vendredi 29 septembre 2017

2 CORINTHIENS 8

V 1 à 6 : la contribution des Eglises de Macédoine à la collecte

Nous entrons, avec ce chapitre et le prochain, dans une section nouvelle de la lettre de Paul. Si jusque-là, Paul s’est attaché à défendre les motivations qui étaient à la source de son ministère, il change ici de ton et de sujet. Paul veut impliquer les Corinthiens dans l’œuvre de bienfaisance qui est en cours parmi toutes les Eglises d’origine païenne à destination de l’Eglise de Jérusalem éprouvée par la famine. Outre son côté pratique, cette œuvre a, à ses yeux, une portée théologique indiscutable. Elle est la manifestation par l’Eglise de la grâce de Dieu (v 1). Hors Jésus-Christ, il était inconcevable que des païens viennent au secours de Juifs éprouvés. Mais, la grâce de Dieu a renversé le mur de séparation qui tenait à distance les uns des autres, Juifs et païens. Elle les a réunis en un seul peuple, une seule famille (Ephésiens 2,14 à 16). L’entraide pratique et financière qui va des chrétiens d’origine païenne vers ceux d’origine juive en est la démonstration. Aussi, Paul va-t-il user de plusieurs arguments pour inciter ses frères de Corinthe à s’inscrire dans ce vaste mouvement de soutien qui est un témoignage puissant de la capacité de Dieu par la grâce de renverser les barrières d’ordre culturel pour le bien du corps de Christ.

Le premier d’entre eux est l’exemple de générosité dont ont fait preuve les Eglises de Macédoine. La Macédoine est une province située au Nord de la Grèce qui comprend, entre autres, les villes de Philippe, Thessalonique ou Bérée. Or, malgré le fait que ces Eglises soient aussi éprouvées, Paul dit qu’il n’a pu les empêcher de contribuer à cet élan de soutien massif en direction des chrétiens Juifs tant leur désir de participer était fort. Leur zèle a ainsi produit une opération peu commune. Leur joie débordante alliée à leur pauvreté profonde ont fait abonder les dons pour produire une richesse d’une générosité inespérée. On pense parfois que c’est des Eglises les plus riches que l’on doit s’attendre à voir venir le secours pour les plus pauvres. L’exemple donné ici par Paul au sujet des Eglises de Macédoine infirme ce présupposé. Ce qui est à la source de la générosité d’un cœur, c’est l’empathie dont celui-ci fait preuve à la vue du besoin dans lequel se trouvent les autres. Or, cette empathie est rarement présente dans le cœur des riches qui ne savent pas ce que cela signifie d’être privé de quoi que ce soit. Qui a été éprouvé et a connu le besoin ou la pauvreté sait ce que cet état signifie. Il n’a aucune difficulté à s’identifier à la souffrance de ceux qui passent par les mêmes « galères » que lui dans le passé. Aussi, même s’il n’est pas riche, est-il plus enclin que le fortuné à ouvrir son cœur et sa main pour secourir le nécessiteux en qui il reconnaît un frère. Les pauvres qui sont généreux sont l’humiliation des riches. Que Dieu nous donne d’apprendre d’eux !

V 7 à 9 : l’exemple de Jésus-Christ

Si l’exemple des Eglises de Macédoine est le premier argument utilisé par l’apôtre Paul pour inciter les Corinthiens à contribuer avec générosité à la collecte destinée à l’Eglise de Jérusalem, il en est un autre dont le poids lui est infiniment supérieur. Il s’agit de l’exemple qu’a été Jésus-Christ. S’il y a quelqu’un qui, dans l’univers, était riche, c’est bien Lui. Paré de la gloire et des richesses de la Divinité, Jésus-Christ, le Fils de Dieu était le Créateur et le Propriétaire légitime de tout (Colossiens 1,16 ; Hébreux 1,10). Des myriades d’anges étaient à Son service et Lui vouaient une adoration incessante (Hébreux 1,6-7). A cause de nous, Jésus-Christ, le Fils de Dieu, n’a pas regardé Son égalité avec Dieu comme un butin à préserver à tout prix. Mais Il s’est dépouillé Lui-même de Sa condition divine pour devenir homme (Philippiens 2,6-7). De riche qu’Il était, Il s’est fait pauvre parmi les pauvres, partageant les conditions matérielles les plus modestes de la vie des hommes. Il l’a fait, dit Paul, non pour Lui-même, mais pour nous, afin que, par Sa pauvreté, nous soyons les bénéficiaires de Sa richesse.

Or, en tant qu’Eglise de Jésus-Christ, la communauté de Corinthe est parmi toutes, une de celles qui a le plus bénéficié des richesses de son Seigneur. Elle a été si favorisée que Paul n’a pas hésité à dire à son sujet qu’il ne lui manquait rien, aucun don de la grâce dans l’attente de la révélation de Jésus-Christ (1 Corinthiens 1,7). Ayant tant reçu de Celui qui s’est appauvri à l’extrême pour l’enrichir, ne serait-ce pas à elle maintenant de donner l’exemple de la générosité, alors que l’occasion s’y prête ? Puisqu’elle a tant reçu de la grâce de Dieu, n’est-il pas le moment pour elle d’abonder dans la grâce dont elle peut faire preuve à l’égard de ses frères démunis ? Paul ne cherche pas à imposer ici quoi que ce soit. Il le précise et le dira plus loin : Dieu aime celui qui donne avec joie et non par contrainte (2 Corinthiens 9,7). Mais il y a là une logique induite par l’amour, qui veut que celui qui a beaucoup reçu quand il était dans le dénuement puisse aussi donner à ceux qui s’y trouvent quand lui-même est pourvu. Bénissons Dieu pour la générosité infinie dont nous avons été l’objet en Jésus-Christ, Son Fils ! Mais n’en restons pas aux mots ! Bénissons nos frères qui sont dans le besoin de la bénédiction que nous avons reçue ! La grâce en se multipliant fera ainsi abonder les actions de grâces de beaucoup à la gloire de Dieu !

V 10 à 11 : la fidélité aux engagements pris

Paul a d’autant plus la liberté d’inciter les chrétiens de Corinthe à participer à l’effort de soutien destiné aux chrétiens éprouvés de Jérusalem qu’ils ont été les premiers, lorsqu’il fut décidé, à le vouloir et à le mettre en œuvre. Il ne s’agit donc pas pour eux d’entrer dans une œuvre nouvelle de laquelle il prenne connaissance à l’instant sous la plume de l’apôtre, mais plutôt de mener à bien jusqu’à son terme ce qui a été entrepris. Avoir de la bonne volonté pour commencer une chose est bien. Mais celle-ci ne devient une réelle bénédiction pour les autres que quand elle se poursuit jusqu’à sa pleine réalisation. L’histoire humaine est parsemée de projets qui, débutés avec enthousiasme, n’ont jamais abouti. Il ne faut pas qu’il en soit ainsi parmi le peuple de Dieu. C’est pourquoi, avant de se lancer dans une entreprise, Jésus invite Ses disciples à s’asseoir et à calculer la dépense (Luc 14,28). Avons-nous les moyens de nos ambitions ? Avons-nous pris le temps d’évaluer le coût et l’investissement qu’exige de nous le projet ? Serons-nous capables dans la durée de nous y tenir ? Avons-nous bien planifié les étapes qui conduiront à sa réalisation ? Certes, il peut y avoir dans le déroulement des choses toutes sortes d’oppositions et d’imprévus qui retardent son accomplissement. Mais il est vital, pour chacun de nous, d’anticiper au maximum la dépense que le projet requiert, plutôt que de l’abandonner à notre honte en cours de route.

V 12 à 15 : un engagement réfléchi et équitable

C’est, dit Paul, sur la base des moyens que chacun possède que doit se décider le montant de la contribution de chacun à la collecte organisée pour les chrétiens de Jérusalem. Il ne s’agit pas pour les chrétiens de Corinthe de se mettre en difficulté pour soutenir leurs frères juifs éprouvés, mais plutôt de suivre un principe d’égalité. Dans la circonstance, l’abondance des uns va servir à combler ce qui manque chez les autres. Ainsi, comme il en fut au jour où Dieu donna dans le désert la manne à manger aux Israélites, celui qui avait beaucoup n’avait rien de trop, et celui qui avait peu ne manquait de rien (Exode 16,18).

Le principe défendu ici par Paul nous rappelle que, si le peuple de Dieu est fractionné en communautés locales distinctes, il n’est qu’un seul peuple, qu’une seule famille. Ce qui arrive à une Eglise en termes de joie ou de souffrances ne la concerne pas elle seulement. C’est le Corps dans son entier qui est affecté et impliqué dans les besoins et les épreuves que connaît l’une de ses parties. Aussi, la solidarité fraternelle doit-elle jouer à plein lorsque l’Eglise, dans une de ses composantes, souffre. Comme l’a écrit Paul, la mise en œuvre de cette solidarité n’a pas être pesante pour ceux qui sont appelés à la pratiquer. C’est une solidarité circonstanciée, qui a une raison d’être momentanée. Elle a comme objet, non d’assister pour toujours la communauté en difficulté, mais le temps pour elle de surmonter l’épreuve par laquelle elle passe. C’est ensuite une solidarité réfléchie. La bonne volonté qui en est la source ne s’exemptera jamais de l’intelligence qui permet de calculer avec sagesse le montant de l’aide fournie. Ne soyons pas de ceux qui, par imprudence, promettent et qui ensuite, par réalisme, se dédisent. Mieux vaut mesurer notre engagement et le tenir que de prétendre quelque chose que nous ne ferons pas. Que Dieu donne à Son peuple un cœur sensible aux besoins du Corps de Christ dans son entier, de manière à ce que, comme il est dit, sans cesse l’abondance des uns réponde aux besoins des autres !

V 16 à 24 : les émissaires envoyés à Corinthe pour la collecte

Il n’y a pas dans l’esprit de Paul de petites et de grandes choses, ou des choses de grande et de moindre importance. Autant la motivation qui doit animer les chrétiens de Corinthe en vue de leur participation à la collecte organisée en soutien aux chrétiens de Jérusalem doit-elle être exemplaire sur le plan de l’amour, autant il doit en être de même pour l’organisation pratique du ramassage des fonds. Le souci de Paul dans ce domaine est le même que celui qui l’anime pour tout le reste de son ministère. Il s’agit pour lui, non seulement d’être agréable à Dieu dans ce qui est fait, mais aussi d’être irréprochable aux yeux des hommes. Les questions d’argent dans l’Eglise de Jésus-Christ ont toujours été des sujets à haut risque. Aussi, Paul estime-t-il qu’elles doivent être traitées avec d’infinies précautions. Les donateurs doivent être assurés que les personnes qui s’occupent de ces questions dans l’œuvre de Dieu sont dignes de confiance et que leurs dons seront bien affectés aux causes pour lesquelles ils étaient destinés. C’est pourquoi l’apôtre prend ici le temps qu’il faut pour présenter aux Corinthiens les frères qui seront envoyés auprès d’eux pour la collecte de leur offrande.

Ces frères sont trois. Le premier est connu des Corinthiens, puisqu’il s’agit de Tite revenu de chez eux vers Paul pour lui porter des nouvelles de l’Eglise. Paul précise à son sujet qu’il n’a eu nul besoin de le forcer. Béni par son passage chez eux, Tite était enthousiaste à l’idée d’y retourner en vue de cette nouvelle mission. Deux frères, mandatés par les Eglises, l’accompagneront. L’identité d’aucun d’eux n’est ici révélée. Mais leur réputation est telle parmi les Eglises qu’ils ont fait l’unanimité pour la charge de cette œuvre. C’est donc un trio de frères fiables et reconnus par tous pour leur zèle pour l‘Evangile et leur probité qui part de la Macédoine vers l’Achaïe en vue de cette œuvre de bienfaisance et de solidarité de grande ampleur.


Nous avons souvent tendance, dans notre estimation des ministères, de privilégier ceux qui touchent au domaine de la parole. Nous louons les prédicateurs éloquents, les enseignants qualifiés, les docteurs rigoureux dans leur enseignement. Nous oublions trop souvent la valeur des ministères de service si nécessaire à l’œuvre de Dieu. Le livre des Actes nous le rappelle. Il faut pour servir aux tables et s’occuper des œuvres de charité dans l’Eglise les mêmes qualités que pour enseigner : être des hommes sages, fiables et remplis de l’Esprit (Actes 6,3). La grandeur du Maître ne s’est pas vue seulement dans les paroles qu’Il a prononcées (Jean 7,46). Elle s’est aussi manifestée dans l’humilité dont Il a fait preuve dans le service (Luc 22,27). N’hésitons pas à faire la louange, à exprimer notre appréciation envers ceux qui, d’un cœur entier, travaillent au bien de tous par le service qu’ils rendent à la communauté. Car Dieu ne regarde pas à ce qui frappe les yeux, mais au cœur (1 Samuel 16,7).

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