mardi 31 octobre 2017

2 CORINTHIENS 12

V 1 à 6 : les visions dont Paul a été l’objet

« Corinthiens ! Puisque vous l’avez voulu, poursuivons dans la voie de la compétition ! » semble dire ici Paul. Pareil à Elie face aux prophètes de Baal (1 Rois 18,22), entre lui et ses opposants, il ne peut y avoir, à l’issue du concours de l’apôtre le plus fier, qu’un vainqueur. Les Corinthiens ont déjà eu plusieurs éléments de comparaison pour désigner qui est le meilleur. Si, du point de vue de l’éloquence, les super-apôtres semblent lui être supérieurs, ils ne le sont pas du point de vue de la connaissance (11,6). Parlons argent ! Paul, venant chez les Corinthiens, s’est toujours montré désintéressé. Jamais une seule fois il n’a servi chez eux pour un gain. Toujours, c’est gratuitement qu’il a servi, préférant dépouiller les autres Eglises pour ne pas créer d’obstacle à l’Evangile à Corinthe (11,7 à 10). Sur le sujet, ses opposants, non seulement n’ont rien à dire, mais ont fait preuve de l’attitude inverse. Marchant sur les plates-bandes d’autrui (car ils n’ont contribué à rien à la naissance de l’Eglise), ils ont exploité et asservi sans vergogne les frères sans que, comble de l’étonnement de Paul, ceux-ci ne bronchent. Consultons enfin le chapitre des souffrances et de l’engagement des uns et des autres ! Puisqu’il faut faire le fier, qui parmi eux est capable de rivaliser avec Paul sur le sujet ? Qui a connu, au service de Christ, autant de tribulations, de périls et de persécutions que lui ? Qui s’est donné aux autres autant que lui ? Que les Corinthiens soient juges !

Mais peut-être, se dit Paul, ce sont là des critères qui ne comptent pas pour ses opposants ! Ceux-ci préfèrent mettre en avant des choses plus glorieuses : miracles, signes, expériences qui relèvent du surnaturel et de la puissance de Dieu… Soit ! Paul se serait bien tu sur le sujet ! Mais puisqu’il faut en parler, alors faisons-le ! Paul, contrairement aux autres apôtres du Christ, n’a pas connu Jésus ressuscité ! Mais il connaît, dit-il, un homme dans le Christ qui, quatorze ans avant la date où il écrit, a été ravi dans le paradis. Dire exactement comment les choses se sont passées serait difficile ! Cet homme était-il dans son corps ou non, impossible de l’affirmer. Mais, transporté dans ce lieu, cet homme a entendu des choses indescriptibles, des paroles d’une merveille telle qu’elles ne sont pas transcriptibles. Cet homme, bien sûr, n’est autre que Paul lui-même. Mais, même s’il cite cette expérience dans le cadre d’un concours où le but pour chacun est d’étaler ce qui fait sa gloire, l’apôtre se retiendra de s’identifier à lui.

Oui, l’apôtre, sous la contrainte, a consenti à utiliser pour se défendre le langage de la folie, celui de la vantardise. Il refuse cependant d’aller plus loin. Il estime que, face à Dieu, il y a des domaines de la vie qui relèvent du sacré, de l’intimité avec le Maître. Si Celui-ci a fait vivre une telle expérience à Paul, Il avait Ses raisons, certainement liées à la somme de souffrances que l’apôtre allait vivre à Son service (Actes 9,16). Mais ce que l’apôtre ne veut pas, de manière évidente, c’est qu’il soit connu par autrui et à l’extérieur pour cela. Dans ce sens, il est ici aussi, d’une certaine manière, un imitateur du Christ. Lui aussi, du temps de Son humanité, aurait eu bien plus de choses à faire valoir. Mais Il n’a pas choisi de le faire. Car, dit l’évangéliste, Il connaissait le cœur de l’homme (Jean 2,24). Il savait que la foi qui repose sur l’impressionnant n’est pas solide, mais versatile. A Ses proches seulement, Il consentira, à cause de leur vocation future, de déchirer pour un instant le voile de l’apparence pour se révéler dans Sa gloire sur la montagne de la transfiguration (Luc 9,28 à 36). Ils ne l’oublieront jamais (2 Pierre 1,16à 18) et, comme Paul, garderont longtemps le silence sur le sujet (Luc 9,36).

Il y a, au sujet de tout serviteur de Dieu, deux réalités en ce qui le concerne. La première touche à la façon avec laquelle il connaît Dieu et est connu de Dieu. Comme il en est pour l’iceberg, il s’agit ici de la partie secrète, immergée de sa vie. La seconde concerne la façon avec laquelle il est connu des autres. Au sujet de Paul, elle paraissait faible, méprisable (2 Corinthiens 10,10). Qui que nous soyons, notre souci ne devrait jamais être que l’estime que les autres nous portent soit à la hauteur de l’homme caché que nous sommes. Il se peut, comme ce fut le cas pour Jésus, que notre entourage ne perçoive pas ou ne reconnaisse pas le trésor que nous sommes. Ce ne doit pas être là notre affaire ! Contentons d’être ce que Dieu veut que nous soyons ! Et laissons-Lui le soin de s’occuper de notre gloire ! Mieux vaut que nos frères soient surpris en découvrant, au-delà de l’apparence, ce que nous sommes en Christ que déçus en réalisant que nos prétentions ne cachent que du vide !

V 7 et 8 : l’infirmité de Paul

Si donc Paul devait faire le fier, il en aurait les moyens. Il pourrait partout où il va faire valoir le caractère unique des visions qu’il a reçues de Dieu et revendiquer par cela une autorité apostolique incontestable. Mais tels ne sont pas le dessein et la volonté de Dieu pour lui. Aussi, afin de garder Paul dans les limites de l’humilité, Dieu l’a-t-Il affligé d’un mal qui l’oblige à la dépendance de Sa grâce. Ce mal devait être connu de ses auditeurs. Mais c’est ici la première fois que l’apôtre en donne la raison.

Quelle en était la nature ? Paul ne le précise pas. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il s’agit d’une infirmité qui touche à sa chair. Etait-ce une maladie des yeux (cf Galates 4,15), au vu des grosses lettres qui caractérisaient son écriture (Galates 6,11) et au fait que Paul avait souvent besoin d’un secrétaire ? Ce qui est certain, c’est que la source du mal qui l’affligeait n’était pas que d’origine physique. L’apôtre y discernait clairement une œuvre de source diabolique. A trois reprises, Paul rapporte qu’il a supplié Dieu d’éloigner de lui son bourreau. Il n’a pas voulu insister auprès du Seigneur plus que Jésus dans le jardin de Gethsémané (Matthieu 26,44). Mais à chaque fois, la réponse de Dieu fut la même ! Paul devait se contenter de ce que la grâce de Dieu lui donnait. Sa faiblesse était la meilleure condition pour magnifier la puissance de Dieu à travers lui.

Il se peut, qu’à l’image de celle de Paul, notre vie soit contenue de force dans des limites qui nous sont désagréables. Peut-être souffrons dans notre corps ou dans notre âme d’un mal récurrent qui nous rend faible ! Nous supplions Dieu de nous en affranchir, mais Celui-ci reste sourd à nos cris. Le témoignage que rend Paul ici sur la cause du mal qui l’afflige est une piste qu’il nous faut prendre en compte. Plus que notre bien-être physique, ce qui préoccupe Dieu est la qualité de notre vie spirituelle. « Tout comme les roues d’une montre qui, en tournant dans des directions contraires l’une de l’autre font marcher la montre, de même, dit Thomas Watson, des choses qui semblent être contre les enfants de Dieu deviennent, par la providence merveilleuse de Dieu, des choses qui concourent à leur bien… Pour ceux qui aiment Dieu, les afflictions sont comme des médicaments. Avec les médicaments les plus vénéneux, Dieu prépare une potion salvatrice.[1] » Constamment, Dieu veut nous rappeler que nous ne sommes pas le trésor qu’il veut promouvoir, mais seulement le vase de terre qui le contient (2 Corinthiens 4,7). Le désir de Dieu n’est pas que nous soyons brillants au point d’aveugler les autres, mais que ce soit Lui qui brille à travers nous !

Peut-être nous arrive-t-il d’envier le succès ou le rayonnement qu’a un homme de Dieu ! Sachons qu’avec la gloire vient aussi l’affliction ! « 50% de la formation d’un homme de Dieu, disait Ralph Shallis, passe par la souffrance ! » Oui ! Dieu veut se manifester avec puissance au travers de Ses serviteurs ! Mais cette puissance nécessite obligatoirement leur dépendance de Sa force. « Christ, rappelle Paul un peu plus loin, a été crucifié dans la faiblesse, mais il vit en vertu de la puissance de Dieu ; nous aussi, nous sommes faibles, mais nous vivrons avec Lui pour vous, en vertu de la puissance de Dieu (2 Corinthiens 13,4). Nous devons tous d’une manière ou d’une autre, chacun pour sa part, apprendre à nous suffire de ce que la grâce de Dieu nous donne ! L’acceptation des limites que Dieu nous impose en ce sens ne nous est pas nuisible, mais bénéfique pour Sa gloire ! Que ce soit elle, et non la nôtre, qui soit notre sujet premier de préoccupation !

V 9 et 10 : la fierté de Paul

Les opposants de Paul mettent leur fierté dans ce qui a le pouvoir d’impressionner le peuple de Dieu. Bien qu’il pourrait faire de même, ce n’est pas, nous l’avons vu, le choix de l’apôtre. Mais en quoi l’apôtre a-t-il sa gloire ? De quoi peut-il s’enorgueillir ? Il le dit ici ! Il y a un élément dans lequel Paul trouve des raisons particulières de satisfaction. C’est ce qu’il vit avec Dieu lorsqu’il se trouve dans la faiblesse. La faiblesse est un état qui recouvre des aspects multiples. Elle peut être intérieure, comme celle que l’apôtre a ressenti lorsqu’il est venu la première fois à Corinthe (1 Corinthiens 2,3). La faiblesse est alors synonyme de crainte, d’angoisse. La faiblesse intérieure peut aller encore plus loin. Elle s’exprime alors par un désarroi complet du type de celui dont Paul rend témoignage au début de sa lettre (2 Corinthiens 1,8-9). Mais elle peut aussi être extérieure, due à l’adversité et aux circonstances mauvaises, telles que les outrages, les coups, l’emprisonnement ou la persécution. La recension que Paul a faite des périls et des souffrances qu’il a endurés témoigne qu’il n’y a aucun aspect de la faiblesse qu’il n’aurait pas vécu.

Ce dont Paul est fier dans la faiblesse n’est pas de se trouver dans un tel état. L’apôtre était un homme comme les autres. Il ne trouvait pas de joie à être malmené, désorienté, confus. Ce qui fait son bonheur dans la faiblesse est qu’elle est le cadre parfait dans lequel il fait l’expérience de la puissance de Christ. C’est quand l’apôtre n’est rien et ne peux rien que, dans sa vie, Christ se révèle le mieux comme Celui qui peut tout. « Je puis tout, dira Paul ailleurs, par Celui qui me fortifie (Philippiens 4,13) ». L’apôtre rend compte dès lors de ce fait paradoxal : c’est lorsqu’il se trouve dans l’état le plus faible qu’il est le plus fort. Car, dans la faiblesse, il ne vit pas de ses propres forces, mais de celles du Christ !

Où se trouve, en conclusion, la fierté de Paul ? Elle est dans le fait de laisser Christ paraître dans sa vie ! Plus Celui-ci a le pourvoir de se montrer, plus Paul est satisfait. Le principal obstacle à la révélation du Christ dans nos vies ne se situe pas autour de nous, mais trop souvent en nous ! Plus nous nous croyons forts, capables par nous-mêmes de quelque chose, moins nous donnons à Christ la possibilité de mettre en œuvre Sa puissance dans nos vies. Aussi, le principal travail de Dieu avec nous n’est pas de nous rendre forts, confiants en nous-mêmes, mais faibles afin que nous nous reposions sur Lui ! Que le sujet de fierté de Paul devienne de plus en plus le nôtre !

V 11 à 13 : Paul justifie sa façon de parler

Il est temps maintenant pour Paul de conclure. A cause de la polémique et des attaques dont il est l’objet à Corinthe, Paul a dû utiliser un langage qu’il abhorre, celui de la vantardise. Il ne l’a fait que contraint. Si les Corinthiens, ses enfants spirituels, s’étaient faits ses avocats, il n’aurait pas eu besoin de le faire lui-même. Car s’il y a des personnes qualifiées pour être les témoins et les défenseurs du ministère d’un apôtre, ce sont celles qu’il a lui-même conduites à la foi. Paul le redit : quoi que les super-apôtres venus à Corinthe pour voler le fruit de son travail prétendent, il n’a rien à leur envier. Les signes de son apostolat, démontrant la confirmation de son ministère par le Seigneur (Hébreux 2,4) ont éclatés avec force au milieu d’eux. La seule différence réelle qui existe entre lui et ses adversaires réside dans la qualité de leur service. Tandis qu’eux travaillent à charge des Corinthiens, Paul a mis un point d’honneur particulier à servir gratuitement au milieu d’eux. Que les Corinthiens, conclut Paul de manière ironique, leur pardonne cette injustice !

Nous ne pouvons que bénir Dieu pour le tour de force qui a fait que cette partie de l’épître de Paul soit reconnue inspirée. Car c’est bien ici le seul écrit dans lequel on trouve une défense de l’apôtre, écrite de sa propre main, quant à son ministère. Comme Paul l’a dit, ce fait, ce comportement qui consiste à se faire l’avocat de sa propre personne, lui est totalement étranger. Tout ce qui, habituellement, préoccupe Paul est que Christ soit glorifié ! Le Saint-Esprit, à travers lui, a voulu nous donner plusieurs leçons. La première est que, dans des circonstances extrêmes, nous pouvons être conduits à faire des choses que nous ne ferions jamais autrement. La seconde est que, même ici, nous devons nous laisser inspirer par Dieu pour agir. Suivant le cas, le livre des proverbes nous conseille de répondre ou de ne pas répondre à l’insensé selon sa folie (Proverbes 26,4-5). Le langage qu’utilise l’insensé est parfois le seul qu’il soit en mesure de comprendre… pour qu’il ouvre les yeux sur sa propre folie. Aussi, même si cela n’est pas dans notre habitude, en vue de son bien et pour la gloire de Dieu, usons-en ! Nous ferons œuvre utile et sage !

Quelle tristesse cependant de constater combien facilement le diable peut séduire les enfants de Dieu ! Il suffit du premier venu, dit Paul, qui vient avec un évangile soi-disant meilleur pour que tout ce qui a été enseigné, construit par d’éminents hommes de Dieu soit balayé (2 Corinthiens 11,4). Combien cela se vérifie malheureusement encore aujourd’hui ! Le diable sait à quel point l’homme est attiré par ce qui brille ! Que les enfants de Dieu le sachent : tout ce qui brille n’est pas or ! Eprouvons donc les esprits et ne donnons pas systématiquement notre Amen à tout ce qui nous est dit, quand même cela le serait au nom de Jésus. Soyons particulièrement vigilants lorsque, pour accréditer leur message, certains ne peuvent faire autrement que de ternir l’image de ceux qui les ont précédés. Car, dit Jean, plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde (cf 1 Jean 4,1) avec un seul but : être des loups ravisseurs (Matthieu 7,15 ; Actes 20,29).

V 14 et 15 : projet de Paul

Mis en question à Corinthe, Paul se devait d’écrire la lettre que nous venons d’étudier. L’apôtre ne voudra pas cependant que celle-ci soit le point final du traitement des affaires qui troublent sa relation avec l’Eglise corinthienne. A de trop nombreuses reprises, Paul a été accusé d’utiliser le moyen facile de l’écriture pour affirmer son autorité (2 Corinthiens 10,9 à 11). C’est en personne que, pour la troisième fois, il se rendra à Corinthe pour, d’une part, fortifier l’Eglise et, d’autre part, confronter face à face ceux qui s’en sont pris à lui (2 Corinthiens 13,2).

En vue de sa prochaine visite, Paul prévient ses frères qu’il ne changera rien au comportement qui fut le sien au milieu d’eux. Comme il l’a fait jusque-là, il continuera à mettre un point d’honneur à ne pas leur être à charge. Paul ne garde pas cette ligne de conduite envers ses frères par entêtement, mais en vertu de deux principes qui lui tiennent à cœur. Le premier est que ce qui est au cœur de l’apôtre n’est pas les biens des Corinthiens, mais leurs personnes. La vision qu’il a de sa mission au milieu d’eux n’a rien d’intéressé, ni d’égoïste. Paul n’est pas motivé par le matériel, mais par le relationnel. C’est le cœur des Corinthiens qu’il veut gagner à Christ, non leur argent pour lui. Le second principe qui guide Paul s’appuie sur le devoir inhérent à la paternité. Dans une famille normale, dit Paul, ce ne sont pas aux enfants de mettre de côté pour faire vivre leurs parents, mais à l’inverse. En tant que père de l’Eglise de Corinthe, Paul estime de même que, s’il y a quelqu’un qui doit se dépenser pour l’autre, c’est à lui pour eux et non à eux pour lui. L’amour du père pour ses enfants est obligatoirement inconditionnel et altruiste. Il est possible qu’en agissant de la sorte les Corinthiens ne mesurent pas le don qui leur est fait. Le cœur humain est ainsi fait qu’il s’habitue à tout, y compris aux choses les plus nobles. Pour autant, Paul ne va rien changer ! Tant pis si, en échange de son amour, il est moins aimé d’eux et ne récolte qu’ingratitude.

Il est nul doute que Paul se serait bien passé du conflit qui l’a opposé à ses enfants dans la foi. Mais celui-ci n’a pas été inutile. Il nous a révélé le cœur de l’apôtre comme rien d’autre n’aurait pu le faire. Au travers des tensions, des accusations infondées dont il est l’objet, Paul s’est montré un véritable imitateur de Dieu et de Christ, ce qu’il ne cesse d’inviter ses enfants à devenir (1 Corinthiens 4,16 ; 11,1 ; Ephésiens 5,1 ; Philippiens 3,17). L’épreuve n’a pas détruit Paul. Elle a mis en lumière sa maturité, la stature spirituelle qui était la sienne. Paul, nous nous en souvenons, ne voulait pas mettre en avant les expériences surnaturelles dont il a été l’objet, de peur, dit-il, que quelqu’un ne l’estime au-dessus de ce qu’il voyait ou entendait de lui (12,6). Qu’il se rassure ! Il n’a nul besoin d’utiliser ce canal pour se faire. Toute son attitude, son comportement témoignent de la noblesse de son cœur et de ses motivations, et rend visible l’œuvre profonde de Christ dans sa vie ! Et pour nous : que révèlent l’épreuve, les tensions, les conflits de nos vies en Christ ?

V 16 à 18 : soupçons

Tant que l’on en reste aux faits, il y a dans le conflit qui oppose deux parties un espoir de réconciliation. Mais que se passe-t-il lorsque les faits ne suffisent pas et que, derrière eux, on soupçonne l’autre de perversité dans les motivations qui l’animent ? Ce qui est certain, c’est que nous ne sommes plus ici dans l’amour, car, dit Paul, l’amour croit ce qu’on lui dit et ne soupçonne pas le mal (1 Corinthiens 13,5.7). Quels que soient les arguments que Paul ait présenté pour sa défense, celui-ci doit faire le constat in fine que, pour ses opposants, ils ne sont pas recevables. « C’est vrai, disent-ils aux Corinthiens, Paul vous a servi gratuitement ! Mais sa générosité est un leurre ! Elle est une ruse de sa part qui a pour but de vous tromper. C’est pour mieux vous séduire qu’il a agi de la sorte ! » Que dire face à une telle mauvaise foi ? Paul ne va pas chercher à se justifier ! Il va juste faire appel au souvenir des Corinthiens et les interroger. Quelle a été l’attitude de Tite et des autres frères qui collaborent avec lui lorsqu’ils sont venus chez eux ? Les ont-ils exploités ? Se sont-ils servis de leur autorité apostolique pour profiter d’eux ? Ne voient-ils pas que la ligne de conduite de Paul à Corinthe est la même que celle suivie par toute son équipe ?

Au-delà de tout ce qui a déjà été dit contre Paul, nous atteignons clairement ici un sommet. Paul est accusé par les loups ravisseurs qui sévissent à Corinthe d’en être un ! Son équipe est juste à leurs yeux une meute adverse. Il n’y a là quelque part rien d’étonnant ! « Tout est pur pour ceux qui sont purs ; mais rien n’est pur pour ceux qui sont souillés et incrédules, leur intelligence et leur conscience sont souillées (Tite 1,15). » Nous regardons toujours les autres au travers des lunettes de notre propre attitude. Si nous sommes fourbes, nous ne pourrons nous empêcher de penser que les autres le sont aussi. Même si les faits semblent dire le contraire, nous ne les croirons pas. Nous interpréterons juste leurs attitudes comme une ruse supérieure à la nôtre. Si nous sommes dans le cas de Paul, laissons Dieu agir ! « Avec celui qui est bon tu te montres bon, dit le psalmiste. Avec l’homme droit tu agis selon la droiture. Avec celui qui est pur tu te montres pur, et avec le pervers tu agis selon sa perversité (Psaumes 18,25-26). » Les simples peuvent être séduits et trompés un temps. Mais s’ils ont le cœur droit, ils feront vite la part des choses entre ce qui relève de la vérité, et ce qui n’est qu’accusations infondées.

V 19 : les motivations de Paul dans sa défense

Arrivé au terme de sa défense, Paul tient à faire le point avec les Corinthiens sur les motivations qui l’ont animé. Non, Paul n’a pas cherché à être son propre avocat. Il a juste voulu rétablir la vérité des choses qui le concernent. Ce n’est pas devant les Corinthiens que Paul se tenait lorsqu’il parlait, mais devant Dieu. Dans son discours, il a veillé à ce qu’il formulait ne soit pas exprimé dans la chair, mais dans la communion avec Christ. Son objectif n’était pas de mettre à mal ses opposants, mais de chercher l’édification de ses frères. Le modèle que nous donne Paul ici est celui que, toujours, nous devrions suivre dans les polémiques ou les conflits nés de la critique à notre égard. Si notre seul but dans notre défense est d’avoir gain de cause contre nos adversaires, nous sommes en-deça de ce que l’on est en droit d’attendre d’un imitateur du Christ. Les situations de tension entre frères sont souvent celles dans lesquelles nous perdons le plus facilement et le plus rapidement les objectifs spirituels que Dieu vise avec nous. Toujours, et particulièrement ici, nous devons être recommandables par notre souci de la vérité et du bien d’autrui. En tout temps, il nous faut veiller à ce que ce ne soit pas nous-mêmes avec les moyens de la chair qui nous défendions. Notre plaidoyer se doit d’être à la gloire de Christ, au service de l’intérêt de Son œuvre dans l’Eglise, et présenté sous la conduite de l’Esprit.

V 20 et 21 : les craintes de Paul

En vue de sa prochaine venue à Corinthe, Paul ne peut taire les appréhensions qu’il a dans son cœur. A trois reprises dans ces deux versets, il partage les craintes qui l’habitent. La première crainte qu’il exprime est d’ordre relationnel. Paul craint que lors de sa venue chez les Corinthiens, lui comme eux soient déçus par le climat dans lequel va se passer la rencontre. Si les désordres subsistent, Paul devra se montrer ferme (cf 13,1 à 3), ce qui risque de l’attrister et de ne pas plaire à ses interlocuteurs. La seconde crainte se situe plutôt au niveau de l’état d’esprit dans lequel se trouvent certains. Toute la lettre de Paul avait pour cause les critiques des super-apôtres à son égard, critiques résultant de leur jalousie et de leurs ambitions personnelles. Paul sait que, même traités, les effets d’un tel poison ne se dissipent pas facilement. La troisième crainte de Paul se porte enfin sur les fautes de comportement dénoncés déjà par l’apôtre dans sa première lettre : inconduite sexuelle, immoralité, débauche… L’apôtre soupçonne que, malgré tout ce qui a été dit et fait, les coupables n’aient pas fait preuve d’une vraie repentance. Que de tristesse quand, dans l’Eglise de Jésus-Christ, le temps, les exhortations, les prières, les mesures de discipline n’arrangent pas les choses. Retenons toujours que, dans la communauté chrétienne, ce qui va mal, s’il ne s’améliore, ne reste pas en l’état, mais finit par empirer !



[1] Thomas Watson : Consolations divines : Editions Grâce et Vérité

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