a pas porté de fruit, que pouvons-nous dire de plus ?

La seconde lettre de Paul aux Corinthiens nous montre que les délais de Dieu ne sont pas toujours les nôtres. Voulant faire bien, nous courrons parfois le risque d’empirer les situations. Si la raison ne l’emporte pas, Paul nous invite ici à écouter nos sentiments. La tristesse n’est pas bonne conseillère. Si aucune lueur de joie n’est à l’horizon, mieux vaut faire jouer la vertu de la patience. Ainsi en a décidé Paul. Si aller à Corinthe signifiait pour lui être davantage peiné que ce qu’il l’était déjà, alors il valait mieux renoncer. Quel fruit de joie pouvait-il espérer récolter si sa venue aurait attristé ceux qui, normalement, étaient censés le lui procurer ? Les Corinthiens n’étaient-ils pas sa couronne de gloire devant Dieu (1,14) ? Leur joie ne devrait-elle pas être au diapason de celle de Paul lorsqu’il pense à eux ? Malgré tout, l’apôtre garde confiance en eux que, pour la majorité, tel est le cas ! Paul le dit : sa décision de différer sa venue n’est en rien un indicateur négatif d’une baisse de son amour pour eux. Dieu connait son cœur : Il sait les larmes, la peine, la détresse qui furent les siennes lorsqu’il a rédigé la lettre sévère qu’il leur a écrite. Elles sont les témoins des sentiments de Paul à leur égard.

V 5 à 11 : appel au pardon pour le coupable

Le résultat de la décision de Paul d’ajourner sa visite chez les Corinthiens prouve que celle-ci était la bonne. Placés devant le choix de donner raison à l’apôtre ou à ses accusateurs, la majorité, saisie d’une sainte indignation (2 Corinthiens 7,11) a pris fait et cause pour lui. Elle a discipliné avec fermeté le chef de file de la révolte en lui infligeant un blâme public. De quel nature était celui-ci ? Nous ne le savons pas. Mais, certainement, celui-ci dut être exclu de la communion de l’assemblée et ordre fut donné à tous de ne plus entretenir de relation avec lui (Tite 3,10 ; 1 Corinthiens 5,11). La sanction disciplinaire ayant porté son fruit, Paul encourage désormais ses frères à manifester la grâce envers le coupable. Le but de la discipline fraternelle ne sera jamais d’exposer un fautif à l’éloignement définitif. Il est de le conduire à s’examiner lui-même en vue de la repentance et de la restauration. C’est cet objectif que l’apôtre invite désormais ses frères à atteindre avec lui.

Le témoignage qui nous est rapporté ici au sujet de cet homme démontre qu’il suffit parfois d’un tout petit nombre dans une communauté pour créer un grand désordre. Ne savez-vous pas, disait Paul dans sa première lettre, qu’un peu de levain fait lever toute la pâte (1 Corinthiens 5,6). Aussi, les bergers de la communauté chrétienne se doivent, par amour pour le plus grand nombre, d’être sans faiblesse envers les rebelles et les agitateurs. Ceux-ci doivent être traités avec fermeté et sans égard pour leur rang. Car dans la situation, ce n’est pas de leur survie qu’il s’agit en premier, mais de celle de l’assemblée elle-même.

Les conseils donnés ici par Paul au sujet de l’attitude à adopter par l’assemblée au sujet du fautif témoigne du fragile équilibre à trouver dans l’application de la discipline. Celle-ci ne doit pas faire preuve de faiblesse. Elle doit être suffisamment significative pour que celui qui en est l’objet comprenne ce qu’elle est : une correction disciplinaire. En même temps, il doit y être mis fin par toute l’assemblée à partir du moment où le fruit attendu s’est visiblement produit. Le coupable s’est amendé et a reconnu ses torts. L’heure est venue de lui faire grâce, comme Dieu aussi lui a fait grâce. Si tel n’est pas le cas, un double risque peut s’ensuivre. Le premier concerne la personne du frère isolé. Rejeté, il devient une proie facile pour le diable qui peut le conduire à un découragement fatal. Le second concerne le témoignage de Christ dans l’Eglise. Quelle preuve donnerait-elle qu’elle vit de la grâce si elle-même est incapable de la donner à l’un de ses fils qui s’est égaré ?

Les Corinthiens ayant obéi aux instructions données par Paul dans sa lettre quant à la sanction à appliquer au coupable, il a confiance que celles touchant à sa restauration seront suivies aussi. En exigeant des choses concrètes de l’Eglise de Corinthe, Paul a mis à l’épreuve avec succès son allégeance à son autorité paternelle. Il le fallait car, acculé à un choix radical, c’était pour elle la seule façon de trancher la question. Nul doute que ce fut ici pour l’apôtre le côté le plus éprouvant de son ministère d’apôtre. Il est cependant tout à son honneur car, comme il le dit ailleurs, servir Christ, ce n’est pas plaire aux hommes, mais à Dieu (Galates 1,10).

V 12 et 13 : inquiétude de Paul à Troas

Le livre des Actes des apôtres nous rapporte dans le détail l’itinéraire suivi par Paul dans ses voyages missionnaires. Mais il ne nous dit pas toujours ce qui a été la cause de la décision de tel ou tel déplacement. La plupart du temps, il est vrai, Paul n’avait guère le choix de rester ou non à un endroit. Sa prédication provoquait tant de réactions violentes de la part des Juifs ou des païens qu’il était contraint de partir. Mis à part ce fait, Paul nous fait part d’une autre raison pour laquelle il lui arrivait, malgré la porte qui lui était ouverte d’annoncer l’Evangile, de quitter le lieu où il était. Cette raison est liée aux nombreux soucis que l’apôtre se faisait pour les Eglises déjà implantées (2 Corinthiens 11,28). Ce fut le cas, dit-il, lorsqu’il était à Troas. Alors qu’il espérait y trouver Tite qui, venant de Corinthe, devait lui apporter des nouvelles de l’Eglise, Paul ne put, face à son absence, trouver la paix. L’inquiétude qui le rongeait fut, malgré l’ouverture à l’Evangile de la population locale, la plus forte. Paul décida de quitter Troas. A cause de l’attachement qui était le sien à l’Eglise de Corinthe (il y avait passé 18 mois), il lui fallait savoir quelles réactions avait produit sa lettre. Il se rendit donc en Macédoine pour rencontrer Tite et entendre de sa bouche le compte-rendu de sa visite chez eux.

Il faut être investi comme l’apôtre dans l’implantation d’une Eglise pour se rendre compte de la charge mentale et émotionnelle que représente un tel ministère. Implanter une Eglise, c’est être à la fois comme un père et une mère pour la communauté (1 Corinthiens 4,15 ; 1 Thessaloniciens 2,7 ; Galates 4,19). Or, si l’on peut s’inquiéter de la situation d’un voisin ou d’un étranger, tout parent sait que ce qui ronge le plus est de ne pas savoir comment vont ses enfants. Paul en témoignera plus tard dans sa lettre. Le visage de chacun des bien-aimés qu’il a vus se tourner vers le Christ est gravé dans son cœur. Que l’un d’eux vienne à tomber, et, aussitôt, c’est son cœur qui souffre (1 Corinthiens 11,29). Non, Paul n’a pas manqué d’amour envers ses frères de Corinthe en ajournant sa visite chez eux. Au contraire ! Alors qu’il aurait pu se consoler par les encouragements qu’il recevait sur place, il ne put se réjouir tant qu’il ne savait pas ce qui se passait chez eux. Paul partageait les souffrances de Christ pour Son Eglise (Colossiens 1,24). Que son exemple nous aide aussi à supporter les peines et les soucis que nous pouvons connaître dans la même charge !

V 14 à 17 : triomphal en Christ

Après avoir fourni toutes les explications nécessaires à la juste compréhension de sa décision, Paul ressent le besoin de quitter le plan horizontal des vicissitudes de la vie pour entonner un hymne à la gloire de la grâce triomphale de Dieu en Christ. Dans le quotidien difficile de chacun, ce recul bienfaisant est nécessaire. Car, loin de là, la vie des enfants de Dieu ne se limite pas aux soucis auxquels ils doivent faire face chaque jour. Entremêlée à eux, l’œuvre triomphale de la grâce de Dieu en Christ se poursuit partout dans le monde. Aussi, avec Paul, devons-nous apprendre, au-delà des tracas que nous pose la vie, à prendre de la hauteur pour contempler dans la foi la marche inexorable de l’Evangile. Il nous faut le savoir : si pesantes soient pour nous les difficultés auxquelles nous avons maintenant à faire face, celles-ci ne seront toujours que passagères et momentanées. Notre vie est, parmi des milliers d’autres, un fil avec lequel le divin tisserand fait son œuvre glorieuse, le chef-d’œuvre de Sa grâce. C’est ce tableau, et non celui de la grisaille du quotidien, que nous devons garder devant nos yeux. Car le reste ne sera plus, mais lui subsistera.

Les soucis et les tracas de Paul au présent sont toujours là. Mais son regard a changé. Ce ne sont plus eux, mais Christ qui est au centre de sa vision. Or, Lui, parce qu’il a triomphé ne peut être arrêté par quoi que ce soit. Quelles que soient les circonstances par lesquelles passent Ses serviteurs, à cause de Son nom, Il les en fait sortir vainqueurs. Partout où ils sont, Il répand par eux l’odeur de Sa connaissance. Pour qui les côtoie, il est impossible d’y échapper. Le parfum de Christ et de Sa présence est si fort que celui qui le respire ne peut y rester insensible. Pour qui se trouve sur la voie du salut, ce parfum est celui de la vie. En Christ, enfin, l’âme a trouvé ce à quoi elle aspirait. Mais pour celui qui va à sa perte, cette senteur est celle de la mort. Elle parle d’avance à la conscience du réprouvé de sa condamnation et de son jugement.


Conscient de l’enjeu éternel qu’a pour les âmes le témoignage rendu à Christ, Paul nous fait part de sa double réaction à ce sujet. La première touche à son insuffisance quant à la portée de sa mission. Paul y reviendra un peu plus loin. Tout serviteur de Dieu le sait : la capacité de bien remplir son ministère ne vient pas de lui, mais de Dieu (2 Corinthiens 3,4-5). La seconde touche à sa conscience. Le ministère est quelque chose de solennel qui porte la marque du sacré. C’est devant Dieu et de la part de Dieu qu’il est exercé. Aussi chacun doit-il veiller aux motivations qui l’animent et se garder de toute duplicité. Le ministère n’est ni une source de profit, ni un moyen de se faire un nom ici-bas. C’est en toute sincérité, sans masquer ses propres faiblesses, qu’il doit être vécu. Il ne s’agit pas, comme Paul le dénoncera plus loin, de se faire passer pour un super-apôtre aux yeux des autres, mais de magnifier la grâce de Dieu en Christ dans sa vie. Que tel soit le souvenir que laisse notre vie de serviteur auprès de ceux qui nous connaissent !

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