mardi 5 septembre 2017

2 CORINTHIENS 5

V 1 à 10 : notre domicile céleste

Si notre corps est le vase de terre qui sert de récipient pour le trésor qu’est l’Evangile, il n’est pas pour autant à mépriser. Car lui aussi, un jour, participera à la gloire éternelle qui sera la nôtre en Jésus-Christ. Ici-bas, notre corps est semblable à ce qu’est, en termes d’habitation, une tente. C’est un domicile fragile, précaire, qui n’est pas fait pour durer. Nous savons cependant, dit l’apôtre, que si cette tente dans laquelle nous vivons aujourd’hui se détruira, une demeure éternelle qui n’a pas été faite par des mains humaines nous est réservée. Comme il l’a déjà dit dans sa première lettre, la résurrection du corps des croyants fait partie intégrante des articles de la foi de Paul (cf 1 Corinthiens 15). Elle n’est pas pour lui une supposition, mais une certitude.

Fort de cette espérance, Paul soupire en son corps dans l’attente du revêtement du domicile céleste qu’il occupera pour l’éternité. En effet, notre adoption filiale définitive par Dieu n’est pas juste une opération spirituelle. Elle passe par la rédemption de notre corps (Romains 8,23). La plupart d’entre nous, avant que ce fait se produise, passeront par la mort. Mais le secret espoir de Paul est d’y échapper. Il préférerait, dit-il, ne pas se retrouver nus, défaits de son premier vêtement, mais instantanément revêtus, par-dessus le premier, du corps nouveau qui lui est réservé.

A la lumière de ce qui fait l’attente de Paul dans la foi au sujet de son corps, il nous faut reconnaître qu’il y a souvent un décalage entre la nôtre et la sienne. Tandis que nous souffrons et que nous sommes accablés par les nombreux maux inévitables qui touchent notre corps, notre aspiration nous porte, comme Job, à désirer la mort plutôt que la vie (Job 3,20 à 22). Christ étant notre vie, notre préférence est d’être tout de suite avec le Seigneur, ce qui fait de la mort, non pas une perte mais un gain (Philippiens 1,21 à 23). Ici cependant, Paul ne tient pas à donner à la mort la part belle. Il y a à ses yeux quelque chose de meilleur qu’elle en termes d’espérance. C’est le recouvrement instantané du corps mortel par celui qui est immortel, l’absorption par la vie de ce qui porte en lui la marque de la mort. La résurrection, certes, opérera ce prodige. A ce moment, le périssable revêtira l’impérissable et le mortel l’immortalité (1 Corinthiens 15,53). Mais cette opération peut se produire pour le croyant sans qu’il soit dévêtu de son corps, c’est-à-dire sans qu’il passe par la mort. Ce privilège sera celui des croyants restés vivants à l’avènement du Seigneur (1 Thessaloniciens 4,16-17). Si tel était l’espoir secret de Paul en son temps, combien plus cela devrait-il être le nôtre aujourd’hui ! Car la nuit est très avancée et le jour de Sa venue s’est approché. Le salut est plus proche de nous que lorsque nous sommes venus à la foi (Romains 13,11-12). N’espérons pas la mort, mais aspirons de tout notre cœur à faire partie du contingent qui aura le privilège d’être revêtu de son domicile céleste par-dessus le terrestre, sans en être dévêtu ! Si singulière soit-elle, cette perspective ne devrait pas être hors de portée de notre foi ! Car elle s’appuie sur deux précédents, celui d’Hénoc (Genèse 5,23-24), et celui d’Elie, le prophète (2 Rois 2,11-12). Or, ce que Dieu a fait, soyons-en certains : Il peut le rééditer à coup sûr !

Alors qu’il se trouve dans ce corps mortel, Paul dit qu’il est malgré tout toujours plein de courage. Car il sait, ayant reçu les arrhes de l’Esprit, ce qui est devant lui. Les arrhes de l’Esprit sont à la fois un acompte et une promesse. Ils nous assurent d’une part que, dès aujourd’hui, nous participons à la vie de Christ et, d’autre part, que demain nous jouirons en plénitude de notre état de rachetés. Tant que nous sommes dans ce corps, c’est un peu comme si nous vivions en exil loin de notre vraie patrie. C’est pourquoi nous marchons par la foi, non par la vue. Mais notre attente profonde n’est pas de continuer à vivre indéfiniment ici-bas. Elle est d’être pour toujours réunis avec le Seigneur et, si nous avions le choix, dit Paul, c’est cette option qui prévaudrait.

Dans cette attente, nous ne devons en rien nous relâcher. Car ce qui compte dans la vie de l’enfant de Dieu n’est pas la condition dans laquelle il se trouve. Pour l’heure, il est dans ce corps. Mais, comme il en sera au jour où il le quittera, il se doit déjà de Lui être agréable en toutes choses. C’est là ce à quoi il met ici-bas son point d’honneur. Car le jour vient, dit Paul, où tous, nous comparaîtrons l’un après l’autre en pleine lumière devant le tribunal de Christ. Chacun recueillera alors pour lui-même de la main de Dieu la moisson de ce qu’il aura pratiqué, soit en bien, soit en mal, du temps où il vivait dans son corps. Si l’œuvre que quelqu’un a construite demeure, dit Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, il recevra un salaire. Si, par contre, ne supportant pas l’épreuve du feu de Dieu, elle est brûlée, il en subira la perte. Lui, certes, sera sauvé, mais comme au travers du feu (1 Corinthiens 3,14-15).

V 11 à 15 : la double motivation de Paul dans son ministère

Si elle n’est pas la seule source de motivation des attitudes que Paul adopte dans l’exercice de son ministère, la perspective d’être jugé par Christ à ce sujet ne le laisse pas indifférent. Celle-ci lui inspire d’abord, dit-il, une sainte crainte de son Seigneur. La crainte de Dieu est un thème récurrent de toute la Parole de Dieu. Présentée comme la pierre d’angle d’une vie construite sur la sagesse (Psaume 111,10 ; Proverbes 9,10), elle est l’un des garde-fous qui protège le croyant de basculer dans la pratique du mal (Lévitique 19,14 : 2 Chroniques 19,7). Dans le cadre de la mission reçue par Paul, elle produit en lui deux effets. Le premier est qu’elle est le moteur qui le pousse, dans sa prédication et son témoignage, à chercher à persuader les hommes de la vérité du Christ. Car, qu’ils le veuillent ou non, cela ne changera rien à la réalité des faits. Au bout du chemin de chacun, la rencontre du Christ pour le jugement est inévitable. C’est pourquoi, faisant fonction d’ambassadeurs pour Lui, nous ne pouvons, dit Paul, que supplier les hommes en Son nom : Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! (v 20). Le second effet de la crainte de Dieu est qu’elle oblige l’apôtre à vivre devant Lui et devant les hommes dans la lumière. C’est là aussi un point d’honneur sur lequel Paul veillera strictement partout où il travaillera. « Vous êtes témoins, et Dieu l’est aussi, écrira l’apôtre aux Thessaloniciens, que nous avons eu envers vous qui croyez une conduite sainte, juste et irréprochable (1 Thessaloniciens 2,10). La crainte du Seigneur doit être la marque du représentant du Christ ici-bas. Aussi posons-nous la question : est-elle présente dans nos vies ? Motive-t-elle notre façon d’être et d’agir dans le monde, comme envers nos frères et sœurs dans la foi ?

Quoique l’apôtre rende ainsi témoignage de lui-même, il précise immédiatement qu’il ne le fait pas en vue de se recommander auprès des Corinthiens. Il n’aurait dans des conditions normales pas à le dire. Mais, vu le contexte, il tient à le stipuler. Ce qu’il vise en parlant ainsi de lui, c’est fournir des arguments à ceux qui, prenant sa défense, doivent répondre à ses détracteurs. La véritable qualité d’un serviteur de Dieu ne se mesure pas dans les apparences, mais dans ce qu’on peut lire de son cœur. La passion de Paul pour son Dieu a pu le faire passer pour certains comme quelqu’un d’insensé, de déraisonnable. C’est là le jugement que porta sur lui, par exemple, Festus, le gouverneur de Judée, lorsque Paul comparut devant lui (Actes 26,24-25). Mais, quant à son attitude auprès de ses frères, l’apôtre cherchera toujours à être mesuré, sans excès. Les Corinthiens peuvent en témoigner. Ni dans sa façon de présenter l’Evangile, ni dans les moyens utilisés, Paul ne fera preuve d’extravagance. Prêt à tout pour son Dieu, il fera aussi tout dans sa façon d’être et d’agir pour ne pas être une occasion de chute ou de scandale pour ceux qu’il veut gagner à Christ.

Si la crainte du Seigneur, qui émane de la conscience qu’a l’apôtre de sa redevabilité à Christ quant au comportement qui est le sien, est la première motivation qu’il évoque au sujet du zèle dont il fait preuve pour son ministère, elle n’est pas la seule. Une seconde, supérieure quant à sa nature, lui est associée : l’amour. Or, l’amour dont Paul parle ici n’est pas le sien. En effet, si le principal moteur de l’engagement missionnaire était l’amour humain, celui-ci s’arrêterait rapidement. Ce qui motive profondément Paul à être prêt à donner sa vie pour les autres, c’est l’amour de Christ. L’amour de Christ est la source de la vision qu’a l’apôtre au sujet de l’humanité. Voyant Christ, le Fils de Dieu, quitter Sa gloire éternelle, devenir homme et mourir pour le péché de l’humanité, Paul en tire deux principes qu’il applique au monde et à lui-même. Le premier principe touche à la réalité spirituelle dans laquelle se trouve tous les êtres humains. Si Christ a dû mourir pour tous, c’est que tous sont morts, une vérité déjà affirmée par Jésus dans l’Evangile (Matthieu 8,22). La mort, dira Paul ailleurs, est le salaire du péché (Romains 6,23). Entrée dans l’humanité par Adam, elle s’est étendue à tous, parce que tous ont péché (Romains 5,12 ; Ephésiens 2,1). Outre le Christ, et la vie de résurrection qu’Il communique, il n’y a d’espoir de salut pour personne et aucun moyen d’accès à la vie éternelle. Parce que telle est la réalité dans laquelle se trouve plongée l’humanité sur le plan spirituel, l’amour de Christ inspire à l’apôtre une seconde réalité qui le concerne. Si lui a reçu la vie, ce n’est pas pour qu’il la garde pour lui-même. Vivant, sa vie n’a de sens désormais que si elle est vouée, consacrée à Celui qui a payé un si grand prix pour le salut de tous et qui a triomphé de la mort pour eux !

Les deux motivations dont Paul témoigne ici nous rappellent une vérité essentielle quant à ce qui doit animer le zèle missionnaire. Le zèle missionnaire trouve sa source première en Dieu. C’est dans la connaissance que nous avons de Dieu en Christ que se forgent les convictions qui sont à la base de nos engagements pour le salut du monde. Séparé de sa source, le feu qui nous anime s’étiole et s’éteint rapidement. Que la crainte de Dieu et l’amour de Christ nous pressent chaque jour à offrir notre vie sans réserve à Celui qui a payé un si grand prix pour notre salut !

V 16 et 17 : une création nouvelle

Nous avons vu que la vision que Paul a de l’état spirituel dans lequel se trouve l’humanité est ce qui détermine son engagement missionnaire. Cette vision n’a rien de subjectif. Elle découle du fait objectif que Christ, le Fils de Dieu, a dû devenir homme, mourir et ressusciter pour la rédemption de tous. La mort et la résurrection de Jésus sont devenus le prisme au travers duquel Paul juge de l’état et de la nature de toutes choses. Le corollaire pratique de la vision de l’humanité engendrée par la connaissance qu’a reçue Paul de Christ est que, dit-il, il ne connait désormais plus personne selon la chair. Avant d’avoir saisi quel regard Dieu portait sur l’humanité, l’opinion de Paul sur les êtres qui le côtoyaient était déterminé par des critères d’ordre sociaux ou éthiques. L’un était juif, l’autre païen ; l’un était un pécheur notoire, l’autre un pharisien moraliste (cf Luc 15,1-2). En Christ, cette façon de classer les gens par catégorie est devenue caduque. Il n’y a plus x groupes qui séparent les êtres humains. Tous sont englobés en un seul : des pécheurs qui ont besoin d’être réconciliés avec Dieu (cf Romains 3,3).

A ce sujet, Paul va même plus loin ! Parmi les apôtres ou les croyants qu’il croise, bon nombre ont eu le privilège de côtoyer le Christ dans la chair. Désormais, dit-il, même cette manière de voir le Christ est périmée. Retourné dans la gloire, Celui-ci s’est dépouillé de l’enveloppe corporelle sous laquelle il fut connu du temps de Son humanité. C’est avec les yeux de l’Esprit que chacun, y compris les disciples et Ses frères et sœurs dans la chair, doit Le contempler.

Si Paul ne connaît plus personne selon la chair, cette vérité au travers de laquelle il considère chacun ne s’applique pas seulement aux perdus. Elle conditionne aussi le regard qu’il porte désormais sur tous ceux qui sont en Christ. La lettre de Paul à Philémon au sujet d’Onésime en est un témoignage éloquent. Ancien esclave au service de Philémon, Onésime s’était enfui de chez son maître croyant. Par la grâce de Dieu, celui-ci devint chrétien au contact de Paul en prison. Onésime devenu un être nouveau, Paul écrit à Philémon de l’accueillir, non plus comme l’esclave inutile qu’il était dans le passé, mais comme un frère bien-aimé à qui il lui demande de faire grâce également (Epître de Paul à Philémon). Oui, si quelqu’un est en Christ, il n’est plus ce qu’il était autrefois. Il est une création nouvelle ! Ce qui est ancien fait désormais du passé. Cela, certes, fait partie de l’histoire de la personne. Mais cette tranche de sa vie est révolue. Quelque chose de neuf est né ! Une nouvelle histoire a commencé. C’est avec ce regard que nous sommes appelés à considérer dorénavant nos frères et sœurs en Christ !

V 18 à 21 : ambassadeurs au service de la réconciliation

Cette réalité de l’identité nouvelle au travers de laquelle nous devons regarder ceux qui sont à Christ nous vient d’une seule source : de Dieu. Pécheurs de nature, nous étions par nous-mêmes incapables de dépasser ou de sortir de notre état. Mais, dans le Christ, Dieu est venu jusqu’à nous dans le but unique de nous réconcilier avec Lui. Sans tenir compte aux humains de leurs fautes, Il a Lui-même mis en œuvre le processus par lequel le monde serait réconcilié avec Lui. C’est pourquoi nous pouvons porter un regard neuf sur ceux qui, autour de nous, sont à Christ. Ce qui les définit n’est plus ce qu’ils ont été dans le passé. Réconciliés avec Dieu, ils ont été régénérés. Ils sont devenus fils et filles de Dieu. Un nouvel être a pris forme en eux qui, jour après jour, se développe en vue de la ressemblance de Celui en qui il a pris racine.

Réconciliés avec Dieu, nous sommes porteurs de la plus belle des missions. Citoyens du royaume des cieux, nous sommes désormais ici-bas les ambassadeurs de Christ. De Sa part, nous supplions les hommes que nous côtoyons : « Vous aussi, comme nous, laissez-vous réconcilier avec Dieu !  Le temps dans lequel nous vivons est celui de la grâce. C’est le temps où Dieu choisit de ne pas vous demander compte de vos forfaits ! S’Il peut le faire, ce n’est pas parce qu’Il passe l’éponge sur eux ! Cela n’est dû qu’au fait que le Christ, Son Fils éternel et unique, a été fait péché pour nous. Alors qu’Il était saint, innocent et juste, Il s’est volontairement identifié à nous, prenant à Son compte les fautes qui nous incombaient. Aussi a-t-Il été traité par Dieu comme la représentation même de tout ce que, dans Sa justice, Dieu condamne ! Par Lui, grâce à Lui, un échange inimaginable s’est produit. Ce qui était porté à notre compte comme une dette insoluble (nos offenses) a été mis sur Lui, comme s’Il en était le débiteur. Et ce qui était au crédit de sa Personne (Sa justice) nous a été imputé. Au regard de Dieu, nous sommes aussi justes que Son Fils, tandis que Lui se retrouve aussi coupables que nous pouvions l’être ! »

Qui ne pourrait adhérer et souscrire à une aussi bonne nouvelle ! L’intelligence des hommes a subi cependant un tel aveuglement qu’ils ne voient pas briller la splendeur de la gloire de notre Evangile (2Corinthiens 4,4). Il nous faut donc prier pour eux, mais aussi, dit Paul, chercher à les persuader (5,11), se faire pressant, insistant, les supplier de saisir la grâce qui leur est offerte (5,20). Que Dieu nous donne quant à nous, pendant qu’il en est encore temps, celle de poursuivre sans relâche notre mission de témoins et d’ambassadeurs de Christ !


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire