mercredi 13 septembre 2017

2 CORINTHIENS 6

V 1 et 2 : ne pas recevoir la grâce en vain

Mandatés par Dieu pour être les agents de cette mission de réconciliation, Paul exhorte les Corinthiens à ne pas accueillir la grâce de Dieu en vain. Comme il l’a déjà écrit, si, en tant que disciples de Christ habités par une vie nouvelle, nous sommes ici-bas, c’est pour une seule raison : servir et vivre pour Celui qui est mort et ressuscité pour nous (5,15). Notre vraie citoyenneté est déjà aux cieux ! Ici-bas, tels les ambassadeurs, nous nous trouvons en exil pour un seul office : représenter les intérêts du royaume auquel nous appartenons. Où qu’il soit, l’ambassadeur n’est pas, dans le pays où il exerce sa charge, chez lui. Il est un étranger dont la présence ne se justifie que par la mission dont il est le porteur. Aussi n’a-t-il pas à épouser, comme Loth le fera à Sodome, le style de vie des habitants du pays où il a été envoyé. Sa charge est celle d’un porte-parole. Il est parmi le peuple où il se trouve la voix de l’autorité du pays qu’il représente.

Or, le message qu’il est appelé à délivrer aux terriens de la part de Dieu est pressant. S’il y a un salut possible pour eux, ce n’est pas demain qu’il se trouve. C’est maintenant, aujourd’hui, que Dieu accueille, écoute, entend et exauce le cri de ceux qui s’adressent à Lui dans ce but. L’année dans laquelle nous nous trouvons est l’année de la grâce (Luc 4,19), à laquelle succèdera le jour de la vengeance de Dieu (Esaïe 61,2). Il y a donc urgence à délivrer le message de la main tendue de Dieu aux pécheurs qui se repentent, à le communiquer au plus grand nombre. Rien ne serait pire, en effet, après avoir reçu la grâce de la garder pour soi. Et c’est là le danger qui guettait les Corinthiens et qui guette aussi nombre d’enfants de Dieu aujourd’hui.

V 3 à 10 : l’impératif de veiller à sa crédibilité

Ministre de Dieu et ambassadeur pour le Christ, Paul a le souci, avec ceux qui forment l’équipe qui l’accompagne, de n’être pour personne une pierre d’achoppement qui serait cause de son rejet de la foi. Le ministre de Dieu, sa vie, son comportement, ses attitudes, est la première preuve de crédibilité du message dont il est le porteur. Aussi doit-il être en toutes choses, non seulement irréprochable dans sa conduite, mais un modèle des vertus qu’incarne Celui qu’il représente. Il y va à la fois de l’honneur du royaume dont il est ici-bas l’émissaire et du crédit de sa parole.

Alors que Paul devait faire face à la concurrence de super-apôtres qui impressionnaient les Corinthiens (11,5), il nous dresse ici une première liste de qualités par lesquelles il se recommande avec son équipe. Si Paul le fait, ce n’est que contraint par la situation. Il ne le fait pas pour lui-même mais, comme il l’a déjà dit, pour donner à ceux qui lui sont attachés, des motifs de fierté à leur sujet (5,12). La première des qualités que Paul relève, au sujet de son vécu de ministre de Dieu, est l’endurance. L’endurance est une capacité qui ne peut se développer que face à l’adversité (Romains 5,3). Or, à ce sujet, Paul a tout connu : détresses en tous genres, coups, emprisonnements, émeutes contre sa personne, travail pénible, veilles, jeûnes multiples… Si l’adversité est l’endroit où l’on fait ses preuves, Paul passe le test avec brio.

Si l’endurance face aux vents contraires est la qualité première que relève Paul, elle ne se limite pas à ce domaine. Elle est aussi celle dont il a fait preuve dans la culture des vertus qui sont les marques de la vie de Christ. Paul en dénombre huit. La première est la pureté, à la fois dans la conduite et les motifs qui en sont la source. Puis vient la connaissance. D’évidence, Paul n’aurait jamais pu écrire toutes les lettres qui se trouvent dans le Nouveau Testament, s’il n’avait fait preuve d’une grande assiduité dans ce domaine. Viennent ensuite la patience et la bonté. Paul le dira plus tard. Outre les souffrances liées à l’annonce de l’Evangile, sa préoccupation quotidienne majeure touchera à la santé des Eglises qu’il aura implantées (11,28-29). A de multiples reprises, Paul ne se lassera pas de dire et redire les mêmes choses pour, qu’enfin, elles deviennent salutaires à ceux qui les entendent (Philippiens 3,1). Paul évoque ensuite sa persévérance à marcher dans l’Esprit-Saint. La vie de prière de l’apôtre, témoignage de sa totale dépendance de Dieu, en est l’une des preuves les plus éloquentes.  L’apôtre dira plus tard également que les armes par lesquelles il combat ne sont pas charnelles (10,4). Ce sont les armes offensives (la Parole de Dieu, la prière, le zèle pour l’Evangile) et défensives (le bouclier de la foi, la cuirasse de la justice, la ceinture de la vérité, le casque de l’espérance) de la justice, celles qu’il identifie ailleurs comme les éléments de l’équipement spirituel du soldat chrétien (Ephésiens 6,13 à 17). Il atteste encore de son amour pour tous, sans calcul, sans hypocrisie, manifesté par son attitude permanente de serviteur.  Il souligne enfin la réalité de son endurance dans la parole de la vérité et dans son souci d’agir par la puissance de Dieu, deux vertus qui sont l’objet de sa première lettre aux Corinthiens (1 Corinthiens 1,18 à 25).

S’il y a un domaine dans lequel se mesure la qualité d’un ministre de Dieu, ce ne peut-être que celui du vécu. C’est aux fruits que l’arbre porte, a dit Jésus, que l’on en reconnaît la nature (cf Matthieu 7,15 à 20). Le vécu est un révélateur. Il manifeste, au-travers des mille difficultés qui le composent, ce qui habite la personne. A l’aune de ce critère, Paul invite les Corinthiens à ne pas se laisser fasciner par ce qui ne se trouve que dans les apparences, mais à examiner ce que révèle le cœur (5,12). Car, comme il va en témoigner maintenant, la façon dont est perçu le serviteur de Dieu ne reflète souvent pas la réalité de ce qu’il est.

A quoi doit s’attendre, de la part de ceux pour qui il est en spectacle, le ministre de Dieu ? Quelle reconnaissance peut-il espérer ? S’il connaît des moments de gloire, il doit aussi être prêt au déshonneur. Le ministre de Dieu est serviteur d’un Christ rejeté, bafoué. Il ne doit pas s’attendre à vivre mieux ou à être mieux reçu que son Maître (cf Jean 15,20). Parfois on vantera ses qualités, et plus tard on le dénigrera. S’il doit tout faire pour se rendre recommandable à tous, le ministre de Dieu ne doit pas trop s’inquiéter de la réputation qu’on lui fait. N’a-t-on pas dit à ce sujet tout et son contraire à propos de son Maître (cf Jean 7,40 à 46 ; Matthieu 12,24) ? A sa suite, le ministre de Dieu sera, partout où il passera, un signe qui provoquera la contradiction (Luc 2,34). Parce qu’ils ne jugent qu’en fonction de l’apparence, ceux qui l’observent se font une opinion fausse de sa personne. Ils le considèrent comme un imposteur qui cherche à manipuler les foules pour son intérêt, alors qu’il n’est que le serviteur de la vérité. On fait tout pour l’ignorer quoi que l’on sache très bien qui il est. On s’imagine qu’au vu de tout ce qu’il a déjà traversé, il ne vivra pas longtemps. Mais c’est l’inverse qui se produit. Par la grâce de Dieu, le serviteur de Dieu échappe à la mort, se relève et poursuit sa route (cf 11,23 à 25). Qui regarde le serviteur de Dieu de l’extérieur se dit qu’il n’aimerait pas avoir sa vie. « Que celle-ci, avec tous les déboires qu’elle connaît, doit être triste, pense-t-il ! Si on veut réussir et devenir riche, ce n’est vraiment pas cette voie qu’il faut suivre ! » L’erreur de jugement est total ! Oui, le serviteur de Dieu est souvent attristé ! Mais il connaît une joie intérieure dont le monde n’a aucune idée ! Oui, il n’est pas du nombre des fortunés ! Mais les trésors qu’il possède en lui-même vont enrichir des multitudes. Certes, en apparence il ne semble rien avoir ! En réalité, parce qu’il a part à la richesse de Dieu, tout lui appartient (1 Corinthiens 3,21 à 23) ! Que chaque serviteur de Dieu le sache ! Notre fierté n’est en rien d’autre que dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ ! Par Lui le monde est crucifié pour nous, comme nous le sommes pour le monde (cf Galates 6,14).

V 11 à 13 : élargissez vos cœurs

Si les Corinthiens, sous l’influence de faux apôtres, font preuve de méfiance à l’égard de Paul, tel n’est pas son cas à leur sujet. Quelle que soit leur attitude envers lui, ils occupent toujours une place de choix dans son cœur. La façon avec laquelle il le leur ouvre sans réserve en témoigne. Comme il le ferait avec un ami, Paul n'a rien à cacher à ses frères et sœurs de Corinthe. Ils sont ses enfants, ses bien-aimés et, s’ils ont changé à son égard, il tient à leur démontrer que, de son côté, il n’en est pas de même. Il les invite à l’imiter. Que les Corinthiens se libèrent de la prison dans laquelle leurs sentiments pour lui sont confinés ! Qu’il y ait de nouveau entre eux et lui toute la liberté d’échange que procure l’amour !

Un des indices certains que l’amour entre deux êtres s’est refroidi se révèle à coup sûr dans la perte de liberté que démontre l’une partie (ou les deux) à s’ouvrir à l’autre. Si tel est le cas de la part de quelqu’un à notre égard, agissons comme Paul ! Témoignons que de notre côté ce refroidissement n’existe pas ! Soyons avec lui comme nous avons toujours été ! Ouvrons-lui notre cœur sans réserve de manière à ce qu’il sache que, de notre côté, notre confiance en lui n’est pas entamée ! Notre frère ne sera jamais pour nous un ennemi ! S’il nous frappe la joue par sa froideur et sa distance, tendons-lui encore davantage l’autre pour lui signifier notre amour confiant. C’est là la meilleure façon de le faire revenir à de meilleurs sentiments pour nous et de l’affranchir de ce qui le tient à l’étroit envers nous, au-dedans de lui-même.

V 14 à 18 : pas d’association contre nature

La loi de Moïse stipulait de manière précise que l’Israélite devait se garder de mettre sous le même joug pour le labour deux animaux d’espèces différentes (Deutéronome 22,10). Créer une telle association ne pouvait être que préjudiciable pour le but poursuivi. L’âne, en effet, n’est pas fait pour travailler avec le bœuf et vice-versa. Ce qui est vrai pour les espèces différentes d’animaux l’est aussi pour les croyants et les non-croyants. La nature du croyant ne le porte pas vers les mêmes intérêts que celle du non-croyant. Aussi toute association, tout partenariat entre eux sera inévitablement source de tensions. Car, tandis que le croyant est libre à l’égard du péché, le non-croyant l’est à l’égard de la justice (Romains 6,20 et 22). Tandis que l’un sera soucieux de faire les choses dans la lumière, l’autre privilégiera tout moyen qui sert ses intérêts, quitte à mentir pour se faire. Les croyants doivent en prendre conscience : ils ne sont pas les seuls à vivre sous une influence spirituelle. S’ils appartiennent à Christ, qui vit en eux par Son Esprit, les non-croyants sont sous la domination de Satan. Or, il ne peut y avoir de contrat d’alliance entre Christ et Satan ! Le croyant se gardera donc de faire cause commune avec l’incroyant. Ni l’esprit qui habite l’un et l’autre, ni le royaume spirituel auquel ils appartiennent, ne sont compatibles.

Dans la pratique, il est vrai qu’il n’est pas toujours aisé de savoir à quel moment le croyant se trouve engagé avec le non-croyant. Sur la base de l’image utilisée par Paul (l’attelage), nous pouvons dire que tout ce qui lie le croyant avec le non-croyant par un contrat est néfaste pour lui. Le principe s’applique dans le domaine des affaires, et plus encore dans le mariage. Car, selon la volonté de Dieu, mari et femme ne sont plus deux, mais ne forment qu’un (Matthieu 19,6 ; 1 Corinthiens 6,16). C’est donc dans le Seigneur seul que le croyant doit envisager son union avec un partenaire (1 Corinthiens 7,39). Si l’application du principe de séparation entre le croyant et le non-croyant vaut pour le mariage, elle touche d’une manière aussi forte le domaine spirituel. Le chrétien n’est pas seulement un être humain régénéré. Il est aussi le temple, le sanctuaire de Dieu (1 Corinthiens 6,19), comme l’est aussi l’Eglise (Ephésiens 2,21). Le temple est ici-bas la maison de Dieu, Son pied-à-terre, le lieu où Il habite. Aussi, le croyant, comme la communauté locale à laquelle il appartient, doit se garder de toute union d’ordre spirituel avec des groupes qui, de manière manifeste, pratiquent l’idolâtrie. Il ne doit donner, d’une manière ou d’une autre, aucune impression de complaisance envers eux (Paul traite abondamment de ce sujet dans sa première lettre : 1 Corinthiens 8 à 10). C’est là la condition première à remplir pour que le Dieu saint soit avec nous et marche au milieu de nous.


L’exhortation finale de Paul dans ce chapitre va dans la droite ligne de son introduction. La grâce de Dieu, qui nous est si généreusement donnée, se doit de ne pas être reçue en vain (v 1). Cela implique que les Corinthiens doivent maintenant croire en l’Evangile, mais aussi, par la suite, vivre selon l’Evangile. La grâce de Dieu implique des ruptures, des distances, des séparations. Elle ne nous communique pas seulement la bonne nouvelle du pardon de Dieu pour nos fautes. Elle nous enseigne aussi à renoncer à l’impiété et aux désirs de ce monde, et à vivre dans le temps présent d’une manière pondérée, juste et pieuse dans l’attente de la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus-Christ (Tite 2,12-13). Notre Dieu n’est pas un Dieu lointain. Il est devenu, par Jésus-Christ, notre Père. Soyons pour Lui des fils et des filles dignes de Son nom ! C’est ici-bas notre gloire, notre mission et notre vocation !

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