lundi 2 octobre 2017

2 CORINTHIENS 9

V 1 à 5 : soyez à la hauteur !

Il y a toujours un risque pour quelqu’un de se porter garant pour un autre. A plusieurs reprises, le livre des proverbes nous avertit du danger d’un tel engagement (Proverbes 6,1 à 5 ; 11,15 ; 17,18). La personne pour laquelle nous engageons notre parole et notre honneur peut soudain ne pas se montrer à la hauteur de la confiance que nous avions en elle. Sa défaillance ne lui porte pas préjudice qu’à elle seule, mais aussi à celui qui l’a cautionné auprès d’autrui. Paul le dit aux Corinthiens : soyez, en ce qui concerne cette œuvre de bienfaisance inter-Eglises, à la hauteur de vos engagements. Il y va, non seulement de votre réputation, mais aussi de celle de ceux qui ont fait l’apologie de votre enthousiasme à ce sujet. Car, en Macédoine, l’apôtre en a témoigné clairement : l’Achaïe, depuis un an, est mobilisée. Cette nouvelle n’a pas été sans effet. Elle a produit chez les Macédoniens, pourtant peu fortuné, l’envie de se surpasser (2 Corinthiens 8,2 et 3). Il ne faudrait donc pas que, arrivés sur place, les délégués des Eglises constatent que le témoignage rendu par Paul ne correspond pas à la réalité. Non seulement la parole de l’apôtre se trouverait être un mensonge, mais ce constat ferait à la face des Eglises la honte des Corinthiens.

Pour ne pas qu’une telle chose se produise, Paul prend les devants. Avant de se déplacer lui-même pour récolter le fruit de leur collecte, il choisit de faire précéder sa venue de celle des délégués des Eglises afin que tout soit prêt au moment voulu. Une collecte est un acte de générosité. Or, celle-ci pour être effective doit être anticipée. Ce n’est jamais au dernier moment que l’on se montre à la hauteur des engagements pris. Paul le sait ! C’est pourquoi il n’hésite pas à organiser le suivi des décisions prises à Corinthe depuis des mois.

Qu’en est-il pour nous des engagements pris dans l’enthousiasme ? Se pérennisent-ils dans la durée ou, l’émotion calmée, retombent-ils avec elle au niveau des intentions ? Il est nécessaire pour chacun de nous, régulièrement, de faire le bilan des engagements que nous avons pris. La pente naturelle, en effet, ne nous pousse pas à la constance ou à la persévérance. Si nous ne veillons, il y a de fortes chances que nous nous relâchions. N’hésitons pas, s’il le faut, à faire appel à une personne extérieure chargée de veiller à l’assiduité de nos efforts en vue d’atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. C’est ici souvent la meilleure manière pour nous de nous assurer d’arriver à nos buts !

V 6 à 15 : le principe du trésor

Pour quelles raisons est-il bon pour le chrétien de pratiquer la libéralité ? Paul nous le dit ici. Il en est de la libéralité dans la vie du chrétien comme ce qui se produit en agriculture avec la semence. Tous les paysans le savent : qui sème peu, moissonnera peu et qui sème largement moissonnera aussi largement. La moisson du cultivateur ne se produit pas par hasard. Elle est le résultat de sa largesse au moment où il fallait semer. Dans le cœur de beaucoup de chrétiens se trouve l’idée tenace que le fait de donner à autrui de ce que l’on a ne peut que nous appauvrir. Rien n’est plus faux selon la logique biblique. « Tel qui fait des largesses, dit le livre des Proverbes, devient plus riche ; tel, qui épargne à l’excès, ne fait que s’appauvrir. Celui qui répand la bénédiction est dans l’abondance ; celui qui abreuve est lui-même abreuvé (Proverbes 11,24-25). » Le donateur de toutes grâces, c’est Dieu. Or, rien ne limite Dieu. Qui donne avec générosité n’a pas à craindre de manquer pour lui-même de quoi que ce soit. La source de laquelle provient ses biens n’est et ne sera jamais tarie. Qui ouvre sa main pour les autres verra, de mille et une manières, la main de Dieu s’ouvrir pour le soutenir et pourvoir à ses besoins, si bien, dit Paul, que disposant toujours à tous égards de tout le nécessaire, il ait encore en abondance pour toute œuvre bonne (v 8).

Tous les dons sont-ils agréés par Dieu ? Paul répond clairement ici que non ! Un don fait pour soutenir autrui n’a de valeur qu’à deux conditions : qu’il ne soit pas forcé, mais offert avec joie. Un don doit être le fruit d’une décision prise devant Dieu. Pour se faire, elle doit être pesée et mûrement réfléchie. Paul l’a déjà dit dans le chapitre précédent. Il ne s’agit pas pour les Corinthiens de se mettre en danger pour soutenir leurs frères éprouvés, mais d’appliquer la règle d’égalité énoncée dans la loi (2 Corinthiens 8,13 à 15). Mûrement réfléchi, l’acte du don doit ensuite être l’expression d’un vrai désir du cœur de porter secours à l’autre. Accompli dans cet état d’esprit, le donateur fera l’expérience de la maxime énoncée par le Seigneur selon laquelle il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir (Actes 20,35). Hudson Taylor, le grand missionnaire en Chine, en témoigne : « Moins je dépensais pour moi-même et plus je donnais aux autres, dit-il, plus mon âme se remplissait de joie et de bénédictions.[1] »

En toutes choses, il nous faut donc croire au principe du trésor qui est celui de la grâce. L’essence même de la grâce est le don, le don de soi, la générosité surabondante de Dieu envers des êtres qui ne méritent que Sa colère. Qui agit avec grâce envers ses frères dans le besoin agit selon la justice même de Dieu, une justice qui ne lui sera jamais ôtée (Psaume 112,9). Qui pratique la grâce peut être sûr d’une chose : il sera pour toujours l’objet de la grâce du Dieu de grâce. Comment pouvons-nous être sûrs d’être riches, c’est-à-dire de ne jamais manquer de rien ? Il nous suffit d’épouser l’état d’esprit dans lequel Dieu se trouve à notre égard. C’est en pratiquant la grâce envers nos frères dans le besoin que nous ferons l’expérience que, constamment, la semence dont nous avons besoin pour semer en vue de notre propre nourriture ne nous manquera pas. Ainsi, non seulement le don fait par grâce augmente notre justice devant Dieu, mais il devient l’occasion, de la part de ceux que nous aidons, de nouvelles actions de grâces envers Dieu pour Sa générosité infinie à leur égard.

Qui pourra dire tout ce qu’une contribution destinée à nos frères et apportée dans l’esprit de la grâce véhicule comme bénédictions ? Premièrement, elle rend concrète l’Evangile. Pour qui voit la grâce de Dieu en action dans sa vie et en bénéficie, l’Evangile ne se résume pas à une bonne nouvelle d’ordre spirituel. L’Evangile s’incarne dans des actes. Il produit un comportement qui manifeste la réalité d’un changement d’état d’esprit marqué par l’obéissance à Dieu. Il est ensuite porteur d’une joie contagieuse. Seule la grâce crée dans le cœur le plaisir de donner, servir ou obéir. Qui en bénéficie peut à son tour se réjouir, de telle sorte que, partout où la grâce opère, se multiplie avec elle la joie dans les cœurs. La grâce lie entre eux, comme rien d’autre, ceux qui, par elle, donnent et reçoivent. Nous pouvons essayer d’imaginer mille moyens pour rapprocher entre elles des communautés. Rien ne le fera mieux que le fait pour l’une et l’autre de se bénir par la grâce reçue. La grâce enfin est génératrice de louanges à Dieu, d’actions de grâces. C’est un témoignage sans équivalent pour le monde de la réalité du bonheur que partagent les élus à connaître le Dieu de grâce (cf Actes 3,45 à 47). Que la grâce de Dieu fasse de nous des véhicules de Sa grâce envers tous !



[1] Cité par Randy Alcorn : Le principe du trésor : Editions BLF

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