vendredi 13 octobre 2017

2 CORINTHIENS 10

V 1 et 2 : les accusations dont Paul fait l’objet à Corinthe

Avec ce chapitre, nous abordons la 3ème et dernière partie de la lettre de Paul aux Corinthiens, une section apologétique. Le but de Paul, en effet, n’est pas dans son épître de s’adresser seulement à ceux qui, à Corinthe, font preuve de confiance envers lui, mais à tous. Or, il se trouve qu’à l’intérieur de l’Eglise, un certain nombre de croyants se sont montrés critiques envers lui. C’est à cette frange là que l’apôtre répond ici.

Quelles sont donc les accusations portées contre l’apôtre par ses détracteurs ? Elles sont multiples et Paul ne va passer sur aucune. La première est que Paul n’est pas le même homme de près et de loin. De près, lorsqu’il est en face des autres, Paul paraît doux et humble. De loin, quand il s’agit de reprendre les autres, il se montre hardi et vindicatif. Paul ne va pas chercher à prouver la fausseté de ses allégations. S’il s’est montré doux, bienveillant et humble, c’est parce que ce sont là, dit-il, les caractères du Christ qu’il cherche à imiter dans sa vie. Mais si ses opposants veulent le voir hardi et ferme, cela n’est pas un problème pour lui. Paul est tout à fait capable de se montrer ainsi.

La vraie accusation portée contre Paul dans cette critique est d’un autre ordre. Utilisant l’interprétation qu’ils se font de son comportement, les adversaires de Paul la présente comme une preuve du fait que l’apôtre ne marche pas par l’Esprit, mais selon la chair. Paul ne va pas laisser passer cela. Puisque ses adversaires veulent un débat sur le sujet, il va le leur fournir !

V 3 à 5 : les armes de Paul sont spirituelles

Si Paul marche selon la chair, cela devrait se voir dans la façon avec laquelle il combat pour l’Evangile. Or, rien n’est plus étranger à l’apôtre que les méthodes humaines pour persuader ceux qui ne connaissent pas Dieu de la validité de son message. Paul en a déjà parlé dans sa première lettre. Bien qu’il aurait pu en user, ce n’est pas, dit-il, avec une supériorité de sagesse ou de langage qu’il est venu à Corinthe annoncer le mystère de Dieu. L’apôtre n’a pas voulu savoir autre chose parmi eux que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. Lui-même n’était pas rempli d’assurance et de pleine confiance en ses capacités. Au contraire, il était dans un état complet de faiblesse, de crainte et de grand tremblement (1 Corinthiens 2,1 à 3). Les armes dans lesquelles Paul s’est confié ne relèvent en rien de l’homme. Elles tirent entièrement leur force de Dieu pour renverser les raisonnements qui, dans l’esprit des incrédules, s’élèvent comme des hauteurs contre sa connaissance. Pour comprendre ce que Paul veut dire ici, donnons la parole à Watchman Nee qui, dans son livre intitulé « L’autorité spirituelle[1] », consacre un chapitre au commentaire des versets de cette épître de Paul :

« L’homme aime bâtir, tout autour de sa pensée, des raisonnements semblables à des forteresses, mais ces raisonnements doivent être détruits et la pensée gardée captive. Il nous faut rejeter les raisonnements mais ramener la pensée. Dans le combat spirituel que nous livrons, les forteresses doivent n’être abattues qu’après que la pensée ait été faite prisonnière. Car si les raisonnements ne sont pas mis de côté, il ne reste aucune possibilité d’amener la pensée de l’homme en obéissance à Christ. L’expression « hauteur », employée dans le verset 5,  signifie exactement « haut bâtiment », dans le texte original. Aux yeux de Dieu, tout raisonnement est semblable à un gratte-ciel, et empêche l’homme de connaître Dieu. Dès que l’homme raisonne, sa pensée est en état de siège, et n’est plus en mesure d’obéir à Dieu, du fait que l’obéissance se rapporte à la pensée… Cependant, Paul n’a pas utilisé la raison pour lutter contre la raison. L’inclination de l’homme pour le raisonnement doit être affrontée avec des armes spirituelles, c’est-à-dire par le moyen de la puissance de Dieu. »

Apprenons de Paul ! Confions-nous avec lui dans la puissance des armes que Dieu nous a données ! Rejetons les moyens frauduleux, la ruse, le recours aux techniques psychologiques pour faire passer notre message ou gagner notre auditoire (cf 2 Corinthiens 4,2). Veillons à notre intégrité, au fait d’être en communion avec Dieu et rempli de l’Esprit, afin que ceux qui reçoivent notre message l’entendent non comme une parole humaine mais pour ce qu’il est, une Parole de Dieu (1 Thessaloniciens 2,13). N’hésitons pas, par la puissance qui nous est donnée, à mettre en lumière le caractère mensonger des faux dieux dans lesquels les hommes se confient (Actes 14,14 à 18). Utilisons encore ce qui peut nous servir d’appui dans ce qu’ils croient pour les mener plus loin vers la connaissance du vrai Dieu et de Son Christ (Actes 17,22 à 31). Il n’y a pas de puissance contre la vérité, mais seulement pour elle (2 Corinthiens 13,8).

V 6 : la cause de la retenue de Paul

Accusé de faiblesse lorsqu’il est face aux gens, Paul l’est aussi, d’une certaine manière, de laxisme. L’apôtre répond ici à cette fausse impression donnée. Oui, dans l’Eglise de Jésus-Christ, la situation idéale voudrait que, dans la communauté, il soit fait immédiatement justice de toute désobéissance. C’est ce qui s’est produit dans l’Eglise primitive avec la sanction sévère qui frappa Ananias et Saphira pour leur mensonge (Actes 5,1 à 5). Lorsque l’obéissance des membres de l’Eglise est à son summum, la discipline touche la moindre désobéissance. Ce n’est plus le cas malheureusement lorsque celle-ci se généralise. Si Paul n’a pu régler tous les problèmes à Corinthe, ce n’est en rien dû à une faiblesse de sa part. La cause en est à la multiplicité et à la gravité des choses qui devaient être réglées à Corinthe, ce dont témoigne la première lettre que nous trouvons dans le canon de l’Ecriture. Oui, Paul peut être plus sévère. Mais au vu de l’état de l’Eglise, il fallait pour son salut, parer au plus vite. Le jour où le niveau général si bas de l’obéissance sera relevé, alors, oui, il sera possible de sanctionner toute désobéissance. Mais l’immaturité des Corinthiens était telle qu’il n’était pas possible pour Paul d’agir autrement.

Il est facile d’accuser les conducteurs de la communauté pour leur faiblesse apparente. Celle-ci peut être réelle. Mais il est également bon de s’interroger à ce sujet d’une manière plus large. La communauté ne limite-t-elle pas elle-même, par son immaturité, les bienfaits que ses conducteurs pourraient lui apporter. Paul dit à ses frères de Corinthe qu’il aurait bien voulu leur donner une nourriture solide. Mais, à cause de leur caractère charnel qui faisait d’eux des bébés spirituels, il ne put le faire (1 Corinthiens 3,2). Tout serviteur de Dieu peut en témoigner. Il aimerait faire autre chose dans l’Eglise que de reprendre, sévir ou discipliner. Si tel est le cas, que l’Eglise ne l’accuse pas de ne pas être à la hauteur de sa tâche pour tout résoudre en son sein. Elle est elle-même la cause de ses limites !

 V 7 à 11 : abus d’autorité ?

Quels étaient les opposants les plus farouches de l’apôtre Paul à Corinthe ? La réponse nous est donnée ici. Ce sont ceux qui se réclamaient de Christ seul ! Dans sa première lettre, alors qu’il dénonçait l’esprit partisan qui sévissait dans l’Eglise, l’apôtre faisait déjà mention d’eux (1 Corinthiens 1,12). Paul tient à le leur dire : si ces frères font allégeance au Christ pour se démarquer de ceux qui se revendiquent des apôtres, qu’ils sachent qu’ils n’en ont pas l’exclusivité. Paul, lui aussi, se réclame de Christ. Il lui appartient, comme tous ceux qui ont reçu Son Esprit ! Aussi, les prétentions de ces frères ne relèvent pas de ce qui est vrai. Elles ne sont qu’un sophisme du langage qui ne sert qu’un but : utiliser le nom du Christ auquel ils se réfèrent pour s’exempter du principe de soumission aux frères.

Car si Paul paraît faire preuve de trop de fierté quant à l’autorité qu’il revendique à Corinthe, il n’en a pas honte. C’est du Seigneur et non de lui-même, rappelle-t-il, qu’il tient son mandat. Si donc ses opposants se réclament de Christ, qu’ils le sachent ! C’est Celui-là seul à qui ils prêtent allégeance qui a donné à Paul les dons, les capacités, le ministère par lequel l’Eglise de Corinthe s’est construite. Le fait d’être à Christ ne devrait amener personne à se démarquer de ce que Christ fait par et au travers des autres, mais bien plutôt à le reconnaître et à le soutenir.

Ce sont de ceux qui se réclament du parti de Christ que vient l’accusation déjà formulée au début du chapitre et que Paul reprend ici. Selon celle-ci, Paul, par le ton employé, ferait preuve d’intimidation à l’égard de ses frères dans ses lettres, alors que face à face, il serait plutôt couard. Il y aurait donc deux Paul : un de loin et un de près qui ne se ressemblent pas. Paul avertit celui qui parle un tel langage, peut-être le chef du parti de Christ : tel il est dans ses paroles de loin, tel il sera face à lui dans ses actes. La question, qu’à la suite de cela, on peut se poser est la suivante : qu’en sera-t-il alors de cet accusateur ? Aura-t-il lui aussi le courage de tenir le même langage, au sujet de l’apôtre, quand celui-ci est loin et au moment où il l’aura face à lui ? C’est souvent ce dont nous accusons les autres qui se trouve être notre faiblesse, voire notre péché, quand nous sommes mis dans les mêmes situations qu’eux.

V 12 à 18 : qui recommande qui ?

Les opposants de Paul à Corinthe l’ayant attaqué sur une de ses supposés faiblesses dans le domaine de l’autorité, celui-ci va leur rendre la pareille. Puisque, comme ils le disent, ils sont de Christ, il ne devrait pas manquer de la part du Seigneur des preuves de leur recommandation au sujet de la légitimité de leur ministère au sein de Son Eglise. Mais, de manière évidente, il n’y a rien de tel. Mis à part le fait qu’ils se soient établis de leur propre chef dans le rôle qu’il joue à Corinthe, il n’y a personne d’extérieur à eux-mêmes qui soit en mesure de confirmer la validité de leur charge. Celle-ci s’appuie uniquement sur une logique circulaire. Puisqu’ils sont de Christ, c’est de Christ seul, disent-ils, qu’ils détiennent l’autorité d’agir comme ils le font. Quelle preuve en donnent-ils ? Ils n’ont nul besoin d’en fournir puisqu’ils ne sont redevables à personne d’autre que le Christ !

Oui, c’est bien de Christ que tout serviteur de Dieu reçoit Son appel ! Mais le Seigneur a aussi donné l’autorité à l’Eglise, qui est Son corps, pour le reconnaître et le valider. Ni Paul, ni Barnabas n’ont décrété, sur la base du seul appel du Saint-Esprit, de se lancer dans le ministère d’apôtre. Mais c’est en pleine communion avec l’Eglise d’Antioche de laquelle ils étaient membres que leur envoi s’est fait (Actes 13,1 à 3). Le danger de ne se revendiquer que du Seigneur pour justifier d’un ministère nous est particulièrement exposé ici. Puisqu’il n’y a aucune autorité supérieure à qui nous devions rendre compte de nos actes, mis à part le Seigneur, tout est permis. Nous n’avons d’autorisation à recevoir de personne pour faire ce que nous voulons, où nous voulons dans l’Eglise de Jésus-Christ. Peu importe si le champ d’action dans lequel nous œuvrons est celui qui a été initié par un autre. Parce qu’il est à Christ, il nous appartient !

Combien il est facile, sous prétexte d’arguments fallacieux, de se faire voleur dans l’Eglise de Jésus-Christ de ce qui appartient à d’autres. Dans le corps de Christ, rappelle Paul, nul ne peut se déclarer par lui-même propriétaire de tout. Chacun a reçu de la part de Dieu une mission précise, coordonnée avec celle des autres par l’Esprit. Le couloir dans lequel Paul court est celui qui lui a été attribué. Tous ceux qui veulent y empiéter usurpent le droit qui est le sien de l’occuper. Paul en appelle à la mémoire des Corinthiens. Qui est celui que Dieu a envoyé pour leur faire connaître la bonne nouvelle de l’Evangile ? Si c’est lui, il n’y a de sa part aucun abus d’autorité à exercer parmi eux le ministère que Dieu lui a confié pour leur édification. Au contraire ! Si, dans l’avenir, celui-ci devrait, à partir du soutien reçu à Corinthe, prendre de l’ampleur pour se projeter dans de nouveaux lieux, Paul ne pourrait qu’en être d’autant plus fier. A contrario, mis à part le fait de marcher sur ses plates-bandes, les opposants de Paul n’ont pas de quoi se vanter. Ils n’ont rien fait pour que l’Eglise de Corinthe soit ce qu’elle est. Ils ne sont pas autre chose que des profiteurs des travaux d’autrui. La fierté de chacun dans le ministère se trouve dans ce que le Seigneur a fait à travers lui, non dans ce que l’on dérobe aux autres pour se faire un nom. Oui, dit Paul, ce ne sera jamais celui qui se recommande lui-même qui sera approuvé, mais celui que le Seigneur recommande.


[1] L’autorité spirituelle : Watchman Nee : Editions Vida

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