lundi 23 octobre 2017

2 CORINTHIENS 11

V 1 : la folie de Paul

Puisque les Corinthiens supportent sans réagir la vantardise des opposants de Paul, pourquoi celui-ci n’agirait-il pas de même pour sa défense ? Ce n’est certes pas là sa manière habituelle d’agir. Qui cherche à se mettre lui-même en avant dans le service de Christ ne fait preuve que de folie. Mais puisque ce langage ne semble pas gêner les Corinthiens, alors utilisons-le, se dit Paul. Entrons dans le concours qui permet de désigner qui, entre lui et ses opposants, mérite le titre de meilleur apôtre ! Laissons parler les faits, puis jugeons !

Y-a-t-il tristesse plus grande pour un serviteur de Dieu d’en arriver là ? Peut-être nous advient-il, lisant certaines pages de la Bible, d’être choqués par les propos ou le comportement de tel ou tel prophète ? Fallait-il qu’il en arrive à de tels extrêmes pour s’adresser au peuple de Dieu ? Osée devait-il vraiment se marier à une prostituée qui le ferait souffrir toute sa vie (Osée 1,2). Ezéchiel devait-il perdre sa femme, celle qui faisait les délices de ses yeux, sans verser une seule larme (Ezéchiel 24,16) ? Fallait-il qu’il soit couché 430 jours à terre, correspondant aux années de faute d’Israël et de Juda, et qu’il fasse cuire des gâteaux d’orge sur des excréments humains pour que le peuple de Dieu comprenne le message de Dieu pour lui (Ezéchiel 4) ? L’extrémisme auquel recourt le serviteur de Dieu, dans la façon avec laquelle il s’adresse à lui, n’est jamais bon signe. Elle est la preuve, non de la folie de celui qui parle, mais de celle de ceux à qui il s’adresse. Quand Dieu n’a plus comme moyen, pour faire comprendre à Son peuple ce qu’Il veut lui dire, que l’ironie ou le choquant, c’est que celui-ci a atteint un degré d’égarement élevé. Le plus grand danger que court le peuple de Dieu, dans le risque de dérive, est celui de la tolérance envers le faux et le mensonger. La tolérance endort, elle finit par ôter toute capacité de discernement, si bien qu’il ne reste plus que l’énormité pour réveiller les consciences. Paul n’a pas l’habitude de celle-ci, ni de l’extravagance qui le conduit à utiliser le langage de la déraison. Mais puisque celui-ci passe auprès des Corinthiens…

V 2 à 4 : la jalousie de Paul

Outre le fait que Paul fasse le choix d’agir comme ses opposants pour communiquer avec ses frères de Corinthe, sa folie a pour raison un sentiment plus profond. L’apôtre Paul est un passionné du Christ. Tel un père qui voudrait pour sa fille le meilleur parti, il a travaillé à ce que les Corinthiens, ses enfants spirituels, se réservent à Christ seul. Mais, manifestement, tel n’est plus le cas. Sous l’influence de faux docteurs, leur cœur s’est détaché de Lui. Au lieu de rester dans la simplicité de la foi, les Corinthiens ont compliqué les choses. L’Evangile auquel les Corinthiens adhèrent a perdu de sa pureté originelle. Il n’est plus le fruit de la grâce de Dieu seule. Des additifs étrangers y ont été mêlés si bien que le Jésus auquel ils croient n’est plus Celui que Paul leur a fait connaître. La liberté de l’Esprit, présente dès le début, a disparu pour faire place à une religiosité charnelle. Paul y voit la marque, non seulement d’hommes malfaisants, mais de Satan lui-même qui, depuis le jardin d’Eden, travaille toujours au même but : séduire les élus de Dieu pour détourner leur cœur de Son amour. Tel que le serait l’ami d’un époux éconduit, Paul, dans la situation, est saisi d’une sainte jalousie, la jalousie de Dieu (Exode 20,5). Car l’amour, il le sait, ne peut avoir deux objets, mais un seul. Ce qui fait l’objet de la passion de chaque chrétien ne peut être divisé. Si nous aimons le Christ, c’est parce qu’Il nous a aimés le premier. Et c’est cet amour seul qui, du début à la fin, doit constituer le moteur et le fondement de notre relation avec Lui.

Toute l’histoire d’Israël et de l’Eglise en témoigne. Le plus grand drame qui puisse se produire pour le peuple de Dieu est la perte de la simplicité et de la pureté de son amour à l’égard de son Dieu. Jérémie l’atteste : c’est cet élément qui fut la cause de tous les péchés d’Israël (Jérémie 2,2). L’éloignement du peuple de Dieu vers des dieux et des doctrines étrangers ne se produit pas par hasard. Il résulte d’un éloignement du cœur, de la perte de la passion du peuple de Dieu pour Lui. La même fêlure se retrouve dans l’Eglise. Tout commence, dit le Seigneur, au même endroit, dans le cœur, par la perte du premier amour (Apocalypse 2,4). Quel que soit le danger qui nous menace, laxisme ou légalisme, il trouve toujours sa raison dans ce même mal. Ni le péché, ni les faux docteurs n’auraient de pouvoir sur nous si nous aimions Christ pour ce qu’Il est pour nous. C’est pourquoi, constamment, il nous faut revenir à Lui, renouer par Sa grâce avec Son amour. Car rien dans notre vie, ni dans l’Eglise, ne s’arrange si l’amour ne retrouve sa place centrale dans notre relation avec Lui. « Pierre, M’aimes-tu ? demande Jésus à Son disciple ?... Alors, tu peux paître Mes brebis et en prendre soin ! (cf Jean 21,15 à 17). »

V 5 à 12 : la gloire de Paul

Sans le consulter, les opposants de Paul à Corinthe ont décidé de le faire entrer dans leur jeu. Avec les Corinthiens pour arbitre, ce jeu consiste à établir qui, de l’apôtre ou d’eux, est porteur de la gloire la plus grande attachée à ce titre. Qui connaît Paul sait que ce type de considération n’entre absolument pas dans son état d’esprit. Mais, puisqu’on l’y force, alors qu’on y aille ! « Entrons dans le jeu, se dit Paul ! Enumérons les sujets de gloire à charge des uns et des autres ! Et voyons qui ressort de l’examen avec le sceau de l’approbation divine sur son apostolat ! »

Paul le dit d’entrée : comparé à ceux qui se présentent à Corinthe comme des super-apôtres, il ne se sent en rien inférieur. Certes, Paul ne fait pas preuve dans ses discours de la même éloquence qu’eux. Mais il s’en est déjà expliqué dans sa première lettre. Sa façon de transmettre l’enseignement de la Parole de Dieu résulte d’un choix volontaire, conscient. Bien qu’il aurait été en capacité de le faire, Paul ne cherche pas à éblouir son auditoire par les artifices du langage. Ce qu’il souhaite est que ce soit le contenu de son message que l’on retienne et non la rhétorique dont il s’est servi pour le présenter (1 Corinthiens 2,1-2). Que les Corinthiens le reconnaissent : si la pompe manquait dans son discours, la connaissance du sujet dont il traitait y était. Qui mieux que Paul expliqua aux Corinthiens l’Evangile dans ses tenants et ses aboutissants ? La lecture de ses lettres, qui ont nourri le peuple de Dieu pendant des siècles, suffit pour attester la justesse de la prétention de l’apôtre. Si l’histoire devait servir d’arbitre au débat qui oppose Paul à ses détracteurs, il n’y a plus de discussion. Alors que leur nom a été perdu, le sien a traversé les siècles et sa parole d’âge en âge.

Ou a été la faiblesse de Paul face à ses contradicteurs ? Paul s’interroge et en demande explication à ses frères. Est-ce dans le fait que, contrairement à ses opposants, il a toujours refusé de recevoir de leur part de l’argent ou un soutien quelconque pour son service parmi eux ? Si tel est le cas, L’apôtre ne regrette rien. Là aussi, il aurait pu faire autrement. Mais ce fut là son choix, un choix que Dieu honora en lui faisant parvenir par les Eglise de Macédoine ce dont il avait besoin (cf Philippiens 4,14 à 17). Paul ne va pas s’étendre davantage sur le sujet. Si les Corinthiens veulent en savoir plus sur les motivations qui l’on animé dans ce domaine, ils peuvent ici aussi se reporter à sa première lettre. Ils y liront que l’un de ses sujets de fierté le plus grand parmi eux, que personne ne lui ôtera, aura été d’offrir gratuitement l’Evangile qu’il a reçu (1 Corinthiens 9). Oui, d’une certaine façon, Paul a dépouillé des Eglises. Mais que les Corinthiens le reconnaissent : ce ne fut pas le cas de leur communauté. S’il a pu servir au milieu d’eux, c’est parce que d’autres ont choisi d’être solidaires avec lui dans son ministère. Avec joie, elles se sont appauvries pour qu’eux soient enrichis. Et si c’était à refaire, dit Paul, il répliquerait sans hésitation ce modèle ! Sur ce point, que ses adversaires le reconnaissent : ils ne lui sont pas égaux. Ce n’est pas lui qui a à apprendre d’eux, mais l’inverse.

V 13 et 14 : Paul identifie ses adversaires
Paul a encore beaucoup d’autres arguments à avancer pour sa défense. Mais à l’aune du critère dont il vient de parler, il prend le temps d’une pause pour lancer une attaque verbale sévère à l’encontre de ses adversaires. Un apôtre du Christ se reconnaît à ses fruits, à son imitation du Maître qu’il sert. Les œuvres des super-apôtres infiltrés à Corinthe témoignent d’une chose : ils ont pour père le diable. C’est pourquoi ils ne parlent pas le même langage et ne font pas les mêmes choses que Paul (cf Jean 8,43-44). Ils ne sont pas des serviteurs de la vérité et de l’amour, mais des apôtres du mensonge et de la tromperie. Il n’y a là, dit Paul, rien d’étonnant. Car, de tout temps, c’est là la technique employée par le diable. S’il se présentait sous son vrai visage, personne ne se laisserait piéger par lui. Aussi Satan est-il passé maître dans l’art du déguisement. Prince des ténèbres, il séduit et trompe en revêtant les habits d’un ange de lumière. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que dans l’Eglise de Jésus-Christ, ses serviteurs aient l’aspect de ministres de la justice. Qu’ils le sachent cependant ! La supercherie ne saurait infiniment durer ! Leurs œuvres portent en elles-mêmes leur propre jugement !

A l’image de Paul, nous ne devons pas hésiter en tant que serviteurs de Dieu, à démasquer dans l’Eglise les faux apôtres et docteurs. Jésus nous a averti. A l’extérieur, les prophètes de mensonges ressemblent aux vrais. Ils ont l’apparence de moutons. Cependant, parce qu’ils en sont incapables, ils ne se comportent pas comme tels. Ne regardons ni à leurs paroles, ni à leur aspect, ni à leurs beaux sourires, mais arrêtons-nous à leurs fruits. Leur vie témoigne-t-elle de l’humilité et du désintéressement du Christ ? Reflète-t-elle l’esprit de service qui Le caractérisait ? Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, ni un arbre malade de bons fruits (Matthieu 7,15 à 20). Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. Le voleur ne vient que pour profiter d’elles… ou du travail des autres (cf Jean 10,10-11). Soyons donc dans l’Eglise sans faiblesse à l’égard des faux apôtres du Christ !

V 15 à 21 : concours de folie

Paul le redit ici : ce n’est pas du tout de son goût de parler comme il fait. S’il fait la promotion de ses gloires, c’est bien parce qu’il y est contraint. Puisque les Corinthiens accordent du crédit aux gens qui se glorifient eux-mêmes, qu’ils consentent à ce que lui, pour sa propre défense, fasse de même. Certes, ce type de discours n’est pas selon le Seigneur. Le langage du Seigneur n’invite jamais à la promotion de sa propre personne. Il vise toujours à ce que, quoi que l’on fasse, la gloire Lui revienne (1 Corinthiens 10,31). Mais il faut bien ici s’adapter à la folie, puisque c’est le discours de la folie qui a du crédit à Corinthe.

Oui, vraiment, il y a de quoi s’étonner de ce que l’on trouve à Corinthe ! Alors que certains reprochent à Paul le caractère sévère de la lettre qu’il leur a écrite, que ne supporte-t-on pas par ailleurs dans l’Eglise ! On asservit les frères, on les exploite, on profite d’eux honteusement, on en vient même à les battre… et cela ne heurte personne ! Il y a là quelque chose d’aberrant, la preuve d’un renversement qui n’a pour explication qu’une cause diabolique. Alors que Paul s’est conduit en serviteur modèle au milieu d’eux, à l’exemple de son Maître, il est rejeté, considéré comme quelqu’un de faible. Mais que viennent des hommes imbus d’eux-mêmes qui ne pensent qu’à dominer les Corinthiens, les voilà prêts à se soumettre à eux sans broncher. Que les Corinthiens ouvrent les yeux ! Puisque la vantardise est à l’honneur, qu’un nouveau chapitre sur des choses dont Paul peut être fier comme apôtre s’ouvre. Parlons des souffrances que Paul a connues comme ministre de l’Evangile et que les Corinthiens soient juges dans ce domaine entre lui et ses opposants !

V 21 à 33 : les souffrances de Paul

Y-a-t-il une prétention dont les opposants de Paul soient fiers qu’il ne puisse aussi faire valoir ? Examinons leur arrière-plan ! Sont-ils de vrais Juifs, de la descendance d’Abraham ? Paul l’est aussi ! S’ils peuvent revendiquer cet avantage sur les Corinthiens d’origine païenne, ils ne le peuvent sur Paul qui, à ce niveau, est sur le même rang qu’eux (cf Philippiens 3,4 à 6) ! Sont-ils ministres du Christ, titre dont ils se paraient sans doute à Corinthe ? Paul ici ne va pas hésiter, pour leur répondre, à pousser la folie à l’extrême. Il l’est aussi et bien plus qu’eux par les tribulations, les souffrances et les engagements qui ont été les siens ! Les opposants de Paul veulent concourir avec lui au jeu du plus grand apôtre ! Qu’ils y aillent ! Qu’ils fassent avec lui la recension des travaux, des fatigues, des coups, des dangers qu’ils ont connu au service de Christ ! Qu’ils détaillent le nombre de fois où ils ont été lapidés, celui où ils ont fait naufrage dans leurs périples missionnaires ! Qu’ils fassent la liste de toutes les causes de périls qui ont menacé leur existence ! Qu’ils témoignent du combat qui a été le leur pour le salut des autres dans les veilles, les jeûnes, les larmes, la prière, le froid, le dénuement… Qu’ils partagent les délivrances in-extrémis vécues, telle que celle de Paul à Damas ! Qu’ils disent quelque chose des nuits blanches passées à cause des soucis des Eglises, de la nouvelle de la faiblesse de l’un, de la chute d’un autre ! Et l’on verra, en fin de course, qui peut présenter le catalogue de preuves le plus fourni !

A l’image du Maître, il n’y a qu’un seul critère sur la base duquel on peut mesurer la valeur d’un serviteur de Dieu : celui du don de soi pour le salut des autres ! Tout autre signe d’attestation n’est que poudre aux yeux et apparat ! Bannissons donc de nos cœurs toute recherche de vaine gloire et portons plutôt notre attention sur le fait d’être des imitateurs du Christ ! C’est là ce qui, auprès de Dieu comme de nos frères, sera notre louange !



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