lundi 28 août 2017

2 CORINTHIENS 4

V 1 à 4 : une conduite recommandable

La très haute idée que Paul se fait du ministère qu’il a reçu par la grâce de Dieu n’est pas sans effet dans sa vie. Elle est d’abord la source du courage dont il a besoin pour aller de l’avant et poursuivre sa course malgré les nombreuses difficultés et les revers qui jalonnent son chemin. Il nous faut nous aussi, pour notre marche chrétienne dans ce monde, intégrer la vérité que Paul a apprise pour son ministère. Le courage chrétien n’est pas le fruit de l’effort de la volonté. Il résulte d’abord de la connaissance que nous avons du statut sur lequel repose notre service. Le ministère qui est le nôtre est un ministère glorieux. Il ne repose pas sur nos mérites, mais sur la seule compassion de Dieu. C’est par la grâce de Dieu seule que nous vivons et que nous Le servons dans le monde. Perdre de vue le privilège de l’honneur qui est la source de notre vocation, c’est perdre ce qui nous donne la force de la vivre.

La liberté qui est la nôtre en Christ, comparée à celle dont était privée Moïse, induit pour notre ministère de fortes obligations éthiques. En pleine lumière avec Dieu, dans leur relation avec Lui, les véritables ministres de l’Evangile le sont aussi avec leur prochain dans le ministère de proclamation qui leur a été confié. Paul le dit avec force : la nature de l’Evangile qu’il prêche ne peut s’accorder, pour le faire entendre, avec la ruse ou les procédés douteux. Le message est indissociable des moyens utilisés pour le proclamer. Techniques de manipulations, pression psychologique ou financière ou toute autre méthode frauduleuse doivent donc être bannis de la façon d’annoncer Christ. Tout ce que le serviteur de Dieu ou le héraut de l’Evangile fait dans l’exercice de sa charge se doit d’être approuvé par Dieu et recommandable à toute conscience humaine. La conduite du messager de l’Evangile, sa manière d’agir, est le premier facteur de crédibilité du message dont il est le préposé. L’oublier, c’est porter un préjudice considérable à sa nature, son autorité ou sa clarté.

Si, malgré le caractère irréprochable de la conduite du messager, l’Evangile reste un message voilé pour ceux qui l’entendent, qu’il ne s’en accuse pas. Cela ne procède pas de lui, mais de l’aveuglement dont sont victimes, par le dieu de ce siècle, ceux qui courent à leur perte. Il nous faut ici aussi le savoir : l’intelligence de l’homme naturel ne peut, à elle seule, comprendre ce qui relève du domaine de l’Esprit et de la vérité de Dieu (1 Corinthiens 2,14). Le voile de ténèbres qui la couvre est si épais que la gloire qui émane de la beauté de l’Evangile du Christ, image de Dieu, lui reste inaccessible. Seul le miracle de l’illumination et de la révélation ouvre les yeux des cœurs (Ephésiens 1,17-18). Travaillons pour notre part à ce que notre comportement ne soit pas un obstacle à la pertinence de notre proclamation. Et prions Dieu afin que, par le Saint-Esprit, Il ouvre les yeux des cœurs de ceux qu’Il a choisis d’avance pour la vie éternelle (Actes 13,48).

V 5 et 6 : Christ, le centre de notre prédication

Jésus-Christ étant le reflet de la gloire de Dieu et l’empreinte exacte de Sa Personne (Hébreux 1,3), c’est Lui qui doit être le sujet et le thème central de la prédication du ministre de l’Evangile. Aussi le messager fidèle de l’Evangile doit-il veiller à ne pas devenir le centre de l’attention et de l’admiration de ceux à qui il délivre son message. Pour l’avoir vécu, Paul sait quel sacrilège ce type de déviation représente aux yeux de Dieu (cf Actes 14,11 à 15). Le Christ que nous prêchons est le Seigneur. Le contenu de notre appel à Son égard intégrera obligatoirement l’idée de la repentance et de la soumission à Son autorité. Car Christ ne saurait être le Seigneur des vies si celles-ci ne s’abandonnent sans réserve à Lui.

La seigneurie de Christ n’est pas que le sujet de la prédication du ministre de l’Evangile. Elle est aussi la réalité spirituelle sous laquelle il vit. Le ministre de l’Evangile la manifeste en se comportant, non comme un maître, mais, à l’exemple du Maître, comme un serviteur (Jean 13,13 à 17). Il faut en effet, pour qu’elle soit perçue à l’extérieur, que la lumière de la Bonne Nouvelle brille d’abord dans le cœur de celui qui l’apporte. Elle ne le peut que si celui-ci incarne la vérité de l’Evangile, à savoir que Christ est le Seigneur de sa vie. Car ne nous trompons pas ! Le miracle de la vie nouvelle que reçoit le pécheur qui, jusque-là, vivait dans les ténèbres, est du même ordre que celui de la création. Elle est le fruit de la parole souveraine de Dieu. De même, elle sert le même but qu’elle. La création, dit Paul, a pour objet premier de révéler le Créateur (cf Romains 1,20). La nouvelle création qui se produit dans le cœur de celui que Dieu éclaire a pour objet de magnifier Christ. Elle est, à l’image du projecteur, l’outil par lequel Dieu fait resplendir la lumière de Sa gloire sur le visage du Christ.

Résumons ici ce que Paul vient de dire sur la beauté et les exigences du ministère de proclamateur de l’Evangile. Ce ministère est le plus glorieux qui soit. Il dépasse en gloire celui de Moïse. En raison de la dignité qu’il revêt, il exige de la part de ceux qui l’exercent un niveau éthique en accord avec le message dont ils sont les porteurs. Tout procédé douteux ou méthode charnelle doit être banni de la manière d’agir des serviteurs de l’Evangile. Le centre de la prédication de l’Evangile est Jésus-Christ, le Seigneur. Pour être crue, Celui-ci doit l’être dans la vie du messager. C’est de cette manière seulement qu’il sera l’outil de Dieu pour projeter la lumière de Sa gloire sur le visage du Christ.

V 7 à 12 : un trésor dans des vases de terre

Qu’est-ce que le ministre de l’Evangile ? Quelle perception doit-il avoir de lui-même et de sa fonction ? Paul y répond par une métaphore. Le ministre de l’Evangile est un vase de terre. Il est un simple contenant, fait de matière fragile et facilement cassable. Comme tout ce qui sert à cette fonction, ce qui importe n’est pas le récipient qui sert de support, mais son contenu. Le contenant n’existe pas pour lui-même. Il est choisi pour mettre en valeur le contenu. Telle est la fonction première du serviteur de Dieu et du ministre de l’Evangile : magnifier Christ, le trésor qu’il porte en lui-même.

De quelle manière le fait-il ? Essentiellement, dit Paul, en donnant à la puissance de Dieu l’occasion de se manifester au travers de sa fragilité. Un avec le maître qu’il sert, le ministre de l’Evangile partage avec lui dans ce monde la mise à mort pour que la vie qui l’habite, et qui n’est pas la sienne, puisse s’exprimer. Il est ainsi mis sous pression de mille et une manières, sans jamais cependant être broyé. Il peut être désemparé, au point de ne plus savoir ce qui va advenir de lui (cf 2 Corinthiens 1,8-9), mais l’espérance reste malgré tout vivante au fond de lui-même. Il est souvent persécuté, mais, à cause de la fidélité de Dieu, jamais abandonné. Il peut être abattu, déprimé, mais il n’est pas perdu, demeurant, quoi qu’il vive, l’enfant bien-aimé de Dieu. Au temps où Il était avec Ses disciples, le Seigneur ne l’a pas caché : l’esclave, disait-Il, n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi (Jean 15,20). Le disciple de Christ doit s’y faire : le sort qui l’attend ici-bas n’est pas différent de celui que son Maître a connu. Aussi ne doit-il pas s’étonner des afflictions qui se produisent pour lui. Elles sont la preuve qu’il Lui appartient.

Le partage de la mise à mort du Christ n’est cependant pas une fin en soi. Elle poursuit un autre but : celui de répandre la vie qui est en lui. Jésus en a aussi témoigné. Alors que la croix se profilait devant Lui, Il dira à ses disciples pourquoi il est nécessaire qu’il passe par là. « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit : Jean 12,24. » Si nous voulons que la vie qui est en nous se propage à d’autres, il n’y a pour cela qu’un seul chemin. Comme le grain de blé jeté en terre, nous devons mourir, être prêt à perdre ici-bas notre propre vie, notre honneur, notre bien-être. Car c’est dans cette perte seulement que le gain de la vie sera possible pour les autres. La gloire du ministre de Christ ne sera jamais, par conséquent, dans ce qui fait sa force, hormis Christ. Paul le dira plus tard : s’il y a un élément dans lequel il se plaît, c’est la faiblesse. Car lorsqu’il est faible, c’est alors que la puissance de Dieu se manifeste à travers lui dans toute sa force (2 Corinthiens 12,9-10).

Voulons-nous porter du fruit en tant que ministre de l’Evangile ? Voulons-nous que la vie que nous avons reçue se propage et contamine d’autres ? Acceptons notre condition de vase de terre fragile ! Soyons de ceux qui sont prêts à porter ici-bas l’opprobre du Christ (cf Hébreux 11,26). Ne cherchons pas de gloire pour nous-mêmes, mais que soit rendu évident pour tous que si nous vivons, cela n’est dû qu’à Sa puissance. Que notre joie soit que, par la mort qui œuvre en nous, la vie se répande autour de nous !

V 13 à 15 : j’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé

Pourquoi le ministre de l’Evangile, malgré tous les désagréments qu’il a à subir dans l’exercice de son ministère, ne renonce-t-il pas à être un témoin du Christ ? Paul partage avec nous ici les trois raisons qui sont au cœur de sa motivation. La première tient au fait qu’il y a là pour lui une nécessité spirituelle. L’Esprit qu’il a reçu, et qui est la source de sa foi, est, par nature, un esprit de témoignage. Il est inconcevable pour l’apôtre d’être un chrétien né de nouveau sans être un témoin du Christ. Annoncer l’Evangile, a déjà dit Paul dans sa première lettre, n’est pas pour lui un sujet de fierté. C’est une nécessité qui lui est imposée (1 Corinthiens 9,16).

La seconde est liée à la perspective de la gloire céleste qui résulte de ce ministère. Alors qu’Il est venu seul du ciel, l’Ecriture témoigne que le Christ n’y retournera pas ainsi. Il y entre à nouveau avec tous les enfants que le Père Lui a donnés (Hébreux 2,13). Il en est de même pour le ministre de Christ dans ce monde. Au jour de la résurrection, il ne paraît pas seul dans la présence de Dieu, mais accompagné de tous ceux que le Père aura attiré à Lui par son ministère. Cette perspective suffit à elle seule pour donner au ministre de Christ la grâce de persévérer malgré toute l’opposition qu’il a à subir.

La troisième est attachée à la connaissance qu’a Paul du dessein de Dieu. Toute l’œuvre de Dieu, explique Paul dans sa lettre aux Ephésiens, poursuit un seul but : célébrer la gloire de la grâce dont il comblé Son peuple en Son bien-aimé (Ephésiens 1,6). Plus le témoignage de Christ se répand, plus les actions de grâces rendues à Dieu se multiplient. Si nous avons à cœur que la gloire qui revient à Dieu Lui soit donnée, annonçons l’Evangile ! Soyons des témoins du Christ ! Rendons compte de l’espérance qui nous habite (1 Pierre 3,15). C’est ici le meilleur travail que nous puissions faire, la cause la plus glorieuse que nous puissions servir !

V 16 à 18 : nous ne perdons pas courage

Eclairé dans son âme par la connaissance qu’il a de la portée céleste de son ministère, Paul voit son courage se réanimer jour après jour. Avec les années, Paul fait la même expérience que nous. Il voit ses forces diminuer, son corps s’affaiblir. Il est des choses qu’il pouvait faire autrefois qu’il n’est plus en capacité de poursuivre. Pour autant, son être intérieur ne suit pas la même pente. Au contraire ! Dans la communion avec Dieu par l’Esprit, il fait l’expérience d’un renouvellement quotidien. La joie qu’il éprouve au service du Maître ne s’amoindrit pas, mais s’amplifie au fur et à mesure que le terme de sa vie approche. Avec le temps, Paul a appris une leçon importante. Les choses temporelles sont relatives, seul ce qui a du poids pour l’éternité compte réellement. Au regard de cette mesure, les nombreux moments de détresse qu’a connus l’apôtre sont insignifiants. Ils sont, comme la vie terrestre, une vapeur qui apparaît et disparaît. Mais la gloire qui y est attachée ne s’évanouit pas. Les disciples de Christ ne souffrent pas ici-bas à cause de Lui pour rien. Leur attachement à Sa Personne dans l’épreuve leur vaut, pour l’éternité, un trésor de gloire dont ils jouiront sans fin.


Quelle est la grande leçon que Paul veut que nous retenions ? En tant que serviteur de Dieu et disciple de Christ, nous ne marchons pas par la vue, mais par la foi. L’objectif de notre vie ici-bas n’est pas que nous connaissions le succès, le repos ou le bien-être. Il est d’amasser des richesses pour le ciel. Aussi devons-nous attacher les yeux de notre cœur non à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas encore, non à ce qui est éphémère, mais à ce qui est éternel. Car le monde passe, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement (1 Jean 2,17).

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